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LA POÉTIQUE

Le mot poésie signifie création; il pourrait donc s'appliquer à tous les travaux de l'esprit humain, aux arts comme à l'éloquence ; mais dans l'usage ordinaire on le restreint aux produits de l'intelligence qui expriment le beau par la parole et qui s'adressent plus particulièrement à y imagination, d'où ils procèdent.

L'imagination ne suffit pas seule pour faire le poëte, il lui faut de plus l'inspiration, c'est-à-dire cette faculté presque divine qui l'élève au-dessus de la condition ordinaire de l'humanité, et qui lui fait saisir le beau comme à sa source dans la nature et dans la beauté par essence, c'est-à-dire en Dieu.

L'imagination et l'inspiration doivent à leur tour être guidées ou contenues par la raison, qui ne perd jamais ses droits, et qui empêche les écarts et les caprices.

Ainsi trois facultés fondamentales font le véritable poëte : V imagination, Vinspiration et la raison.

Le poëte, comme l'artiste, imite la nature, qui est comme le reflet de l'éternelle et divine beauté ; mais il ne se contente pas d'imiter ce qui frappe la vue ou les autres sens : il a devant les yeux de l'âme un type plus parfait encore, cet idéal de la beauté, qui est Dieu luimême, et auquel il s'efforce d'atteindre dans ses créations. Imiter simplement la nature , c'est faire du métier ; l'imiter pour lui faire exprimer cet idéal de beauté

que le vulgaire n'aperçoit pas, c'est véritablement faire de l'art, c'est être poëte.

Dans ce sens, on peut dire que la poésie crée en idéalisant la nature, ou qu'elle est l'imitation de la nature idéalisée.

Langage de la poésie.

La poésie a son langage propre : c'est le vers; mais elle peut aussi se servir de la prose. Si le vers est sa langue naturelle, langue qui, par le rhythme, par le nombre, parla mesure, parle retour des mêmes sons, est plus propre à charmer l'oreille et plus favorable même à l'inspiration, qui y trouve des ailes et non des entraves, il n'en est pas moins vrai que la prose peut aussi s'élever à l'expression du beau et que sous la main des grands écrivains elle a plus d'une fois lutté sans désavantage avec le vers. Mais dans ce cas la prose elle-même prend une physionomie particulière : elle emploie des expressions et des tournures qui ne lui appartiennent pas en propre, et elle admet des images que le langage ordinaire repousserait comme prétentieuses.

L2i prose poétique peut donc produire de très-heureux effets; mais il faut reconnaître que la versification a sur elle de grands avantages : elle communique au style, a-t-on dit avec raison (1), un charme analogue à celui de la musique; elle distribue avec art les accents et les silences, et s'efforce de peindre les idées par le son et le mouvement des vers; elle double l'énergie et la vivacité du style, en obligeant l'auteur à resserrer les tours languissants; elle proscrit toute expression faible, et invite l'écrivain à bien faire, en récompensant son travail, car

(1) M. Crouslé, Dict. des lettres et des beaux-arts, art. Poésie.

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