‹ CourbetChapitre 3 sur 17 · IV. — LE VIOLOXCHM.ISTI · texte numérisé non relu

IV. — LE VIOLOXCHM.ISTI

avait non plus plusieurs salons à tendance diverses. Il n'y avait qu'un seul et unique salon, le Salon, institution d'Etat venue du xvir siècle, sur laquelle les artistes et les hommes s'intéressant aux arts tenaient les yeux. Y présenter des œuvres était l'acte obligé du débutant, y être reçu marquait pour lui l'entrée dans la carrière. Courbet chercha sans succès à y pénétrer dès 1842. Il y fut reçu, la première fois, en 1844 avec son Portrait au chien noir. En 1845 il présente plusieurs œuvres mais n'en n'a qu'une de reçue, le Guitarero. De même en 1846, des six œuvres qu'il présente, une seule est acceptée, un portrait de lui-même. En 1847, il présente trois tableaux, tous les trois sont refusés.

A cette époque, sous le règne de Louis-Philippe, le jury d'admission au Salon était exclusivement formé des membres de l'Institut, gens enfermés dans une étroite tradition et attachés à de strictes formules, qui condamnaient systématiquement les œuvres d'un caractère neuf et original. Le sort de Courbet repoussé à ses débuts du Salon n'a donc point été exceptionnel, tous les artistes véritablement originaux l'ont partagé.

La révolution de 1848 vint mettre fm à la domination de l'Institut sur les Salons. L'année 1848 vît un Salon où l'esprit révolutionnaire qui soufflait, amena la suppression de tout jury, si bien que les œuvres présentées furent admises indifféremment, sans exception. Courbet put exposer ainsi six tableaux, figures

et paysages et des dessins. Il était allé développant une sûreté d'exécution que ses envois mettaient en évidence. Sur l'ensemble se détachait une œuvre large et puissante, le Violoncelliste, un homme de grandeur naturelle, jouant du violoncelle. Il s'était pris pour modèle, en se reproduisant du reste très librement. Les tableaux exposés attirèrent l'attention et il recueillit à ce Salon, une première notoriété.

En 1849 on jugea que la faculté laissée en temps d'effervescence révolutionnaire, d'exposer au Salon n'importe quelles œuvres, par la suppression de tout jur}^ d'examen, était excessive. Le Salon de 1848 avait été encombré de productions informes. On se résolut donc en 1849 à rétablir le jury, mais un jury qui ne ressemblât en rien à celui qu'avaient formé les membres de rinstitut. Le nouveau serait élu et à son élection participeraient tous les artistes présentant des œuvres au Salon. De cette façon le jury fut composé d'artistes, l'esprit libre, qui tout en écartant les œuvres trop inférieures, analogues à celles qu'on avait vues l'année précédente, assurèrent la réception, quelque fut leur caractère, de celles qui avaient une valeur artistique. Courbet eût ainsi tous ses envois reçus au nombre de sept.

Il se montrait à ce Salon en progrès sur celui de 1848, comme il s'était alors montré en progrès sur ce qu'il avait exposé auparavant. Au Salon de 1848 une de

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ses œuvres s'était détachée, le Violoncelliste, et maintenant au Salon de 1849, une œuvre se détachait encore mieux sur ce qu'il envoyait : Une après-dinée à Ornans. Pour que cette œuvre put être particulièrement remarquée, il fallait qu'elle fut réellement supérieure, car ses autres envois étaient eux-mêmes remarquables. C'étaient son portrait l'Homme à la ceinture de cuir (maintenant au Louvre), Marc Trapadoux examinant un livre d estampes et des paysages, La vallée de la Loue, Les Communaux de Chassagne. Une après-dinée à Ornans couronnait cet ensemble. Quatre hommes de grandeur naturelle, Courbet, son père et deux amis, Promayet jouant du violon et Marlet, y étaient montrés groupés autour d'une table encore servie.

Cette composition par son importance dépassait tout ce que Courbet eût encore produit. Elle fut très regardée au Salon, elle frappa les peintres jusqu'aux plus célèbres, elle fut discutée par la critique qu'elle surprit. Mais quoiqu'apparaissant avec des traits particuliers, ces traits n'étaient pas encore assez accentués pour amener l'opposition et la révolte que les œuvres qui vont suivre devaient soulever. Le jury sorti de l'élection, dans son libéralisme, put ainsi décerner une récompense à Courbet sous la forme d'une seconde médaille et le directeur des Beaux-Arts, Charles Blanc, acheta V Après-dinée, pour l'Etat, la somme de 1.500 francs. Courbet après son succès au Salon de 1849 avait

atteint le point d'êtie l'artiste le plus en vue parmi les jeunes et les œuvres qu'il pourrait montrer désormais, quelles qu'elles fussent, étaient sûres d'attirer tous les regards.

Il s'est, si l'on peut dire, maintenant connu. Il est arrivé à la possession de lui-même. Un travail assidu, la réflexion, les indications que lui ont fournies les maîtres du passé vers lesquels ses propensions l'ont porté, les Hollandais, ont fait de lui un homme se rendant compte de ses facultés. Il sait quel cours il doit donner à son art, quelle forme il doit lui faire prendre. Aussi bien il avait quitté sa province pour aller étudier à Paris et maintenant qu'il s'agit de créer, il va y revenir, il rentrera en contact avec le sol natal. Il peindra les sites de la Franche-Comté, parce que devant eux il a éprouvé, dès sa jeunesse, d'intimes jouissances et de profondes sensations. Parce que chasseur, il a passé de longs jours à poursuivre les animaux et, enfoncé dans les bois, s'est ennivré de leur solitude. Il peindra les bourgeois d'Ornans, les paysans de Flagey, parcequ'il se sent rivé à eux par ses fibres. Ainsi son art ne va avoir rien d'artificiel, rien de conventionnel, il aura sa racine même dans la vie.

Il avait pris l'habitude de retourner chaque année à Ornans, à l'époque des vacances. C'est ce qui lui avait permis de peindre les tableaux de caractère local, envoyés aux Jalons. D'octobre 1849 à avril 1850 il

demeure à Ornans six mois. Il a disposé le vaste grenier de la maison paternelle de manière à en faire un atelier et il y exécute une œuvre dépassant en importance toutes celles qu'il eût encore produites, Un enterrement a Ornans. La scène s'étend sur une vaste toile. En commençant par la gauche, on voit le cercueil recouvert d'un drap, porté par quatre des habitants d'Ornans, puis vient le curé en chape noire, entouré des enfants de chœur et des chantres, qui dit les prières devant la fosse, près de laquelle le fossoyeur est agenouillé, puis occupant toute la partie droite, les hommes et les femmes qui ont suivi l'enterrement, les hommes groupés d'abord, les femmes ensuite.

Les figurants de cette grande composition, au nombre de quarante, ont été peints d'après nature. Courbet, à commencer par le curé et en suivant par les chantres, les enfants de chœur, puis par ses connaissances, ses sœurs, pour représenter les assistants, les a tous fait venir dans son atelier. Autant de personnages autant de portraits. Mais l'inconvénient que cette pratique eût pu entraîner de ne montrer que des hommes juxtaposés, sans lien entre-eux, a été évité. La scène se déroule bien comme un ensemble, où chacun concourt à l'effet général. Tous ces personnages, fixés avec leur physionomie individuelle, ont cependant un air de famille. Ils décèlent la justesse d'œil de Courbet qui, en saisissant dans chaque être ses traits particuliers, quand il en assemble plusieurs sait leur donner le

caractère commun qu'ils doivent à leur identité de race et de pays.

En même temps que V Enterrement, Courbet a peint les Paysans de Flagey revenant de la foire. L'Enterrement lui avait permis de montrer les bourgeois de sa ville natale, le Retour de la foire lui a permis de montrer les paysans de la campagne paternelle, Les Casseurs de pierres sont deux cantonniers, un vieux et un jeune, au travail sur la route d'Ornans. Ces trois œuvres offraient une représentation d'ensemble des hommes au milieu desquels Courbet était né, avait passé sa jeunesse et parmi lesquels il était revenu se plonger.

Les trois compositions présentent leurs personnages dans la campagne. UEnterrement a, en particulier, pour fond les hautes collines rocheuses qui entourent Ornans. Le Retour de la foire et les Casseurs de pierres sont également montrés au milieu des paysages. Jusqu'ici Courbet avait peint ses paysages et ses scènes de personnages, comme son Violoncelliste et son Après-dinée, disjoints, à part les uns des autres. Aujourd'hui qu'il veut rendre les traits de son pays natal dans leur plénitude, il combine ses créations de manière à placer ses personnages au milieu de la nature, il marie les hommes et la terre.

UEnterrement, le Retour de la foire, les Casseurs de pierres furent envoyés par Courbet au Salon de 1850.

VI. — M. MAllC THAPADOrX l'XAMIN'ANT IN l-IVHl". D'IISTAMl'IÙS.

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Il les avait accompagnés d'œuvres moins importantes, des paysages, des portraits, le sien connu comme VHomme à la pipe et ceux de Berlioz, de Francis Wey, de l'apôtre Jean Journet.

Le Salon de 1850 ouvert fort tard, à la fin de l'année, se prolongea pendant les premiers mois de 1851 et valut pour les deux années. Le jury de réception avait encore été nommé à l'élection. Mais Courbet n'avait plus à s'inquiéter des décisions du jury, ses œuvres en étaient exemptes. La seconde médaille qui lui avait été décernée le plaçait parmi les Hors-Concours, ces privilégiés dont les envois étaient reçus obligatoirement au Salon. Il saura profiter de l'avantage pour exposer successivement de ses créations les plus originales et les plus osées.

Les œuvres de Courbet au Salon de 1850, par leur caractère tranché, attirèrent tous les regards. On pourrait aller jusqu'à dire qu'elles attroupèrent les visiteurs. Elles furent l'objet des articles et des commentaires multipliés des critiques et des journalistes. Mais l'énorme attention qu'elles reçurent eût pour résultat d'amener contre elles un véritable soulèvement. Il est vrai que, par exception, quelques hommes s'en déclaraient les admirateurs.

Pour qu'on i)uisse bien comprendre aujourd'hui et la condamnation de l'immense majorité et l'approbation de quelques-uns qui se produisaient, il tant

connaître l'état où se trouvait la peinture en 1850 et les dispositions du public appelé à la voir et des critiques s'adonnant à la juger.

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