FORME DE L’HISTOIRE GÉNÉRALE
Le texte de l’histoire doit être naturellement dans la forme indirecte,c’est-à-dire, que l’historien doit racontér ce qui a été dit et fait par les acteurs qu’il introduit
s Ja on-
sur la scène, et ne point les faire parler eux-mêmes. Cependant,comme on a observé que plus les acteurs parlent eux-mêmes, plus le récit est vif ct animé, les historiens, à mesure qu’ils ont été plus raffinés dans Part, ont emprunté quelque chose de la manière des poètes, et ont changé en drametique la forme trop monotone de leur récit. Quelquefois ils citent les paroles mêmes de leurs personnages ; et alors c’est un ttes original qu’ils insérent dans l’histoire. Mais, pour être insérées de la sorte, il faut que ces paroles le méritent par leur importance, Ces morceaux plaisent toujours, quand ils ne sont pas trop longs, et qu’ils sont assez nerveux pour n’avoir pas besoin d’être réduits et resserrés par une analyse. ’ Quelquefois les historiens se chargent de faire euxmêmes les discours qui ont été faits, ou même d’en
faire, quoiqu’il n’y en ait point eu de faits; et cela
pour développer plus nettement les causes qui ont dé- :
L'auteur alors, à l’imitation du poëte, se place dans les circonstances où il voit Il prend leur caractère, leur esprit, leurs sentiments ; et,dans cet enthousiasme purement artifi-
terminé les entreprises.
ses acteurs.
ciel, il tâche de parler comme ils auraient parlé eux-
mêmes. C’était le goût dominant de Tite Live : plein de génie et de verve, il ne pouvait se défendre contre
Ja manie de haranguer, toutes les fois que l’occasion s’en
préseniait ; tentation, au reste, à laquelle nous serions bien fâchés qu’il n’eût pas succombé. Pourvu-que l’histoire fournisse seule tout le fond de cette sortetes drame, il semble que le lecteur ne peut que savobr. gré
à l’historien d’un artifice qui anime le récit, sans faire tort àla vérité. On sent néanmoins que ces beautés sont voisines du vice, en ce qu’elles peuvent trop suspendre la marche du récit, et par là le faire languir. L’historien ne doit jamais oublier qu’il n’est qu’un témoin fidèle, et que c’est une déposition qu’on lui demande. |
SECTION TROISIÈME