LES OS DU TASS
11 n’y a guères que les hommes de génie, qu’il soit sûr de louer ainsi.
‘ Quelques auteurs ont fait eux-mêmes leur Epitaphe. It serait à souhaiter que chacun fit la sienne de bonne heure ; qu’il la fit la plus belle et la plus flatteuse possible ; et qu’il employât toute sa vie à la mériter.
29, Inscriprion. L'inscription n’est autre chose que des caractères gravés sur un édifice, un munument, au bas d’une statue, d’un portrait, etc... soit pour transmettre à la postérité la mémoire de quelque événement ; soit pour faire connaître aux passants un
fait, une chose, une personne. La précision et la
ælarté font le principal mérite de ce petit ouvrage, qui #éc.it ordinairement en vers de toute mesure, que le poète dispose à son gré. Voici une inscription de Voltaire, sur un cadran solaire.
Vous qui vivez dans ces demeures,
Etes-vous bien ? Tenez-vous-y ; Et n’allez pas chercher midi À quatorze heures. ‘(a) 30, Enieme et Lococrire. L’Enigme, chezles anciens, était une sentence mystérieuse, une preposi- | tion qu’on donnait à deviner, mais qu’on cachait sous | des termes obscurs, et le plus souvent contradictoires | en apparence. Il y en a des.exemples dans l’Ecri- |. ture Sainte, particulièrement au Chapitre x1v du livre | des Juges, verset 12 et suivants,
MU (a) L'inscription diffère de l’Epitaphe, en ce que Mi celle-ci se met sur un tombeau, et l’autre sur un édi- ! fice, un livre, un portrait, etc...
Chez les modernes, l’Enigme est un petit ouvrage ordinairement en vers, où, sans nommer une chose, on la décrit par ses causes, ses effets, ces propriétés, mais sous des termes figurés, mystérieux, sous des idées métaphoriques, pour exciter l’esprit à la découvrir. Telle est l’énigme suivante :
Je ne suis rien : j’existe cependant :
Les lieux les plus cachés sont les lieux que j'habite ;
Le sage me connait, et la folle m’évite :
Personne ne me voit ; jamais on ne m’entend,
Du sort qui m’a fait naître La rigoureuse loi
Veut que je cesse d’être, Dès qu’on parle de moi.
Dans cette énigme, il est aisé de reconnaître le silence.
Le Logogriphe est aussi une sorte d’énigme qui
donne à deviner non pas une chose, mais un mot, par l’analyse du mot lui-riême. Le nom logogriphe est composé de deux. mots grecs, dont lun signifie discours, parole, et l’autre, filet, piège; comme qui dirait piège tendu sur un mot, différents sens d’un mot. Tel est ce vers latin : :
Mitto tibi NaveM prorâ puppique carentem :
pour dire Ave, salut, bonjour.
49, MaDriGaz. Le Madrigal est ane petite pièce ingénieuse et délicate, écrite en vers libres: elle se borne quelquefois à un simple distique ; elle s’étend
souvent jusqu’à douze vers; rarement va-t-elle ay
delà
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Le Madrigal approche de l’Epigramme ; mais il en diffère par le caractère de la pensée. L’Epigramme peut être douce, polie, mordante; maligne, &c...... pourvu qu’elle soit vive, c’est aëséz. Le Madrigol au contraire, a une pointe toujours douce, gracieuse, qui n’a de piquant que ce qu’il lui en faut pour n’être pas fade. Sa naïveté est plutôt dans le tour même que dans la pensée; laquellé a toujours une certaine fleur d'esprit. Il est spécialement consacré aux sujets doux, tendres ou galants : mais la licence y serait une faute grave:
Le Madrigal, plus simple et plus noble en son tour,
Respire la douceur, la tendresse, et l’amour. |
G Art poét. Chant 2e.
Néanmoins, quelques auteurs ont judicieusement remarqué, qu’il peut se saisir d’un sujet raisonnable, gracieux, ou noble, d’une pensée obligeante, ou d’une louange délicate.
En voici un qw’on cite ordinäirement pour exemple, et qui peut servir de modèle: il est de Pradon, de ce poète si souvent opprimé des sifflets du Parterre. C’est une réponse à quelqu'un qui lui avait écrit avec beaucoup d’esprit.
Vous n’écrivez que pour écrire ; C’est pour vous un amusement :
Moi, qui vous aime tendrement,
Je n’écris que pour vous le dire,
Il y a de l’esprit dans ce Madrigol ;ÿ mais il n’y‘en a qu’autant qu’il en faut pour assaisonner le sentiment: le’ tour est délicat, il est simple, il est doux, Cest
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ours ABRÉGÉ DE BELLES LETTRES. 141
tout ce qu’on peut souhaiter dans un Madrigal bien fait.
On peut encore citer, pour modèle de Madrigal, ces jolis vers que fit Régnier Desmarais sur la violette, pour la guirlande de Julie de Rambouillet.
Modeste en ma couleur, modeste en mon séjour,
Franche d’ambition, je me cache sous l’herbe :
Mais si sur votre front je puis me voir un jour,
La plus humble des fleurs sera là plus superbe,
59, SonneT. Le Sonnet est un petit poême composé de quatorze vers, dont les huit premiers, distribués en deux quatrains; n’ont que deux sons différents pour les rimes. Les six autres forment deux lercets, dont le premier commence par deux rimes sémblables ; l’arrangement des quatre derniers vers est arbitraire. Le vers Alexandrin est celui qui convient le mieux à ce poème. Mais aucun vers faible ne doit y entrer: aucun mot déjà employé ne doit y reparaître. Ce sont ces qualités, ou plutôt ces difficultés qui ont fait dire à Boileau : dore
On dit à ce propos,qu’un jour ce Dieu bizarre, (a)
Voulant pousser à bout tous les rimeurs français,
Inventa du Sonaet les rigoureuses lois ;
Voulut qu’en deux quatrains de mesure pareille,
La rime avec deux sons frappât huit fois l’oreille ;
Et qu’ensuite six vers artistement rangés F'ussent en deux tercets par le sens partagés. Surtout de ce poême il bannit la licence ; Lui-même en mesura le nombre et la cadence ;
(a) Apollon.
Défendit qu’un vers faible y pôt jamais entrer,
Ni qu’un mot déjà mis osât s’y remontrer.
Du reste il l’enrichit d’une beauté suprême :
Un sonnet sans défaut vaut seul un long poême. An. poét. Chant 2e.
Le Sonnet ah eh eMfrreaux est ei fameux, qu’il doit naturellement être cité pour exemple :
Grand Dieu! Tes jugements sont remplis d’équité : Toujours tu prends plaisir à nous être propice : Mais j’ai tant fait de mal, que jamais ta bonté
Ne me pardonnera sans blesser la justice.
Oui, Seigneur, la grandeur de mon impiété
Ne laisse à ton pouvoir que le choix du supplice : Ton intérêt s’oppose à ma félicité ;
Et ta clémence même attend que je périsse.
Contente ton désir, puisqu'il test glorieux ; Offense-toi des pleurs qui coulent de mes yeux : Tonne, frappe, il est temps, rends-moi guerre ‘pour [guerre.
P'adore, en expirant, la raison qui laigrit. : Mais dessus quel endroit tombera ton tonnerre, . Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus-Christ ?
Ce poême est d’une très-grande beauté. On y voit une chaîne d'idées nobles,exprimées sans affectation, sans contrainte, et des rimes amenées de bonne grâce.
Cette sorte de Sonnet s appelle sonnet régulier. Il
y a outre cela des Sonnets licencieus, boileux, eten
bouts-rimés.Les Sennets licencieux sont ceux qui n’ont pas deux quatrains sur les mêmes rimes. Les borleux sont ceux qui n’ont pas autant de syllabes à l’un ou à l’autre de leurs derniers vers,qu’ils en ont aux autres du corps de la pièce.Les Sonnets en bouts-rimés sont ceux dont on a donné les rimes et qu’on a remplies.
60, Ronpeau. Le Rondeau est un petit poëme ainsi nommé de sa forme, parce qu’il fait une espèce de demi cercle, en revenant plusieurs fois au commencement du premier vers comme dans un rond. I! est particulièrement propre à des sujets badins ; et Boileau dit qu’il doit être naïf: le Rondcau, né Gaulois, a la naïveté. Mais cette naïveté n’exclut pas la délicatesse, la finesse même, pourvu qu’elles ne s’y trouvent pas au dépens de l’aimable simplicité.
Il y a trois sortes de Rondeaux, le simple, le redoublé, etle commun. Le simple a dix vers sur deux rimes et sur trois couplets, avec deux chutes ou refrains., Le redoublé est composé de vingt vers, disposés par cinq strophes ou quatrains, en sorte que les quatre vers de la première strophe sont, l’un après l’autre, le dernier des autres quatrains. Quand Ja première strophe se trouve, par ce moyen, entièrement répétée, on en ajoute une cinquième, à la fin de la quelle reparait le premier mot, ou l’hémistiche du premier vers.Si la première strophe avait plus de quatre vers, il faudrait plus de strophes, pour la répéter toute entière.
Le Rondeau commun, et le plus en usage, est renfermé en treize verset deux refrains. Ces vers de huit ou dix syllabes, comme ceux des autres Ron-
deaux dont nous venons de parler, roulent eur huit rimes masculines et cinq féminines, quelquefois sur sept masculines et six féminines, Il est divisé en trois couplets, dont le premier a cinq vers, le second trois, et le troisième cinq. À la fin du second et du troisième couplet, le commencement du Rondeau est répété en forme de refrain, et toujours en sens différent, ou équivoque s’il est possible. Ce refrain doit être lié avec la pensée qui précède, et en terminer le sens d’une manière naturelle. .Outre cela, il y a un répos nécessaire après le cinquième vers, ou premier couplet. Voilà le technique, le mécanique du Rondeau commun, dont le refrain fait la grande beauté.
En voici un que nous fournit Voiture, et qui contient ces règles mêmes.
Ma foi, c’est fait de moi ; car Isabeau
Ma conjuré de lui faire un Rondeau :
Cela me met dans une peine extrême.
Quoi! treize vers ! huit en eau, einq en éme !
Je lui ferais aussitôt un bateau.
En voilà cinq pourtant en un monceau.
F'aisons-en huit, en invoquant Brodeau ;
Et puis mettons, par quelque stratagême, Ma foi, c’est fait.
Si je pouvais encor de mon cerveau
Tirer cinq vers, l’ouvrage serait beau :
Mais cependant me voilà dans l’onzième ;
Et si je crois que je fais le douzième ;
En voilà treize ajustés au niveau. ;
Ma foi, c'est fait.
79, tient « dans | lieu q mier | est co culine consis vers c mier ] après pété Comr plaisa éloges lontie
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19. Triozer. Le Triolet est une petite pièce qui tient du Rondeau, en ce que son ag:ément consiste dans la répétition du premier et du second vers ; au lieu que, dans le Rondeau, on ne répète que le premier mot, ou les premiers mots du premier vers. Il est composé de huit vers sur deux rimes, cinq masculines, et trois féminines ; et la bonté de la pièce consiste dans l’application heureuse des deux premiers vers qui sont comme un refrain ; en sorte que le premier reparaisse après le troisième, et tous les deux après le sixième. C’est à cause du premier vers répété trois fois que ie Triolet a été ainsi nommé. Comme le caractère de cegpetit ouvrage est d’être plaisant, gracieux et naïf, of n’en fait guères pour des éloges ou sur des sujets graves ; mais on l’emploie vo-
lontiers pour un trait de satire ou de raillerie, Esemple :
Que vous montrez de jugement, De prévoyance et de courage !
Vous allez au feu rarement.
Que vous montrez de jugement !
Mais on vous voit avidement Courir des premiers au pillage, Que vous montrez de jugement, De prévoyance et de courage !
8°, CHanr Royaz. Le Chant Royal est une espèce de poésie française qui a la même construction que la Ballade ; et on l’appelle en latin: carmen regium de argumento pio aut serio scriplum. fl est à
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l’égard de la Ballade ce que le Rondeau est à l’égard du Triolet. Il a été ainsi nommé, parce que le sujet était donné par le Roi de l’année courante. Or on appelait Roi ou Princé celui qui avait remporté le prix l’année précédente. C'était à lui que s’adressait l'envoi, qui est une sorte d’explication de l’allégorie, Quand on disputait du prix de la poésie à Rouen, il fallait faire un Chant Royal sur la conception immaculée de la Vierge. Aussi se faisait-il toujours à l’honneur de Dieu ou de la Vierge, ou sur quelqu’autre grand sujet de matière grave et sérieuse, qui pouvait être emprunté de la fable, ou de quelque trait éclatant de l’histoire, et dont toute licence était bannie. Le chant Royal est un fort beau reste d’ancienne Poésie, qui a été retenu en quelques endroits seulement, comme à Toulouse dans l’Académie des jeux Floraux. Il est composé de cinq couplets d’onze vers chacun, et est terminé par l’envoi ou explication de laltégorie qui est de cinq vers, ou tout au plus de sept. Dans le chant Royal les rimes du premier couplet règlent celles des s'ouplets suivants, lesquelles y doivent être les mêmes et dans le même ordre ; de sorte que toute la pièce, composée de soixante deux vers, si l’envoi est de sept, roule sur cinq rimes où terminaisons différentes, dont les deux premières reviennent dix fois, la troisième et la dernière douze fois, et la quatrième jusqu’à dix-huit fois.
Un Chant Royal sans défaut devrait être regardé, encore aujourd’hui, comme un chef-d'œuvre d’application et d'esprit. On le faisait. autrefois en vers de
dix syllabes : on emploie maintenant les vers Alexandrins, ou de douze syllabes.
Le sujet du Chant Royal, que nous donnons ici pour exemple, est tiré de la fable. Anthée, géant de la Libye, fils de Neptune et de la Terre, demeurait dans les déserts de son pays, où il attaquait tous les passants et les faisait mourir, pour accomplir un vœu qu’il avait fait à Neptune de lui bâtir un temple avee des crânes d'hommes. Hercule combattit contre lui et le jeta trois fois à terre, mais inutilement, parce que sa mère lui donnait de nouvelles forces, de sorte qu’il se relevait avec plus de courage. Hercule, qui s’eu aperçut, l’éleva en l’air et l’étouffa entre ses bras. Le Poëte célèbre cette victoire du valeureux fils de Jupiter, = |
Modèle des héros, Alcide infatigable,
Toi qu’un père immortel rendit trop odieux ; Des fureurs de Junon écueil inébrantable, Toujours haï des Cieux, toujours digne des Cieux Ta valeur se fait jour jusqu’au sombre rivage ;
De l’Olympe et des Dieux Jorsqu’ Atlas se soulage, Tu soutiens le fardeau qui fait plier Atlas,
Après douzetravaux, après mille combats,
Tu penses respirer au bout de ta carrière,
Et tu ne t’attends point à te voir sur les bras
Un Tyran qui triomphe en mordant la pousaiere.
Ivre de sang humain, de sang insatiable, - Anthée, affreux Titan, croit honorer les Dieux, Gardant pour leurs autels les restes de sa table.
Que ne couvre-t-on point d’un zèle spécieux | De crânes entassés par un triste carnage
Il prépare à Neptune un sanguinaire hommage, Tout un temple bâti de ce funeste amas.
Jusqu'où va la fureur des dévots scélérats ?
A celle de ce monstre oppose une barrière ; Immole au Dieu des flots, qui haït ces attentats, Un Tyran qui triomphe en mordant da poussière.
Vois te tendant les mains un reste déplorable Des barbares repas du géant furieux :
A la trace du sang, suis, vengeur équitable, L’homicide altéré qui PEPÉ ces lieux.
L’implacable Junon; qui m‘: :::t en usage Pour se venger sur toi de son pr volage, ) Plus timide que toi, te devance où tu vas:
Brave de son courroux les impuissants éclats :
Brave le désespoir d’une épreuve dernière,
Qui garde, pour trophée, à ton bras déjà las
Un Tyran qui triomphe en mordant la poussière.
eo be ed ei bi de) ei tri tr >
best
Ah ! je vous vois aux mains. Le Typhée effroyable, Ecumant de la bouche, étincelant des yeux,
Te destine en son temple un endroit remarquable ; Il pense avoir ta tête, ornement curieux. |!
Mais qu’elle soutient mal, cette inutile rage,
De tes coups redoublés le foudroyant orage !
H chancelle ; c’est fait : il tombe : quel fracas! . Victoire ! Mais que a a 11 se relève, hélas ! Et sa chute lui rend sa vigueur toute entière : -
Je vois repreudre haleine, et raffermir ses pas
Un Tyran qui triomphe en mordant la poussière.
La Terre en ce danger, mère trop pitoyable,
À son fils, qui l’embrasse, offre un secours pieux :
Étendu sur la poudre, il devient indomptable,
Et le coup qui l’abat, le rend victorieux.
Héros, tu n’en es point à ton apprentissage ;
Tu lui fais perdre terre, il perd son avantage :
Les Dieux, qu’il crut servir, font gloire d’être ingrats :
Lors, moins rude lutteur, que pesant embarras,
Il vomit dans les airs son ume carnassière.
Ainsi devait trouvemdans !: ciel son trépas
Un Tyran qui triomphe en mordant la poussière. ENVOI.
Prince, l’Antiquité, sous cette double image,
Nous a peint le plaisir assailli du courage : (a)
Le souvenir du Ciel affaiblit ses appas,
Trop puissants sur un cœur voluptueux et bas,
Qui trouvent leur amorce au sein de la matière.
Terrestre, impérieux, le plaisir n’est-il pas
Un Tyran qui triomphe en mordant la poussière ?
99. Barcane. La Ballade est un Chant Royal raccourci, où l’on observe les mêmes règles, et sur tel sujet que le Poète veut choisir.» Elle est ordinairement composée de trois strophes ou couplets, de huit ou dix vers chacune, dont le dernier est répété et toujours le mêmé à la fin de chaque strophe, et c’est ce qu’on appelle refrain. On y doit garder les mêmes rimes et dans le même ordre en tous les trois couplets.
(a) Anthée figure la volupté ou le plaisir, et Hercule représente le courage qui en triomphe.
Au bout, il y a un envoi composé de quatre, cinq; ou six vers, auxquels on ajoute encore le refrain. Les vers de sept ou huit syllabes y viennent fort bien, quand le sujet est peu sérieux : autrement on doit s’en tenir à ceux de dix syllabes, comme dans les Rondeaux.
La Baiïlade, asservie à sés vieilles maximes, Souvent doit tout son lustre au caprice des rimes. ART poét. chant 2e.
En voici une que nous fournit Madame Deshoulières. Elle est adressée à Monsieur de Pointy, commandant une Galiote nommée la Cruelle, au bombardement d'Alger, sous Louis XIV.
Preux Chevalier, sage et de bon aloi, Déjà savions par Dame Renommée, À qui tes faits donnent assez d’emploi,
Que dans ta nef loin d’être clos et coi,
Quand sur Alger tombait bombe enflammée, Le fin premier, affrontant le danger,
Sur la Cruelle as bien fait telle rage,
Que péle-mèêle Africain, Etranger, Mosquée et tours gissent sur le rivage.
Dans ton récit, gaie et fière je voi Notre jeunesse, à vaincre accoutumée, Aller au feu. Pourtant, comme je croi, À telle fête on n’est pas sans effroi :
Belle elle était, et tu l’as bien chômée.
Duquesne, habile en l’art de naviguer,
tifs, et composé de couplets dont le nômbre n’est pas
Sage en conseils, fameux par son courage, Dit que par toi chez le Maure léger Mosquée el tours gissent sur le rivage.
De cette gent sans honneur et sans foi
Par cet expioit l’audace est réprimée.
Pour la réduire à suivre notre loi
Besoin sera d’Apôtres comme toi ;
Telle œuvre veut qu’on prêche à main armée.
On te verra sans doute ravager,
Dans autre année, autre infidèle plage,
Dont on dira, comme on le dit d'Alger, Mosquée et tours gissent sur le rivage.