‹ Cours abrégé de littératureChapitre 23 sur 61 · B01LE · texte numérisé non relu

B01LE

Yisir, songez à vous Je vous en aver^?,

Et sans compter sur moi , prenez votre par^i.

(Racine.)

On peut également supprimer Vs finale, en faveur de la rime ou pour rendre l'élision possible dans certains

COMPOSITION. — YERSIFICATION. 223

noms propres, comme Naples^ Londres^ Athènes, Versailles^ Charles^ Démosthènes, etc.

Vous régnez , Londre est libre et vos lois florissantes.

On peut encore écrire avec ou sans s, jusque ou jus-' ques, grâce à ou grâces à, carte ou certes, guère ou guères, naguère ou naguères.

Grâce à lui vous vivez, grâces à vous je meurs.

Ue muet final se supprime à volonté dans encore et dans zéphyre,

Encor je le méprise , et le déteste encore.

Les zéphyres soufflaient : sur la foi des zéphyrs,

Nous partîmes , comptant sur de prochains plaisirs.

On voit encore alors que pour lorsque, cependant que pour pendant que, avecque ^iour avec; ce dernier mot ne peut se permettre que dans le style badin.

Cependant que mon front au Caucase pareil. Alors que vous viendrez , vous trouverez tout prêt. Avecque cet argent que pensez -vous donc faire ?

Ce sont là des archaïsmes dont il ne faut user qu'avec mesure, comme de jà pour déjà, de sais-je pas pour nesais-je pas, qui ne sont plus tolérés que dans les pièces badines.

Licence! de construction.

Les licences de construction ne sont guère que des figures de grammaire, telles que V ellipse, le pléonasme, la syllepse, etc.

licences de grammaire.

Les licences de grammaire vont au-delà des licences de construction, en permettant Tusage de tournures qui seraient de véritables fautes en prose , comme de qui pour dont, de pour avec, au pour dans le, en pour dans, dans pour à, où pour à qui, auquel, vers lequel, etc.

Rome entière noyée au sang de ses enfants.

(Corneille.) Je renonce à l'empire où j'étais destiné.

(Racine.)

C'est là l'unique étude où je veux m'attacher.

( ROILEAU.)

Allez en Albion -, que votre renommée.. Cassandre dans Ârgos a suivi votre père.

(Racine.)

C'est encore parmi les licences de grammaire qu'il faut ranger la création de mots conformes à l'analogie de la langue, mais inusités en prose, comme invaincu^ exorable, et l'emploi demi-neutre demi-passif de certains participes passés, comme expiré dans ces vers de Racine :

A ces mots , ce héros expiré

N'a laissé dans mes bras qu'un corps déliguré.

Licenws d'expressions.

Les licences d'expressions consistent dans l'emploi de mots que la prose repousse comme trop vieux {archaïsmes), ou comme trop prétentieux pour le langage ordinaire. Ainsi Ton dit antique pour ancien, soudain pour aussitôt, jadis pour autrefois, coursier pour cheval, flanc pour côté, forfait pour crime, onde pour eau, glaive pour épée, nautonier pour matelot, labeur pour travail, cité pour ville, etc.

Licences de Yersification.

Les licences de versification consistent dans l'emploi de certains enjambements et dans des rimes forcément inexactes que l'on tolère parce qu'autrement certains mots ne pourraient jamais se trouver à la fin des vers. C'est ainsi qu'on fait rimer moeurs avec humeurs; Vénus avec venus. Mars avec étendards, etc.

Licences de transpositions.

La transposition consiste à ne pas exprimer les mots dans l'ordre direct ou grammatical ; elle ne diffère pas de Vhyperbate ou inversion; mais il faut remarquer que le vers admet des inversions plus fortes que la prose ; c'est même à l'inversion, jointe à la mesure, à la césure et à la rime, que le vers français doit sa physionomie.

C'est l'oreille et l'usage qu'il faut consulter pour l'emploi de cette licence.

Il faut éviter l'inversion qui rapproche immédiatement deux substantifs, comme dans ce vers :

Ceux qui louaient le plus de son chant l'harmonie; mais on dira bien :

Tous ceux qui de son chant admiraient l'hannonie. Les inversions doubles sont également défectueuses :

Je n'ai pu de mon fils consentir à la mort. (Voltaire.) Il fallait dire, par exemple :

A la mort de mon fils je n'ai pu consentir.

Voici encore des exemples d'inversions vicieuses :

Craignez de votre orgueil de tous rendre la dupe. Que toujours la fierté , l'honneur, la bienséance De cette folle ardeur s'arrête à la naissance.

Du style marotiqne.

Notre vieux poète Marot, contemporain de François I"^ usait largement des licences poétiques indiquées jusqu'ici, et il en prenait d'autres encore, que le langage du temps admettait plus facilement. Ces licences donnent à son style une grâce et un air de naïveté qu'on imite encore de nos jours dans les sujets légers et badins, comme le conte, la fable et l'épître

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familière. Le style imité de Marot a reçu le nom de marotique.

Dans ce style : d* on supprime fréquemment l'article et les pronoms personnels; S'* on affecte d'employer des expressions vieillies, comme giron, oncques, lors,jàj etc., pour sein, jamais, alors, déjà, etc. ; 3° on fait des inversions du sujet, de l'attribut et du régime, qui ne seraient pas tolérées dans la poésie ordinaire. Exemple ;

En son giron jadis me nourrissait

Douce fortune , et tant me chérissait

Qu'à plein souhait me faisait délivrance

Des hauts honneurs et grands trésors de France...

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