DE L'ÉPIGRAMME
L’Epigramme n’est autre chose qu’une pensée fine
et saillante, présentée heureusement et en peu de mots,
et Cs
L’'Epigramme plus libre, en son tour plus borné, N'est souvent qu’un bon mot de deux rimes orné. Art. poét. chant 2e.
Il y a des Epigrammes sérieuses, badines, et saliriques. Ce genre de poésie n’a pas ordinairement plus de douze ou seize vers, qu’on peut faire de toute mesure, et à rimes suivies, où croisées, ou mêlées.
Voici deux exemples d’Epigrammes sérieuses. La première est de Malherbe, poür mettre sur une fontaine : la seconde est de Pélisson.
Vois-tu, passant, couler cette onde, Et s’écouler incessamment ?
Ainsi fuit la gloire du monde ;
Et rien que Dieu n’est permanent.
Grandeur, savoir, renommée, Amitié, plaisir et bien,
Tout n’est que vent, que fumée ; Pour mieux dire, tout n’est rien.
Les trois suivantes sont dans le genre bad,
Ci gît ma femme; oh! qu’elle est bien Pour son repos et pour le mien !
Jaca. Lorexs.
Mes malades jamais ne se plaignent de moi, Disait un médecin d’ignorance profonde.
, Ah !'répartit un plaisant, je le croi ; Vous les envoyez tous se plaindre en l’autre monde. Bararox.
D mg the nr rom:
Dorilas et Damon, ces deux fameux poètes, Sur leurs vers ne sont point d’accord :
On ne peut sans baîller lire ce que vous faites, Dit l’un : en vouslisant, dit l’autre, l’on s’endort: L'un a raison, et l’autre n’a pas tort.
BéTouLAUD.
Jean-Baptiste Rousseau, dans les vers suivants, nous offre un modèle d’Epigramme satirique,
Chrysologue toujours apine ; C’est le vrai Grec de Juvénal.
Tout ouvrage, toute doctrine Ressortit à son tribunal.
Faut-il décider de physique 1 Chrysologue est physicien.
Voulez-vous parler de musique ?
Chrysologue est musicien.
Que n’est-il point? Docte critique,
Grand poète, bon scholastique, Astronome, grammairien.
Est-ce tout? Il est politique, Jurisconsulte, historien, Platoniste, Cartésien,
Sophiste, rhéteur, empirique :
Chrysologue est tout, et n’est rien,
On rapporte ordinairement à l’Epigramme douze
‘autres espèces de petits poèmes, l’Epitaphe, l’Inscrip- * tion, l’'Enigme ou le Logogriphe, le Madrigal, le Son-
net, le Rondeau, le Triolet, le Chant Royal, la Ballade, le Lai, le Virelai, et la Chanson. Ils ont cela de
commun avec l’Epigramme, d’être une pensée intéressante présentée heureusement : la différence qui les caractérise, est la naturé même de la pensée, ou l’assortiment des vers. Il est vrai que plusieurs de ces espèces de poésies ne font plus guères aujourd’hui l'occupation des poètes. La difficulté d’y réussir en est sans doute la principale raison ; cer ces petits poêmes demandent une grande naïveté dans le tour, dans l'esprit et dans la pensée, avec une extrème facilité de rimer, Mais l’usage peut en revenir ; et c’est pourquoi nous n’avons pas cru devoir nous dispenser | de les faire connaître.
19. EptraPHe. L’Epitaphe est une inscription gravée, ou supposée devoir l’être, sur un tombeau. Elle consiste à rappeler la mémoire, ou à célébrer la j: louange d’une personne défunte. Elle s’écrit en vers de toute mesure, et la disposition des rimes est à la volonté du poète. Quand les Epitaphes sont conçues en latin, elles ont un style particulier, qu’on nomme style lapidaire.
Passant, ne cherche point au fond de ces tumbeaux
Ce qu’il est,ce qu’il fut : qu’il craigne,ou qu’il espère,
Laisse dormir en paix ses vertus, ses défauts ;
Dieu seul est à présent et son jugé et son père.
Les Anglais n’ont mis sur le tombeau de leur célèbre poète Dryden que ce mot pour tout éloge : DRYDEN. |
Et les Italiens sur celui du Tasse :