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Vunité du lieu n'est pas moins nécessaire à la vraisemblance que l'unité du temps; mais on admet qu'au moyen d'un changement de décoration, elle peut s'étendre à tout un palais, à toute une maison, à une ville entière et à ses environs.
Telle est la règle des trois unités. Il est clair que l'illusion du spectateur sera d'autant plus grande et l'intérêt même d'autant plus excité, que le poëte s'en rapprochera davantage. Les essais contraires faits, chez nous, par l'école dite romantique, n'ont pas été heureux ; ils n'ont produit aucun chef-d'œuvre comparable, môme de loin, aux œuvres de Corneille, de Racine et de Molière, soit que le génie ait manqué aux novateurs, soit que l'esprit français^ qui est essentiellement discipliné, malgré ses velléités de révolte et d'indépendance, ré= pugne à ces allures qui mettent de côté toutes les règles.
Il n'y a toutefois rien d'absolu dans ces prescriptions : la règle essentielle est de reproduire le beau; toute voie qui conduit à ce but est bonne, mais le génie seul sait se frayer des routes nouvelles, le vulgaire fait bien de suivre celles qui ont été découvertes par le génie, sanctionnées par l'expérience et approuvées par les hommes de goût de chaque nation. Shakspeare a créé des chefsd'œuvre en suivant d'autres routes que Corneille et Racine; mais Victor Hugo, en voulant suivre Shakspeare, n'a produit que des œuvres dont certains traits de génie n'excluent pas le ridicule.
Conduite de l'action dramatique.
L'action dramatique comprend Vexposition, le ncmâ, et le dénoûment.
U exposition idÀicoiin2MvQ les principaux personnages, laisse entrevoir le germe des événements et excite la curiosité du spectateur :
Que, dès les premiers vers, l'action préparée, Sans peine du sujet aplanisse l'entrée.
Le nœud, qu'on appelle aussi intrigue quand il s'agit
d'une action dramatique, consiste dans les obstacles qui s'opposent à l'accomplissement de l'action : c'est une complication de circonstances, d'incidents, d'intérêts et de caractères qui excite dans l'âme du spectateur l'incertitude, la curiosité et l'inquiétude.
Le nœud doit découler de l'exposition, se resserrer à mesure qu'on avance, afin d'exciter de plus en ptus l'intérêt, et ne se dénouer qu'à la fin de la pièce.
Que le trouble, toujours croissant de scène en scène, A son comble arrivé, se débrouille sans peine. L'esprit ne se sent point plus vivenaent frappé, Que lorsqu'on un sujet d'intrigue enveloppé, D'un secret tout à coup la vérité connue Change tout, donne à tout une face imprévue.
( BOILEÂU. )
Dans ces vers se trouvent les règles du nœud et an dénoûment.
Le dénoûment, dans le drame comme dans Tépopée, doit être à la fois imprévu et préparé. Il se fait par reconnaissance ou par péripétie. Quand il est heureux, on lui conserve le nom de 'péripétie; quand il est malheuraux, on l'appelle catastrophe (du grec catastrophé, renversement).
L'exposition, le nœud et le dénoûment se distribuent entre plusieurs grandes parties, qu'on appelle actes, et qui renferment chacune une action complète en ellemême, mais subordonnée et essentiellement liée à l'action principale. L'exposition doit être complète au premier acte; le dénoûment doit terminer le dernier.
Les intervalles entre les actes, remplis par la musique ou par des danses ou par un repos accordé aux spectateurs, s'appellent intermèdes ou entr'actes.
Les actes se divisent en parties secondaires qu'on appelle scènes. Il y a une nouvelle scène chaque fois
2(j4 COURS DE LITTERATURE.
qu'entre ou sort un des personnages qui prend part à l'action. Aucun personnage ne doit entrer ou sortir sans un motif dont le spectateur puisse se rendre compte, et l'action doit être menée de façon que jamais le théâtre ne reste vide dans l'intervalle d'une scène à l'autre.
Dans le théâtre contemporain, on divise quelquefois les actes en tableaux, qu'on appelle ainsi parce que la décoration de la scène change tout à coup sous les yeuxmêmes du spectateur; mais ces changements dépendent de l'art du machiniste, ils ne sont pas du ressort de la littérature.
Le nombre des actes n'est pas déterminé; mais les grandes pièces se divisent ordinairement en cinq actes, quelques-unes en trois, et il y en a qui n'ont qu'un acte. Le nombre des scènes qui composent un acte est tout à fait indéterminé.
Quelquefois les pièces dramatiques sont précédées d'une exposition préparatoire qu'on appelle prologue (du grec prologos, préambule, préface). Aujourd'hui, le prologue n'est plus qu'un petit discours qui ne fait pas partie du drame; chez les anciens, et à l'origine du théâtre français, il était une vraie préparation à la pièce, dont il indiquait le sujet et faisait connaître les principaux personnages, ce qui se fait maintenant dans le drame même et au premier acte.
Personnages dramaliq es.
Les règles données pour les personnages de l'épopée conviennent aux personnages dramatiques. Les mœurs de ces personnages doivent être conformes au temps, au lieu; elles doivent être bonnes, convenables, ressemblantes, égales et variées^ et il doit y avoir un personnage,
le héros de la pièce, qui domine tous les autres et attire sur lui le principal intérêt.
Il est d'usage,, dans le drame, d'adjoindre aux principaux personnages ce qu'on appelle des confidents ou confidentes, qui ne contribuent guère à l'action, et qui ne servent qu'à recevoir les confidences des autres, c'est-à-dire à remplir la scène et à fournir la réplique. L'art de l'auteur dramatique consiste à les introduire naturellement dans la pièce et à leur donner un rôle qui contribue véritablement à la marche de l'action.
Les personnages se font surtout connaître et se peignent par leurs paroles. Lorsque deux ou plusieurs personnages s'entretiennent ensemble, il y a dialogue; lorsqu'un personnage resté seul sur la scène s'entretient avec lui-même, il y a monologue.
Le dialogue ne doit être qu'entre deux ou trois personnes au plus : quand le nombre des interlocuteurs est trop grand, il y a confusion, l'intérêt est trop partagé ; ce n'est que dans des cas fort rares qu'on peut manquer à cette règle- Le dialogue doit être rapide, animé, naturel , suivi et coupé à propos; on dit qu'il est soutenu lorsque l'auteur développe ce qu'il pense en un discours suivi. Corneille, Racine et Molière offrent d'excellents modèles de dialogues. Qu'on écoute, par exemple, Néarque et Polyeucte :
Où pensez-vous aller?
NÉARQUE
POLÏEUCTE.
Au temple, où l'on m'appelle.
NÉARQUE
Quoi ! vous mêler aux vœux d'une troupe infidèle I Oubliez- vous déjà que vous êtes chrétien ?