‹ Cours abrégé de belles lettres à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 15 sur 77 · SECTION QUATRIEME, STYLE DE LA POÉSIE PASTORALE · texte numérisé non relu

SECTION QUATRIEME, STYLE DE LA POÉSIE PASTORALE

Le style de la poésie pastorale doit se régler sur la nature des objets dont elle s’occupe, et sur le caractére des bergers. Il doit être simple, c’est-à-dire, que les termes ordinaires y serontemployés sans faste, sans apprêt, sans dessein 2pparent de plaire. Ii doit La douceur se sent mieux qu’elle ne peut

s'expliquer: c’est un certain moëlleux, mêlé de déli-

être doux.

catesse et de simplicité, soit dans les pensées, soit Il doit être naïf, c’est-à-dire qu’il emploie certaines expressions simples,

dans les tours, sait dans les mots.

et qui paraissent nées. d’elles-mêmes plutôt que choisies. Enfin il doit être gracieux dans les descriptions.

Les bergers ont des tours de phrase qui leur sont familiers, des comparaisons, des images qu’ils emploient, parce que les expressions propres leur manquent. Pour dire qu’il est midi, ils disent : le {roupeau est à l’ombre des bois. Pour dire qu’il est tard, ils disent: l'ombre des montagnes s'allonge dans les vallées: Il en est de même des idées abstraites qu’ils rendent toujours par des images sensibles. Ils ont aussi des descriptions détaillées, quelquefois d’une coupe, d’une corbeille: ils ont des circonstances menues, qui tiennent parfois au sentiment, et qui d’autrefvis ne font que peindre lextrême oïsiveté des bergers. ÆEn général, on doit éviter dans le style pastoral tout ce qui sentirait l’étude et l'application, tout ce qui pourrait donner l’idée de peine et de

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travail. Mais comme ce sont des gens d’esprit qui inspirent les bergers poétiques, ilest bien diflicile qu'ils s’oublient toujours assez eux-mêmes, pour ne mettre jamais les bergers à leur place, au lieu de se mettre taujours à la place des bergers. C'est pour cela que l’Eglogue prend quelquefois l’essor, traite des choses assez élevées, comme on le voit dans Théocrite, Virgile et Segrais. Mais si les bergers parlent de grandes choses, il faut que ce soit toujours avec une sorte de timidité, d'étonnement et d’embarras ; ou si l’on veut absolument chanter, et d’un ton ferme, lorigine du monde, et prédire l’avenir, alors on introduit Pan, le vieux Silène, Faune, ou quelqu’autre Dieu, comme a fait Virgile.

Les bergers n’ont pas seulement leur poésie, ils ont encore leurs danses, leur musique, leurs parures, leurs fétes, leur architecture, s’il est permis de donner ce nom à des buissons et à des bosquets. La simplicité, la douceur, la gaieté riante, en font toujours le caractère fondamental. Les fruits vermeils, les châtaignes, le lait caïllé, et les lits de feuitlage, dont Tityre veut se faire honneur auprès de Melibée, doivent nous donner une juste idée des danses, des chansons, des fêtes des bergers, aussi bien que de leur poésie.

Voiei les règles que donne Boileau de la poésie

| pastorale.

Telle qu'une Bergère, au plus beau jour de fête,

* De superbes rubis ne charge point sa tête,

Et, sans mêler à l’or éclat des diamans,

\ Cueilté eh un champ voisin ses plus beaux ornemens :

Telle aimable en son air, mais humble dans son stvie,

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Doit éclater sans pompe une élégante Idylle,

Son ton simple et naïf n’a rien de fastueux,

Ft n'aime point l’orgueil d’un vers présomptueux. Il faut que sa douceur flatte, chatouille, éveille, Et jamais de grands mots n’épouvante l’oreille.

| Mais souvent dans ce style un rimeur aux abois, l Jette-là, de dépit, la flûte et le haut#ôis ; ï Et follement pompeux, dans sa verve indiscrète,

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Au milieu d’une Eglrgue entonne la trompette.

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De peur de lécouter, Pan fuit dans les roseaux, Et les Nymphes, d’eflroi, se cachent sousses eaux. rs contraire, cet autre abje@t.en oñblal gnEx

Ses vers plats et grossiers; s' dépouillés d’agrément, RAR baisent la pe: et rpépont Peut

ve; | fa rer, Théocrite et Virgile.

Quéeurs | tendio écrits, Par les grâces dictés,

| Ngsquittent point vos mains, Jar et nuit feuilletés. Seuls, dans leurs doctes versils pourront vous apprendre Par quel art sans bassessé ün auteùr peut descendre ; Chanter Flore, les champs, Pomone, les vergers, Au combat de la flûte animer deux bergers ; Des plaisirs innocents vanter la douce amorce ;

nemens :

Changer Narcisse en fleur,couvrir Daphnéd’écorce ;

on styie, Et par quel art encor l’Eglogue quelquefois

F. Rend dignes d’un Consul la campagne et les bois. jf Telle est de ce poème et la force et la grâce.

ux. F4 7 4 L’Idylle sur l’âge d’or, ou le siècle pastoral de

ti Gresset, peut donner une idée de la matière et du style à de la Pastorale.

18, Précieux jours, dont fut ornée e, La jeunesse de l’univers, * l Par quelle triste destinée K , à * N’étes-vous plus que dans nos vers ! Fe Notre douceur charmante et pure Cause nos regrets superflus, 4 Telle qu’une tendre péinture D'un aimable objét:qui n’est plus.

JS La terre, aussi riche que belle, Unissait, dans ces heureux temps, Les fruits d’une automne éternelle Aux fleurs d’un éternel printemps.

à Tout l’univers était champêtre ; } Tous les hommes étaient bergers ; Les noms de sujets et de maître .

a . Leur étaient erftore étrangers.

ndre ; | dre ; 1 Sous cette juste indépendance,

Compagne de légalité, Tous dans une même abondance Goûtaient même tranquillité.

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Leurs toits étaient d'épais feuillages ; L'ombre des saules, leurs lambris ; Les temples étaient des bocages ; Les autels des gazons fleuris.

Les Dieux descendaient sur la terre, Que ne souillaient aucuns forfaits :

Dieux moins connus par le tonnerre, Que par d’équitables bienfaits.

Vous n’étiez point dans ces années, Vices, crimes tumultueux ;

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Les passions n’étaient pas nées ; Les plaisirs étaient vertueux.

Sophismes, erreurs, imposture, Rien n’avait pris votre poison ; Aux lumières de la nature

Les bergers bornaient leur raison.

Dans leur République champêtre

Régnait l’ordre : image des Dieux, L'homme était ce qu’il devait être ; On pensait moins, on vivait mieux.

Îls n’avaient point d’Aréopages,

Ni de Capitoles fameux :

Mais n’étaient-ils pas les vrais sages, Puisqu’ils étaient les vrais heureux ?

Ils ignoraient les arts pénibles, Et les travaux nés du besoin ;

Des arts enjouëés et paisibles

La culture fit tout leur soin.

La tendre et touchante harmonie À leurs jeux doit ses premiers airs ;

À leur noble et libre génie

Apollon dait ses premiers vers.

On ignorait dans leurs retraites Les noirs chagrins, les vains désirs,

Les espérances inquiètes,

Les longs remords des courts plaisirs,

L'intérêt au sein de la terre

N'avait point ravi les métaux,

Ni soufilé le feu de la guerre,

Ni fait des chemins sur les eaux.

Les pasteurs, dans leur héritage Coulant leurs jours jusqu’au tombeau,

Ne connaissaient que le rivage

Qui les avait vus au berceau.

Tous dans d’innocentes délices, Unis par des nœuds pleins d’attraits,

Passaient leur jeunesse sans vices,

Et leur vieillesse sans regrets.

La mort, qui pour nous a des ailes, Arrivait lentement pour eux ; Jamais des causes criminelles Ne hâtaient ses coups douleureux.

O règne heureux de la nature !

Quel Dieu nous rendra tes beaux jours !

Justice, égalité, droiture,

Que n’avez-vous régné toujours !

Ne peins-je point une chimère ?

Ce charmant siècle a-t-il été ?

D'un auteur, témoin oculaire, En sait-on la réalité ?

J’ouvre les fastes sur cet âge, Partout je trouve des regrets ;

Tous ceux qui m’en offrent l’image, Se plaignent d’être nés après.

J’y lis que la terre fut teinte

Du sang de son premier berger ; Depuis ce jour, de maux atteinte, Elle s’arma pour le venger.

Ce n’est donc qu’une helle fable :

N’envions rien à nos ayeux ;

Et tout temps l’homme fut coupable ; En tout temps il fut malheureux.

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