‹ Cours abrégé de littératureChapitre 37 sur 61 · B0ILE\U · texte numérisé non relu

B0ILE\U

On distingue trois principales sortes de comédies : 4° La comédie de caractère ou de mœurs, qui subordonne la conduite de l'action comique au développement d'tm caractère dominant, dont elle dévoile tout le ridicule; 2° la comédie d*intrigue, qui consiste dans un enchaînement d'aventures plaisantes et concourant au même but; 3° la comédie mixte, qui mêle les deux premières espèces et qui est souvent formée de plusieurs caractères dont aucun n'est dominant.

Ces trois espèces de comédies appartiennent à ce qu'on appelle la haute ou la grande comédie^ qui est ordinairement écrite en vers, comme la tragédie, mais qui peut être aussi écrite en prose. On distingue encore, comme espèces secondaires : 1° la comédie héroïque ou tragi-comédie y où l'on introduit des princes ou des rois; 20 la comédie larmoyante, origine du drame moderne ; 3° la comédie-ballet, dont les intermèdes sont remplis par des pantomimes, par des chants et par des danses.

Dans toutes ces pièces, les auteurs tirent de trèsgrands effets de ce qu'on appelle des coups de théâtre ou surprises, événements imprévus, mais préparés, qui arrivent subitement. Les reconnaissances soudaines sont des coups de théâtre. Molière excelle dans cette partie. Ainsi, dans rAvare, au moment où le père usurier rencontre en face son fils emprunteur, les deux

personnages qui les introduisent prennent tout à coup la fuite, et les deux acteurs, restés en présence, font tableau par leur stupéfaction et leur mutuelle colère.

Comédie /populaire.

La comédie populaire est une petite pièce dans laquelle on a surtout pour objet de faire rire par la peinture comique et chargée des vices et des travers de la société ; c'est une espèce de comédie en caricature.

Elle comprend :

1" Lsi farce, introduite sur la scène pour être représentée à la suite d'une tragédie ou d'une grande comédie, dans l'intention de délasser le spectateur; l'agrément, la gaieté, les vives saillies en forment le principal mérite. Boileau s'est montré sévère pour ce genre :

Dans ce sac ridicule où Scapia s'enveloppe, Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope,

a-t-il dit en parlant des Fourberies de Scapin par Molière ; mais il semble qu'on peut justifier la farce quand elle ne tombe pas dans la plaisanterie grossière et n'offre rien d'indécent aux yeux et à l'esprit.

2°hdiparodie, qui est l'imitation travestie d'un ouvrage sérieux par la substitution d'une action triviale à une action héroïque.

S'' Les pièces à tiroir ou à scènes détachées qu'on pourrait aussiappeler des comédies épisodiques^ et qui sont des pièces dont les scènes n'ont aucune liaison nécessaire entre elles. C'est un pur amusement, qui demande de resprit,mais auquel l'art poétique est presque étranger.

Opéra comique.

\J opéra comique répond à l'opéra sérieux ou grand opéra; c'est une comédie d'intrigue, faite pour égayer le spectateur, moins par la peinture des ridicules et des

caractères, qui ne sont que superficiellement touchés, que par la musique et le chant qui s'y mêlent. On y retrouve Vair ou ariette du grand opéra, et le récitatif est remplacé par le dialogue ordinaire.

On distingue deux sortes d'opéras comiques : Vope'ra comique proprement dit, ou à ariettes, et V opéra comique en vaudevilles.

Vopéra comique à ariettes est entremêlé de chants composés exprès sur des paroles qui expriment un sentiment ou une passion et qui viennent de temps en temps récapituler pour ainsi dire les différentes scènes.

Vopéra comique en vaudevilles, qu'on appelle aussi comédie-vaudeville ou simplement vaudeville , fait un très-grand usage des chansons chantées sur des airs connus ou sur des airs nouveaux, mais ayant toujours un caractère populaire. Le vaudeville, qui a été très-cultivé de nos jours, se prête d'ailleurs à tous les tons : il a été adapté aux comédies d'intrigue, aux farces, aux parodies, etc., qu'il a fait entrer dans son domaine.

Des proverbes dramatiqnes.

Il reste à parler ici d'une espèce de drame qui a pris grande faveur dans ces derniers temps, c'est-à-dire des proverbes dramatiques, petites pièces à deux^ trois ou quatre personnages au plus, qui n'ont pas besoin d'appareil théâtral, qui peuvent se jouer dans un salon, et qui sont comme le développement d'un proverbe mis en action.

La finesse, la gaieté, le bon ton, conviennent essentiellement 2iu proverbe; il y faut peu d'intrigue; c'est plutôt Hn dialogue spirituel qu'un drame à surprises et à effets; la morale en doit être douce et aimable ; il faut en rejeter tout ce qui ne conviendrait pas à la bonne compagnie et à k société honnête.

Les principaux poêles comiques sont, chez les Grecs, Aristophane et Ménandre; chez les Latins, Plante et Térence; chez les Français, Corneille, Racine (par ses Plaideurs)^ Molière, Regnard, Lesage, Destouches, Andrieux, Delavigne, Scribe, Augier, Ponsard, Alexandre Dumas

Page 1