‹ Cours abrégé de belles lettres à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 46 sur 77 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

Peuples d'Alger, franchement dites-moi ;

De Charles Quint que mit en désarroi

Votre valeur aussi bien que l’orage, - Ou de Louis qui sait vous corriger,

Quel est plus grand, plus vaillant et plus sage ? Bien mieux que nous vous pouvez en juger ;

Mosquée et tours gissent sur le rivage.

® 109, Lar. Le Lai, dont le nom vient du mot latin

lessus qui signifie complainte, doléance, est une espèce de petit poème sur des sujets sérieux, tristes, ou plain-

fixe, non plus que celui des vers qu’ils renferment. On n’y emploie que de petits vers : ceux qui terminent" chaque couplet sont encore plus petits que les autres, et laissent par conséquent un espace vide, qui a fait

donner au Lai le nom d’arbre fourchu. Il n’y entre que deux rimes différentes. En voici deux, dont l’un est sur la grandeur humaine, et l’autre sur le monde,

La grandeur humaine Est une ombre vaine Qui fuit :

Une ame mondaine À perte d’haleine La suit ; Et, pour cette reine, Trop souvent se gêne Sans fruit.

Sur l’appui du monde

Que faut-il qu’on fonde D’espoir ?

Cette mer profonde,

En débris féconde,

Fait voir

Calme au matin l’onde ;

Et l’orage y gronde ke & Le soir, Sy d (a) de 119. ViRELAI Le nom de Virelai vient du vieux tot

mot virer, qui signifie fourner, Ainsi le Virelai ancien est un Lai sur le quel le poète retournait par de semblables vers sous les deux mêmes rimes, avec

(a) Comme poésie;le mot /at signifie petit vers, ou simplement vers. Les poètes Anglais se servent en-

core de ce mot lays au pluriel, pour dire des vers, des poésies,

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cette différence, que celle qui dominait dans le Lai servait à terminer les couplets dans le Virelai, et que l’autre devenait dominante à son tour. Par exemple, la rime du second Lai espoir, voir, soir, n’y est, pour ainsi dire, que la servante, et elle serait devenue la maîtresse dans le Virelai, où l’on ajoutait autant de couplets que le Laï en avait.

Le Virelai moderne est un peu différent de l’ancien : il tourne sur deux rimes seulement, dont la première doit dominer dans toute la pièce ; l’autre n’y vient que de temps en temps pour faire un peu de variété. Le premier ou même les deux premiers vers du Virelai se répètent dans la suite ou tous deux ou séparément, autant de fois qu’ils tombent à propos ; et ce vers ou ces vers ainsi repris doivent encore fermer le Virelai. On pourrait peut-être trouver des Virelais modernes qui ne seraient pas faits précisément d’après ces règles. Nous les abandonnons aux caprices des poètes.

Le suivant exprime les sentiments d’un Rimeur rebuté, qui dit Adieu à sa Muse. Il est en vers de sept syllabes, qui paraissent le mieux convenir à ce genre de poésie qui aime le style badin et familier, et où tous les vers doivent être de la même mesure.

Adieu vous dis, triste lyre ; C’est trop appréter à rire.

De tous les métiers le pire, Et celui qu’il faut élire Pour mourir de male-faim, C’est à point celui d’écrire, Adieu vous dis, triste lyre.

J'avais vu dans la satire Pelletier cherchant son pain :

Cela me devait suffire.

My voilà, s’il le faut dire, Faquin, et double faquin !

(Que de bon cœur j’en soupire !} J'ai voulu part au pasquin. C’est trop appréter à rire.

Tournons ailleurs notre mire, Et prenons plutôt en main Une rame de navire :

JIdieu vous dis, triste lyre.

Je veux que quelqu’un désire, Voire brûle de nous lire ; Qu'on nous dore en maroquin ; Qu'on grave sur le porphyre Notre nom, ou sur l’airain ; Que sur l’aile du zéphyre

Il vole en climat lointain :

Ce maigre los où j’aspire Remplira-t-il ma tir-lire ?

En ai-je mieux de quoi frire ?

S’habille-t-on de vélin ?

Hélas ! ma chevance expire; Soucis vont me déconfire ; J'en suis plus jaune que cire.

Par un si falot martyre,

C’est trop apprêéter à rire.

Et puis, pour un qui m’admire, Maint autre et maint me déchire,

Contre mon renom conspire, Veut la rime m’interdire :

Tel cherche un bon Médecin, (S'il en trouve, il sera fin !) Pour me guérir du délire,

Et, comme à cerveau mal sain, L’ellébore me prescrire.

Je nè suis ni le plus vain,

Ni le plus sot écrivain ;

Si sais-je bien pour certain, Qu’aisément s’enflamme l’ire Dans le littéraire Empire.

Despréaux encor respire, Toujours franc, toujours mutin, Adieu vous dis, triste lyre.

Joûter avec ce beau Sire, Serait pour moi petit gain ; Sans bruit mes guêtres je tire ; C’est trop apprêter à rire ; Adieu vous dis, triste lyre.

120. CHANSON. La Chanson est une petite pièce de vers à laquelle on joint un air, pour être chantée dans des occasions familières ; comme à table, en compagnie, avec ses amis, où seul pour s’égayer, et pour faire diversion aux peines de la marche ou du travail. La Chanson traite des sujets quelquefois sérieux, mais ordinairement familiers, amusants, tendres et badins, et mên:e satiriques.

Ce genre de poésie doit présenter une suite d'idées

naturelles et piquantes, d’insages douces et gracieuses; qui tendent toutes au même sujet. On veut que le style de la Chanson soit léger, les expressions choisies et exactes, la marche libre, les vers aisés, simples, coulants et naturels ; que les tours n’aient rien de forcé ; que tout y soit fini, sans que le travail s’y fasse sentir.

Chaque couplet d’une Chanson doit être terminé par une pensée fine, ou un sentiment délicat. Il y en a qui ont un refrain ; c’est-à-dire,que chaque couplet y finit par les mêmes vers : ce refrain doit contenir l’idée principale de la Chanson ; et cette idée doit être saillante, toujours liée avec celles qui la préeëdent, et toujours aménée avec art. Voici un exemplé de Chanson pour une fête. La personne à laquelle s elle est adressée est chef d’une maison d’éducation,

Quand, pour t’exprimer mon amour; Je fais à ma Muse la cour,

Une chose me décourage :

J’ai beau tourner mon compliment ; Il se fait, je né sais comment, Que mon cœur en dit d’avantage.

Îf est bon d’avoir de Pesprit ; Çà ne gâte rien comme on dit :

Ïl en faut dans tout bon ouvrage.

Mais, pour exalter tes vertus, Eût-on de l'esprit tant'et plus, Le cœur en dirait d'avantage.

Nos savants t'ont donné du beau ;

… aussi Vaudeville: 49, la Vilanelle, ou Chanson de

Leur tour, leur style était nouveau :

Je porte envie à leur langage.

Mais, melgré tous leurs beaux débats,

Je disais, souriant tout bas, Mon cœur en sent bien d'avantage.

Si, pour te louer, Apollon Moffrait lui-même une chanson, Je n’en voudrais pas faire usage :

Je lui dirais: merci, Phæbus ; Gardez, gardez tous vos rebus ; Mon cœur en dit bien d’avantage.

Nous ne citerons pas ici d’autres modèles de chansons : il n’y a personne dont la mémoire ne lui en rappelle quelqu’une. Nous observerons seulement qu’un chrétien rejette avec soin celles qui attaqueraient la religion, et qu’une ame honnëte s’interdit surtout celles qui pourraient blesser la décence ou les bonnes mœurs. (a)

(a) On distingue plusieurs sortes de chansons: 1°. la Chanson érotique, consacrée à l’amour, et qu’on À appelle romance, lorsqu’ello renferme une historiette de galanterie : 20. la Chanson bachique, consacrée au vin : 39, Ja Chanson satirique, consacrée à la critique des mœurs, des travers et des défauts, et qui s’appelle

berger. Nous nous bornons ici à les indiquer simplement, sans entrer dans des développements qui ne } nous paraissent pas nécessaires, et que l’on peut même # très-bien ignorer.

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