‹ Cours abrégé de belles lettres à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 53 sur 77 · DU GENRE ÉPISTOLAIRE · texte numérisé non relu

DU GENRE ÉPISTOLAIRE

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ce génre épistolaire n’est autre chose que le genre

oratoire rabaissé jusqu’au simple entretien. Car dans une lettre,çcomme dans le genre oratoire,on conseille,on

st | détourne,on exhorte,on console,on demande,on recommande.,on réconcilie,on dispute.Quelquefois on accuse, s. on se plaint,on menace: d’autrefois on loue,on blâme,on ut 44 e : félicite, on remercie, etc... Or pour réussir dans ce - É genre,ou,ce qui est la même chose,pour bien faire une ir | lettre, il y a des règles générales à suivre, et il y en a de e particulières.

al SECTION PREMIÈRE. :

t, RÈGLES GÉNÉRALES POUR ÉCRIRE UNE LETTRE.

| Bien sentir qui l’on est, et à qui l’on parle, estla preee. | mière chose nécessaire pour bien parler, et parconsé- P quent pour bien écrire. C’est ce sentiment qui règle ce Re | que l’on doit dire,etla manière de le dire. C’est lui qui er | dicte les choses,les tours.et les expressions. Ainsi avant a tout, pour bien écrire une lettre,it faut se mettre en prére sence de ceux à qui l’on écrit, et bien faire attention et aux différents rapports, que l’on peut avoir avec la le personne. Si l’on manque à quelques uns de ces D- rapports, on indispose contre soi. Un de ces rapports u : manqué, vous êtes un sot, ou un fat. Si un Supérieur#> Lu IS | fait trop sentir ce qu’il est, sa lettre lui vautuneane- | le mi : si un inférieur s’abaisse trop, on l’écrase : si uu e, égal prend des airs, on l’humilie. Si vous demandez

avec hardiesse, vous passez pour un homme trop con- pi

ant : si vous le faites avec timidité, on l’attribuera à

Ja défiance de vous-même, et peut-être à l’orgueil,

| Ceux qui ont l'esprit juste saisissent le point unique,

re | et tâchent de s’y tenir.

Quand it ne s’agit que de louer, d’applaudir, de féliciter, de rendre de très-humbles actions de grâces, on peut laisser couler la ‘plume : on ne risque guères de blesser ceux à qui l’on parle. Les délicats, il est vrai, souhaitent que le tour soit fin, et que la louange soit présentée de manière à la refuser ou à l’accepter, à y répondre ou à la passer sous silence, à en avouer une partie et à savourer le reste en secret Mais quand même cette finesse ne s’y trouverait pas, on le pardonne aisément en faveur de la bonne intention.

Il faut être surtout d’une extrême réserve sur Particle de la plaisanterie, parce qu’elle n’est bonne que quand elle est bien placée, et qu’il est difficile, dans les lettres, de frapper juste. Souvent un mot, qui aurait besoin d’être accueilli avec gaieté, arrive dans un moment de tristesse, et se trouve au milieu des chagrins et des douleurs. . Il ne faut point hasarder de telles lettres däns dès circonstances douteuses. Le plus sûr, à moins que l’on ne soit dans la plus grande intimité, ést de s’en tenir au bon sens, qui est de tous les moments et de tous les lieux.

Quant aux bons mots, il est encore plus dangereux de les laisser aller, parce que le plus souvent ils ont une teinturé de malignité. A la bonne heure qu’on r&conte les bons mots des autres; qu’on tire parti dè quelque aventure pour en égayer une lettre: mais que ce soit toujours de rranière à rejetter loin de soi tout soupçon de méchanc::. Peut-être que dans l’înstant ils: seront jugés favorablement; mais qui sait si, dans un autre moment, il n’y aura pas quelque retour

secret? Si on ne les rapprochera point ensuite, dans une circonstance moins favorable, de quelque autre trait, pour en conclure un vice de caractère ? Il ne faut jamais donner d’armes contre soi.

Un autre défaut dans les lettres sont les longueurs. Il y a des gens qui marchent toujours, et qui r’arrivent jamais. Il vaut mieux être trop court, que languissant.

SECTION SECONDE

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