POÉSIES LYRIQUES SACRÉES
Quelque beaux que paraissent les poètes lyriques profanes, ils sont bien petits, quand on les compare aux sublimes cantiques de Moyse, de David et des Prophètes. C’est chez ces grands modèles qu’on trouve le beau idéal de l’Ode. Dans les poètes, c’est l’homme qui écrit, qui travaille ; on sent son effort et sa faiblesse, ses vices, ses préjugés, son ignorance. Dans nos cantiques sacrés, c’est l’Esprit de Dieu qui souffle : tout est libre, lumineux, et marqué au coin de celui qui se joue en formant l’univers. Les auteurs
+. profanes n’ont ni le même fond de matière, ni le même
Esprit pour les animer. Ils ne chantent qu’une reli-
gion fausse, un héroïsme mal entendu, des combats - dont la gloire est chimérique, des sentiments factices, de fausses vertus. Mais dans les psaumes et les Prophètes, on sent la vraie grandeur puisée dans sa source ; ce sont de vraies beautés, de vraies vertus qu’on admire, des sentiments solides qu’on exprime.
Dans quel poète profane trouvera-t-on rien qui approche du sublime du cantique suivant, traduit du chapitre 14e. d’Isaïe par Racine fils, sur la chute du Roi de Babylone.
Comment est disparu ce maître impitoyable ?
Et comment du tribut dont nous fûmes chargés Sommes-nous soulagés ?
Le Seïignew a brisé le sceptre redoutable
Dont le poids accablait les humains languissants,
Ce sceptre qui frappait d’une plaie incurabls Les peuples gémissants,
Nos cris sont apaisés, la terre est en silence. Le Seigneur a dompté ta barbare insolence, 0 fier et vigoureux tyran!
Les cèdres même du Liban Se réjouissent de ta perte:
Il est mort, disent-ils, et l’on ne verra plus La montagne couverte Des restes de nos troncs par le fer abattus.
Roi crue!, ton aspect St trembler les lieux sombres : Tout l’enfér 8 troubia ; ies plus superbes ombres
Coururent pour te voir ;
Les Rois des nations descendant de leur trône T’allèrent recevoir :
Toi-même, dirent-ils, d Roi de Babylone,
Toi-même comme nous le voilà donc percé ?
S'ur la poussière renversé,
Des vers tu deviens la pâture,
Et ton lit est la fang: impure.
Roi
Comment es-tu tombé des cieux, Astre brillant, fils de l’auroïe ?
Puissant Roi, Prince audacieux, La terre aujourd’hui te dévore.
Dans ton cœur tu disais: 2 Dieu même pareil,
J’établirai mon trône au dessus du soleil,
Et près de l’Aiquilon, sur la montagne sainte J'irai m’asseoir sans crainte:
A mes pieds tomberont les mortels éperdus.
Tu le disais, et tu n’es plus.
Les passants, qui verront ton cadavre paraître,
Diront en se baissant pour te mieux reconnaître :
Est-ce là ce mortel qui troubla l’univers,
Par qui tant de caplifs soupiræient dans les fers ;
Ce mortel dont le bras détruisait tant de villes ; Sous qui les champs les plus fertiles
Devenaient d’arides déserts?
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Tous les Rois de la terre ont de la cpu Obtenu le dernier honneur:
Toi seul privé de.ce bouheur, En tous lieux rejeté, l’horreur de la nature, Homicice d’un peuple à tes soins confié, De ce peuple aujourd’hui tu te vois oublié,
Qu’on prépare à la mort ses enfants misérables ;
La race des méchants ne subsistera pas :
Courez tous à ses fils annoncer le trépas ;
Qu'ils périssent. L’auteur de leurs jours déplorables Les a remplis de son iniquité ;
Frappez, faites sortir de leurs veines coupables
Tout le malheureux sang dont ils ont hérité.
Ce n’est pas avec moins de sublimité que Rousseau peint l’aveuglement des hommes qui s’appuient sur eux-mêmes, au lieu de mettre leur confiance en Dieu. Du Ps. xzvnt. |
Qu’aux accents de ma voix la terre se réveille : Rois, soyez attentifs ; Peuples, ouvréæ Porville :
Que l’univers se taise, et m’écoute parler.
Mes chants vont seconder les accords de ma lyre ; L’Esprit-Saint me pénètre.il m’échauffe,il m’inspire Les grandes vérités que je vais révéler.
L’homme en sa propre force a mis sa confiance ; Ivre de ses grandeurs et de son opulence, L’éclat de sa fortune enfle sa vanité.
Mais, d moment terrible ! O jour épouvantable, Où le mort saisira ce fortuné coupable,
Tout chargé des liens de son iniquité !
Que deviendront alors, répondez, Grands du monde, Que deviendront ces biens où votre espoir se fonde, Et dont vous étalez l’orgueilleuse moisson ?' Sujets, amis, parents, tout deviendra stérile ;
Et, dans ce jour fatal, l’homme à l’homme inutile Ne paiera point à Dieu le prix de sa rançon.
Vous avez vu tomber les plus illustres têtes ;
Et vous pourriez encore, insensés que vous êtes, Ignorer le tribut que l’on doit à la mort?
Non, non, tout doit franchir ce terrible passage : Le riche, l’indigent, l’imprudent et le sage, Sujets à mêmes lois, subissent même sort.
D’avides étrangers, transportés d’allégresse,
Engloutissent déjà toute cette richesse,
Ces terres, ces palais de vos noms ennoblis.
Et que vous reste-t-il en ces moments suprêmes Ÿ Un sépulchre funèbre, où vos noms, où vous-mêmes Dans l’éternelle nuit serez ensevelis,
Les hommes éblouis de leurs honneurs friyoles, Et de leurs vains flatteurs écoutant les paroles, Ont de ces vérités perdu le souvenir:
Pareils aux animaux farouches et stupides,
Les lois de leur instinct sont leurs uniques guides, Et pour eux le présent paraît sans avenir.
Un précipice affreux devant eux se présente ; Mais toujours leufraison, soumise etcomplaisante,
Au devant de leurs yeux metun voile imposteur. Sous leurs pas cependant s’ouvrent les noirs abîmes, Où la cruelle mort, les prenant pour victimes, Frappe ces vils troupeaux dont elle est le pasteur.
Là s’anéantiront ces titres magnifiques,
Ce pouvoir usurpé, ces ressorts politiques, Dont le Juste autrefois sentit le poids fatal : Ce qui fit leur bonheur deviendra leur torture ; Et Dieu, de sa justice apaisant le murmure, , Livrera ces méchants au pouvoir infernal.
Justes,ne craignez pointle vain pouvoir des hommes; Quelqu’élevés qu’ils soient, ils sont ce que nous som- Si vous êtes mortels, ils le sont comme vous. [mes.
Nous avons beau vanter nos grandeurs passagères ; Il faut mêler sa cendre aux cendres de ses pères ; Et c’est le méme Dieu qui nous jugera tous.
Le même Poète dépeint ainsi les mouvements d’une ame qui s’élè ve à la connaissance de Dieu par la contemplation de ses ouvrages. Du Ps. xvin.
Les cieux instruisent la terre À révérer leur auteur :
Tout ce que leur globe enserre Célèbre un Dieu Créateur.
Quel plus sublime cantique, Que ce concert magnifique
De tous les célestes corps!
Quelle grandeur infinie !
Quelle divine harmonie Résulte de leurs accords!
De sa puissance immortelle
Tout parle, tout nous instruit:
Le jour au jour la révèle ;
La nuit annonce à la nuit.
Ce grand et superbe ouvrage
N'est point pour l’homme un langage Obscur et mystérieux :
Son admirable structure
Est la voix de la nature,
Qui se fait entendre aux yeux.
Dans une éclatante voûte Il a placé de ses mains
Ce soleil qui, dans sa route, Eclaire tous les humains.
Environné de lumière, Cet astre ouvre sa carrière Comme un époux glorieux, Qui, dès l’aube matinale, De sa couche nuptiale
Sort brillant et radieux. :
L'univers, à sa présence, .
Semble sortir äu néant.
Il prend sa course, il s’avance Comme un superbe géant, Bientôt sa marche féconde Embrasse le tour du monde Dans le cercle qu’il décrit ;
Et par sa chaleur puissante
La nature languissante Se ranime et se nourrit.
Oh ! que tes œuvres sont helles, Grand Dieu ! quels sont tes bienfaits !
Que ceux qui te sont fidèles
Sous ton joug trouvent d’attraits !
Ta crainte inspire la joie :
Elle assure notre. voie :
Elle nous rend triomphants:
Elle éclaire la jeunesse,
Et fait briller la sagesse
Dans les plus faibles enfants,
Soutiens ma foi chancelante, Dieu puissant : inspire-moi Cette crainte vigilante
Qui fait pratiquer ta loi.
Loi sainte, loi désirable ?
Ta richesse est préférable A la richesse de Por ;
Et ta douceur est pareille
Au miel dont la jeune abeille Compose son cher trésor.
Mais sans tes clartés sacrées Qui peut connaître, Seigneur, Les faiblesses égarées
Dans les replis de son cœur?
Prête-moi tes feux proprices ;
Viens m’aider à fuir les vices Qui s’attachent à mes pas:
Vice <onsumer par ta flamme Ceux que je vois dans mon ame, Et ceux que je n’y vois pas.
Si de leur triste esclavage
Tu viens dégager mes sens ; Si tu détruis leur ouvrage ; Mes jours seront innocens, J'irai puiser sur ta trace
Dans Îes sources de ta grâce ; Et, de ses eaux abreuvé,
Ma gloire fera connaître
Que le Dieu qui m’a fait naître Est le Dieu qui m’a sauvé.