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Ali, le légitime successeur d'Othman, eut à lutter

3. Comment Mahomet établit-il ?a puissance sur les Arabes ? Qu'est-oe que le Coran ? Oïl mourut Mahomet ? — 4. Quel fut le sucoesseur de Mahomet ? Que les cnnqi êtes fit Caled, lieutenant d'Abou- Bekr ? Quel fut son successeur ? Par qui i'Egyp'e fut-elle conquise ? — 5. Quoi est le calife qui le premier équipa one flotte ? Quelles eonf^ les îles qu'il conquit ? — 6. Qu'était Ali ? Comment Moaviah fonda-t-il la djnastie des Ommiades ? Où résidaient les eali/es Ommiades?

contre une opposition redoutable dont Moaviah était le chef. Après plusieurs combats sans résultat décisif, Ali fut assassiné, et sa mort fit triompher Moaviah, dont le règne ouvre la dynastie des Ommiades, qui régnèrent à Damas (660). Moaviah envoya un de ses lieutenants en Afrique ; son fils parut six fois dans la Propontide, et Constantinople ne dut son salut qu'au feu grégeois. Ce calife se reconnut, cependant, tributaire de l'Empire ; il mourut en 680. Des troubles civils agitèrent les califats de ses trois successeurs.

7. Abd-el-Melek ouvrit une nouvelle période de triomphes et poussa ses conquêtes jusqu'à l'Océan Atlantique ; Carthage fut enlevée aux Grecs et détruite en 697. Ainsi, dans l'espace de soixante-dix ans, les Arabes avaient soumis la Syrie, l'Egypte, l'empire des Perses et une partie de l'Afrique. '• Il fallut voir tomber sous le joug " dit le P. Lacordaire, " les conquêtes d'Alexandre et des Pomains, les églises primitives, et jusqu'aux lieux sacrés où reposent la mémoire des patriarches, les os des prophètes et les traces encore chaudes du Sauveur des hommes. "

8. Sous Valid 1er, fils et successeur d'Abd-el-Melek, la conquête de l'Asie s'étendit jusqu'à la Chine, en même temps que l'Espagne était envahie par le lieutenant Tarik (711). Le roi Poderic, ayant gravement offensé le comte Julien, celui-ci appela les Arabes d'Afrique en Espagne, comme autrefois Boniface avait appelé lcs\Yandales d'Espagne en Afrique. Tarik livra à Poderic la bataille dans les plaines de Xérès (711) ; le dernier roi visigoth y fut vaincu et tué. Cette bataille décida du sort de l'Espagne. Toute la péninsule se soumit aux Arabes, à l'exception de Pelage, roi des Asturies, qui se retira dans les Pyrénées avec ses braves guerriers pour tenir en réserve les mâles vertus qui devaient plus tard ranimer la nation espagnole. ■

7. Par qui lea Grecs fureat-ils dépouillés de leurs possessions en Afrique ?- 8. Quelles conquêtes les musulmans firent-ils sous Valid 1er ? Quel est le général quj passa le premier en Espagne ? Oii les N'iïigoths furent-ils vaincus V

118 HISTOIRE BU MOTEN'AOE.

9. Los Arabes franchirent bientôt les Pyrétiées et 8'eniparèrent de la Septimanie et d'une partie de l'Aquitaine; ils marchaient sur la Loire lorsque Charles Martel sauva la France et la chrétienté, en remportant sur Abdérame, lieutenant du calife Hescham, la glorieuse victoire de Poitiers (732).

10. Sous Merwan II, commença la guerre sanglante des Abassides-et des Ommiades, ou des noirs et des blancs. Aboul-Abbas, descendant de Mahomet, vainqueur do Merwan, fonda la dynastie des Abassides, qui se maintint depuis T50 jusqu'en 1258. ^ Il afferniit son pouvoir par le massacre de quatre-vingts éniirs ommiades. Echappé seul à la ruine de sa famille. Abdérame se réfugia en Espagne (756)', où ses successeurs continuèrent le califat Ommiade de Cordoue jusqu'en 1031.

11. Al-Manzor, frère et successeur d'Aboul-Abbas, renonçant au séjour de Damas, l'ancienne capitale, jeta les fondements de la ville de Bagdad, depuis si 'florissante, pour en faire le siège de son empire. Haroun-al-Easchid (786), cinquième calife abasside, régna encore avec gloire sur la plus grande partie de l'Asie, jusqu'à l'Indus, et sur une portion de l'Afrique. Ce prince est surtout connu par la protection éclairée qu'il accorda aux lettres et aux arts, et par les rapports qu'il eut avec Charlemagne, son contemporain.

12. Partout oii les Arabes pénétrèrent, leur invasion eut sans doute, à l'origine, un caractère barbare ; mais, aussitôt que leur victoire-était assurée, loin d'opprimer la nation vaincue, ils s'appliquaient à favoriser le mélange des deux races par un gouvernement doux et assez tolérant. Les vaincus gardèrent leurs lois et furent maintenus dans leurs propriétés. En même temps, les émirs encourageaient de tout leur pouvoir les études savantes et les mathématiques, auxquelles

9. Juqu'où les Arabes poussèrent-il leurs conquêtes ? — 10. Sous qui commença la guerre des Abassides et des Ommiades ?— 11. Que saiton d'Al-Manzor ? de Haroun-al-Raschid?— 12. Comment les Arabes traitèrent-ils les pays conquis ? Quelle conduite tenaient alors les ca- Jifes et les émirs touchant les arts et Iç? science ?

les Ai'abes firent faire de grands progrès ; ils ranimaient l'industrie, le commerce et l'agriculture. C'est ainsi qu'ils introduisirent en Espagne des plantes connues seulement jusque-là dans les pays d'Orient. Uno civilisation brillante ne tarda pas à se développer sur le sol qu'ils avaient conquis. Cependant la domination des Arabes n'eut jamais de profondes racines, et leur décadence touche de près à leur prospérité.

13. Outre les deux califats, l'un ommiade et l'autre abasside. que nous avons déjà signalés, il s'en forma bientôt un troisième en Egypte, celui des Fatimites, descendants d'Ali, qui fondèrent la ville du Claire (969). D'autres chefs morcelèrent encore ces trois califLxts. On vit les Bouïdes s'emparer de la Perse, les Ghaznévides de l'Inde, et les Turcs Seldjoucides, appelés par les califes de Bagdad pour former une garde ou milice redoutable, tenir leurs maîtres dans la dépendance, disposer selon leur caprice du souverain pouvoir, et faire peser sur les peuples vaincus une domination oppressive et intolérante.

31. Quel autre califat se forma-t-il bientôt après celui des abaafides ? Qneî morcellement se fit-il ensuite de ces trois califats ?

lîO HISTOIRI DU moyex-agî:.

DEUXIÈME ÉPOQUE

DEPUIS l'avènement DEîrl CARLO VINGIENS, JUSQU'a SAINT GRÉGOIRE VII (752-1078),

SECTION I

Fe^iri) Charlemagne, Lovis-le-Déhonnaire^ et démembrement de Vem-pire de Charlemagne (752-887)

1. Pépin, que l'on a surnommé le Bref^ à cause de sa petite taille, était brave, actif, libérai, habile, comme l'avaient été tous ses aïeux. Se voyant à la tète du royaume, Pépin se fit couronner à Soissons par saint Boniface, évêque de Mayence et apôtre de la Germanie. Il se fit ensuite sacrer à Saint- Denis, avec ses deux fils Charles et Carloman, par le pape Etienne II qui avait consenti à venir en France pour cette cérémonie (754). Quelque temps après, sollicité par le pape Etienne III, il porta ses armes contre Astolphe, roi des Lombards, qui menaçait Pome. Astolphe obtint la paix moyennant une somme considérable et avec la promesse de laisser au pape la libre possession des terres conquises par Pépin (755). Ce fut là l'origine du domaine temporel des papes, qni fut confirmé par Charlemagne.

2. Charlemagne et Carloman succédèrent à leur père, Pépin; mais Carloman étant mort peu après, Charlemagne resta seul maître de toute la monarchie. Celui-ci se distingua comme guerrier, comme législateur et comme protecteur des lettres. Comme guerrier, il fit la guerre aux Saxons, aux Lombards et aux

1. D'où est venu à Pépin son surnom ? Par qui fut-il couronné et par qui fut-il sacré? Q.uel fut le succt- de son expédition contre Astolf he ? — 2. Qui succéda à Pépin ? Que sait-v.n de Charlo-* inagn«j? A quels peuples flt-il la guerre ? Oîi et par qui fut-il couronné empereur ? Quoi fut le résultat de ses expéditions en Afrique ?

FEÀNC.E. 121

Arabes. Les Saxons conduits, par Witikind, furent ses plus redoutables ennemis, et il ne les dompta qu'après la soumission do Witikind, qui lui fut ensuite très-fidèle. Il défit Didier, rçi des Lombards, et le força de rendre les terres de l'Eglise, qu'il avait usurpées. Il vainquit aussi les Avares ou JŒuns, et fit la conquête de la Bavière. Après avoir triomphé de ses ennemis ligués contre lui, Cliarlemagne fut couronné empereur d'Occident, à Eome, par le pape Léon III (800). Les expéditions contre les Arabes lo rendirent maître du nord do l'Espagne, et reculèrent les limites de l'empire jusqu'à l'Èbrc.

3. Comme léû^islateur, Charlemagne remit en honneur les assemblées de la nation dites du champ de mai, et dans ces assemblées, tout à la fois civiles et religieuses, il promulgua une foule do lois que l'on a rccueiliies sous le nom de Capîtulaires.

4. Charlemagne mérita d'être appelé lo protecteur des lettres par le zèle avec lequel il encouragea tous les savants de son siècle. Les plus remarquables furent Alcuin, qu'il mit à la tête de l'école du palais, son s^ crétaire Eginhard, les poètes Leidrade etThéodulphe, les philosophes Clément et Scot Erigène, les théalogiens Itaban-Xaur et Pascase Eatbert. Ses belles qualités lui ont fait donner généralement le titre de saint, comme sa valeur lui mérita le titre de grand. Il mourut en 814, à Aix-la-Chapelle, où il avait établi lo siège de son vaste empire.

5. Le successeur de Charlemagne fut son fils Louis, surnommé le Débonaire, à cause d'une bonté qui allait jusqu'à la faiblesse. Ce prince ayant partagé son empire entre ses filsLothaire, Louis et Pépin, voulut ensuite former une quatrième part en faveur d'un autre enfant qu'il eut de Judith, sa seconde femme. Ses trois premiers enfants se révoltèrent contre lui, le vainqui-

3. Qu'aprelait-on cbamp de mai ? Qpu'cst-ce que les Capitulaires ? — 4. Quels SI nt les hommes c lèbres que Ctarlemagre s'attacha ? Jia gloire des conquêtes est-elle la seul© que Charlemagne se soit acquise ? — 5. Quel fut le successeur de^ Charlemagne ? Comment Louis le-Débonnairo partagea-t-il sea États? Quel e fut la cause des guerres civiles qui éclatèrent sous son r^gne ï ^

rent, et lo firent déposer par une assemblée d'évèqucf et de seigneurs réunis à Soissons. Plus tard, rétabli BUT le trône par les seigneurs de sa cour, il désigna son fils Charles pour être son successeur, ce qui occasionna de nouveaux Ircnibles. Il mourut en allant faire la guerre à son fils, roi de Bavière.

6. Après la mort de Louis-le- Débonnaire, la guerre éclata entre ses enfants. Louis-le-Germanique et Charles-le-Chauve se liguèrent ensemble contre Lothaire etj.e vainquirent dans les plaines de FoûtÊiiay

^(841). ïj'oiupifëlIe^OtTïïfîeina^ne formâHeTloi-s trois îTrands États : la Fj^ince, ^Italie et l'Allemagne. La France fut ravagée par les Xormands, pendant que ritalie l'était par les Sarrasins.

7. Les descendants de Charlemagne se montraient partout d'une grande faiblesse. Lotbaire eut pour successeur ses trois fils, Lotbaire II, qui eut la Lorraine, Charles, qui eut la Provence, et Louis II, qui régna en Italie avec la titre d'empereur. Ils moururent tous les trois sans postérité (855-875).

# Louis-le-Gcrmanique eut aussi trois fils: Carloman, Louis-le-jeane et Charles-le-Gros. Les deux premiers furent enlevés par une mort prématurée. ^ Charlesle-Gros recueillit leurs possessions et fut roi de toute l'Allemagne.

8. Charles-le-Chauve se fit coiu'onner empereur à la mort de son neveu Louis II (875). Mais cette dignité, au lieu de relever sa puissance, ne servit qu'à rendre ])lu3 manifeste son défaut d'énergie et de courage. Comme roi de France, il s'était laissé dépouiller de toute sa puissance par les seigneurs (847). ^ Comme empereur, il ne sut pas plus défendre l'Italie conti-e les ravages des Sarrasins, qu'il n'avait su protéger la Franco contre les excursions dos Normands. Il fut empoisonné par le. juif Sédécias, son médecin, au retour

6. Pourquoi la guerre éclata-t-ellc entre les fils de Louis? Quelles furent les conséq-ienccs de la bataille de Fontenaj ?— 7. Quels furent les successeurs de Lo haire ? de Louis-le-Gcrmaniquc ?— 8. Que saiV on de Charles-le-Chaure ? Où mourut-il ?

d'une espédîtion qu'il avait faite au-deU des Alpes (877).

9. Le successeur de Charlos-le-Cbauve fut Lonis-le- Bègue, son fils. C'est particulièrement sous ce prince que prit naissance le régime féodal. Les bénéfices, accordés par les rois de la première race à quelques seigneurs, afin de se les attacher, étant devenus héréditaires, ceux qui les possédaient les divisèrent à leur tour, afin de se créer à eux-mêmes des vassaux. Ces seigneurs devinrent peu à peu indépendants daçs leurs possessions, et oublièrent qu'ils devaient respect et obéissance au souverain. Le règne de Louis- le-Bègue fut très-court (8TT-8T9).

10. Louis-le-Bègue fut remplacé par ses fils Louis et Carloman, qui régnèrent conjointement. Ces priiiices donnèrent l'exemple de l'union la plus parfaite; ils firent la guerre aux Xorraands et à plusieurs seigneurs qui avaient entrepris de démembrer l'empire. Louis mourut en 882 et Carloman en 884.

n. Après la mort de Louis et de Carloman, la couronne appartenait à Charles-le- Simple, fils posthume de Louis-le-Bègue. Ce prince étant encore au berceau, on ofiVit le gouvernement à Charles-le-Gros, qui était empereur d'Allemagne, dans l'espérance qu'il chasserait les ]Srormands qui désolaient le pays. Mais, loin de répondre aux vœux des seigneurs, ce faible prince n'osa j)as déclarer la guerre aux ennemis, et laissa le pays dans la plus affreuse détresse pendant plus de dix-huit mois. Paris surtout ne dut son salut qu'au courage d'Eudes, son gouverneur, et de Gosselin. son évèque. Sa lâcheté indigna les Français et les Allemands. Ces derniers se révoltèrent, et, après avoir déposé Charies-le-Grros à la diète de Tibur, ils nommèrent à sa place son neveu Arnould qui devint roi de Germanie.

9. Quel l'ut le successeur de Charles-le-Chauve? — 10. Par quoi PC distinguîirent Louis III et Carloman ? — 11. A qui appartenait la

courr^nnc, aprOs la înort doLouis et de Carloman ?

124 HISTOIRE DU ^OYEN'-AQE.

SECTION n.

I*rincij)aux Etats sortis du duneiubrcmem de V empire de Charlemagne :

France, Italie et Allemagne. <

1. Fii.VNCE. — La race des Carlovingiens s'y éteint et fait place à celle des Capétiens. Après la déposition de Charles-le-Gros, les seigneurs élurent pour roi le comte (Je Paris, Eudes (888), qui descendait de Eobertle-Fort,* le premier aïeul des Capétiens. Eudes gouverna avec sagesse, et délivra le pays de ses ennemis. Peu après, il céda une partie du royaume à Charles-lc- Simple, soutenu de quelques seigneurs.

2. A la mort d'Eudes (898), Cliarlesde-Simple rc^sia seul possesseur du trône ; mais les grands, profitant de, sa faiblesse, prirent un nouvel ascendant et se révoltèrent contre lui. Les Xormands, conduits par le fameux Eollon, profitèrent des circonstances, et s'emparèrent de la Xeustrie. Charles fut détrôné par les seigneui's, et mis en prison. Son fils, encore en bas âge, fut conduit en Angleten-e, et ne régna que plus tard, sous le nom de Louis d'Outre-Mer. Eobert, frère d'Eudes, qui s'était emparé du pouvoir, mourut deux ans après. Hugues-le-Grand, son fils, aurait pu monter sur le trône; mais il aima mieux y placer Eaoul duc de Bourgogne, son beau-frère.

3. Le règne de Kaoul ne fut qu'une suite de révoltes et de séditions excitées par l'ambition des seigneurs. Ix>uis d'Outre-Mer, qui lui succéda, voulant secouer le joug des grands vassaux de la coui'onne, fit alliance avec Othon, empereur d'Allemagne. Cette alliance a^-ant déplu aux seigneurs français, ils se révoltèrent contre le roi, et le contraignirent à se retirer dans ses tlomaines de Laon et de Bourgogne. Lothaire, fils et successeur de Louis d'Outre-Mer, ayant su mettre

1. Qui les seigneurs élurent-ils pour roi do ïrance, après la dépoeition de Charles-le-Gros? Communt Eudes gouverna-t-il ? — 2. Dana • juol état se trouvait lo pays à la mort d'Eudes ? — 3. Quels sont les principaux «événements du r^gne de Raoul et do ses successeurs ?

JIugucs-le-Grand et ensuite Hngaes-Capet. son fils, dans ses intérêts, se trouva en état de revendiquer ses droits; mais il ne sut pas profiter de ses avantages. Louis Y, son fils, surnommé le Fainéant, qui lui succéda, ne régna qu'un an. Avec lui s'éteignit la race des Carlovingiens, après avoir régné de 752 à 987.

4. A la mort de Louis Y, la couronne de France appartenait à Charles, duc de Lorraine, et fils de Louis d'Outre-Mer ; mais ce prince s'étant rendu odieux aux Français, elle fut donnée à Hugues-Capet, qui de-

i^vint ainsi le premier roi de la race des Capétiens, en 987. Hugues se montra digne du trône par sa modération, sa prudence et sa juste fermeté; il rétablit l'honneur du trône et de la nation. On attribue souvent à ce prince l'établissement de la pairie, quoiqu'elle remonte à l'origine de la monarchie. On appelait pairs tous les hommes égaux dans le même ordre : ainsi il y eut les pairs militaires, les pairs ecclésiastiques, etc. , etc. , et chacun devait être jugé par ses pairs. Les pairs de France étaient les grands vassaux qui relevaient immédiatement de la couronne de Franoe.

5. Pour assurer son héritage à son fils Kobert; Hugues-Capet le fit couronner de son vivant. Ce prince lui succéda en effet sans rencontrer d'opposition (996). Bon, pieux et généreux envers les pauvres, Itobert devint populaire, et il n'y avait qu'une voix dans son royaume pour exalter sa douceur et son humilité. Il fut d'ailleurs homme de son temps, et il soutint partout l'honneur et les droits de sa couronne. A sa mort (1031), la population entière accourut à Saint-Denis en faisant entendre de profondes lamentations.

G. Le règne de Henri 1er. fils et successeur de Itobert, fut un des plus calamiteux pour la France: pendant trois ans on ne recueillit ni fruits ni grains; les peuples furent réduits à manger, comme les ani-

4. A Qui appartenait la couronne à la mort de Louis V? — 5. Quel fat le successeur de Hugues-Capet?— 6. Que se pa?sa-t-il de remarquable £003 Henri 1er? Qu'est-ce que la trôre de Dieu?

maux, l'herbe qui croissait dans les champs; la guerre civile, les révoltes, les assassinats devinrent si communs qu'on voyait des hommes assassiner leurs voisins en plein jour, non pour les dépouiller de leurs biens, mais pour les dévorer ! Ces habitudes de brigandage et de meurtre durèrent encore après la fin de la disette. Quelque grande que fût alors l'influence de l'autorité de l'Eglise sur les esprits et sur les cœurs, elle fut impuissante contre d'aussi grands maux. Elle avait d'abord interdit de marcher en armes et de se faire justice à soi-même en aucun temps, et cette loi fut appelée j[?afx de Dieu. On dut se borner plus tard à la trêve de Dieu, qui défendait toute hostilité depuis le mercredi soir jusqu'au lundi matin, ainsi que les jours de fête et de jeûne.

7. Henri 1er fit reconnaître son fils Philippe 1er, pour son successeur (1059), et mourut peu de temps après (1060). Ce prince ne fit rien de remarquable par lui-même, mais il assista à de grands événements. JPendant sa minorité, ledac de Xormandie, Guillaumele-Conquérant, fit la conquête de l'Angleterre ; un duc de Bourgogne fonda le royaume de Portugal ; d'autres •N"ormands, Pobert Guiscard et Eoger, jetèrent les fondements du royaume des Deux-Siciles, et enfin la France prit l'initiative de la fameuse entreprise des croisades quidevait soulever l'Occident contpe l'Orient et amener le triomphe de la chrétienté sur l'islamisme.

8. Italie. — Ce pays fut toujoiu's très-divisé. A l'époque du démembrement de l'empire de Charlemagne, il y eut dans cette contrée une foule de comtés et de duchés qui se déclarèrent indépendants. Béranger 1er margrave du Frioul (888), prit le titre de roi d'Italie. Ses successeurs furent Hugues de Provence (926) et Béranger II, margrave d'Ivrée (945). L'Italie fut ensuite réunie à l'Allemagne (962).

7. Quels sont les grands événements qui se passèrent sous Philippe 1er ? — 8. Quel fat l'état de l'Italie après le démembrement de l'empir© de Charlemagne ? Qu'était Béranger 1er ? Quoîb furent ses successeurs ?

ANGLETERRE ET ESPAGNE. 12t

9. ALLE5LA.GNE. — Avant saréunion avec Tltalic, l'Allemagne fut gouvernée par les derniers descendants de Charlemagne, Arnould et son fils, Louis-rEnfant (888-912)." La couronne était élective, les seigneurs la donnèrent d'abord à Conrad de Franconie, et ensuite au duc de Saxe, Henri l'Oiseleur (^18). Cette maison releva tout à coup l'empire. Senri fit reconnaître sa puissance dans toute l'Allemagne, et Othonle-Grand unit l'Italie à l'Allemagne. Elle donna encore à l'Allemagne trois souverains : Othon II (973), Othon III, (983) et saint Henri (1002), puis fat remplacé par la maison de Franconie, qui n'eut d'autre but que de rendre son autorité absolue. Henri III (1039) voulut asservir l'Italie et le saint-siége et c'est ce qui amena la lutte du sacerdoce et de l'empire que nous verrons éclater sous Henri lY, son successeur.

SECTIOX m.

Etats restés en dehors de Vemjnre de Ckarlemarjne : ■ V Angleterre et V Espagne.

1. Angleterre. — Pendant le règne d'Egbert (800- 836), les Danois envahirent l'Angleterre, mais ils furent repoussés. Ayant plus tard j>énétré dans l'Essex et le pays de Kent, ils furent défaits à Okley (852) par Ethelwulf. fils d'Egbert. Ils reparurent de nouveau sous Éthelred 1er (870) et s'établirent dans une partie du pays.

2. Mais bientôt il s'éleva contre les Danois un adversaire redoutable, Alfrcd-le-Grand, frère et successeur d' Éthelred (872). Yaincu d'abord par les Danois, il passa sept ans en exil, pénétra dans le camp des

9. Quels furent, en Allemagne, les successeurs de Charles-le-Gros ? A qui la couronne impériale fut-elle donnée après l'extinction de* Carlovingiens ? Que fit Othon-le-Grand? Quels furent ses successeurs ? I>'ou est venue la lutte du sacerdoce et de l'empire ?

1. Par quel peuple l'Angleterre fut-elle envahie? — 1'. Comment Alfred-le-Grand connut -i[ le camp ennemi ? Que sait-on des succès»» seurs d'Alfred ? Tar .|ui X'-thelred II fut-il détrôné V

Î2S lilSTOIRE BU MOTEX-AGE.

barbares sous les habits d'un joueur de barpe, et lorsqu'il se fut assuré de la faiblesse de leur position, il engagea la bataille qui délivra son pays. 11 donna alors aux Anglais des lois si sages que, dans la suite, on réclama les lois d'Alfred. Les successeurs d'Alfred combattirent, comme lui, les invasions des Danois; mais enfin, sous le règne d'Ethelred II, son huitième successeur, une nouvelle invasion renversa, sous la conduite de Suénon, le roi Êthelred, qui se réfugia en Normandie ( 1013 ).

3. Canut-le-Grand ( 1015 ), fils de Suénon, lui succéda et se fît aimer des Saxons, comme des Danois. Ses fils ne suivirent pas son exemple. Leurs vexations irritèrent tellement les^ Saxons, qu'ils rappelèrent le plus jeune des fils d'Ethelred II, Edouard lo Confesseur ( i042), et rétablirent en lui la race saxonne. Sa piété, son amour des lois et de la justice, valurent à l'Angleterre quelque repos, à lui-même l'honneur d'être canonisé. Après la mort de ce prince, Guillaume, duc de Normandie, envahit l'Angleterre et s'en rendit maître ( 1066).

4. Espagne. — Ce pays était divisé en deux parties: l'Espagne musulmane et l'Espagne chrétienne. Envahie par les Arabes au commencement du huitième siècle, l'Espagne avait formé, depuis 755, le califat Ommiade de Cordoue. Les successeuis d'Abdérame avaient agrandi leur domination pendant plus de deux siècles. Mais les walis ou gouverneurs des princes, s'étant rendus indépendants, ce califat se trouva divisé en dix Etats (1038), et il entre, dès lors, dans sa période de décadence.

5. Les chrétiens d'Espagne qui, sous la conduite de Pelage s'étaient retranchés dans les montagnes des Asturies, commencèrent à faire une guerre opiniàti'e

3. Quel est le chef dano's qui fut ctabh roi d'Angleiorre Y Quelle fut la conduite de ses successeurs ? Quel a été le dernier roi des Saxons ? Par qui fut envahie l'Angleterre après la mort d'Edouard? — 4. Comment l'Espagne était-elle alors divis'^e ? Quel fut le caractère^ du rogne des successeurs d'Abdérame ? En combien d'Étate le califat d» Oordouo fut-il divisé? — 6. Quel fut le successeur de Pelage ? Quel fut le fondateur d'Oviédo ? -^

EMPIRE d'orient. 12^

aux musulmans. Favila, fils de Pelage (737), sonmit les Astnrics. Alphonse-le-Catholique enleva aux Sarrasins la Galice et les royaumes de Léon et de CastiJle. Froïla, son fils (757), ayant défait les musulmans, bâtit en souvenir de sa victoire, Oviédo, dont il fit la capitale do ses Etats. A partir de ce moment, les successeurs de Pelage prirent le titre de roi d'Oviédo.

6. L'expédition de Charlemagne contre les ilaures. et la Marche de Barcelone, qu'il constitua en Espagne', donnèrent bientôt naissance à la Xavarre, où un seigneur, nommé Aznar, se rendit indépendant. Son petit-neveu Garcia-Ximénès se fit proclamer roi (957), et choisit Pampelune pour sa capitale. Les rois des Asturies s'unirent à Sanche III, dit le Grand, roi de ^avarre (1000) et gagnèrent de concert la bataille de Calatanosor, à la suite de laquelle Sanche-le-Grand conquit l'Aragon et la Castille. A sa mort (1035), ses Etats furent partagés entre ses enfants, et c'est de là que naquirent les royaumes de :N\nvarre, de Castille et d'Aragon. De sorte qu'il y eut en Espagne, à cette époque, trois royaumes chrétiens en face de dix États musulmans.

SECTION IV

Empire â: Orient depuis V extinction des Héraclides

jusqu'à Vavenement des Comnènes

^ • ^,^g^^"d événement de cette époque pour l'em^ pire d Orient, fut le schisme de l'Église grecque; J iieresie des iconoclastes ou briseurs d'imagè« le prépara, Photius l'établit en principe et Michel Cérulaire

e con.^omma,

r« ;,.?.^ f royaunie de Navarre fut-il .^tabli ? Qrel est le prin- F«?oL;"°n ","' '°° ^"'I^^'® *°°^^^ '«s possessions des chrétiens en i;/irf.\^c f °^,'^' royaames qui sortirent du démembrement des Etitfi de Sanc'ie-le-Grand? ui "^cuv

d-Orie^nt^' ^°^ ^^ ^^^"""^ événetrent de cette (^pcqr. ponr l'empîr*

2. L'erreur des iconoclastes fut avancée d'abord par Léon risaurien, le fondateur de la dynastie de ce nom (717). Le patriarche de Constantinople, eaint Germain, et le souverain pontife Grégoire II, s'opposèrent H cette doctrine barbare. Le fils de Léon, Constantin Copronyme (741), la soutint encore avec plus de cruauté et de barbarie. Ce prince perdit l'Italie, qui se détacha de son empire à la suite de ses persécutions. L'impératrice Irène rendit la paix à ^Égli^ï0 et à l'empire en faisant condamner cette hérésie au second concile de ]S^icée (787). Malheureusement d'autres empereurs iconoclastes reparurent : Léon l'Arménien renouvela les persécutions contre les orthodoxes (816). Son exemple fut suivi par ses successeurs, et l'Orient ne recouvra sa tranquillité que sous la régence do l'impératrice Théodora, femme d'une foi pure et d'une émincnte piété. Cette princesse facilita la convocation d'un nouveau concile œcuménique qui se tint à Constantinople. L'hérésie y fut encore une fois condamnée,' et c'en fut fait de cette erreur qui avai t troublé l'Orient pendant plus d'un siècle et fait couler des flots de ,sang (842).

3. Malheureusement, à l'hérésie devait succéder le schisme. Photius, l'homme le plus savant de son temps, mais qui unissait à un génie flexible et fécond toutes les ressources d'une fourberie consommée, en fut l'auteur. Ayant cherché à déposséder de son siège saint Ignace, patriarche de Constantinople, il se vengea de l'échec qu'il rcut en posant tous les principes au nom desquels l'Eglise grecque s'est séparée plus tard de l'Eglise latine. Cet intrigant nia la primauté de juridiction de l'Eglise romaine, et prétendit que Constantinople était l'égale de Rome, sous le rapport, religieux comme sous le rapport civil. A la mort de «lint Ignace, il se fit nommera sa place (877), et resta

2. Quelle hérésie soutint Léon l'Isaurien? Quels furent les défenseurs de l'orthodoxie ? Que sait-on de Const.'îotin Copronyme ? Qu'était Irène et que fit-elle ? Où. l'hérésie fut-eiie condamnée ? — 3. QaeK fut l'auteur du schisme grec ? Quel était le caractère de Photius ? Par qui fut-il espuhé du siège de Conîtantinope ?

LA PAPAUTÉ ET L'eMPIRE. 131

en possession du siège de Constantinople jusqu'à ce que Léon le Philosophe l'on expulsa de nouveau.

4. Les empereurs de Constantinople montraient encore quelques vertus guerrières. Xicéphore, Zimiscès, et Basile II remportaient sur les Arabes, les Bulgares et les Eusses des succès qui voilèrent un instant les turpitudes qui déshonoraient le trône. Mais, après ces exploits, l'histoire n'a plus à enregistrer que des revers ou des crimes. C'est dans ces tristes conjonctures que se consomme le schisme de l'Église d'Orient par les intrigues du patriarche Michel Cérulaire (1054). Quelques années après ce déplorable événement, la dynastie Macédonienne, qui avait commencé avec lempereur Basile II, fut remplacée par celle de.:> Comnèncs (1057).

TROISIÈME ÉPOQUE

DEPUIS SAINT GRÉGOIRE YII, JUSQU'A LA MORT DE BONIFACE YIII (1073-1303).

SECTION I

La Papauté et V Empire. Investitures.

Guelfes et Gibelins (1063-1273).

1. L'Europe, constituée en nations définitives, depuis la fin de la Deuxième Epoque, a déjà commencé l'œuvre de son organisation. Deux pouvoirs sont en présence, l'Eglise et la Féodalité. Celle-ci, qui dégénéra plus tard en t}Tannie, fut dans l'origine un pouvoir bienfaisant, puisqu'elle attacha les hommes

4. Que sait-on de Nicéphore, Zimiscès et Basile II ? Que devint l'empire après le règne de ces princes ? Par qui le schisme fut-il consommé ? Quelle est la dynastie qui succéda à la dynastie macédonienne ?

1. Quelle était la situation de l'Europe an commencement de cette époque ? »

i32 HISTOIRE DU MOTEN-AQÉ.

au sol par l'hérédité, et commença l'éducation doHiesti- (pie en laissant à la femme, que le christianisme avait relevée, sa douce et légitime influence. Mais la force moi-ale de l'époque réside dans l'Église, qui éclaire les in te ligences, adoucit les mœui-s, protège les opprimés et pénètre de son souffle vivifiant les deux plus grandes œuvres du moj^en-âge, la chevalerie et les croisades. Ce fut en France surtout que son action se fit sentir, parce qu'elle y trouva des cœurs jdIus généreux et plus dociles. En Allemac^nc. elle eut à combatti-e les envahissements de l'Empire et à maintenir les droits de sa mission, intimement liés à ceux de la conscience humaine.

2. Henri lY n'avait que six ans quand il succéda à son père Henri III sur le trône d'Allemagne. Son éducation fut très-négligée ; on laissa se développer en lui toutes les passions qui ont fait le malheur do son règne. Ce prince gouvernait avec tyrannie et se laissait aller à toutes sort«^s de débauches. Il poussait jusqu'aux dernières limites du scandale la simonie ou le trafic des choses saintes, vendait les abbayes et les évêchés à des hommes indignes, si bien que le clergé allemand se déshonorait par ses désordres et son ignorance, et compromettait la religion dans l'esprit des 2)euptes.

3. Pour faire triompher l'Eglise de cette cruelle épreuve, il fallait un homme d'un génie supérieur, d'une sainteté éminente et d'un grand courage. Cet homme fut saint Grégoire YII. Il était fils d'un simple charpentier, et se nommait llildjbrand. Il avait été moine dans l'abba^'e de Cluny, alors très-considérable. A peine fut-il élevé sur le trône pontifical que, touché des maux extrêmes de 1 Eglise, il résolut de relever la chaire de saint. Pierre en lui rendant son indépendance et l'exercice de ses droits légitimes. Il com-

2. Quel fut le caractère de Henri IV ? ijuelles usurpations avait-il commises, et quelles en étaient les conséquences (^^astreut-es ? — 3. Quel est l'homme qui prit la d<5fense des intérêts de l'Eglise ? Quelle mesure prit sa. nt Grégoire VII aussitôt après son arénement? Coœ-^ ment attaqua-t-il les inrestitures ?

LA PAPAUIÉ £r L'EilPIEi:, 13S

mença par réformer la disciplino ecclésiastique ; puis il assembla deux conciles qui proscrivirent la simonie et défondirent aux laïques de conférer l'investiture des charges ou dignités ecclésiastiques jDar l'anneau et la crosse, symboles du gouvernement des âmes.

4. Au lieu d'obéir au décret du concile, Henri lY nomma un antipape. Do son côté, Grégoire YII, conformément aux maximes de droit public alors généralement admises parmi les peuples catholiques do l'Europe, se détermina à lancer non-seulement l'excommunication contre l'empereur, mais encore à délier pour un temps ses sujets du serment de fidélité et à transférer la couronne à un autre prince. Henri, excommunié, voyant les peuples se soulever contre lui, vint à Canossa, en Lombardie, recevoir l'absolution après une pénitence publique et solennelle (1077).

5. Bientôt après, infidèle à ses engagements, Henri rompit avec le pape et s'exposa témérairement à do nouveaux malheurs. Il fit élire un antipape et livra plusieurs batailles à son rival, Eodolphe do Souabe, qui périt à la journée de Mersebourg (1080). Grégoire VII pouvait compter sur une grande partie des seigneurs allemands, sur les Saxons, sur la comtesse 3Iathildo d'Esté, souveraine de la Toscane, et sur Eobert Guii^card, chef des Normands d'Italie, qui parvint à soustraire le pape aux coups de son ennemi (1084). Malgré ces appuis, le courageux pontjfe, a[)rès la prise de Rome par l'empereur, fut obligé de se retirer à Salerne, où il mourut exilé en prononçant ces belles paroles: ''J'ai aimé la justice et haï l'iniquité; c'est pour cela que je meurs en exil (1085).

6. Les successeurs de saint Grégoire YII, Yictor III et Urbain II, soutinrent son œuvre avec énergie. Pascal II renouvela l'excommunication portée contre l'incorrigible tyran. Les deux fils de Henri lY se

4. Henri IV so aoutiiit-il? — 5. Fut-il Gdèle à sa promesse? Que devint Rodolphe ? Quels furent les scccès de Henri IV ? Par qui •aint Grégoire fut-il délivré? Où mourut-il? — 6. Quels furent les iuccespeurs de saint Grégoire Vli ? Quels furent les chagrins de Henri IV dans sos dornières années ? De quelle manière mourut -il ?

134 HISTOiaZ DU MOYEX-AGE.

révoltèrent siiccessivtîincnt, et les forces réunies de la Toscane et des villes Lombardes lui firent essuyer une défaite (1090). Après de nouvelles vicissitudes et de nouvelles fautes, abandonné de tous, forcé d'abdiquer, le vieil empereur alla mourir à Liège, dans la misère (1106). Il avait jeté le trouble en Allemagne et en Italie pendant cinquante ans.

7. Avant son avènement, le rebelle Henri V, fils de Henri IV, avait promis de reconnaître les droits du saint-siége ; mais à peine fut-il assis sur le trône qu'il oublia ses engagements. Il persécuta le souverain pontife, qu'il osa même jeter en prison. Mais les peuples se déclarèrent pour l'illustre captif; et, dans le concordat de "Worms (1122), la question des investitures fut enfin résolue à la satisfaction de l'Eglise.

8. Henri V ne survécut que trois ans au concordat dcAVorms. Avec lui s'éteignit la maison de Franconie (1125). Les électeurs élurent Lothaire, duc de Saxe, pour lui succéder. A la mort de Lothaire, deux maisons puissantes entrèrent en rivalité, celle des Welf (Guelfes), qui possédait la Bavière, les duchés de Saxe et de Toscane ; celle des seigneurs de Wiblingen (G-ibelins), ou Hohenstauffen, maîtres de la Souabe et de la Franconie. Leurs dissensions gagnèrent bientôt l'Italie, où le parti des Gibelins soutenait la cause de l'empire ou le despotisme des empereurs, qui voulaient établir leur domination absolue sur cette contrée ; tandis que le parti des Guelfes, obéissant à l'infiuence des papes, défendait l'indépendance des républiques italiennes, et des villes libres de Lombardie.

9. Conrad III, de la maison de Souabe, duc de Franconie, se fit élire (1138). Il fut le chef de la dynastie des Gibelins et des Hohenstauffen. Conrad étant mort au retour de la terre-sainte, où il était parti pour la seconde croisade, son neveu Frédéric 1er Barberousse

7. Quelle fut la conduite de Henri V envers le saint-siége ? Quel fut le résultat du concordat de Worms ? — 8. Qnel fut le successeur de Henri V ? Qu'étaient les Gue fes ? Qu'ét ient les Gibelins ? — 9. Que sa.t-on de Conrad III? Quel fut son successseur ? Quelles furent les prétentions de Frédéric Barberousse ? Quel est le pontife qui p'opposa à ses envaliissementa ? Oh. Frédéric fut-il battu ?

LA PAPAUTÉ ET L'em:pIRE. 135

lui succéda (1152). Ce prince, après s'être rendu maître de toute l'Allemagne, porta la guerre on Italie ; il attaqua les villes lombardes qui étaient alors indépendantes. Le pape Alexandre lit, qui savait fort bien que la liberté du saint-siége et de toute l'Italie était engagée daîis cette guerre, soutint ces républiques contre le despotisme allemand, et eut la gloire de triompher de son terrible adversaire, qui fut obligé, après sa défaite de Legnano, de signer à Venise un traité pnr lequel il reconnut la liberté de l'Italie et les droits du saint-siégo (1177).

10. A l'avènement d'Innocent III, rAllemagne était en proie à des divisions profondes, toujours suscitées par la même cause. Le parti guelfe y était représenté par Othon IV de Brunswick, et le parti gibelin, par Philippe de Souabe. Innocent se déclara pour Othon : mais, après une longue lutte, la victoire s'étant décidée pour Philippe, le pape le reconnut (1198). Mais ce prince ayant été presque aussitôt assassiné. Innocent fit élire Othon à sa place. Il ne tarda pas à s'en repentir, car Othon se tourna contre son bienfaiteur, et l'obligea à l'excommunier. La sollicitude du pontife se porta sur Frédéric, jeune prince de quatorze ans, da sang des Hohenstauffen, qu'il avait déjà fait couronner roi de Sicile (1212).

11. Frédéric II triompha d'Othon, et respecta le saint-siége tant qu'il fut occupé par Innocent III, à qui il était redevable de la conservation de son patrimoine et de son élection à l'empire ; mais il reprit, sous Honorius III et Grégoire IX, les errements de ses prédécesseurs, et fut excommunié. Innocent IV ayant été élevé sur le siège de saint Pierre, l'obstination de Frédéric l'obligea de s'éloigner de Home et de se retirer à Lyon, où il convoqua un concile général

10. En faveur de qui lunocent III se prononra-t-il ? Que fit Othon ? Qui les princes allemands élurent-ils à sa plaoe ? — 11. Quelle fut la conduite de Frédéric pendant le règne d'IIonorius ? Pourquoi Frédéric fut-il excommunié? Quel fut le successeur de Grégoire IX V Que fit Innocent IV V Quel fut le sort de Frédéric II ? Combien de tempo régna Conrad IV ? Comment mourut Conradin ? Quelle est la famille qui succéda aux Hohenstauffen ?.

136 msToiaE du moyen-âge .

dans lequel l'empereur fut déposé (1245). Cette sentence anéantit le po ivoir de Frédéric, qui ne compta plus que des revers, et mourut accablé de chagrins (1250). C'était un prince habile et instruit, doué de grands talents politiques, législateur, ami des lettres et des arts; mais par son despotisme et par la licence de ses mœurs, il ressemblait plutôt à un musulman qu'à un chrétien. Son fils Conrad ne lui survécut que quatre ans, et son petit-fils, Conradin, porta sa tète sur un échafaud (1268). La dynastie de^ Hohenstauffen, qui avait cau.^é tant de maux à l'Ëglise, s'éteignit ainsi misérablement; elle fut suivie en Allemagne d'un interrègne qui dura jusqu'en 1273, et qui amena les divisions les p^us déplorables dans ces contré3S. Les électeurs mirent fin à cette anarchie, eu élevant au trône impérial la maison de Habsbourg.

SECTION II

Croisades et Chevalerie (1095-1270).

1. Sous les Comnènes, l'empire de Constantinople avait fait de grandes pertes. Les Turcs Seldjoucides lui avaient enlevé la Mésopotamie et l'Arménie. Bientôt Malek-Shah ne laissa aux empereurs grecs, en Asie, que Trébizonde. Il était à craindre que l'Islamisme, prenant l'Europe à revers, ne recommençât la grande invasion arrêtée autrefois par Charles-Martel. L'empire d'Orient ou plutôt le Bas-Empire, était incapable de se défendre; il s'était beaucoup affaibli en se béparant de l'Eglise latine (857), et le schisme, consommé en 1054, par Michel Cérulaire, fut le prélude de sa chute définitive. A l'avènement d'Alexis 1er (1081), l'empire était réduit à la plus grande détresse. Ce prince implora le secours des nations de l'Occident, enflammées déjà par les prédications inspirées

1. Qiie'les provinces les Turcs Seldj ucide» enlevèrent-ils aux empereurs de Constantinople? Quelle était lu. situation de l'empiro* d'Orieat, à ravénement d'Alexis 1er ?

d'un paarre pèlerin d'Amions, nommé Pierro l'Ermite.

2. Déjà Sylvestre II et saint Grégoire VII avaient conçu l'idée de ces expéditions saintes ; ce fat Urbain II qui réalisa leurs projets. La querelle du sacerdoce et de l'empire semblait éteinte; le pontife, au concile deClermont (1095), venait de lancer i'anathème sur deux princes rebelles, Henri YI et Philippe 1er. Prêchant ensuite la paix au dedans et au dehors la croisade, il termina son discours par ces mots: " Dieu le veut", qui devinrent le cri de ralliement des croisés. Il enflamma ses auditeurs d'un saint zèle et distribua la croix, symbole du pèlerinage, à une multitude de tous pays, de toutes langues et do tontes conditions. Les croisades, au nombre de huit (1095-1 2T0), appartiennent en grande partie à l'histoire de France, puisque celle-ci y joua le principal rôle et qu'elle en recueillit les fruits les plus précieux.

3. Première Croisade. — Dans la première chaleur do l'enthousiasme, les peuples se soulevèrent, et, après s'être choisi des chefs au hasard, les plus ardents se mirent en routo pour l'Orient sans ^e préoccuper de leurs moyens d'existence. 2'Iais, après ce premier mouvement d'effervescence, les croisés s'organisèrent régulièrement sous la conduite des prince-s les plus illustres de la chrétienté. Godefroy de Bouillon, duc de la Basse-Lorraine, fut choisi pour être le chef de l'expédition. Il avait pour compagnons Hugues de Yermandois, frère du roi de France ; Hobert Coartc-Heuze, duc de Normandie ; Etienne, comte de B'ois et de Chartres; Kaymond. comte de Toulouse; Robert II, comte de Flandre; Bohémond de Tarente, fils de Robert Guiscardet Tancrède, son neveu. L'évèque du Puy, Adhéraar do Monteil,

représentait le pape en qualité de légat, et était le chef spirituel de l'armée. Ils se donnèrent rendezvous ta Constantinople.

2. Quels fureut leg papea qui eurent les prem. ers l'idée des oroi- 5ade3 ? Qui dccida la premièro croisade ? — 3. Quels furent lesohefs do 1a première croisade ?

4. A la vac de cotte puissante armée, Alexis Comnène fut glacé d'effroi. Il ne savait que faire de ces hommes armés d'un arc diabolique, dont les flèches traversaient les boucliers et les murailles, selon l'expression d'Anne Comnène. Il se décida, non sans peine, à transporter leurs innombrables bataillons à travers le Bosphore dans l'Asie Mineure. Les croisés s'emparèrent do Nicée (1097), remportèrent sous les murs de cette ville leur première victoire sur le sultan d'Iconium, le défirent une seponde fois à Dorylée et fondèrent la principauté d'Edesse. Leur armée victorieuse s'avança vers Antioche, dont ils firent le siège. La trahison leur en ouvrit les portes (1098), et ils créèrent une seconde principauté dont Bohéjnond fut le souverain. Le sultan de Mossoiil s'étant .-ivancé avec une armée de deux cent inîTTe hommes, le découragement commençait à les gagner, lorsque la. découverte du fer de la lance qui avait percé le côté du Sauveur les ranima. Ils marchèrent droit à l'ennemi, et les Turcs, incapables de résister à leur choc impétueux, laissèrent sm' le champ de bataille plus de cent mille morts avec d'immenses richesses.

5. Godefroy de Bouillon n'avait plus sous ses ordres que cinquante mille hommes quand il partit de la Syrie pour aller à la conquête de la Palestine. Ils marchaient pieds nus et chantaient des psaumes, s'inquiétant peu des obstacles qu'ils rencontraient sur leur route. Quand ils virent Jérusalem, ils se prosternèrent le front dans la poussière, et fondirent ensuite avec intrépidité sur la ville sainte, espérant en escalader les remparts sans autres secours que leurs bras et leur courage. Ayant été repoussés dans cette première attaque, ils construisirent des machines de guerre, et après d'horribles souffrances causées par le climat et la disette, ils donnèrent l'assaut un vendredi (15 juillet 1099), à trois heures après midi, et

4. Comment les croisés farent-ils accueillis à Constantinopl© * Quelles furent leurs premières conquêtes ? — 5. Comment attaquèrent a ils Jérusalem? Quel titre prit Godefroy de Bouillon? Combien de temps régna-t-il ?

forent victorieux. Godefroy de Bouillon, après avoir arrêté le carnage, qui fut affreux, reçut d une commune voix le titre de roi de Jérusalem. Il le refusa cependant, ne voulant pas être couronné d'or là où lo Sauveur l'avait été d'épines. Il se fit appeler, par humilité, baron du Saint-Sépulcre, et affermit son nouvel Etat par la victoire d'Ascalon. Mais il mourut après un an de règne (1100).

6. Grodefroj de Bouillon donna à son royaume, sous le nom (.VAss'ses de Jérusalem, un code de lois qui transporta en Palestine le régime féodal. Trois principautés chrétiennes furent placées sous la suzeraineté de Godefroy de Bouillon, celle d'Êdesse, celle d'Antioche, et celle de Tripoli, Mais la croisade une fois terminée, les chrétiens restaient encore exposés aux attaques des infidèles. Deux ordres religieux et militaires, fondés dans un but de protection, rendirent en quelque sorte la croisade permanente. Ce furent les ordres des Chevaliers de saint Jean ou Hospitaliers et des Templiers ou gardiens du temple, qui remplirent longtemps l'Europe et l'Asie du bruit de leurs exploits. Les Allemands instituèrent pour la même fin un troisième ordre, nommé Teut07iiqiie, célèbre surtout en Occident.

T. Deuxième Croisade. — De nouvelles explosions du fanatisme musulman provoquèrent une seconde croisade. Godefroy de Bouillon et son successeur Beaudouin avaient agrandi le royaume de Jérusalem par la prise des villes de Saint-Jean d'Acre, de Béryte, de Sidon et de Tyr. Mais la mort du sultan de Perse favorisa l'établissement de deux nouvelles sectes, les Atabeks et les Assassins qui rendirent aux Musulmans leur sauvage énergie. Les Atabeks, sous la conduite du redoutable Xourcddiu, s'emparèrent d'Édesse et menacèrent les royaumes chrétiens. Alors fut résolue la seconde croisade.

6. Quelle fut la constitution du royaume de Jérusalem ? Quels sont les ordres militaires qui furent fondés pour la protection des sainte lieux? — 7. Quel revers firent subir les Atabeks au royaume de Jérusalem ?

140 niSTOIKE DU aiOTEN-AOï.

8. Cctto croisade fut prèchéo par saint Bernard, l'éloquent abbé do Clairvaux, à l'assembléo de Vézelay en Bourgoi^ne, sous le pontificat d'Eugène Jll (1187). L'armée allemande do l'empereur Conrad III, trahie par les Gr©cs, fut presque anéantie près do Nicée. Louis VII, roi de France, dévoré de remords après l'incendie de Vitrv, rejoignit l'empereur sous les murs de Damas ; il avait eu l'imprudence do suivre la route do terre, ce qui lui fit ]>erare toute sou armée dans les solitudes de l'Asie Mineure. Damas no put être prise, les deux princes revinrent sans gloire dans leur pays, après une expédition stérile qui désola le cœur de saint Bernard et découragea l'Occident.

9. TROisiàiiE Croisade. — Noureddin avait chargé gon lieutenant Saladin de conquérir l'Egypte sur les Fatimites. Celui-ci s'acquitta de sa mission avec succès, vainquit les Fatimites, et, à la mort de Nouroddiû, proclama son indépendance (1173). Il s'empara de la Syrie et entreprit la conquête de la Palestine. Le roi de Jérusalem, Guy de Lusignan, lui présenta la bataille sur les bords du lac de Tibériade (1187). Malgré des prodiges de valeur, la vraie croix tomba entre les mains des infidèles, Guy do Lusignan fut fait prisonnier, et, à la suite de ce désastre, Jéricho, Ptolémaïs, Jaifa, Césaréo et Jérusalem tombèrent entre les mains des Turcs.

10. A la nouvelle de la prise de .Térusalem, le pape Urbain III mourut de douleur. Toute la chrétienté prit le deuil, et quand Guillaume, archevêque de Tyr, vint en Europe prêcher une nouvelle croisade, sa parole fut non-seulement entendue par les Français, mais encore par les Danois, les Saxons, les Allemands, les Génois, les Pisans, les Vénitiens, en un

8. Par qui fut prôchée la seconde croisade ? Quels sont les souverains qui y prirent part? Que devint l'armée do Conrad III? Où Louis VII rejoignit-il Conrad III? Quelle ville assiégèrent-ils ? — 9. Quels furent les succès de Saladin? De queues villes s'empara-t-il î^ — 10. Quel fut l'effet produit en Europe par la nouvelle de la prise de Jérusalem ? Par qui la troisième croisade fut-elle prêchée ** Quâl» sont les souverains qui la diri;;ôrect '.'

mot, tous les peuples de l'Occident prirent les armes. L'empereur d'Allemagne, Frédéric Barberousse, le roi de France, Philippe Auguste, et le roi d'Angleterre, Eichard Cœur de Lion, se mirent à la tête des croisés.

11. Frédéric Barberousse partit le premier, défit trois cent mille Turcs en Asie ]>lineure, et périt au passage d'une rivière obscure de la Cilicie. Les rois de France et d'Angleterre s'embarquèrent, l'un à Gênes, l'autre à Marseille, et se réjoignirent en S^ ci!e (1190). Là. de grands dissentiments éclatèrent entre eux. A peine réconciliés, ils se mirent en rout-e. Eichard occupa, en passant, l'île de Chypre, et rejoignit l'armée des croisés devant Saint-Jean d'Acre. Le Riége de cette place durait encore. L'impétuosité do Eichard triompha de la résistance des assiégés, et la ville fut emportée d'assaut (1191).

12. Malheureusement, après ce succès, les dissensions recommencèrent. Eichard insulta les Allemands en faisant abattre le drapeau du duc d'Autriche qu'on avait arboré au sommet d'une tour. PJiilippe Auguste, faticrué de l'orgueil qu'affectait Eichard, retourna en France, ne laissant en Asie que dix mille Français sous les ordres de Iluoiues IIL duc de Bourgogne. Eichard, resté seul, gagna sm' Saladin la bataille d'Assur après laquelle il aurait pu reprendre Jérusalem. Mais il perdit du temps à élever les murailles de Jaffa, d'Ascalon. de Xaplouse et de Gaza, et à s'illustrer par des exploits personnels qui ne pouvaient avoir de résultat. Il obtint néanmoins de Saladin une trêve, et il fut convenu avec le sultan que les chrétiens seraient libres de faire le pèlerinage de la terre-sainte et de remplir tous leurs devoirs rehgieux à Jérusalem (1192).

13. Quatrième Croisade. — Les fils de Saladin, après la mort de leur père, furent dépouillés par leur oncle Malek-Adhel. Jérusalem était toujours captive. Un

11. Oh mourut Frédéric Barberousse ? Que firent Philippe Auguste et Richard? — 12. Quelle concession Richard obtint-il de Saladin ? — 13. Par qui la quatrième croisade fut-elle prflohée ? Otl »• réunirent le» croisés ?

des plus grands pontifes du moyen-âge, Innocent HI, apprenant avec douleur la misère extrême des chrétiens en Orient, avait ordonné de prêcher une nouvelle croisade. Il en chargea un pauvre prêtre, Foulques, curé de Xeuilly. Philippe Auguste ne prit aucune part à cette expédition ; mais des seigneurs français, parmi lesquels on remarquait Beaudouin, comte de Flandre, Simon de Montfort, Geoifroj de Villehardouin, historien de cette croisade, et avec eux des princes italiens, Boniface, marquis de Montferrat et le doge de Venise, Henri Dandolo, aveugle et octogé-% naire, réunirent à Venise une armée imposante. Les Vénitiens s'engagèrent à fournir tous les vaisseaux pour le transport de l'armée moyennant quatre millions de francs et la moitié des conquêtes.

14. Comme on était sur le point de mettre à la voilo. Alexis, fils d'Isaac Comnène, vint supplier les croisés de délivrer son père, emprisonné par un usurpateur, son propre frère, nommé aussi Alexis. Les croisés, se laissant alors détourner du but pour lequel ils avaient pris les armes, marchèrent sur Constantinople. rétablirent d'abord Isaac ; puis, mécontents de l'empereur et profitant d'une nouvelle usurpation, ils con- (] uirent Constantinople pour leur propre compte(1204) . Beaudouin reçut la couronne impériale, Dandolo fut prince du Péloponèse, les Vénitiens s'emparèrent de toutes les positions favorables au commerce, et chaque seigneur croisé eut sa part de la conquête. Quelques princes grecs émigrèrent en Asie. Lascaris, parent de Comnène, établii à Nicée un petit Etat. Ses successeurs, les Paléologues, furent reçus à Constîuitinople (1261), sans avoir eu besoin de tirer l'épée.

15. Cinquième Croisade, — Pendant que les croisés s'emparaient de Constantinople, la famine et la peste désolaient l'Orient. Innocent III, touché de ces dé-

7.4. Pourquoi les croisés marchèrent-ils sur Constantinople ? Que e?t l'empire qu'ils fondèrent? Qu'était Lascaris, et qu'établit-il '.' Quels princes renversèrent l'empire latin de Constant nople ? — lï. Quj fit Innocent III, en faveur de? chrétiens d'Orient? Quel fut l*» résultat de l'expédition d'André de Hongrie 'i

sastres, fit décider une nouvelle croisade au concile de Latran (1215). Cinquante mille hommes tant Allemands que Français prirent les armes, mais ils furent mal dirigés et périrent victintes de leur inexpérience. Honorius III, successeur d'Innocent, poui-suivit son dessein. Frédéric II avait pris la croix, mais il refusait d'accomplir son vœu. André II, roi de Hongrie, se mit alors à la tête de l'expédition. Il était accompagné de Jean de Brienne, roi titulaire de Jérusalem, et de Lusignan, roi do Chypre. Les trois princes se dirigèrent vers l'Egypte, où ils s'emparèrent de Damiette (1213). Ils auraient obtenu Jérusalem et ses dépendances, si l'obstination du iégat Pelage ne les avait forcés de combattre au moment où ils allaient signer un traité avantageux.

16. Sixième Croisade. — L'empereur Frédéric II ayant épousé Yolande, fille de Jean de Brienne, devint ainsi roi de Jérusalem. Cette alliance et l'excommunication du pape Grégoire IX, le décidèrent enfin à s'embarquer pour l'Orient. Mais l'anathème pontifical le poursuivant jusqu'à Jérusalem, il ne trouva pas un ôvêque qui consentît à le sacrer, de sorte qu'il se couronna de ics propres mains. Il conclut avec Malek-Adhel un honteux traité qui laissait aux Musulmans la domination des lieux saints, et il se hâta de revenir défendre ses couronnes d'Allemagne et d'Italie.

17. Septième Croisade. — En 1244, la ville sainte fut prise et horriblement saccagée par un peuple barbare, les Turcs Kharismiens, que les conquérants mongols chassaient devant eux. A cette triste nouvelle, le cœur de Louis IX, roi de France, avait été profondément ému. Étant tombé malade sur ces entrefaites, il fit vœu de prendre la croix, et, revenu à la santé, il confia la régence de son royaume à sa mère Blanche de Castille, et s'embarqua à Aigues-

16. Comment Frédéric II partit-il pour la terre-sainte ? Quel était »on caractère ? Quels furent sea rapporta avec ^^alek-Adhel ? — 17. Par qui la Palestine fut-ello ravagée ? Quel vœu fit saint Louis, s'embarqua-t-il ?

Mortes, sur la Méditerranée, avec la reine Marguerite, sa femme, deux de ses frères et plusieurs Beigneurs, parmi lesquels était le sire de Joinville, historien de la croisade (1248).

18. On passa l'hiver dans l'île de Chypre. Ensuite saint Louis, pensant avec raison que la possession de l'Egypte était la clef de la Syrie, vint attaquer Damiette qu'il emporta vaillamment d'as-aut. Au lieu de se mettre en route pour le Caire, il attendit six mois des renforts, et alors la funeste bataille de la Massoure, où périt Eobert d'Artois, frère de saint Louis, jeta l'armée et le roi dans un extrême péril. La peste s'étant répandue dans le camp, saint Louis fut forcé de se rendre prisonnier avec douze mille des siens.

10. Saint Louis, dans son malheur, montra une grandeur d'âme qui donna, de lui et de la religion chrétienne, une très-haute idée à son vainqueur. Le sultan lui ayant demandé pour sa rançon Daniiette et un million de besants dor (81900000), il lui fit cette belle réponse : '' Un roi de France ne se rachète point à prix d'argent; je donnerai le million de besants d'or pour mes sujets et Damiette pour ma personne. " Cette magnanimité toucha tellement le sultan qu'il déduisit cent mille livi-es sur la somme convenue. Saint Louis se rendit ensuite en Palestine où il resta trois ans, s'occupant à fortifier les villes, à rétablir la concorde entre les princes chrétiens et à les consoler dans leur malheur en leur donnant les plus beaux exemples de résignation, de dévouement et de patience. La nouvelle de la mort de la reine Blanche, l'obligea de retourner dans ses Etats(1254).

20. Huitième et dernière Croisade. — Les succès des Mamelucks, et la ruine de toutes les villes chrétiennes, à l'exception de Saint-Jean d'Acre, détcr-

18. Quels furent les succès de saint Louis? Où fut-il vaincu et fait 'prisonnier? — 19. <;!oraraent saint Louis se oonduisit-il dans les fers ?

Quelles furent les conditions de sa rançon? — 20. Quelle fut la d<v»- \ivère croisade ? Sur quel pays fut-elle dirigée ? Quelle fut la mor;

de saint Louis? Que devinrent les chrétiens d'Orient?

minorent saint Louis à prendre une seconde fois la croix. XiO royal pèlerin fit voile vers Tunis, dans l'espérance de convertir le sultan de ce pays, cédant d'ailleurs aux instances do son frère, Charles d'Anjou, roi de Sicile, qui réclamait son appui contre les pirates musulmans do la Méditerranée. Une maladie contagieuse envahit son armée; Tristan, comte de î^evers, fils de saint Louis, né à Bamiette, succomba un des premiers. Atteint lui-même de la contagion, le roi fut bientôt réduit à l'extrémité ; après avoir donné d'admirables conseils à son fils, Philippe III, il expira sur la cendre, enveloppé d'un cilice, donnant à la fois l'exemple do l'humilité la plus parfaite et do la force d'âme d'un grand roi. L'armée fut sauvée par Charles d'Anjou, qui obtint du roi de Tunis un traité assez avantageux. La terre sainte fut pour toujours abandonnée aux infidèles. Les trois ordres religieux se retirèrent : les Hospitaliers d'abord à Chypre, puis dans l'ile do Ehodes ; les Templiers en France, et les chevaliers do l'ordre Teutonique, en Courlande, où ils se dévouèrent, pendant deux siècles, à la conversion des Prussiens encore idolâtres.

21. Eésultats des Croisades. — Si les fautes des chefs et la mauvaise foi des Grecs mirent obstacle au succès matériel des croisades, elles n'eurent pas moins poiu* conséquence de retarder de trois siècles la chute de Constantinople, et de hâter les progrès de la civilisation chrétienne en Europe. Elles rapprochèrent entre elles non-seulement les nations, mais les diflerentcs classes de la société, do manière H rendre l'ordre public et le bien général plus faciles. L'extension du pouvoir spirituel des papes, raffermissement de la royauté, l'émancipation des communes, l'affranchissement des serfs, furent, en grande partie, le résultat de ces expéditions lointaines, sans compter l'essor donné au commerce et à la navigation qui enrichirent Ycniso, Gènes, Pise, Itar-

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