‹ Cours abrégé de belles lettres à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 26 sur 77 · DE LA POESIE DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

DE LA POESIE DRAMATIQUE

La poësie Dramatique est celle qui imite les actions, non pas par le simple récit comme l’Epopée, où . imitation se fait par le récit de l’action ; res acta re- Jfertur ; mais par la représentation, par l’action même; c’est-à-dire en faisant parler et agir les personnages mêmes qu’elle emploie ; agitur res in scenis: Hor. art. poet. Ainsi on peut définir le Drame, limitation d’une action pur l’action.

L'action dramatique étant soumise aux yeux, elle exige plusieurs choses particulières soit du côté de lu vraisemblance, soit du côté de l’unité de l’action, de jour et de lieux, soit enfin du côté du style ; parce | que le jugement des yeux est plus rediitable que celui des oreilles. Il faut que le style, la déclamation des acteurs, les décorations même du théâtre, tout concoure à nous persuader que la fiction est une réalité. | ‘ Les règles générales du Drame se trouvent renfer- mées dans ces trois vers de Boileau :

! Nous voulons qu’avec art l’action se ménage ; # ‘. Qu'en un lieu, qu’en un jour, un seyl fait accompli CTiesne jusqu’à la fin le théâtre rempli.

ART. poét. chant 3e,

sa Jé- }, par

19, Vraisemblance dramatique. Le poëte n’est jamais obligé de traiter les choses dans la vérité historique, et comme celles se sont réellement passées : il le peut, quand par hasärd un fait réel se trouve avoir toutes ses parties conformes aux règles de l’art. Ainsi Raciné n’a fait nul changement dans l’action d’Esther, et presque point dans celle d’Athalie ; et ces deux pièces n’en sont que plus touchantes ; pafce qu’il sort du fond de la vérité une certaine vertu de persuasion, qui lui donne toujours un grand avantage sur la fiction.

Mais comme il se rencontre rarement des faits réels assez bien disposés pour servir de fond à un poème de quelque étendue, on est réduit à feindre, soit pour ajouter au sujet ce qui lui manque, soit pour lui retrancher ce qu’il a de trop, soit enfin pour en combiner autrement les parties. Or quand on feint, il faut représenter les choses feintes telles qu’elles ont pu ou dù se passer, c’est-à-dire selon leur possibilité ou leur

vraisemblance, eu égard aux circonstances des temps, des lieux et des personnes qui agissent.

29. Unité de laclion dramatique. L’action est une, quand on se propose un seul but, an quel tendent tous les moyens qu’on emploie. On divise néanmoins l’action dramatique en actes, et les actes en scènes.

L'acte est une action subordonnée qui sert de moyen pour arriver à une fin ultérieure, et qui suppose d’autres actions avant ou après soi. L'action dramatique doit renfermer cing actes, qui ont chacun leurs

règles particulières qu’il est important d'observer; si on est jaloux de plaire.

Neve minor, neu sit quinto productior actu

Fabula quæ posci vult, et spectata reponi.

Hor. art. poet.

Le premier acte,que les Anciens appelaient protase, doit contenir la proposition du sujet, l’exposition claire de la chose dont il s’agit, faire connaître les acteurs et une partie de leur caractère, commencer le nœud, et préparer le dénouement, sans cependant que cette préparation soit trop sensible. Dans le ségond, le troisième et le quatrième actes, le nœud doitigé serrer de plus en plus, le trouble et l'inquiétude rs teur aller toujours croissant. Le cinquième acte eet le plus vif de tous, parce que plus le spectateur a attendu, plus il est impatient. Dans cet acte, il est de règle de décider le sort de tous les personnages importants qui ont paru dans la pièce ; car, ayant eu part à l’action, il est juste qu’ils aient part aussi à l’évêénement ; et, si on le peut, le dénouement doit aussi finir avec la dernière scène.

De même que l’action dramatique est composée d'actes, les actes sont aussi composés de scènes.

Une scène est une partie d’un acte, caractérisée par l’eutrée ou par la sortie de quelqu'un des acteurs, ou de ceux qui ont part à l’action. Ce n’est pas assez que les scènes se suivent, il faut qu’elles se tiennent entr'elles, de manière qu’on voie pourquoi un Acteur entre, et un autre sort. Cette liaison des scènes se fit ou par la présence des acteurs, ou par leurs dis-

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Ps cours, ou par la vue, ou par quelque bruit Par la présence, quand plusieurs acteurs entrants ou sortants restent quelques moments sur le théâtre ; par le discours, quand ils se parlent ; par la vue, quand l’entrant a vu le sortant, ou le sortant l’entrant, ou qu'ils se sont vus tous deux ; par le bruit, quand, le théâtre demeurant vide, on entend le bruit de quelqu’un qui arrive. Cette dernière espèce de liaison ne suffit pas: la troisième est absolument nécessaire : les deux autres sont à désirer.

30, Unité de jour. L'unité de jour est le tour du soleil,ou vingt-quatre heures ; c’est-à-dire, que l’action

représentée doit se commencer et s’achever dans cet

espace de temps, À la rigueur, l’action ne devrait pas durer plus que la représentation pour avoir une parfaite ressemblance, c’est-à-dire deux ou trois heures au plus. (C’est un degré de perfection dont on sent le plaisir dans les Horaces de Corneille, et dans l./thalie de Racine. Mais comme il est très-rare de trouver des sujets qui puissent se restreindre dans des bornes si étroites, on a élargi la règle, et on l’a éterdue jusqu’à vingt-quatre heures. ‘Alors, pour cacher le défaut, comme il y a cinq actes, et quatre entr’actes ou repos dans les quels l’action est suspendue, le poète place adroitement une nuit entière dans un entr’acte, et le reste du temps qu’il a de trop, il le place encore dans lz8 autres entr’actes; de manière que ‘chaque acte n° : mande,. pour ce qui s’y fait, que le même temps p.vcisément qu’on met à le représenter.

40, Unité de lieu. Dans un récit, l’action peut se

faire en plusieurs lieux, au Ciel, sur la terre, dans les enfers ; la pensée du lecteur se porte partout avec la même facilité. Dans le Drame, la vraisemblance exige que tout se passe dans le même lieu; car la même indulgence qui élargit les limites du temps, n’élargit pas de même celles du lieu. Il n’est pas si aisé de tromper les yeux, qui sont attentifs an spectacle, que l'esprit qui est presque tout absorbé dans Pimagination et le sentiment. Dans la nature, quand la scène change, c’est que nous changeons de place. Ici c’est tout le contraire : le point de vue change de place, et nous n’en changeons pas. Ë

Cette règle cause beaucoup de contrainte et de tourments aux poètes. C’est à eux d’éviter les inconvcnients, ou de prendre le parti où il y en a le moins. C’est un inconvénient de faire venir un Roi sur le théâtre pour entendre un criminel qui a encore un mot à lui dire : naturellement il faudrait mener le criminel devant le Roi ; mais l’unité de lieu serait rompue, et il faut que le Roi revienne sur le théâtre.

Corneïlle est d’avis de ne pas marquer trop distinctement le lieu, et de se contenter de dire que la scène està Athènes, à Rome, ou tout au plus dans un tel palais ; et de laisser à l’imagination du spectateur à fixer le lieu d’une façon plus déterminée ; ou même à ne pas le fixer du tout, s’il n’en sent pas le besoin,

On voit par là que ies anciens avaient un grand avantage sur les modernes, Ils p enaient pour lieu de la scène une place publique, cù chacun abordait en sortant de sa maison, et où on traitait les affaires.

ns les vec la blance car la emps, pas si pecta-

dans uand place.

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oins.

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inctescène un tel teur à nême oin.

grand eu de ait en aires.

Toutes les Comédies de Plaute, de Térence, d’Aristophane sont ainsi placées.

59, Siyle du Drame. Le style de la puésie dramatique doit être conforme à la condition et à l’état actuel de celui qui parle ; sans quoi, dit Horace, tous les spectateurs instruits ou ignorants, la Cour et le peuple se moqueront de l’auteur et de l’acteur :

Si dicentis erunt fortunis absona dicta, Romani tollent equites peditesque cachinnum.

ART. poet.

Ainsi l’état de celui qui parle doit être la règle de style. Un Roi, un simple particulier, une femme, un commerçant, un labeureur paisible ne doivent point parler du même ten. Mais ce n’est pas assez : ces mêmes hommes sont dans la joie eu dans la deuleur, dans l’espérance eu dans la crainte; et cet état du moment doit encore donner une autre cenformation à leur style, toujeurs bâsée cependant sur la condition de la personne.

Toute personne qui parle, deit aveir au moins une

‘raisen apparente peur parler. Un acteur qui parle

seul, fait ce qu’en appelle un #“enelogue ; et quand plusieurs parlent, et qu’ils parlent l’un à l° res c’est un diulegue.

Tout menelegue deit être ceurt ; la raisen est, qu’il est presque hors de la nature. S'il est long, il faut que l’acteur soit dans une agitation violente. Un homme tranquille se contente de penser, de réfléchir: ce n’est que quand il à un grand trouble au dedans

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de lui-même, qu’il éclate, qu'il marche à grands pas, qu’il fait des gestes, et prononce des mots.

Dans le dialogue, les interlocuteurs doivent se partager la parole selon leur intérêt, et selon la décence ; et l’on doit toujours sentir la raison pourquoi elle passe dune bouche à l’autre. Cette distribution demande d'autant plus d’art, que cet art ne doit nullement paraître. - Il faut que les idées et les intérêts se mêlent, s’unissent, se relèvent, se croisent, se choquent, se pénétrent, se repoussent d’une façon libre, aisée et prompte. Personne n’a été plus savant en cett: parte que Cor: :!le et Molière, ;

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