‹ Cours abrégé de littératureChapitre 36 sur 61 · POLYEUCTE · texte numérisé non relu

POLYEUCTE

Vous par qui je le suis, vous en souvient-il bien?

NÉARQUE

J'abhorre les faux dieux.

PW.YEUCTE.

Et moi, je les déteste

NÉARQDE.

Je tiens leur culte impie.

POLYEDCTE,

Et je le tiens funeste.

NÉARQUB.

Fuyez donc leurs autels.

POLYEDCTE.

Je veux les renverser, Et mourir dans leur temple ou les y terrasser.

Le monologue, dont il ne faut pas abuser, suppose que le personnage est en proie à une grande* anxiété ou transporté par une violente passion; il délibère avec lui-même ou s'emporte aux plus vives exclamations. Dans le Cinna de Corneille, Auguste délibère sur ce qu'il doit faire, après avoir découvert la conjuration de Cinna :

Ciel ! à qui voulez-vous désormais que je fie

Les secrets de mon âme et le soin de ma vie ?

Repreiiez le pouvoir que vous m'avez commis,

Si, donnant des sujets, il ôte les amis ;

Si tel est le destin des grandeurs souveraines,

Que leurs plus grands bienfaits n'attirent que des haines,

Et si votre rigueur les condamne à chérir

Ceux que vous animez à les faire périr.

Pour elles rien n'est sûr; qui peut tout, doit tout craindre.

Rentre en toi-même, Octave, et cesse de te plaindre.

Quoi ! tu veux qu'on t'épargne, et n'as rien épargné !

Songe aux fleuves de sang où ton bras s'est baigné ;...

Et puis ose accuser le destin d'injustice.

Quand tu vois que les tiens s'arment pour ton supplice...

Non, non, je me trahis moi-même d'y penser :

Qui pardonne aisément invite à l'offenser.

Punissons l'assassin, proscrivons les complices.

Mais quoi ! toujours du sang, et toujours des supplices î

Ma cruauté se lasse et ne peut s'arrêter :

Je veux me faire craindre et ne fais qu'irriter...

O Romains I ô vengeance ! ô pouvoir absolu !

0 rigoureux combat d'un cœur irrésolu,

Qui fuit en même temps tout ce qu'il se propose,

D'un prince malheureux ordonnez quelque chose.

Qui des deux dois-je suivre, et duquel m'éloigner ?

Ou laissez-moi périr, ou laissez-moi régner.

§ II. — lies divers g^enres de drames.

On peut diviser les drames en trois genres ; le genn tragique, le genre comique ^ et le genre mêlé.

Le genre tragique (de tragos, bouc, parce qu'un bouc était le prix du chant, tragœdia, tragédie) comprend la tragédie proprement dite, la tragédie populaire ou drame, le mélodrame, la tragédie lyrique ou opéra^ et X^oratorio.

Tragédie.

La tragédie est la représentation d'une action héroïque et malheureuse : elle est héroïque quand le sujet est grand et noble par lui-même, et que les personnages montrent un courage et une force d'âme au-dessus du vulgaire ; elle est malheureuse quand elle se termine par une catastrophe qui peut ne pas être sanglante, mais qui remue fortement l'âme du spectateur.

Les deux grands ressorts de la tragédie sont la terreur et la 'pitié :

Que dans tous vos discours la passion émue Aille chercher le cœur, l'échauffé et le remue. ' Si d'un beau mouvement l'agréable fureur Souvent ne nous remplit d'une douce terreur, Ou n'excite en notre âme une pitié charmante, En vain vous étalez une scène savante.

(BOILEAU

Le poète excite la terreur en plaçant son héros dans

une situation qui fait craindre pour sa vie ou pour son rang; il excite la pitié en en représentant vivement les malheurs et les dangers.

Il est convenu que le langage de la tragédie doit être élevé, noble et poétique; c'est pourquoi les tragédies françaises sont écrites en vers, et en vers alexandrins.

Les principaux poètes tragiques sont, chez les Grecs : Eschyle, Sophocle et Euripide ; chez les Latins, Sénèque le Tragique, qui n'est qu'un déclamateur; chez les Français, Corneille, Racine, Crébillon, Voltaire, Casimir Delavigne, Guiraud, Soumet, Ponsard, etc.

Tragédie populaire ou drame.

La tragédie populaire ou drame proprement dit, qu'on appelle aussi drame bourgeois, s'écrit indifféremment en prose ou en vers ; elle est la représentation d'une action malheureuse, mais qui se passe dans la vie commune, tout en inspirant un intérêt, une terreur, une pitié qui ne sont pas ordinaires.

Le drame bourgeois, sérieux pour le fond, souvent familier par la forme, admet toutes sortes de personnages et une plus grande variété de tons que la grande tragédie. Il tient une espèce de milieu entre la tragédie et la comédie, ce qui lui a fait donner d'abord le nom de comédie larmoyante . Les anciens n'ont pas connu cette espèce de drame, qui a été introduit en France par La Chaussée, vers 1732; Diderot, Beaumarchais, Voltaire s'y exercèrent ensuite; parmi les contemporains, ce sont, à la suite de Victor Hugo, Alexandre Dumas père, Alfred de Vigny, Eugène Sue, Dennery, etc., qui ont obtenu le plus de succès dans ce genre.

Mélodrame.

Le mélodrame j comme son nom Tindique (?we7os, chant,

dramaj action), est une espèce de tragédie mêlée de chants et de danses. Amalgame de tragédie, de drame bourgeois, de comédie, de musique et de ballet, ce genre bâtard est né au dix-huitième siècle, et n'est plus guère cultivé de nos jours ; c'est un genre faux et ridicule, auquel l'art véritable n'a rien à voir.

Tragédie lyrique ou opéra.

La tragédie lyrique est, comme son nom l'indique, une pièce faite pour être chantée; son nom d'opéra lui vient de ce qu'en Italie, où il a pris naissance, on l'a regardée comme l'œwvrepar excellence (opera^ œuvre, en italien)-, œuvre destinée à enchantera la fois l'esprit par les beautés delà poésie, les oreilles par les charmes de la musique^ et les yeux par la splendeur des décorations et par les danses. Si cet idéal a été atteint par la musique, il ne l'a guère été par la poésie, qui est presque toujours sacrifiée aux exigences de sa sœur, et il n'est que trop vrai de dire aussi que si l'opéra élève quelquefois Tâme, il séduit trop souvent le cœur par ses enchantements tout puissants sur les sens.

L'action que Topera représente est héroïque et malheureuse, comme celle de la tragédie; mais on peut y ajouter le merveilleux et même le fantastique, et l'on se dispense d'y observer la règle des trois unités.

On distingue dans l'opéra le récitatif ei Vair ou ariette : dans le récitatif, le musicien rend le discours tranquille des personnages par une espèce de chant qui se rapproche de la simple déclamation; l'ariette est plus vive; elle exprime les sentiments les plus violents de la passion, et c'est alors que la musique atteint ses plus grands effets.

L'opéra s'écrit en vers, mais il demande la plus grande variété de mesure, afin que les vers se prêtent

270 >SOURS DE OTTERATURE.

mieux à la musique . En général le style doit être doux et coulant, sans que le poëte renonce pour cela à l'énergie, lorsque la situation l'exige. Métastase, chez les Italiens, Quinault, chez les Français , sont les poètes qui ont le mieux réussi à écrire des opéras : LuUi chantait les Ters que soupirait Quinault. Oratorio.

li oratorio^ ou drame sacré, est une espèce d'opéra religieux qu'on exécute à grand orchestre et au moyen d'un grand nombre de chanteurs . Son nom lui vient de ce qu'il a été d'abord exécuté dans l'église de l'Oratoire, à Rome. On n'en exécute plus guère maintenant que dans les grandes solennités musicales et dans les concerts spirituels, qui sont en usage à certaines époques de l'année.

Les oratorios n'ont que les vers et la musique, sans la pompe théâtrale des opéras. Les poètes qui en ont écrit n'y ont pas trouvé la renommée des musiciens qui se sont emparés de leurs vers, comme Haendel, Mozart, Beethoven, etc.

Diyerses espèces da genre comique.

Le genre comique (du grec xwari, bourgade, d'oîi xwixoç, grosse gaieté des campagnes, xw^wSia, chant du bourg, comédie), comprend la comédie proprement dite, la comédie populaire et Vopéra comique.

Du comiqne.

Tandis que les deux grands ressorts de la tragédie sont la terreur et la pitié, le ressort principal de la comédie est le rire excité par le ridicule ou par ce qu'on appelle le comique.

Le rire naît, en général, d'une opposition entre ce

qui est et ce qui doit être. Ainsi l'on rit à la vue d'un bossu, d'une tête énorme portée sur un petit corps, d'un nez d'une longueur ou d'une grosseur démesurée, d'un habillement extravagant, de gestes qui ne sont pas en rapport avec les paroles, d'un faux pas, d'une chute bruyante, d'une distraction, d'un bon mot qui a l'apparence d'une absurdité, d'un calembour qui réunit des idées n'ayant entre elles aucun rapport : toutes ces choses sont en effet risibles, quand il ne s'y joint pas une préoccupation pénible, car le rire suppose la présence de la joie et de la gaieté. On rit d'une chute qui ne produit pas d'accident, on plaint la personne qui se blesse en tombant; on rit d'une mascarade qui représente des malades et des mourants, parce qu'on sait que les acteurs sont bien portants; on s'apitoie à la vue d'un ami malade et d'une personne qui touche à ses derniers moments, etc.

Il y a un rire qui provient du fond de malice qui se troute dans la nature humaine, et qui nous porte à nous moquer des vices, des défauts et des travers que nous croyons n'avoir pas nous-mêmes. Nous rions alors de cette difformité morale qui constitue le ridicule.

Le ridicule n'est pas toujours risible ; il y a un ridicule qui ennuie, c'est le ridicule grossier ; il y en a un qui dégoûte, comme le sot orgueil ; le théâtre ne doit montrer que ce ridicule agréable et délicat qui est le vis comica, le vrai comique des anciens, chargé plus ou moins, d'ailleurs, selon qu'il est plus ou moins délicat.

On voit que le champ du comique est très-vaste, puisqu'il comprend tous les vices, tous les travers, tous les défauts physiques et moraux, considérés sous le rapport du malicieux plaisir qu'ils peuvent nous causer.

Le but moral de la comédie est de corriger les vices et lès travers en les ridiculisant, easiigat ridendo mores

( elle corrige les mœurs en riant) ; mais, il faut le dire, c'est un but qui est rarement atteint et que les auteurs ne seproposentquetroprarementd'atteindre. D'ailleurs, si la comédie peut aller jusqu'à corriger de quelques ridicules et de quelques travers, comme peut le faire aussi la satire, il est douteux qu'elle réussisse jamais à inspirer l'horreur du vice et l'amour de la vertu.

On distingue plusieurs sortes de comiques :1e comique noble 041 hauî comique, le comique bourgeois, le comique bas et le comique grossier. Le premier peint les mœurs des grands,, qui diffèrent plus par la forme que par le fond des mœurs des classes inférieures ; le second tourne en ridicule les prétentions déplacées et les faux airs de grandeur que se donnent certains individus appartenant aux classes moyennes de la société ; le troisième s'attache à faire rire par la peinture des mœurs du peuple, mais dans ce qu'elles ont de supportable pour les honnêtes gens ; le comique grossier, qui ne présente que des mœurs répugnantes, doit être banni de tout tbéiâtre comme de toute société qui se respecte.

Outre ces trois espèces de comiques, il y a ce qu'on appelle le comique de situation et le comique de caractère, genre supérieur où les personnages se trouvent engagés par les vices du cœur ou par les travers de l'esprit dans des circonstances humiliantes qui les exposent à la risée et au mépris des spectateurs. Telle est, dans V Avare de Molière, la rencontre d'Harpagon avec son fils, lorsque, sans se connaître, ils viennent traiter ensemble, l'un comme usurier, l'autre comme dissipateur (1).

Comédie proprement dite.

La comédie proprement dite est la représentation d'une (1) Marmontd.

action prise dans la vie commune et montrée sous le côté ridicule.

Cela suppose l'esprit d'observation, sans lequel il ne peut y avoir d'auteur comique :

La nature, féconde en bizarres portraits, Dans chaque âme est marquée à de différents traits; Un geste la découvre, un rien la fait paraître ; Mais tout esprit n'a pas des yeux pour la connaître.

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