XV. — UNE DAME ESPAGNOLE
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année les Demoiselles des bords de la Seine, la Curée, chasse au chevreuil dans les forêts du grand Jura, la Biche forcée à la neige et deux autres œuvres. Depuis les Salons de 1848 et de 1849 où le Violoncelliste et VAprès-dinée à Ornans avaient d'abord attiré l'attention sur lui, Courbet était allé éclaircissant sa palette. Son Violoncelliste, son Après-dinée étaient exécutés dans une gamme sombre, qui se retrouve encore d'une certaine manière dans Y Enterrement. Mais les yeux fixés sur la nature, il ne pouvait manquer de la reproduire de plus en plus dans son éclat. Le tableau de la Rencontre peint en 1854 à Montpellier, avait montré que venu en présence d'une atmosphère limpide et lumineuse, il avait su la saisir et en profiter pour éclaircir son coloris. Ses œuvres exposées en 1857, d'une coloration variée et accentuée, prouvaient que depuis, il n'avait cessé d'avancer dans la même voie.
Les Demoiselles des bords de la Seine permettent, en particulier, de juger avec quel soin il préparait ses grandes œuvres et par quelles gradations il passait avant d'obtenir l'arrangement définitif. Il existe trois études séparées de la demoiselle coiffée d'un chapeau, une étude séparée de la tète de l'autre, plus deux études préliminaires ou esquisses de l'ensemble de la composition. Pour un grand nombre de ses œuvres, Courbet a fait de même des études détachées des principaux figurants et des esquisses des ensembles.
Les Demoiselles des bords de la Seine, maintenant au Petit Palais des Champs-Elysées, données par la sœur de Courbet M'" Juliette, présentent un sujet pris aux environs de Paris. A cette époque le canotage, détrôné depuis par la bicyclette, attirait les dimanches d'été une jeunesse joyeuse à Asnières et à Bougival. Ce sont deux des femmes de mœurs faciles, associées aux jeunes gens dans cette sorte de divertissement, qui ont été peintes couchées sous des arbres, près de la rivière. Cependant Courbet revenait toujours à sa terre natale et le sujet demandé aux environs de Paris, était accompagné de deux scènes prises à la Franche-Comté, tirées de son expérience de chasseur, la Curée et la Biche forcée à la neige. La Curée fut une des premières œuvres de Courbet qui passa à l'étranger, achetée par l'Alston Club de Boston, en 1866. Ayant fait un voyage aux Elats-Unis en 1871, je pus la voir au Musée de Boston, où elle se trouvait alors exposée.
Courbet avait son atelier à Paris, rue Hautefeuille. Il y a exécuté un très grand nombre de ses œuvres. Mais comme il n'était point de ces hommes annihilés dès qu'ils sortent de l'atelier où une lumière et des dispositions spéciales leur sont devenues indispensables, il quittait sans cesse Paris pour retourner dans la Franche-Comté ou entreprendre des voyages, et n'en continuait pas moins son activité, ce qui l'amenait à peindre dans les circonstances et les lieux les plus divers.
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En 1858 il alla d'abord voir son ami Bru vas, à Montpellier, puis à la fin de l'année il se rendit en Allemagne, à Francfort, où il passa plusieurs mois. Il y avait été appelé par des admirateurs de son art qui le fêtèrent. Il s'y trouva donc dans des conditions favorables pour y passer le temps agréablement et aussi y travailler. Il était grand chasseur. Il participa à des chasses, où il tua plusieurs cerfs d'énorme ramure. En possession de leurs dépouilles duement préparées, il eut les éléments pour peindre une des ses plus grandes toiles, le Combat de cerfs, commencée à Francfort, achevée à Paris. Il peignit encore à Francfort la Dame de Francfort, une dame assise dans un fauteuil, avec un fond d'arbres et aussi une vue de la ville, de l'autre côté du Mein.
Courbet réapparut au Salon de 1861 avec le Combat de cerfs, le Cerf à Veau, chasse à courre et le Cheval dérobé. Comme ses œuvres furent cette fois-ci favorablement accueillies, le jury le gratifia d'un rappel de la seconde médaille, qui lui avait été décernée en 1849. Ce bon jury n'osant trop s'avancer, réduisait au minimum la récompense qu'il se croyait malgré tout obligé de lui accorder.
Après le Salon, Courbet envoya le Combat de cerfs à une exposition ouverte à Anvers. Il s'y rendit cl fut fêté par les jeunes artistes belges, auxquels il exposa 'es principes de son art et du réalisme.