‹ Courrières et La BouleChapitre 8 sur 30 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

La Catastrophe de la Boule.

|. — Récit sommaire de la catastrophe. — Division du rapport officiel sur l'accident. — Généralités sur l'exploitation des mines dans la région où s’est preduit l’accident.

Le 4 mars 1887, à 7 h. 1/2 du soir, peu après la remonte des derniers ouvriers du poste de jour, un bruit semblable à un coup de tonnerre, fut entendu dans le puits d’extracüon de La Boule par les personnes qui se trouvaient à proximité de l’orifice.

Une poussière épaisse en jaillit aussitôt et le choc de l'air fut assez violent pour ébranler le palier de recette dont une plaque de tôle fut soulevée et culbutée. Un ouvrier, en s'enfuyant dans l’obscurité causée par cette poussière et par l’extinction de tous les becs de gaz voisins du puits, passa par l'ouverture du palier et fut précipité sur la recette inférieure située 7 mètres plus bas. Il fut assez grièvement blessé. C’est ainsi qu’il y eut une victime à la surface.

Une explosion fut aussi entendue dans le puits d’aérage. Un clapet qui en fermait l’orifice fut déplacé et le ventilateur Guibal reçut une secousse qui en dérangea quelque peu la vanne. L'appareil subit un ralentissement momentané et le diagramme enregistreur de la pression indiqua un relèvement brusque de celle-ci suivi de quelques oseillations.

On ne tarda pas à reconnaître que l’explosion s'était produite à l'étage de 495 mètres, qu’elle avait ravagé dans toute son étendue, épargnant seulement une partie de chantier d’où se sont échappés sains et saufs les 8 ouvriers qui s’y trouvaient.

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Le courant explosif atteignit aussi, par l’intermédiairé d’une voie en veine, dite « trinque », qui servait de voie de retour d'air à l'étage inférieur, l'étage de 404 mètres, où il occasionna des dégats d’une certaine importance, principalement dans le bouveau de retour d’air à 303 mètres, et où il fit un certain nombre de victimes. |

Le puits de retour d’air était en enfoncement en dessous de l’étage de 495 mètres. L'explosion ne se propagea pas dans la ravale et les quatre ouvriers qui y travaillaient purent sortir de la mine non atteints.

Les victimes furent au nombre de 120, dont 113 tués, et se répartissent comme suit :

162 morts à l’étage de 495 mètres,

1 blessé à l'étage de 495 »

1 blessé à la surface.

Parmi les 102 morts de l'étage de 495 mètres il y en a deux qui ont été retirés vivants du fond, mais qui ont succombé, le lendemain de l'accident, à leurs graves brûlures.

Les ouvriers qui sortirent sains et saufs de la mine sont au nombre de 50 dont :

4 ouvriers de la ravale du puits d’aérage, Di» de l’étage de 495 mètres et JO, 19 » 404 mètres.

Il y avait donc, lors de l’accident, 169 ouvriers dans les travaux, tous des postes d'après-midi et de nuit.

Les survivants étant tous des ouvriers occupés loin de l'explosion, dans des chantiers assez éloignés du point de départ de la catastrophe et même, à l’exception d’un seul qui n’a gardé aucune mémoire des événements, des voies que le courant explosif a parcourues avec quelque violence, leurs témoignages n’ont pas pu apprendre grand chose sur l'accident, et c’est principalement l'inspection minutieuse

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des traces laissées par l'explosion qui a permis de reconstituer le point de départ et Les différentes phases de celles-ci, et d’en déterminer la cause avec assez de précision.

Les témoignages des survivants ont cependant été soigneusement annotés et ont donné quelques points de repère qui ont été utilisés dans la détermination de la marche de l'explosion.

Voici quelles sont les principales indications données par les ouvriers qui se trouvaient dans les travaux.

Le taqueur (envoyeur) de l’étage de 404 mètres a entendu une forte détonation dans le fond du puits, puis il a vu passer rapidement devant lui une flamme qui montait dans le puits; cette flamme est redescendue bientôt après et une deuxième explosion, plus faible, se produisant dans le fond du puits, a encore été entendue.

Ce taqueur et deux autres ouvriers qui étaient dans le voisinage de l’accrochage de 404 mètres ont été projetés en arrière par un souffle violent venant du puits d’extraction.

Les autres ouvriers de 404 mètres, principalement ceux qui se trouvaient dans le voisinage de la couche Plate- Veine en dressant, dans laquelle se trouvait la cheminée (dite trinque) de retour d’air de 495 mètres, ont généralement entendu deux explosions, l’une dans le bas, l’autre dans le haut, c’est-à-dire du côté du retour d’air général.

Deux souffles en sens inverse correspondant à ces explosions ont été ressentis plus ou moins fort par ces ouvriers.

Des gaz asphyxiants ont envahi les galeries de cet étage dans le voisinage de la trinque et ont été traversés, non sans difficultés, par les fuyards survivants.

C’est dans ces gaz qu'ont péri la plupart des victimes de 404 mètres; quelques-uns seulement, qui travaillaient à peu de distance de la {rinque, ont été atteints par les flammes.

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Les huit ouvriers remontés sains et saufs de l’étagé de 495 mètres (les « escapés » ou « rescapés », suivant les expressions consacrées) travaillaient dans le chantier Levant de la couche Plate-Veine, dans le groupe des tailles supérieures au deuxième recoupage. [ls ont, pour la plupart, entendu deux explosions: la plus forte, « roulant comme un coup de tonnerre », ont-1ls dit, dans la direction du plan incliné n° 2, dont il sera parlé plus loin ; l’autre paraissant s'être produite en-dessous d’eux. Les ouvriers les plus voisins du plan incliné ont plus ou moins été projetés par le choc de l'air; 1ls ont été tous, peu après, menacés par les gaz délétères, mais 1ls ont pu opérer sans encombre leur retraite jusque près du puits d’extraction (accrochage).

Le rapport ou procès-verbal que nous avons dressé, le 30 juillet 1887, avec notre collègue M. Jacquet, à la suite de l’enquête à laquelle nous nous étions livrés, était divisé en cinq chapitres qui ont dû recevoir un développement assez grand, puisqu'il s'agissait d'envisager sous toutes ses faces cet accident qui pouvait donner lieu à de lourdes responsabilités.

Le premier chapitre, servant d’introduction, faisait connaître la situation générale de la mine et l'état des travaux avant la catastrophe.

Dans un deuxième chapitre, qui constituait la partie historique, nous relations les diverses manifestations de l’accident soit à la surface, soit dans les travaux, telles qu’elles ont été observées par les personnes qui ont pu en rendre compte; ce chapitre faisait connaître aussi les diverses phases du sauvetage.

Le troisième contenait la description de l’état des lieux après l'accident, tel que nous l’avions relevé en détail dans les nombreuses descentes que nous avons faites pendant la période qui a suivi immédiatement la catastrophe.

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Le quatrième était relatif à divers points spéciaux qui n'avaient pas trouvé place dans d’autres chapitres ou qui n'ont pu y recevoir un développement suffisant. Il avait été formé en grande partie à l’aide des dépositions des 286 témoins que nous avons interrogés.

Dans le cinquième et dernier, nous déduisions des faits observés directement par nous ou recueillis dans les dépositions, les circonstances de l’accident en lui-même, son point de départ et sa marche à travers les travaux.

Il ne peut s'agir de donner ici 2n extenso ces différents chapitres, le seul but que nous ayons en vue étant de ne pas laisser perdre les enseignements d’ordre général qui résultent de cette terrible mais instructive catastrophe.

Nous laisserons donc de côté le chapitre IV presque entier, qui portait sur des points tout spéciaux à la mine dont il s’agit et qui n'avaient d'intérêt qu’au point de vue des suites judiciaires à intervenir.

Les quelques lignes que nous avons données plus haut relatives aux manifestations de l'accident suffisent pour résumer le chapitre I.

Le sauvetage, qui a suivi immédiatement la catastrophe, a été mené vigoureusement, et de grandes difficultés ont été vaincues rapidement, grâce au concours de nombreux dévouements; mais, comme il n’a pas d'intérêt technique se rapportant au but de la présente notice, nous n’en parlerons pas.

Nous résumerons autant que possible le premier chapitre, en ne rapportant que ce qui est nécessaire pour donner une idée de l’état de la mine au moment de la catastrophe et permettre l'intelligence des détails qui suivront.

Il sera nécessaire de donner plus de développement aux matières qui faisaient l’objet du chapitre IIT.

Enfin, nous donnerons pour ainsi dire in extenso le

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chapitre V, en y intercalant le contenu des rapports supplémentaires qui étaient joints au procès-verbal.

Mais 1l est utile, avant d'aller plus loin, de donner quelques indications générales sur la méthode d’exploitation suivie, à l’époque considérée, au charbonnage dont nous nous occupons; ces indications sont surtout destinées aux personnes peu familiarisées avec le bassin du Borinage et avec Les expressions techniques qui y sont employées et qui se représenteront plus d’une fois dans le cours du présent travail.

Ce qui s’est passé dans les dressants ayant relativement peu d'importance, nous ne nous occuperons guère que des plateures qui étaient exploitées à l’étage de 495 mètres. Leur inclinaison était de 15° environ vers le Nord ou mieux vers le Nord-Ouest.

La méthode d’exploitation était celle dite par tailles montantes (1). |

La couche étant recoupée, par les galeries à travers bancs ou bouveaux, aux niveaux d’entrée et de retour d'air, et la communication d'aérage étant établie, on chasse à droite et à gauche une première taille qui marche suivant la direction de la couche. La costresse, voie de roulage qui dessert cette taille, ne se trouve généralement pas tout-à-fait au pied de celle-ci; une partie de la taille, partie de 2 ou 3 mètres, existe en contre-bas de la costresse: c’est le parel.

Souvent ce « parel» a un développement plus grand ; c’est alors une véritable taille chassante, prolongeant celle dite de la costresse ou poussée quelque peu en avant de celle-ci. Dans ce cas, il se trouve au pied de cette taille une voie horizontale (vallée), parallèle et en contre-bas de la costresse, et par où pénètre l’air frais qui alimente le chantier.

(1) On peut suivre ces indications sur les figures 6 et 7.

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