‹ Cours abrégé de belles lettres à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 28 sur 77 · DE LA TRAGÉDIE HÉROÏIQUE · texte numérisé non relu

DE LA TRAGÉDIE HÉROÏIQUE

La Tragéldie héroïque, ou simp'ement la Tragédie, est /a représentation d'une action héroïque, propre à exciler la terreur et la pilié.

On dit 19. que la Tragédie est la représentation d’une aclion héroïque. Une action est héroïque, lorsqu’elle exige une force d’ame au dessus du vulgaire. Elle peut étre héroïque de deux manières, ou par ellemême, quand elle a un objet grand et noble, comme d'acquérir un trône, de sauver une nation, de punir un tyran, de se vaincre soi-même dans l’accès d’une passion violente ; ou par l’étut el le caractère de ceux qui la font, quand ce sont des Rois, des Princes qui agissent, ou contre qui on ugit.

Comme les arts de goût sont -curais jusqu’à un certain point aux caprices des Ainateurs et des Artistes, il y a eu des poètes à qui il a plu de rabaisser le tragique ,: qu'aux malheurs des conditions communes, ce qui a formé une espèce mixte qu’on appelle Tragicomédies. Mais la pratique des Grecs et des Fomains, et de tous les grands Tragiques modernes a été de s’attacher de préférence à des sujcts héroïques, persuadés que des malheurs arrivés à des personnages pauvres et obscurs ne pourraient que nous intéresser et nous toucher faiblement.

20, On’ ajoute, propre à exciler la terreur et la "pitié. C’est là proprement ce qui fait le tragique. Toutes les nations polies ont donné le prix aux sujets

COURS AFRÉGÉ DE DELLES LETTRES. n1

où la terreur et la jitié étaient portées an plus haut point. Car le malheur éggnt le sujet de la Tragédie, l’objet qu’elle se propose ést le plaisir de voir des malheureux, et de pleurer avec eux. * Or, en nous montrant un homme malheureux et qui ne mérite point de l'être, elle produit /a pitié ; et en nous faisant voir cet homme dont le malheur peut tomber eur nous, elle inspire la terreur. Nos entrailles sont émi

vuz des infortunes de nos semlilab'es ; et le

ment que nous éprouvons au fond de nos cœurs, nou fait craindre pour nous-mêmes la même calamité que nous déplorons dans les autres.

C’est pourquoi, il faut nécessairement, dansla Trag‘die, que le héros succombe ; de manière cependant que son état puisse faire naître ces sentiments dans les cœurs. Car nous ne saurions, par exernple, nous intéresser au sort d’un méchant qui succomberait sous les efforts d’un autre aussi méchant que Jui. Maissi un homme vertueux, ou du moins plus vertueux que vicieux, devient la victime soit de son devoir, soit de sa propre faiblesse, soit de son emportement passager, soît du malheur qu’il n’a pu éviter, voilà ce qui nous touche, ce qui nous fait verser des larrace, ce qui produit en nous cette crainte, mêlée toutefois d’une certaine, douceur, d’un certain p'aisir, qui vient de la comparaison secrète que nous faisons de notre état avec celui du malheureux qui soufre.

F suit de là, que toute Tragédie qui ne produit que Pun de ces deux sentiments est imparfaite ; que celle qui ne produit ni l’un ni l’autre n’est point vraiment

y. | p2 Tv

y # AS << ? RC NY € \< De € / à Se TN € <<° 7 6e Ÿ < == FER < à se FFF J + eg = o 8 s” 2 =} <j Æ + E & N N > # où D A N° Va S NA v Le à V K > X D 0 S | À Lu VS

ÿ AN

92 Gouné abrécÉ DE BiLLES isrhnts,

Trâgédie ; que celle qui ne les produit que dans quelques endroits, n’est Tragédie que dans ces endroits mêmes ; ct qu’enfin elle le sera plus ou moins, selon qu’elle excitera plus ou moins ces passions.

ARTICLE SECOND

Page 1