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Qu'on n*oublie pas d'ailleurs que ce n'est pas au moyen de descriptions oratoires ou de portraits brillants qu'il convient de faire connaître le caractère de ses héros : c'est dans leurs discours, dans leurs actions, dans leur conduite que le caractère doit se montrer ; il ne faut pas dire : Achille est emporté, Ulysse est prudent, mais faire agir et parler Achille comme un homme emporté, faire agir et parler Ulysse comme un homme prudent.

Disposition.

On distingue dans l'épopée le début, le nœud et le dénouement.

i° Le début ou commencement de l'épopée comprend la proposition, Vinvocation et Vexposition.

La proposition indique le sujet du poëme. L'Iliade commence ainsi :

Chante, déesse, la colère d'Achille, fils de Pelée, colère fatale qui ré, pandit mille maux sur les Grecs.

V Odyssée :

Muse, chante ce héros plein d'artifices qui longtemps erra lorsqu'il etit renversé la sainte Ilion.

252 COURS DE UTTÉRATURE.

L'Enéide :

Je chante les combats et cet homme pieux Qui, banni par le sort du champ de ses aïeux, Et des bords phrygiens conduit dans l'Ausonie, Aborda le premier aux champs de Layinie.

( Trad. de Delille.

La Jérusalem déliirée :

Je chante les pieux combats et le guerrier qui délivra le tombeau de Jésus-Christ. De nombreux exploits signalèrent sa prudence et sa valeur ; des travaux nombreux éprouvèrent sa patience dans cette glorieuse conquête. Ea vain l'enfer se souleva contre lui; en vain s'armèrent les peuples réunis de l'Asie et de l'Afrique ; le Ciel protégea ses efforts, et ii ramena sous les sauits étendards ses compagnons errants.

Ainsi : Colère d'Achille, Aventures d'Ulysse , Établissement d'Énée en Italie, Délivrance du tombeau de Jésus-Christ, voilà les diverses propositions qui forment le sujet des quatre épopées.

Après la proposition vient ordinairement Vinvocation , qui se trouve souvent mêlée à la proposition, comme dans les deux poèmes d'Homère. Virgile invoque la Muse ; le Tasse et Milton en font autant, mais ils s'élèvent plus haut, Milton surtout, qui s'exprime ainsi :

Chante, Muse céleste î toi qui sur le sommet sacré d'Horeb et de Sinaï inspiras ce pasteur qui, le premier, appiit à la race choisie comment le ciel et la terre sortirent du chaos... Toi surtout, Esprit-Saint, qui préfères à tous les temples un cœur pur et droit, instruis-moi ; toi à qui rien n'est inconnu, éclaire mes ténèbres, soutiens ma faible voix.

Mais quelle froideur dans cette invocation philosophique de Voltaire !

Descends du haut des cieux, auguste Vérité ; Répands sur mes écrits ta force et ta clarté ; Que roreilîe des rois s'accoutume à t'entendre, -■'Vest à toi d'annoncer ce qu'ils doivent apprendre.

Après Vinvocation vient Vexposilion proprement dite

qa'on appelle aussi, dans l'épopée, la. préparation ou V avant-scène^ dans laquelle le poëte prépare le lecteur en lui montrant la situation des principaux personnages au moment où le récit commence, et en lui faisant connaître les circonstances nécessaires à l'intelligence complète de l'action. Homère emploie la moitié du premier chant de Vlliade à exposer les causes de la colère d'Achille; Virgile expose en une trentaine de vers les causes de la colère de Junon contre les Troyens , colère qui viendra continuellement traverser l'établissement d'Énée en Italie.

Le début de l'épopée doit être simple et clair, comme celui de toute narration; quelquefois il aborde les événements par l'ordre chronologique, comme Vlliade et la Jérusalem délivrée; quelquefois il se porte brusquement au milieu des faits, comme r Enéide; sauf à revenir plus tard sur les faits précédents.

2" Le nœud, dans l'épopée comme dans la narration, est le fond même du poëme ; il se compose de l'ensemble des dangers et des obstacles qui s'opposent à l'exécution des projets du héros.

On doit distinguer le nœud principal des nœuds secondaires.

Le nœud principal est l'obstacle essentiel d'où naissent toutes les complications secondaires qui entretiennent l'intérêt du récit. Dans Vlliade, c'est la colère d'Achille qui expose les Grecs à mille périls , et que ne peuvent laéchir ni les supplications des chefs, ni les dangers de l'armée. Dans V Enéide, c'est la haine de Junon qui poursuit partout les Troyens, et qui veut surtout empêcher leur établissement en Italie, parce qu'elle sait que les Romains, leurs descendants, se rendront un jour maîtres de la Grèce.

Les nœuds secondaires sont les divers obstacles qui

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naissent de l'obstacle principal, une tempête, un naufrage, des combats, etc. Tous ces obstacles amènent des changements subits dans la situation ou dans la volonté des principaux personnages , des alternatives de bonne ou de mauvaise fortune , qui entretiennent l'intérêt, et qui doivent le rendre de plus en plus vif à mesure que le récit s'avance. Ces changements subits s'appellent des péripéties (du grec péripétia, chute soudaine, accident, aventure).

C'est dans le nœud que s'introduisent les épisodes , espèces de récits secondaires destinés à rendre plus intéressants quleques-uns des personnages, à jeter de la variété dans le poëme, et à développer certains événements qui se rattachent moins directement au récit général.

C'est dans le nœud que le poète devra déployer toutes les ressources, mettre à contribution le ciel et l'enfer, multiplier les actes héroïques, les discours, les descriptions, les récits, attacher à ses héros, exciter l'intérêt, et faire désirer le dénoûment.

Les diverses parties du poème épique, les principales coupures, s'appellent chants. Les deux poèmes d*Homère ont chacun 24 chants, l'Enéide n'en a que 12 ; le nombre de ces coupures n'a donc rien de déterminé; mais les développements mêmes de l'épopée exigent qu'il y en ait un certain nombre, d'une longueur à peu près égale, et qui aient chacune une physionomie assez distincte pour qu'on puisse leur donner un titre général.

La durée de l'action épique est aussi indéterminée; mais on comprend que cette durée doit se renfermer dans des limites assez étroites pour que l'intérêt ne languisse pas et que le lecteur puisse facilement saisir l'ensemble des événements. L'action de V Iliade ne dure pas plus de quarante-sept jours; l'action de l'Odyssée

n'est guère plus longue (cinquante-huit jours) ; celle de rÉnéide se renferme en un an à peu près. La date du début ne doit donc pas être trop éloignée de celle du dénoûment; mais, au moyen de narrations rétrospectives mises dans la bouche de ses héros , le poète peut revenir sur des événements passés. C'est ainsi que VOdyssée rappelle toutes les aventures arrivées à Ulysse depuis la prise de Troie, et que l'Enéide contient toutes les aventures d'Énée depuis les derniers jours de la même ville.

3° Le dénoûment doit être naturel , imprévu, rapide et complet. Naturel, il répond à ce qui précède, et en sort comme la fleur de la tige qui la ^orie ; imprévu , il laisse jusqu'au bout l'esprit dans l'incertitude et frappe plus vivement l'imagination; rapide, il ne laisse pas le temps à rintérêt de se refroidir; complet, il donne la solution de toutes les difficultés et satisfait entièrement la curiosité que le poëte a excitée.

Il y a deux espèces de dénoûment : l'un par reconnaissance, lorsque la complication qui naît des obstacles vient d'une ignorance qu'il suffit de dissiper pour rompre le nœud, comme dans V Odyssée; l'autre par péripétie ou résolution, lorsqu'il y. a changement de fortune, comme dans Vlliade.

ÉlocQtioD.

Le style de l'épopée est déterminé par le but de ce poëme : noblesse dans les pensées , élévation dans les sentiments, vivacité dans les images, hardiesse même dans les tours et dans les expressions, voilà ce qui lui convient en général, ce qui n'empêche pas de descendre quelquefois au ton le plus simple et le plus familier; mais on peut dire que le style simple est l'exception, le style tempéré la dominante du ton, et que le style su-

blime s'allie parfaitement à la grandeur du sujet. La description épique demande un style riche et pompeux :

Soyez riche et pompeux dans vos descriptions;

la narration veut plus de rapidité :

Soyez vif et pressé dans vos narrations ;

les discours coupent agréa]}lement le récit et font mieux connaître les motifs qui dirigent les personnages; les portraits reposent l'esprit et rompent la monotonie du genre narratif.

Peut-on écrire une épopée en prose? On l'écrit ordinairement en vers; mais le Télémaque de Fénelon et les Martyrs de Chateaubriand prouvent que la prose peut s'élever jusqu'à ce grand genre de poésie.

On a nommé les principales épopées; il faudrait y ajouter la Pncelle de Chapelain, la Divine Épopée de Soumet, et un grand nombre d'autres poèmes dont les auteurs ont prétendu faire des épopées, sans y réussir. Au moyen âge, les chansons de gestes étaient de véritables épopées , et la Chanson de Roland a tous les caractères du poëme épique : unité du plan, vérité et variété des mœurs, grandeur des événements, inspiration patriotique et religieuse; elle serait classique et nationale, si elle avait été écrite dans une langue déjà formée et arrivée à sa perfection.

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