MODÈLES DANS LE GENRE PASTORAL
Pour réussir dans la poésie pastorale, il ne suffit pas d’observer la nature, et de choisir parmi les différents traits qu’elle nous offre ; il faut encore lire et étudier les grands modèles, les poètes les plus célèbres en ce
genre.
pas :
ents Hi
dier
—Chez les Grecs, Théocrite de Syracuse se distingue par une douceur, une mollesse, une naïveté à la quelle aucun de ses successeurs n’a pu atteindre. Ses ouvrages renferment une infnité de traits, dont on peut former les plus beaux caractères de la bergerie. On pourrait comparer ses tableaux à ces fruits d’une maturité exquise, servis avec toute la fraîcheur du matin et ce léger coloris que semble y laisser la rosée. La versification de ce poète est admirable, pleine de feu, d'images, et surtout d’une certaine mélodie pastorale qui lui donne une supériorité incontestable sur tous les autres. Nous ne citerons ici qu’un morceau de l’Idylle des pêcheurs. L’image que le poète veut nous représenter est celle de la pauvreté jointe à l’innocence et à la simplicité des mœurs.
‘ Deux pêcheurs étaient couchés sur un lit de joncs ‘ dans leur cabane, leur tête appuyée contre un abri “ de feuillage. Autour d’eux étaient les instruments . “ de leur profession, des corbeilles, des réseaux, des ‘ hamecçons, des nasses, des lignes de crin, des seines, “ des labyrinthes d’osier, des lacets, et une vieille ‘ barque posée sur des rouleaux. Sous leur tête un ‘ bout de natte, des habits, des bonnets ; c’était tout “ Jeur bien, et le fruit de tous. leurs travaux. Ils “ n’avaient pas un seul vase d’airain, pas même un “ petit chien. La pauvreté était leur seule compa- ‘ gne. Nul voisin que la mer, qui amenait douce- ‘ ment ses flots jusqu’au pied de leur cabane. Le char de la lune n’était pas encore au milieu de :a
“ carrière, quand l’amour du travail éveillait ces ‘ hommes simples.”
—Moschus de Sicile et Bion de Smyrne en Îonie parurent quelque temps après Théocrite. Le premier, si on en juge par le petit nombre de pièces qui nouS restent de lui, ajouta à l’Eglogue un certain art qu’elle n’avait pas. On y vit plus de finesse, plus de choix, moins de négligence et d'abandon. Mais en gagnant du côté de l'exactitude, elle perdit du côté de la naïveté qui est pourtant l’âme des bergeries. Ses bois sont des bosquets plutôt que des bois, et ses fontaines presque des jeta d’eau. Il semble même rue ce soit, si non un autre genre que Théocrite, au moins une autre espèce dans le même genre. On y voit peu de bergers ; ce sont des aliégories ingénienses, des récits ornés, des éloges travaillés, et qui paraissent lavoir été.
Rien n’est plus brillant que son Idylle sur l’enlèvement d'Europe : en voici quelques morceaux.
‘ Dès que la Princesse fut arrivée avec ses com- ‘ pagnes dans les prairies émaillées, elles se mirent ‘ à cueillir selon leur goût, l’une le narcisse odorifé- ‘ rant, l’autre l’hyacinthe, celle-ci la violette, celle-là ‘ le serpolet : elles moissonnaient toutes les richesses “ du printemps. D’autres à l’envi cueillaient je
LE
Lai
Las
‘ souci doré: mais la Princesse cueillait de ses mains ‘ les roses vermeilles. Elle brillait au milieu de ses “ compagnes, comme Vénus au milieu des Grâces.”
Jupiter, métamorphosé en taureau, se présente à ses yeux, se couche à ses pieds, et, retournant la tête
LA
lait ces
n Îonie premier, jui noug t qu’elle > choix, gagnant é de la ses bois ntaines € Soit, ns une peu de récits lavoir
lève.
pour la regarder, lui montrait en même temps son large dos. . ......% Oh! venez, mes chères com- ‘“ pagnes, s’écria Europe ; essayons, par amusement, “ de nous asseoir sur le dos de cet animal qui semble ‘ si doux ; nous pouvons y être toutes assises comme “ sur un navire...... Elle s’assied en riant, Les “ autres allaient l’imiter. Mais le taureau se lève brusquement, emporte la Princesse, court vers la mer. Europe tend les bras à ses compagnes ; elle “ les appelle ; en vain elles s’efforcent de l’atteindre. Le taureau se jette au milieu des flots ; il s’avance : *“ on dirait un Dauphin. Alors sortent des ondes les Néréides assises sur le dos des monstres marins, ‘ pour lui servir de cortège. Le redoutable Neptune “ applanit le liquide empire, et devient le guide de son frère. Les Tritons, habitans de la mer profonde, “ s’assemblent autour d'eux; et avec leurs larges “ conques, ils célèbrent l’hyménée.”
— Bion a été encore plus loin que Moschus. Ila fait une troisième espèce d’Idylle plus parée encore que celle de ce poète. On y sent partout le soin de plaire ; quelquefois même il y est avec affectation. Son tombeau d’Adonis, qui est si beau et si touchant, a des antithèses qui ne sont que des jeux d’esprit. Cet Adonis était fils de Cyniras Roi de Chypre, et de Mispha sa fille. 1] était si beau, dit la fable, que Vénus voulut lépouser. Un jour qu’il chassait sur les montagnes dans les bois, il fut blessé par un sanglier, et mourut de cette blessure. On institua en son
honneur des jeux funèbres qui se répandirent dans
Ga
toute l’Asie, dans l'Egypte, et ensuite dans la Grèce. Le prophète Ezéchiel, c. 8. v. 14. fait mention des
femmes assises qui pleuraient Adonis. L’ouvrage de
Lite Bion est une espèce d’élégie pastorale avec un vers de refrain après chaque tableau. En voici le com-
| | | mencement.
fe ‘ Pleurons Adonis : le bel Adonis n’est plus ; il n’est | ‘ n’est plus le bel Adonis ; tous les amours le pleurent. | ‘ Déesse de Cythère, il n’est plus temps de prendre un doux repos. Levez-vous, infortunée; prenez vos ha- H, bits de deuil ; frappez-vous le sein,et dites à tout l’uni- NY & vers; Adonis n’estplus. Pleurons Adonis ; tous les amours le pleurent.
Frappé d’une dent meurtrière, il est étendu sur
6 Ja montagne ; il pousse à peine un dernier soupir. 7“ Son sang noir coule sur une chair plus blanche que | la neise ; ses yeux s’enfoncent et s’éteignent ; les ‘ roses de ses lèvres sont flétries ; il ne vit plus.
4 PJeurons /Idonis ; tous les amours le pleurent. | :
ll | ‘ Ses chiens fidèles sont venus à côté de lui pous- dot LL ‘ ser des hurlements. Les Nymphes des montagnes PE { “ versent des, larmes. Vénus ne se connait plus: fra,
| ‘ échevelée, les pieds nus, elle se perd dans les U
| 6 bois: les ronces font jaillir son sang, le sang d’une de
| “ Déesse. Elle se perd dans les vallées, où elle M
“ appelle à grands cris son cher époux. Tout re- E €
# tentit de ses gémissements. Pleurons Adonis ; 6 fous les amours le pleurent.”
Si on veut rapprocher les caractères de ces trois poëtes, et les comparer en peu de mots, on peut dire
on des age de n vers