‹ Cours abrégé de belles lettres à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 42 sur 77 · DE LA SATIRE · texte numérisé non relu

DE LA SATIRE

La Satire est une espèce de poême dans.Jequel on attaque directement les vices des hommes. C’est en quoi elle diffère de la Comédie qui ne les attaque qu’obliquement et de côté. En effet,la Comédie ne mentre aux hommes que des portraits généraux dont les traits sont empruntés de différents modèles. C’est au spectateur à prendre la leçon lui-même, et à s’instruire, s’il le juge à propos. La Satire, au contraire, va droit à l’homme, en lui disant : c’est vous : c’est Crispin, un monstre dont les vices ne sont rachetés par aucune vertu.

Il y a des Satires où le fiel domine, c’est-à-dire la haine, la mauvaise humeur, et l’injustice : dans d’autres c’est l’aigreur, c’est-à-dire la haine seulement et l’humeur : dans d’autres il n’y a que le sel ; mais quelquefois c’est un sel qui assaisonne et ne domine point, qui Ôôte seulement la fadeur; il plait à. tout le monde, parce qu’il est d’un exprit fin et délicat. D’autrefois c’est un sel piquant qui domine et qui perce ; et il marque la malignité. Enfin, c’est un sel cuisant qui fait une douleur vive ; et il faut être méchant pour

employer.

Il n’est pas difficile, d’après cette analyse, de dire quel est l’esprit qui anime ordinairement le Satirique. Ce n’est point celui d’un Philosophe qui, sans sortir de sa tranquillité, peint les charmes de la vertu, et la difformité du vice. Ce n’est point celui d’unorateur qui, échauffé d’un beau zèle, veut réformer les hommes et

a Te de Ve. —06 8

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les ramener au bien. Ce n’est pas non plus celui d’un Poète qui ne songe qu’à se faire admirer, en excitant la terreur et la pitié. Mais il semble qu’il y ait dans le cœur du Satirique un certain germe de cruauté enveloppé, qui se couvre de l'intérêt de la vertu, pour avoir le plaisir de déchirer au moins le vice. (C’est même cet esprit qui fait une des principales différences qu'il y a entre la Satire et la Critique. (Celle-ci n’a pour objet que de discuter les ouvrages d’esprit et de goût selon les idées du bon et du vrai, sans toucher ni aux talents, ni à la personne de l’auteur. La Satire, au contraire, cherche à piquer l’homme même.

Quoique ces sortes d’ouvrages soient d’un caractère condamnable, on peut cependant les lire avec profit. Ils sont le contrepoison des ouvrages où règne la mollesse. On y trouve des principes excellents pour les mœurs, des peintures frappantes qui réveillent. On y rencontre de ces avis durs, dont nous avons besoin quelquefois, et dont nous ne pouvons guères être redevables qu’à des gens fâchés contre nous. Mais, en les lisant, il faut être sur ses gardes, et se préserver de * l'esprit contagieux du poète, qui nous rendrait méchants, et nous ferait perdre une vertu à la quelle tient notre bonheur, et celui des autres dans la société. Quant à la forme de la Satire, elle est assez indiférente parelle-même, Tantôt elle est épique, tantôt dramatique ; le plus souvent elle est didactique. Quelquefois elle porte le nom de discours; quelquefois celui d'Epiire. Mais au fond c’est toujours Satire, dès que c’est l'esprit d’invectives qui l'a dictée. Lucilius s’est

celui

1 EXCi- gervi quelquefois du vers ïambique. Mais Horace

1 y'ait ayant toujours employé l’'Hexamètre, on s’est fixé à

ruauté cette espèce de vers. Juvénal et Perse n’en ont point

1, pour employé d’autres ; et les Satiriques Français ne se sont

C’est servis que de l’Alexandrin.

fféren- Voici un morceau de la Satire de Boileau contre les

elle-ci productions des mauvais auteurs. 1! fait ainsi parler

prit et dans un endroit ses adversaires.

oucher Il a tort, dira l’un ; pourquoi faut-il qu'il nomme ?

Satire, Altaquer Chapelain ! Ah! c’est un si bon homme. Balzac en fait l'éloge en cent endroits divers.

ractère Ilest vrai,s’il m'eût cru,qu’il n’eût point fuit de vers.

profit. Il se tue à rimer. Que n’écrit-il en prose ?

a mol- Voilà ce que l’on dit, ÆEt que dis-je autre chose?

our les En blämant ses écrits, ai-je d’un style affreux,

On y Distillé sur sa vie un venin dangereux ?

besoin Ma muse, en l’attaquant, charitable et discrète,

e rede- Sait de l’homme d’honneur distinguer le poète.

, en les : Qu’on vante en lui la foi, l’honneur, la probité ;

rver de Qu'on prise sa candeur et sa civilité ; be Qu'il soit doux, complaisant, officieux, sincère ÿ

le tient Où le veut, j'y souscris, et suis prêt à me taire. Mais quo pour un modèle on montre ses écrits ; Qu'il soit le mieux renté de tous les beaux esprits ; | Comme Roi des auteurs, qu’on l’élêve à empire ; Ma bile alors s’échauffe, et je brûle d’écrire : Et s’il ne m’est permis de le dire au papier,

ès que | J'irai creuser la terre, et, comme ce Barbier,

us s’est Faire dire aux roseaux par un nouvel organe,

Midas, le Roi Midas a des oreilles d'âne.

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ARTICLE SECOND

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