RAC4H
Le livre de Ruth, dans la Bible, est une délicieuse pastorale . Les poêles modernes se sont trop attachés à imiter les anciens dans ce genre, et se sont trop renfermés dans le cercle de cette morale naturelle qui n'échauffe pas Tàme : l'idylle chrétienne est encore à créer.
§111. — liC çeare élégiaque.
Définition.
V élégie (du grec élégia^ chant plaintif) est un poème qui fut d"abord consacré à l'expression de la douleur; on a dans la suite appliqué ce nom à tout petit poème qui exprime non-seulement la douleur, mais encore une joie douce et des sentiments tendres et délicats.
D'un ton un peu plus haut, mais pourlant sans audace, La plamtive élégie, en longs habits de deuil. Sait, les cheyeux épars. gémir sur un cercueil; Elle peint de nos cœurs la joie et la tristesse... H faut que le cœur seul parle dans l'élégie.
(BOILEAD.)
L'élégie ne diffère guère de l'ode qu'en ce qu'elle n'est pas habituellement destinée à être chantée, et qu'elle n'est consacrée qu'à des passions douces et modérées, tandis que l'ode embrasse des sentiments de toute espèce et de tout degré. Il y a des odes qui sont de véritables élégies, comme l'ode de Malherbe à Duperrier sur la mort de sa fille.
Qualités de l'élégie.
On ne peut assigner une marche particulière à l'élégie, qui doit représenter par un air d'abandon le vague de rame modérément livrée à la joie ou à la mélancolie ; le style doit être simple, facile, naturel, sans apprêt. Celui qui chante sa douleur ou sa joie doit éviter de tomber dans une sentimentalité langoureuse et froide ; les prétentions et les subtilités ne lui conviennent pas ; mais il aimera à s'entourer par la pensée des objets qui lui rappellent ses peines ou ses plaisirs, il décrira les bois solitaires, les ruines grandioses, le murmure des eaux, le son des cloches, etc.
On distingue trois nuances de tons dans l'élégie : le ^passionné, où domine le sentiment ; le tendre, où règne rémotion douce et tranquille ; et legracieux, où domin l'imagination.
Les poètes élégiaques anciens et modernes n'ont que trop souvent fait servir leur muse à l'expression de sentiments qui rabaissent et énervent, au heu d'élever et de fortifier l'âme ; l'élégie chrétienne, plus pure et plus véritablement poétique, répudie ces moyens de plair© qui ne sont que des moyens de corrompre, et elle s'élève jusqu'à Dieu par la pnère, avec la chaleur d'un cœur qui aime et la simplicité d'un enfant qui voit un père dans le Créateur tout-puissant.
Poêles et poèmes élégiaques.
La Bible offre les plus parfaits modèles de poésie élégiaque : les plaintes de Job, les Lamentations de Jérémie, plusieurs cantiques et un grand nombre de psaumes, surtout les Psaumes de la pénitence, sont des chefsd'œuvre en ce genre.
Chez les Grecs on cite, parmi les poètes élégiaques,
Mimnerme, Simonide, Callimaque, Anacréon; chez les Latins, Catulie, Tibulle, Properce, Ovide, Horace pour quelques-unes de ses odes, Virgile pour son églogue sur la niort de Daphnis.
Saint Grégoire de Nazianze a écrit en grec plusieurs élégies touchantes ; quelques chants de la liturgie sacrée, le Stabat Vaier^ par exemple, sont des chefs-d'œuvre qui ne seront jamais surpassés.
Chez les modernes, Malherbe {stances à Duperrier), La Fontaine (sur la Disgrâce de Fouquet), Millevoye {la Chute des feuilles), André Chénier (/a Jeune Captive), Guiraud {le Petit Savoyard). Lamartine [Prière de V Enfant), Reho\j\ {l'Ange et VEîifant), l'Anglais Young (/e* Awiïs), Gray ( le Cimetière de campagne), etc., ont cultivé avec succès le genre élégiaque. Voici l'Ange et l'Enfant, dff JeanReboul :
Un ange au radieux visage, Penché sur le bord d'un berceau, Semblait contempler son image Comme dans Tonde d'un ruisseau.
n Charmant enfant qui me ressemble, Disait-il, oh! riens avec moi; Viens, nous serons heureux ensemble:
La terre est indigne de toi.
« Là, jamais entière allégresse, L'âme y souffre de ses plaisirs :
Les cris de joie ont leur tristesse, Et les voluptés leurs soupirs.
« La crainte est de toutes les fêtes ; Jamais un jour calme et serein Du choc ténébreux des tempêtes N'a garanti le lendemain.
Eh quoi! les chagrins, les alarmes Viendraient troubler ce front si pur!
Et par l'amertume des larmes Se terniraient ces yeux d'azur!
« Non, non, dans les champs de l'espace Avec moi tu vas t'envoler; La Providence te fait grâce Des jours que tu devrais couler.
« Que personne dans ta demeure N'obscurcisse ses vêtements ; Qu'on accueille ta dernière heure Ainsi que tes premiers moments.
« Que les fronts y soient sans nuage, Que rien n'y révèle un tombeau ; Quand on est pur comme à ton âge Le dernier jour est le plus beau. »
Et secouant ses blanches ailes, L'ange à ces mots a pris l'essor Vers les demeures étemelles...
Pauvre mère!... ton fds est mort.