DE L’OPÉRA
L'Opéra est a représentation d’une action altribüee à des puissances surnaturelles. Comme ses acteurs: sunt des Dieux, ou des Héros demi-Dieux, ils doivent Saunoncer aux mortels par des opérations, par ua
peut ivise
langage, par des inflexions de voix, qui surpassent les lois du vraisemblable ordinaire.
19. Leurs opérations ressemblent à des prodiges. C'est le Ciel qui s'ouvre, une nuée lumineuse qui apporte un être céleste: c’est un palais enchanté qui disparait au moindre signe, et se transforme en désert. &c.....
29, Leur langage est entièrement lyrique : il éxpris me l’extase, l’enthousiasme, l'ivresse du sentiment.
30, C’est la musique la plus touchante qui accom-
pagne les paroles, et qui, par les modulations, les cadences, les inflexions, les accents, en fait sentir toute la force et tout le feu. La raison de tout cela est dans limitation. Ce sont des Dieux qui doivent agir et parler en Dieux. Pour former leur caractère, le pote choisit ce qu’il connait de plus beau et de plus touchant daus la nature, dans les arts, dans tout le * genre humüin, et il en compose des êtres qu’il nous donne, et que nous prenons pour des Divinités.
Mais le meilleur Opéra ne sera jamais qu’ün mauvais ouvrage. Car, outre qu'il péche contre la vraisemblance dramatique, et qu’il énerve l’âme par le: mollesse des sons, i! ne s’y trouve rien pour esprit et pour la raison. C’est ce qu’on a joliment exprimé dans les vers suivants, qui renferment une description exacte et critique de l’Opéra.
J'ai vu le soleil et la lune
Qui tenaient des discours en l'air ;
J'ai vu je terrible Neptune
Sortir tout frisé de la mer,
J'ai vu l’aimable Cythérée, Au doux regard, au teint fleuri, Dans une machine entourée D’amours natifs de Chambéri,
J'ai vu le Maître du Tonnerre, Attentif au coup de sifflet,
Pour lancer ses feux sur la terre Attendre l’ordre d’un valet,
J'ai vu du ténébreux empire Accourir, avec un pétard, Cinquante lutins, pour détruire Un palais de papier brouillard.
J'ai vu des dragons fort traitables Montrer les dents sans offenser ; Pai vu des poignards admirables .
Tuer les gens sans les blesser,
J'ai vu l’amant d’une bergère, Lorsqu’elle dormait dans un bois, Prescrire aux oiseaux de se taire, Et lui, chanter à pleine voix.
J'ai vu des guerriers en alarmes, Les bras croisés-et le corps droit, Crier cent fois : courons aux armes, Et ne point sortir de l’endroit.
J'ai vu, ce qu’on ne pourra croire, Des Tritons, animaux marins,
Pour danser, troquer leur nageoire Contre une paire d’escarpins. ‘
Dans des chacones et gavotes,
J'ai vu des fleuves sautillants ;
J'ai vu danser deux matelotes,
Trois jeux, six plaisirs, et deux vents
Dans le char de Monsieur son père; J’ai vu Phaéton tout tremblant Mettre en cendre la terre entière Avec des rayons de fer blanc.
J'ai vu Roland, dans sa colère, Employer l’effort de‘son bras, Pour pouvoir arracher de terre Des arbres qui n’y tenaient pas.
J’ai vu souvent une furie Qui s’humanisait volontiers ; "Jai vu des faiseurs de magie Qui n’étaient pas de grands sorciers.
J’ai vu Diane en exercice Courir le cerf avec ardeur ; J’ai vu derrière la coulisse Le gibier courir le chasseur.
: J'ai vu des ombrestrès-palpables Se trémousser aux bords du Styx ; J'ai vu l’enfer et tous les diables À quinze pieds du paradis,
Panans».
90 couns ADRÉGÉ DE 2ELLES LETTRES.
SECTION SECONDE