DE LA COMÉDIE
La Comédie est la représentation d’une action bourgeoise, présenlée par un côté ridicule.
On dit 19. que la Comédie est la représentation : d'une action bourgeoise. Son objet est de nous retracer la vie civile dont elle est l’imitation. La Comédie est ce qu’elle doit être, lorsque, dans la représentation de l’action, on croit se trouver dans une compagnie du quartier, et qu’on y voit ce qu’on voit dans le monde. Elle n’adinet pas les sujets héroïques, parce que les sottises des grands sont des malheurs, et ne peuvent faire rire : mais il n’en est pas de même des actions - | bourgeoises, parce que les sottises des petits ne sont que des sottises, et que l’on n’en craint pas les suites.
On ajoute 20., présentée par un côté ridicule. Si en #æ contentait de défnir la Comédie, l’imifation d’une action bourgeoise, sans y ajouter le ridicule, tous les vices, toutes les vertus, toutes les aventures de la société bourgeoise y pourraient entrer ; les malheurs d’un père, les chagrins d’un jeune homme trompé dans ses espérances en feraient la matière. Elle ferait pleurer aussi bien que la Tragédie. Mais la nature de ce poême étant fixée et resserrée par la fin
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couts ABRÉGÉ D£ BELLES LETTRES. 98
même qu’il se propose, tout ce qui ne tend point à réjouir le spectateur par la peinture de quelque défaut risible n’appartient point diréctément à là Comédie. Le ridicule est essentiellement sof objèt. Or le riditule éstän défaut qui prête à rite: cependant tout ridicule n’est pas risihle. Il y a un ridicule grossier ; il y a un ridicule qui viént d’un sot orgueil. Le premier est maussade, ct nous ennuie ; le second nous cause du dépit, parce qu’il prend sur notre amour propre. Le ridicule vrai et réel, le seul qui nous soit agréable, parce qu’il ne nous cause aucune inquiétude secrète, est aussi Je seul qui se montre sur ls scène comique.
La difformité qui constitue ce ridicule est une contradiction des pensées, des sentiments, des mœurs de quelqu’un, de son air, de sa façon de faire, avec la nature, avec les lois reçues, avec les usages, avec ce que semble exiger la situation présente de celui en qui cette diformité se trouve : par exemple ; un homme connu par sa lâcheté, et qui affecte le langage d’un brave ; un homme ruiné ou accablé de dettes, qui veut apprendre aux autres les moyens de s’enrichir. un enfant qui affecterait la gravité d’un Magistrat, dù un Magistrat qui s’amuserait comme un enfant; voila des difformités ridicules, qui sont, comme on le voit, autant de contradictions avec certaines idées d’ordre et de décence établies'dans la société ; et c’est cette di£formité dans les mœurs, présentée par son côté ridieule, qui fait l’objet de la Comédie.
SECTION PREMIÈRE