DE L'ART DE PRÉSENTER LE RIDICULE
Le talent du poète comique consiste à peindre les personnages avec un certain grotesque plaisant, ajouté à la vérité. C’est pour cela qu'il fait ressortir le ridieule de différentes manières :
19. En multipliant les traits, et en les présentant presque de suite les uns sur les autres. Ainsi, quoiqu’un avare, dans la société, ne donne des preuves d’avarice que de loin en loin ; sur le théâtre, il ne dira pas un mot, ne fera pas un geste qui ne la représente.
29,En poussant le ridicule au delà de la vraisemblanee ordinaire, sans être néanmoins outré. Un avare voit deux chandelles allumées, il en souffle une ; il n’y a là rien de singulier : on la rallume, il la souflle encore ; cela est comique : on la rallume une troisième fois, il la soufle, et la met dans sa poche ; cela passe le vraisemb'ahle ordinaire, mais n'excède pas les bornes du COM). «
39, Un troisième moyen de.rendre le ridicule plus piquant, est de le faire contraster avec la droite raison etla décence ; comme Paigreur du Misantrope avec la douceur de l’homme poli ; ou de mettre en opposition deux excès l’un contre l’autre, comme un fils prodigue à côté d’un père avare.
Au reste, le rire poétique et artificiel a des bornes
très-délicates. Il faut bien faire attention de ne pas
porter la dérision jusqu’au point de la faire sentir à oelui dont on rit; car alors ou il se fâche, ou il rit :
lui-même; et dans l’un et l’autre cas le spectateur pe rit plus.
SECTION SECONDE
e les jouté DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE COMIQUE, BT DU ridi- STYLE DE LA COMÉDIE.
bat On distingue différentes espèces de comique. ‘L’ua quoi est fin et délicat, et ne chatouille que l’esprit; on l’ap: aves pelle le haut comique. C’est le tableau abrégé de ce : diré qui se passe parmi les citoyens honnêtes que l’éduvhs cation distingue du vulgaire, ct parmi lesquels règne hs: | ce que l’on appelle Ze ton de la bonne compagnie. A voit y en a un autre qui tient de la farce, qui appartient y a au peuple, et qui consiste dans des tours de souplesse pre : des valets, des soubrettes, ou de quelque Avocat pa- "7 telin, de quelque Médecin faiseur de fagots. Les és. choses y sont manifestement outréca; c’est du gro- FR É tesque, du bouffon, plutôt que du comique ; presque tout est au delà du vrai, grimaçant, estropié, trop hé chargé. C’est le bas comique. | "ve En réunissant ces deux espèces par le mélange su des personnages qui conviennent à chacune, :len ré- Do» sultera le plus par‘ait comique, qui réjouit également fils limagination et l’esprit.
Quant au style de la Comédie, il doit être simple, clair, familier, sans pourtant être jamais ni bas, ni ss rampant, ni lâche ; assaisonné de pensées fines, délià cates, d'expressions plus vives qu’éclatantes, sans : grands mots, sans figues soutenues, sans tirades de
morale ou de principe. Ce n’est pas que la Comédid n’élève quelquefvis le ton :
Interdèm tamen et vocem Comædia tollit, Iratusque Chremes tumido delitigat ore.
Hor. art. poet.
Mais dans ses plus grandes hardiesses, elle ne s’oublie pas; elle est toujours ce qu’elle doit-être. Si elle allait jusqu’au tragique, elle serait hors de ses limites, et par conséquent il y aurait essentiellement défaut et non beauté.
SECTION TROISIÈME