‹ Cours abrégé de littératureChapitre 22 sur 61 · PYRRHUS · texte numérisé non relu

PYRRHUS

Allez, madame, allez voir votre fils.

( KvcnsE.)

4" Quand on ajoute aux mots qui forment enjambement un développement qui complète le vers ;

Ce malheureux combat ne fit qu'approfondir Vabime^ dont Valois voulait en vain sortir.

(Voltaire.)

2ï2 COURS DE LITTÉRATURE.

Oui , j'accorde qu'Auguste a droit de conscrTer L'empire où la vertu l'a fait seule arriver.

( Corneille. )

De la rime.

Le mot rmc (du %vqc rhythmos, mesure, nombre, rhythme), indique le retour du même son à la fin de deux ou plusieurs vers ; c'est la rime , avec la mesure des syllabes, qui distingue essentiellement le vers français de la prose, c'est elle qui en fait particulièrement sentir le nombre et la cadence.

On distingue deux sortes de rimes : la rime masculine et la nme féminine. On donne le nom de rime féminine à celle qui se termine par une syllabe muette , e muet seul ou suivi de s ou de nt, homme, tristes, ils sentent ; toutes les autres sont masculines, santc^ raisow, de même que les terminaisons en aient, ils aimaient etc.

Pour qu'il y ait rime, il faut que la dernière syllabe des mots qu'on fait rimer présente le même son : talent et pencbaw^^ mort et bord. Quand la dernière syllabe est muette, c'est la syllabe précédente qui doit présenter ce son , suivi d'une même articulation : agréaô/e et aimable, ils i^ensent et ils lancent.

La rime est suffisante, riche ou défectueuse.

Elle est suffisante ou régulière lorsque la dernière syllabe offre le même son et se termine par les mêmes lettres ou des lettres analogues, quand il s'agit de rimes masculines; lorsque l'avant-dernière syllabe offre le même son suivi de la môme articulation, quand il s'agit de rimes féminines. Ainsi accord rime avec fort , querelle avec éternelle, course avec source, etc.

Elle est riche, lorsque le son qui la forme est précédé d'une articulation. semblable dans les deux mots : candeur, pudewr; éievnel, solennel; petite, Tite; chsipitre, pMpitre. On dit qu'elle est très-riche lorsque cette aiti-

culation est elle-même précédée d'un son semblable : \aideur, plaideur; candeur, splendeur; érable, misérable, etc.

Oui, je Tiens dans son temple adorer rÉterneî; Je viens , selon l'usage antique et solenîieZ. . . (Racine.)

Ceux que vous croyez morts vivent dans vos hommages ; Vous conservez leurs noms , vous gardez leurs images.

(Delille.) n voit, après sa mort, leur troupe désolée D'un long rang de douleur border son mausolée.

(Le MÊME.)

Elle est défectueuse :

1° Lorsqu'on fait rimer un singulier avec un pluriel, Jour, atours, à moins que le singulier et le pluriel ne se terminent par les mêmes lettres, les cieuXj front audacieux.

2o Lorsqu'on fait rimer un mot terminé par s avec un autre qui finit par r, t ou quelque autre consonne, comme trépas avec état, ou qu'on fait rimer des mots qui ne sont pas terminés par la même consonne ou pai une consonne équivalente, comme sultan et instant; mais trépas rimerait bien divec états, sultans avec instants,

3° Lorsqu'on fait rimer des mots qui se terminent bien par les mêmes lettres, mais qui se prononcent différemment, comme fier et altier, mer et aimer , mœurs ei humeurs^ comme encore idolâtre et battre, où Va n'a pas la même longueur, etc.

4° Lorsque la rime se borne aune seule lettre, comme bonté et amitié, défi et pari, etc., excepté dans les petits vers et les sujets badins, où l'on est moins exigeant.

5° Lorsqu'on fait rimer un mot avec lui-même, à moins qu'il ne soit pris dans des sens différents. On ne pourra donc pas dire :

Oui , mon plus grand bonheur est de lire ces livres Cent fois plus amusants que les plus riches livres;

mais on dira fort bien :

Prends-moi le bon parti; laisse-là tous les livres.

Cent francs au denier vingt, combien font-ils? Cinq livres.

(BOILEAD.)

Monsieur, ici présent , M'a d'un fort grand soufflet fait un petit présent.

( Racine. )

6° Lorsqu'on fait rimer le mot simple avec le mot composé, à moins que celui-ci n'ait un sens dont le rapport avec le simple esttrès-éloigné et peu sensible. Ainsi jours et toujours, mortel et immortel ne riment pas bien; mais on fera bien rimer temps avec printemps, lustre avec illustre, front avec affront y etc.

Enfîn^ il faut éviter de rimer à l'hémistiche avec la fin du vers, ou d'avoir des hémistiches qui riment ensemble , ou des coupes qui reproduisent le même son dans le corps du même vers, comme dans les exemples suivants :

Il ne tiendra qu'à toi de partir avec moi. Au bruit inopine des assauts quil prépare, Des états consterner le conseil se sépare. Bientôt vous le verrez , prodiguant les miracles , Bu dessin des Lapins prononcer les oracles.

§ II. — De la disposition des vers.

Il y a deux choses à considérer dans la disposition des vers : celle des rimes et celle des vers eux-mêmes.

Disposition des rimes.

Bègle générale. Les rimes masculines et les rimes féminines doivent se suivre de manière que deux vers masculins ou féminins qui ne rimeraient pas ensemble ne se trouvent jamais placés Tun après l'autre.

Les rimes peuvent être disposées de quatre manières

différentes; ces quatre combinaisons donnent naissance aux rîmes plates ou suivies, aux rimes croisées, aux rimes mêlées et aux rimes redoublées; on peut ajouter à les quatre espèces de rimes les monorimes.

Des rimes plates.

Les rimes plates ou suivies sont celles qui présentent alternativement deux vers masculins ou féminins et deux vers féminins ou masculins. Elles conviennent aux grands poèmes, aux sujets nobles et sérieux, à l'épopée, à la tragédie, à la comédie, aux ouvrages didactiques, et, en général, aux sujets traités en vers alexandrins.

Les temps sont accomplis , princesse , il faut parZer,

Et votre heureux larcin ne se peut plus celer.

Des ennemis de Dieu la coupable insolence,

Abusant contre lui de ce profond silence.

Accuse trop longtemps ses promesses d'errewr ;

Que dis -je? leur succès animant leur fureur, Z'

Jusque sur notre autel votre injuste marâtre

Veut offrir à Baal un incens ido^a^rc. ( Racine, Athalie.)

La succession des rimes masculines et des rimes féminines ayant pour objet d'éviter la monotonie, c'est un défaut de répéter les mêmes rimes à des intervalles trop rapprochés, et surtout de faire suivre des rimes féminines et des rimes masculines qui ont le même son, à moins qu'il n'y ait une raison d'harmonie imitative, comme dans ces vers:

On voit en un instant des abîmes ouver/5, De noirs torrents de soufre épandus dans les airs^ Des bataillons entiers , par ce nouveau tonnerre, Emportés , déchirés , engloutis sous la terre.

Des rimes croisées.

Les rimes croisées font alterner une rime masculine avec une rime féminine, et réciproquement , ou placent

deux rimes masculines entre deux rimes féminines, et réciproquement.

Le régal fut fort honne?c, Rien ne manquait au festin; Mais quelqu'un troubla la (ete, Pendant qu'ils étaient eu train.

(L\ Fontaine.) O Père , qu'adore mon père , Toi qu'on ne nomme qu'à genoua?, Toi <lont le nom terrible et doux Fait courber le front de ma mère.

(Lamartine.) Des rimes mêlées.

Les rimes mêlées sont des rimes croisées qui ne suivent pas un ordre uniforme et régulier, et qui se mêlent d'une multitude de manières différentes, en ne s'astreignant à respecter que la règle générale qui a été établie plus haut. Cette Hberté d'allure, qui rompt la monotonie , qui donne du mouvement au vers, et qui permet de varier la période poétique, rend l'usage des rimes mêlées très-propre à la fable, à la chanson, aux chants dramatiques,, à la poésie légère, etc. Voici un exemple :

Un agneau se àésAWérait

Dans le courant d'une onde pure.

Un loup survient à jeun , qui chercbait aventure,

Et que la faim en ces lieux attirât^.

Qui te rend si hardi de troubler mon breuva^'C ?

Dit cet animal plein de ra^e ; Tu seras châtié de ta témérité'.

Sire , répond Tagneau , que Votre Majesté

Ne se mette pas en colère ,

Mais plutôt qu'elle considère

Que je me vas désaltérant Dans le cornant Plus de vingt pas au-dessous d'elle.

Et que , par conséquent , en aucune façon,

Je ne puis troubler sa boisson.

Tu la troubles! reprit cette bête cruelle.

(La Fontaine.)

Des rimes redoublées.

L3S rimes redoublées présentent le retour ou la continuation des mêmes rimes, soit pour donner plus de rapidité au style , ou plus de force à l'expression des sentiments , soit simplement pour produire un eff( t agréable à l'oreille.

Cieux , écoutez ma voix, terre, prête l'oreille;

Ne dis plus , 6 Jacob , que ton Seigneur sommeille !

Pécheurs , disparaissez : le Seigneur se réseille.

(Racine.) Jupin en a bientôt la cervelle rompue : Donnez-nous, dit ce peuple , un roi qui se remue. Le monarque des dieux leur envoie une grue,

Qui les croque , qui les tue.

Qui les gobe à son plaisir.

(L4 Fontaine.)

kxxn rimes redoublées se rattachent les vers monorimes, qui présentent tous la même rime dans une pièce de poésie; ces pièces ne sont véritablement que des tours de force, qui ne conviennent que dans les sujets badins et légers :

Nous fîmes donc au château d [i; C'est un lieu peu récréatif, Défendu par le fer oisif De plus d'un soldat maladif.

Qui, de guerrier jadis actif.

Est devenu garde passif....

( Lefranc de PoHPrCXAN.)

Disposition des vers.

La disposition des vers est régulière, irrégulière, mixte.

Elle est irrégulière lorsque, dans la même pièce,

les vers sont de différentes mesures, les uns grands, les

218 COURS DE UTTÉRATURE.

autres petits, sans aucun ordre symétrique; on dit alors que la pièce est écrite en vers libres.

La disposition des vers est régulière lorsqu'elle suit un ordre déterminé et symétrique , comme cela arrive lorsque tous les vers sont de la même longueur, ou lorsque les rimes se croisent d'une façon régulière et toujours la même, et surtout, lorsque au bout d'un nombre déterminé de vers on obtient un sens complet, ou une période nettement coupée, comme dans les stances.

La disposition des vers est 7nixte lorsque dans la même pièce elle est tantôt régulière, tantôt irrégulière.

Stances, strophes et couplets.

Une période de vers formant un sens complet, et présentant un nombre déterminé de vers dont la mesure et les rimes sont assujetties à une règle qui s'observe dans toute la pièce, prend le nom de stance {de l'italien stanza, repos). Dans l'ode et l'hymne, on lui donne le nom de strophe ( du grec strophe, tour, conversion), et dans le cantique et la chanson, le nom de couplet ( de l'idée de couple, marcher deux à deux, en couple).

Il y a quatre règles principales à observer dans la composition des stances :

1° Une stance ne doit point enjamber sur une autre, et si le sens ne finit pas avec le dernier vers, il doit du moins être assez complet pour motiver un repos, comme dans cet exemple :

Oh! parmi les soleils, les sphères, les étoiles, Les portiques d azur, les palais de saphir, Parmi les saints rayons , parmi les sacrés voile» Qu'agite un éternel zéphyr ;

Dans le torrent d'amour où toute âme se noie , Où s'abreuve de feux le séraphin brûlant ;

Dans l'orbe flamboyant qui sans cesse tournoie Autour du trône étineelant;

Parmi les jeux sans fin des âmes enfantines , Quand leurs soins, d'un vieil astre égaré dans les deux. Avec de longs efforts et des voix argentines , Guident les chancelants essieux ;...

Oh! dans ce monde auguste où rien n'est éphémère, Dans ces flots de bonheur que ne trouble aucun fiel , Enfant ! loin du sourire et des pleurs de ta mère , N'es-tu pas orphelin au ciel ?

(Victor Hugo, à l'ombre d'un enfant.)

2° On doit éviter d'employer les mêmes rimes dans deux stances qui viennent immédiatement l'une après l'autre : c'est l'oreille qui le demande, à moins qu'il ne s'agisse de produire quelque effet d'harmonie imitative.

3** Si la stance finit par une rime masculine, celle qui suit doit commencer par une rime féminine, et réciproquement.

En général les stances finissent mieux par une rime masculine que par une rime féminine ; c'est une affaire d'oreille; et c'est encore l'oreille qui demande que le premier vers d'une stance ne donne pas le même son que le dernier vers de la strophe précédente.

A° L'entrelacement des rimes est ordinaire dans la stance ; on tomberait dans la monotonie si l'on présentait alternativement deux vers masculins et deux vers féminins. .

Diverses espèces de stances.

Il y a des stances de deux vers (distiques) ^ de trois {tercets\ de quatre {quatrains)^ de cinq, de six [sixains), de sept, de huit {huiiains ou octaves), de neuf , de dix (dizains), et même de douze vers. Le distique n'est guère usité que dans l'épigramme et l'inscription ; la stance de douze vers n'est qu'un dizain suivi d'un dis-

tique, ou que l'enchaînement de trois quatrains. Il suffira de donner ici quelques exemples.

Distique :

Dans la fable et le coule il n'eut point de rivaux; Il peignit la nature et garda ses pinceaux.

( Inscription sur La. Font aise.) Tercets :

Qu'un sot afflige mon oreille, Passe encor, ce n'est pas merveille :

Le don d'ennuyer est son lot;

Mais Dieu préserve mon ouie Dun homme d'esprit qui m'ennuie!

J'aimerais cent fois mieux un sot.

J.-B. RûCSSEAL.)

Quatrain :

Pour qui compte les jours d'une vie inutile L'âge du Tieux Priam passe celui d'Hector; Pour qui compte les faits, les ans du jeune Achille

L'égalent à Nestor. ( J. B. Rousseau. i

Stance de cinq vers :

Oh ! bien loin de la voie Où marche le pécheur.

Chemine où Dieu l'envoie! Enfant, garde ta joie!

Lis , garde ta blancheur.

(V. Hlgo.)

Sixain :

Seigneur, dang ta gloire adorable Quel mortel est digne d'entrer?

Qui pourra , grand Dieu , pénétrer Ce sanctuaire impénétrable Où tes saints incUnes , d'un œil respectueux , Contemplent de ton front l'éclat majestueux ?

( J.-B. Rousseau.) Stance de sept vers :

Ingénieuses rêveries , Songes, rianls , sages loisirj ,

Huitain

Venez sous ces ombres chéries; Vous suffirez à mes désirs.

Plaisirs brillants , troublez les villes ; Plaisirs champêtres et tranquilles , Seuls TOUS êtes les vrais plaisirs.

Venez , nations arrogantes , Peuples vains et voisins jaloux, Voir les merveilles éclatantes Que sa main opère pour nous.

Que pourront vos ligues formées Contre le bonheur de nos jours , Quand le bras du Dieu des armées S'armera pour notre secours ?

(Racike.)

Stance de neuf vers

Dizain

Le roi des cieux et de la terre Descend au milieu des éclairs ; Sa voix , comme un bruyant tonnerre , S'est fait entendre dans les airs.

Dieux mortels , c'est vous qu'il appelle : Il tient la balance éternelle Qui doit peser tous les humains.

Dans ses yeux la flamme étincelle , Et le glaive brille en ses mains.

(J.-B. ROUSSEAC.)

Oh ! que tes œuvres sont belles ,

Grand Dieu ! quels sont tes bienfaits !

Que ceux qui te sont fidèles

Sous Ion joug trouvent d'attraits!

Ta crainte inspire la joie;

Elle assure notre voie;

Elle nous rend triomphants :

Elle éclaire la jeunesse ,

Et fait briller la sagesse

Dans les plus faibles enfants.

(J.-B. Rousseau.)

222 COURS DE UTTÉRATCRE.

On distingue les stances en régulières, irrégulières et mixtes, selon que dans la même pièce toutes les stances sont semblables, ou qu'elles diffèrent les unes des autres, ou que, tout en ayant une forme différente, elles sont symétriques. Les stances de Jean-Baptiste Rousseau sont toutes régulières; les chœurs d'Athalie et d'Esther, dans Racine, offrent de très-beaux exemples de stances mixtes.

§ III. — Des licences poétiques.

On entend par licences poétiques les irrégularités de langage ou d'orthographe qui sont permises au poète en faveur du nombre, de l'harmonie, de la rime ou de l'élégance. On distingue six sortes de licences : d'orthographe, de construction, de grammaire, d'expressions, de transpositions et de versification.

Licences d' orthographe.

Les licences d^orthographe consistent dans le retranchement ou l'addition arbitraire d'une ou plusieurs lettres dans un mot.

On peut retrancher l's, en faveur de la rime, a la première personne du singulier de l'indicatif présent , et quelquefois du parfait défini; mais il faut user rarement de cette hcence, et seulement dans le style familier ;

Ce discours te surprend , docteur, je Taperçoi. L'homme, de la nature est le chef et le roi.

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