‹ Cours abrégé de littératureChapitre 43 sur 61 · I. — De l'invention · texte numérisé non relu

I. — De l'invention

Le but de Torateur étant d'agir avec le plus de force possible sur son auditeur, afin d'entraîner sa volonté, il doit s'adresser à l'âme tout entière : à l'intelligence, en l'instruisant; à la sensibilité, en lui plaisant; à la vo. lonté, en l'émouvant et la touchant. Instruire, plaire, toucher j tel est le triple moyen d'arriver au but.

On instruit en faisant connaître et accepter la vérité au moyen des preuves, c'est-à-dire des raisons qu'on allègue pour rendre compte de ses propres convictions et pour les faire partager à ceux qui vous écoutent.

On plaît non-seulement par Vélocution, qui revêt la vérité des charmes du style, et par Vaction, qui s'adresse à la fois aux oreilles et aux yeux, au moyen de la parole et du geste, mais encore par l'observation de certaines convenances et par la bonne opinion que l'on donne de soi-même , en un mot par ce qu'on appelle les mœurs oratoires.

On touche, enfin, en s^advessani slux passions , c'est-àdire à ces sentiments d'amour ou de haine que les hommes éprouvent naturellement pour ce qui leur plaît ou leur déplaît.

Les preuves.

Les preuves sont les raisons ou les motifs dont l'orateur se sert pour convaincre ses auditeurs de la vérité qu'il veut démontrer; elles sont vraiment le corps et le nerf du discours; elles en sont, selon l'expression de Cicéron, comme la chair, les muscles et les os. On leur donne aussi le nom d'arguments , du latin arguere, démontrer, convaincre.

Relativement à leur origine ou aux sources d'où on les tire , les preuves sont dites intrinsèques ou extrinsèques, selon qu'on les tire du fond môme du sujet et des circonstances qui en dépendent, ou qu'on les prend ef dehors du sujet et de ses accessoires.

Soarce des preares ou iieai commuDS oratoires .

On donne le nom de lieux communs ou topiques ( du grec topos, lieu) aux sources où l'orateur peut puiser ses preuves et trouver des moyens de les développer. Les meilleurs moyens sont évidemment la connaissance et la méditation du sujet que l'on a à traiter; mais il n'est pas inutile d'être guidé dans cette étude.

Comme les preuves, les lieux communs sont intrinsèques ou extrinsèques, selon qu'on étudie le sujet en lui-même ou qu'on le prend par ses aspects extérieurs. Parmi les lieux communs extrinsèques on compte la définition oratoire, qui fait trouver dans la nature même de la proposition qu'on avance les raisons qui peuvent en démontrer la vérité; — Vénumération des parties, qui parcourt les différentes parties d'un tout ou les principaux aspects d'une idée générale pour faire mieux sentir celte idée et faire mieux ressortir une vérité ; — la comparaison, qu'il ne faut pas confondre avec la figure de ce nom, et qui établit une vérité ou tire une conclusion au moyen de certains rapprochements; — les circonstances de personne, de lieu, de temps, de motifs ou cause, etc.

Les lieux communs extrinsèques reçoivent aussi le nom de témoignages , parce qu'ils sont comme autant de témoins qui déposent en faveur du fait ou contre lui. Ils reposent donc sur Vautorité, qui est divine ou humaine. La révélation, l'Écriture sainte, la tradition, les décrets de l'Église, etc., sont des autorités divines. Les

maximes, les paroles mémorables, les textes des auteurs, les exemples, les aveux de l'adversaire sont des autorités humaines. En rhétorique, on comprend sous ce terme d'aveux non-seulement les paroles , mais encore les actes ou les principes qui peuvent être retournés contre l'adversaire. Ce genre de preuve constitue ce qu'on appelle les arguments personnels ou ad hominem, qui ne sont pas toujours les plus solides en euxmêmes, mais qui sont les plus propres à réfuter et à confondre un adversaire dont on saisit ainsi les armes.

Les catholiques ont souvent à rétorquer contre leurs adversaires des principes fort contestables, mais que ceux-ci admettent comme d'irréfragables vérités :

Pourquoi, leur disent-ils , pourquoi ces lois qui gênent la liberté de notre culte et la liberté de notre conscience? N'est-ce pas vous qui avez proclamé ces libertés comme des libertés inaliénables ? Vous voulez qu'il soit permis de n'avoir aucune religion, de nier même l'existence de Dieu et de vivre comme s'il n'y avait aucune loi divine qui nous impose des devoirs ; comment se fait-il que vous n'accordez pas la même liberté à ceux qui ont une religion, qui croient en Dieu, qui croient en Jésus-Christ et qui veulent obéir aux lois de l'Église ? Ou vous nous devez laisser la liberté entière de notre religion, ou vous devez avouer que vos principes ne vous paraissent bons que lorsqu'ils favorisent vos idées : alors ce ne sont plus des principes, et vous vous déclarez, au fond, ennemis de toute autre liberté que de la vôtre.

Forme des prenves on argumentation.

Les preuves étant trouvées, il faut leur donner une forme qui en fasse ressortir la force, ou, s'il s*agit de détruire les preuves de l'adversaire, qui fasse découvrir le vice des raisonnements que l'on combat. L'ensemble des procédés employés pour parvenir à ce but a reçu le nom d'argumentation; les diverses formes de preuves sont les arguments proprement dits. Les raisonnements vicieux s'appellent «opAw/ww ou paralogismes ^

selon que celui qui les emploie le fait ou non en connaissance de cause.

Le raisonnement par excellence est le syllogisme, qui se compose de trois propositions dont la dernière se déduit des deux premières, comme dans cet exemple

Ce qui est bon est aimable Or, Dieu est bon ; Donc, Dieu est aimable.

Les deux premières propositions s'appellent pré misses (mises en avant j, la dernière, conclusion ou conséquence. Des deux prémisses, celle qui contient le principe général est la majeure, l'autre , la mineure. Un syllogisme est bon quand la conclusion est renfermée dans les prémisses et que celles-ci le font voir clairement.

Lorsque l'une des prémisses est sous-entendue, l'argument prend le nom d'enthymème, d'un mot grec qui signifie : gardé dans le cœur. Le syllogisme précédent pourrait ainsi fournir deux enthymèmes :

Ce qui est bon est aimable ; Donc Dieu est aimable.

Dieu est bon :

Donc, il est aimable.

DansTenthymème, la proposition prend le nom à.*antéeédent, la seconde de conséquent. L'enthymème est plus vif et plus oratoire que le syllogisme , et l'on peut encore lui donn-er une tournure qui en augmente la force. Par exemple ,

Avec le syllogisme, on dira :

Ce qui est mortel ne doit pas garder une haine immortelle :

Or, rhomrae est mortel ;

Donc, l'homme ne doit pas garder une haine immortelle

Avec l'enthymème :

L'homme est morte , Donc, il ne doit pas garder nne haine immortelle.

Vient le poëte ou Torateur , qui dit d'une manière encore plus concise et plus énergique :

Mortel, ne garde pas une haine immortelle.

Le dilemme (d'un mot grec qui signifie prendre de deux côtés) est un argument par lequel on propose à un adversaire deux ou plusieurs alternatives qui tournent également contre lui et le battent. Les anciens l'appelaient argmnentum utrinque feriens, parce qu'il frappe comme une épée à deux tranchants; on l'appelait aussi dans l'École argumentum cornutum, argument cornu, par allusion aux deux cornes avec lesquelles il semble frapper l'adversaire.

Un général dit à une sentinelle qui avait laissé surprendre son camp :

Ou tu étais à ton poste, ou tu n'y étais pas;

Si tu étais à ton poste, tu as agi en traître ; Situ n'y étais pas, tu as enfreint la discipline; Donc tu mérites îa mort.

La sentinelle n'avait rien à répliquer.

Il est clair que la forme oratoire des arguments n*est pas la même que la forme sèche et régulière qu'on appelle la forme syllogistique; l'orateur doit même s'attacher à faire disparaître cette dernière forme , qui est trop sèche et trop abstraite , et qui ne présente qu'un squelette , là oti il faut montrer un corps parfaitement constitué et vivant. Voici encore un exemple.

Bourdaloue voulait prouver que la fausse conscience n'est pas une excuse auprès de Dieu. Le fond de sa démonstration est dans ce syllogisme établi sur l'autorité de l'Écriture sainte ;

Si l'ignorance était une excuse, David, au lieu de prier le Seigneur,

d*oublier ses ignorances, l'aurait supplié de s'en souvenir toujours ; Or^ il le conjura de les oublier ; Donc, l'ignorance n'est pas une excuse recevable auprès de Dieu.

Écoutons l'orateur :

On demande si l'ignorance est un titre pour se justifier devant Dieu. Ah ! mes chers auditeurs, plût à Dieu que cela fût ainsi ! un million de péchés cesseraient aujourd'hui d'être péchés, et le monde, sans grâce et sans pénitence, se trouverait déchargé d'une infinité de crimes dont le poids a fait gémir de tous temps et fait encore gémir les âmes vertueuses.

Mais si cela était, reprend saint Bernard, pourquoi David, ce saint roi, dans la ferveur de sa contrition, aurait-il demandé à Dieu comme une grâce qu'il oubliât ses ignorances passées : delicta juventuih meas et ignorantias meas ne memineris. N'aurait-il pas dû dire au contraire : Seigneur, souvenez-vous de mes ignorances et ne les oubliez jamais ? Car^ puisqu'elles me doivent tenir lieu de justification auprès 4e vous , il est de mon intérêt que vous en conserviez le souvenir et que vous les ayez toujours présentes. Est-ce ainsi qu'il parle? Non, il dit à Dieu : OubUez-les ; effacez-les de ce livre redoutable que vous produirez contre moi quand vous méjugerez dans toute voire justice. Ne vous souvenez point alors du mal que j'ai fait et que je n'ai point connu ; puisque de ne l'avoir pas connu , dans l'obligation où j'étais de le connaître , c'est déjà un crime dont vous seriez en droit de me punir : et ignorantias meas ne memineris. 11 n'est donc pas vrai que l'ignorance , et par conséquent la fausse conscience , soit toujours une excuse recevable auprès de Dieu.

Les mœurs.

Les mœurs oratoires ne sont pas les mêmes que les mœurs en général. Les mœurs, en général, sont les qualités et les inclinations de l'âme qui se manifestent dans les habitudes de la vie et qui produisent des actions bonnes ou mauvaises", c'est-à-dire conformes ou contraires à la loi morale. Les mœurs oratoires se composent de l'ensemble des devoirs que l'orateur a à remplir pour arriver à plaire ; ce sont les qualités que l'orateur doit posséder, ou qu'il doit du moins produire au dehors

pour se concilier la bienveillance et l'attention de ses auditeurs.

Pour atteindre son but, Porateur doit donc montrer dans sa personne les qualités qui concilient cette bienveillance; il doit respecter le caractère, les inclinations, les préjugés même de ses auditeurs ; il doit, enfin , pré-^, senter ses pensées avec la mesure et les égards conTOi| nables. Ainsi les mœurs oratoires se rapportent à troi chefs principaux : la personne de l'orateur, la personn , des auditeurs f et la forme du discours.

i° L'orateur doit paraître vertueux, et le meilleur moyen de le paraître, c'est de l'être, selon ce qu*a dit Boileau :

Que votre âme et vos mœurs , peintes dans vos ouvrages. , N'offrent jamais de vous que de nobles images.

Mais il y a quatre vertus ou qualités morales qui sont plus nécessaires que les autres à l'orateur, savoir : 1° la probité, qui empêche de tromper volontairement les autres; 2® la prudence, qui empêche de tomber dans l'erreur et qui inspire la confiance; 3° la bienveillance , qui gagne Pauditeur en montrant qu'on ne veut que son intérêt; 4» la modestie, qui fait que l'orateur s'oublie lui-même pour ne s'occuper que de son sujet.

2° L'orateur qui veut agir sur ses auditeurs doit étudier avec soin leur caractère et leurs dispositions. Les dispositions varient selon l'âge, la condition , la nation , le caractère, et aussi selon les circonstances particulières dans lesquelles on se trouve. Ainsi l'on ne parlera pas à des jeunes gens comme à des vieillards, à des hommes instruits comme à des gens du peuple et à des ignorants, à un auditoire exclusivement composé d'hommes comme à un auditoire exclusivement composé de femmes, à des Français qui comprennent vive-

310 tiOTTBS -ÙE LITTÉRATURE.

ment et qui aiment à entendre à demi-mot, comme à des Allemands, dont l'esprit est moins vif et la conception plus lente ; à un homme colère et emporté comme à un autre qui se distingue par sa douceur et par sa patience, etc.

3° Les mœurs considérées dans le discours prennent le nom de bienséances et de précautions oratoires, La bienséance oratoire^ dit Maury, est un accord parfait des idées, des sentiments, du langage, de l'action, du silence même de l'orateur, avec les sujets, les circonstances et l'auditoire : c'est-à-dire de l'ensemble d'un discours avec tous les objets qui s'y rapportent. Les précautions oratoires sont les moyens pris pour ne pas blesser les bienséances.

Les bienséances orafofres se rapportent aux personnes, au temps, au lieu, au sujet. Les personnes sont Voraieur lui-même, qui ne doit oublier ni son âge, ni sa dignité, ni sa réputation : l'auditeur, dont il faut considérer le caractère et les dispositions; le client ou l'accusé; enfin, ceux dont on est obligé de parler, et qu'il importe de traiter avec convenance. Le temps, le lieu, le sujet, doivent aussi modifier le langage et le ton; car, par exemple, on ne parle pas dans un temps de joie comme dans un temps de deuil, dans une église comme dans une assemblée profane, et l'on ne traite pas la parole de Dieu comme la parole humaine, etc.

Les bienséances apprennent à l'orateur à éviter ce qui peut choquer la délicatesse i de ses auditeurs; mais lorsque les choses désagréables à dire ne peuvent être évitées, il reste à diminuer le mauvais effet que les paroles pourraient produire, et e'est à quoi servent les précautions oratoires, qu'on distingue en précautions de phrase, de ménagement, de condescendance, de respect et de convenanee . « S'il m'est permis de m'exprimer ainsi,

— si j'ose ainsi parler, » voilà des précautions de phrase. On se sert de ménagements quand il s'agit , par exemple, de proclamer des vérités dures et blessantes^ ou d'adresser des reproches à des coupables qu'on ne veut pas irriter; on emploie la condescendance quand on a affaire à des esprits prévenus, ou que Ton a à combattre des préjugés. Les précautions de respect sont nécessaires lorsqu'on a pour adversaires des personnes qui méritent beaucoup d'égards , ou lorsqu'on doit parler de choses qui pourraient offenser les oreilles chastes et pudiques. Enfin, les précautions de convenance s'emploient dans les occasions où l'orateur craint de produire de trop pénibles impressions sur l'auditoire ; il se sert alors de circonlocutions ou d'autres tours ingénieux, et voile à demi ce que les choses ont de trop révoltant.

Voici, par exemple, avec quel art Bossuet a su voiler la défection du prince de Gondé :

Puisqu'il faut une fois parler de ces choses dont je voudrais pouvoir me taire éteroellement , jusqu'à cette fatale prison, il n'avait pas seulement songé qu'on pût rien attenter contre l'État , et dans son plus grand crédit , s'il souhaitait d'obtenir des grâces , il souhaitait encore plus de les mériter. C'est ce qui lui feisait dire ( je puis bien ici répéter devant ces autels les* paroles que j'ai recueillies de sa bouche, puisqu'elles marquent si bien le fond de son cœur) : il disait donc, en parlant de cette prison malheureuse, qu'il y était entré le plus innocent de tous les hommes, et qu'il en était sorti le plus coupable. « Hélas ! poursuivait-il , je ne respirais que le service du roi et la grandeur de l'État ! >• On ressentait dans ces paroles un regret sincère d'avoir été poussé si loin par ses malheurs. Mais , sans vouloir excuser ce qu'il a hautement condamné lui-même , disons .. pour n'en parler jamais , que , comme dans la gloire éternelle , les fautes des saints pénitents , couvertes de ce qu'ils ont fait pour les réparer et de l'éclat infini de la divine miséricorde , ne paraissent plus ; ainsi dans des fautes si sincèrement reconnues et dans la suite si glorieusement réparées par de fidèles services , il ne faut plus regarder que l'humble reconnaissance du prince qui s'en repentit , et la clémence

du grand roi qui les oublia. Que s'il fut enfin entraîné dans ces guerres infortunées , il aura du moins cette gloire de n'avoir pas laissé avilir la grandeur de sa maison chez les étrangers.

Les passions.

Le mot passion désigne une impression reçue par l'âme; la passion ressort donc de la sensibilité; mais comme l'âme , en même temps qu'elle est sensible j est aussi intelligente et active, la passion influe beaucoup sur les lumières de l'intelligence et sur les déterminations de la volonté; d'où l'importance pour l'orateur de s'adresser convenablement aux passions et de les exciter eu vue de l'objet qu'il veut atteindre.

Toutes les passions se rapportent à deux sources principales : Vamour et la haine, qui prennent différents noms selon leur objet, leur intensité, leur influence. Ainsi l'amour s'appelle, selon les circonstances, piété, tendresse, respect, reconnaissance, admiration, etc., et la baine crainte, honte, colère, vengeance, insolence, ingratitude, horreur, etc.

L'art d'exciter les passions s'appelle le pathétique (du grec pathos, passion). Pour les exciter à propos et ne pas tomber dans cet excès du pathétique qu'on appelle la pathos, et qui est ridicule, il faut à l'orateur de Vimagi' nation, de la sensibilité et du discernement. Inutile d'ajouter que l'orateur vraiment digne de ce nom et que l'écrivain qui se respecte ne doivent jamais chercher è exciter les mauvaises passions , et ne doivent se servir de ce puissant moyen d'action que pour porter les hommes au bien, pour défendre l'innocence et faire punir le vice.

n. — De la disposition.

On entend par disposition cette partie de la rhétorique

qui apprend à placer dans un ordre convenable les matériaux ou les idées fournies par l'invention.

Tout discours, comme toute composition littéraire, se compose nécessairement de trois parties : le début, le milieu et lay?w, qui répondent à ce qu'on a vu pour la narration, où il y a [* exposition, le nœud et le dénoûment. Dans le discours, quia pour but de persuader, ces trois parties prennent le nom à'exorde, de confirmation et de péroraison. Mais, dans un discours un peu long, l'orateur a souvent besoin d'indiquer d'une manière spéciale le but qu'il veut atteindre ou le sujet qu'il veut traiter : c'est la proposition; et de faire connaître la succession des principaux points qu'il traitera : c'est la division^ Enfin, il peut avoir à raconter les faits qui forment l'objet de la cause, ou qui appuient ses preuves : c'est la narration; ou à détruire les arguments de l'adversaire; c'est la réfutation; et pour mieux frapper l'esprit de ses auditeurs il peut être utile de reprendre en quelques mots ce qu'il a développé : c'est la récapitulation, La proposition et la division se rattachent naturellement kVexorde; la narration et la réfutationj k\st confirmation, et la récapitulation à la péroraison.

Voyez un enfant qui a quelque chose à demander à ses parents ou à ses maîtres. Il les aborde d'un air gracieux et soumis ; il leur adresse quelque parole agréable et flatteuse, il s'informe de leur santé. Après cet exorde, il hasarde sa proposition, il demande un congé, une promenade, une exemption de devoir; pour peu qu'on hésite, il fait valoir sa bonne conduite, son travail, son succès, il promet de redoubler de diligence : c'est sa confirmation. Si on lui fait quelques objections, il ne manque pas de les réfuter; enfin, si l'on paraît encore indécis, il rassemble ses raisons dans une péroraison^ et il leur donne plus de force par ses caresses et

314 COUHS DE LITTÉRATURE.

par ses larmes. Il suit la même marche que l'orateur, parce que cette marche est celle de la nature (1).

Quand les parties du discours se suivent dans l'ordre qui vient d'être indiqué, exorde, proposition, division, confirmation, narration, réfutation, récapitulation, péroraison, l'on dit que la disposition est régulière, La disposition est irrégulière quand l'orateur s'écarte de cet ordre pour des motifs particuliers à son sujet : ainsi, lorsque l'adversaire a fait une grande impression sur l'auditoire , il peut être bon de commencer par le réfuter, avant d'exposer les preuves qu'on a préparées ; ainsi, lorsqu'on veut intéresser en faveur d'une personne, il peut être bon de commencer par la narration des malheurs que cette personne a éprouvés, etc.

Comme les différentes parties du discours doivent se fondre dans une harmonieuse unité, il importe de les rattacher les unes aux autres par des transitions.

Enfin, quand on a distribué dans les différentes parties du discours les éléments fournis par l'invention , il faut encore placer convenablement les pensées, les sentiments, les preuves qui doivent entrer dans chacune de ces parties : c'est l'objet du plan,

Eiorde.

Uèxorde est l'introduction des discours ; il doit préparer l'auditeur à recevoir favorablement ce qu'on va lui dire, en provoquant son attention et en captant sa bienveillance. C'est pourquoi il a pour qualités d'être naturel, correct, modeste , proportionné ti conforme aux circonstances.

Il y a d'ailleurs autant d'espèces d'exordes que de circonstances diverses dans lesquelles un orateur peut prendre la parole. Ces circonstances varient selon la

(1) Géruzez, Traité sur la langue française, exerciw-

nature du sujet, res dispositions de l'auditoire, le caractère même, l'âge^ la dignité ou l'autorité de l'orateur. Cependant, on a ramené à quatre ou cinq espèces principales les différentes manières dont un orateur peut commencer son discours, et l'on a ainsi : l'exorde simple^ î'exorde insinuant, rexorde|?ompewa; ou solennel, l'exorde véhément ou ex abrupto, l'exorde grave ou doctoral.

!« L'exorde simple, le plus ordinaire de tous, expose le sujet brièvement, clairement et sans art. On l'emploie quand on n'a pas une cause importante àtraiter, qu'on n'a pas de préventions à combattre, que l'auditoire est bien disposé et qu'il est préparé à entendre ce qu'on va dire.

2° L'exorde insinuant est l'exorde par excellence. L'orateur se trouve en présence d'un auditoire mal disposé, prévenu, soit contre sa personne, soit contre les conclusions qu'il veut tirer de son discours; il faut qu'il le ramène à lui et qu'il lui fasse adopter ses vues, quelquefois qu'il détruise l'influence, l'autorité d'un adversaire puissant et estimé. Pour cela il a besoin de toutes les ressources des précautions oratoires , il doit faire usage de tous les moyens qui peuvent le rendre agréable à son auditoire, qui peuvent lui en concilier la bienveillance, et le rendre favorable au client qu'il défend, que ce soit un accusé qu'il s*agit de sauver, un vice dont il veut corriger, une erreur qu'il combat, une vérité désagréable qu'il veut établir.

Un puissant moyen cf'insinuation est la louange ou le compliment : la vanité humaine est telle, qu'on accepte avec bienveillance même les compliments qu'on n'a pas mérités; mais il faut qu'ils soient assez délicatement tournés, assez heureusement amenés pour que l'auditeur n'y puisse voir une ironie] indirecte , qui l'irriterait au lieu de lui plaire.

3° L'exorde pompeux ou solennel déploie, dès le début

du discours, tout ce que l'éloquence a de plus magnifique et de plus élevé; il convient dans les occasions solennelles oti un nombreux auditoire se trouve réuni pour entendre traiter un sujet extraordinaire, comme dans les grandes fêtes de l'église, dans les oraisons funèbres, les éloges des grands hommes, etc.

4" L'exorde véhément ou ea; abrupto (brusque) entre du premier coup en matière, en prenant tout de suite un langage et un ton conformes aux dispositions de l'auditoire, ou en marquant par cet emportement que la passion de l'orateur ne peut plus se contenir, ce qui produit naturellement un grand effet, quand les circonstances justifient cette passion et cette véhémence, comme dans la première Catilinaire, où Cicéron adresse à Catilina ces foudroyantes paroles : « Jusques à quand, en- <i fin, abuseras-tu de notre patience? Combien de temps a encore serons-nous le jouet de ta fureur? etc. »

5° L'exorde grave, sublime ou doctoral, que l'on confond souvent avec l'exorde pompeux, ne convient guère qu'à la chaire, où l'orateur sacré parle au nom de Dieu même. C'est ainsi qu'au dix-huitième siècle le P. Bridaine, accoutumé à prêcher dans les campagnes, ayant eu à prêcher à Paris, commença son discours par ces paroles pleines d'autorité ;

A la vue d'un aufltolre si nouveau pour moi ' il semble , mes frères , que je ne devrais ouvrir la bouche que pour vous demander grâce en fateur d'un pauvre missionnaire; dépourvu de tous les talents que vous exigez quand on vient vous parler de votre salut. J'éprouve cependant aujourd'hui un sentiment bien différent ;;et si je me sens humilié , gardez-vous de eroire que je m'abaisse aux misérables inquiétudes de la vanité , comme si j'étais accoutumé à me prêcher moi-même ! A Dieu ne plaise qu'un ministre du ciel pense jamah avoir besoin d'excuse auprès de vous-, car, qui que vous soyez, vous n'êtes tous , comme moi , au jugement de Dieu , que des pécheurs. C'est donc uniquement devant votre Dieu et le mien que je me sens pressé dans ce moment de frapper ma poitrine.

Jusqu'à présent j'ai prêché les justices du Très-Haut dans des tempies couverts de chaume. J'ai prêché les rigueurs de la pénitence à des infortunés dont la plupart manquaient de pain ! J'ai annoncé aux bons habitants des campagnes les vérités les plus effrayantes de ma religion ! qu'ai -je fait, malheureux ? J'ai contristé les pauvres, les meilleurs amis de mon Dieu ! j'ai porté l'épouvante et la douleur dans ces âmes simples et fidèles que j'aurais dû plaindre et consoler ! C'est ici, où mes regards ne tombent que sur des grands , sur des riches , sur des oppresseurs de l'humanité souffrante , ou sur des pécheurs audacieux et endurcis , ah ! c'est ici seulement , au milieu de tant de scandales, qu'il fallait faire retentir la parole sainte dans toute la force de son tonnerre , et placer avec moi dans cette chaire , d'un côté la mort qui vous menace , et de l'autre mon grand Diem qui doit vous juger. Je tiens déjà dans ce moment votre sentence à la main. Tremblez donc devant moi , hommes superbes et dédaigneux qui m'écoutez ! L'abus ingrat de toute espèce de grâces , la nécessité du salut , la certitude de la mort, l'incertitude de cette heure si effroyable pour vous, l'impénitence finale, le jugement dernier, le petit nombre des élus , l'enfer, et par-dessus tout , l'éternité ! l'éternité ! Voilà les sujets dont je viens vous entretenir, et que j'aurais dû sans doute réserver pour vous seuls. Eh! qu'ai-je besoin de vos suffrages, qui me damneraient peut-être sans vous sauver ! Dieu va vous émouvoir tandis que son indigne ministre tous parlera , car j'ai acquis une longue expérience de ses miséricordes; c'est lui-même , c'est lui seul qui, dans quelques instants, va remuer le fond de vos consciences. Frappés aussitôt d'effroi , pénétrés d'horreur pour vos iniquités passées , vous viendrez vous jeter dans les bras de ma charité , en versant des larmes de componction et de repentance-, et à force de remords, vous me trouverez assez éloquent

Proposition et division.

La proposition est l'exposé du sujet; les différentes preuves sur lesquelles elle s'appuie forment les divisions et les subdivisions du discours. Elle se place ordinairement après Texorde. Comme elle a pour objet d'indiquer à l'auditeur le but où l'on veut le mener etpour ainsi dire, d'éclairer la route qui va être parcourue, elle doit être claire , nette et précise,

La proposition est simple ou composée, selon qu'elle

renferme un ou plusieurs oDjeis %. prouver. Lorsqu'elle est conQposée , ou qu'étant simple elle doit être successivement prouvée par divers moyens indiqués d'une manière succincte, il y a division. La division est donc le partage indiqué du sujet en plusieurs points ( ordinairement deux ou trois) qui doivent être traités les uns après les autres, et dans l'ordre marqué par l'orateur. Chacun des points pouvant être à son tour démontré de plusieurs manières, on a des subdivisions que l'orateur indique souvent au commencement de chacune des divisions principales.

L'ensemble des divisions et des subdivisions forme ce qu'on appelle le plan du discours.

Massillon, d'après ce texte, consummatum est, tout est consommé , expose et divise ainsi son sermon sur la Passion :

La mort du Sauveur renferme trois coHsommations, qui vont nous expliquer tout le mystère de ce grand sacrifice : une consommation de justice du côté de son Père ; une consommation de malice de la part des hommes ; une consommation d'amour de la part de Jésus- Christ. Ces trois vérités partageront ce discours.

NarratioD.

La narration dans le discours est l'exposition du fait sur lequel les juges doivent prononcer, ou des événements qui ont illustré la vie d'un héros, etc.

La narration oratoire diffère de la narration historique en ce que celle-ci a pour objet de faire connaître les faits absolument tels qu'ils sont, tandis que celle-là, sans altérer la vérité, insiste particulièrement sur les détails qui conviennent au but de l'orateur, en présentant les faits sous le point de vue le plus avantageux et en appuyant sur les circonstances favorables au client qu'il s'agit de défendr*^

Les qualités de la narration oratoire sont les mêmes que celles de toute narration : Vunifé, la vraisemblance , la clarté, la brièveté, Viniérêt et V agrément; mais les plus importantes sont la brièveté^ la clarté et la vraisemblance, auxquelles il faut joindre, selon les circonstances, une noble et élégante simplicité et une vivacité entraînante.

Confirmation et réfatatioa.

La confirmation , qu'on appelle aussi preuve , est la partie du discours où l'orateur prouve la vérité dont il veut convaincre ou persuader ses auditeurs. Elle en est ainsi la partie fondamentale, et ordinairement la plus développée, à laquelle se rapportent toutes les autres; car l'exorde le prépare, la proposition l'annonce, la narration en fournit les matériaux ; la péroraison doit en être la conclusion.

Quand l'orateur, au lieu d'établir ses preuves, cherche à détruire celles de l'adversaire, on dit qu'il les réfute : la réfutation est ainsi une confirmation indirecte.

Pour prouver avec évidence, il faut : l** bien choisir, bien distribuer et bien enchaîner ses preuves ; 2° bien raisonner.

La manière dont on traite les preuves et les développements qu'on leur donne reçoivent ie nom d'amplification. Deux règles résument ce qu'il y a à dire sur ce point : amplifier, c'est-à-dire développer et faire ressortir les bonnes preuves, réunir et grouper les faibles.

Massillon prouve ainsi qu'un prince que l'ambition porte à faire la guerre est un fléau pour l'humanité :

Sa gloire sera toujours souillée de sang. Quelque insensé chantera peut-être ses victoires; mais les provinces, les villes, les campagnes en pleureront. On lui dressera des monuments superbes pour immortaliser ses conquêtes ; mais les cendres encore fumantes de tant de viiies autrefois llorissantesi mais la désolation de tant de campagnes

dépouillées de leur ancienne beauté; mais les ruines de tant de murs, sous lesquels des citoyens paisibles ont été ensevelis; mais tant de calamités qui subsisteront après lui seront des monuments lugubres qui immortaliseront sa vanité et sa folie. Il aura passé comme un torrent pour ravager la terre , et non comme un fleuve majestueux pour y porter la joie et l'abondance ; son nom sera écrit dans les annales de la postérité parmi les conquérants , mais il ne le sera pas parmi les bons rois; et l'on ne rappellera l'histoire de son règne que pour rappeler le souvenir des maux qu'il a faits aux hommes. Ainsi son orgueil , dit l'Esprit de Dieu , sera monté jusqu'au ciel ; sa tète aura touché dans les nues ; ses succès auront égalé ses désirs ; et tout cet amas de gloire ne sera plus à la fin qu'un monceau de boue qui ne laissera après elle que l'infection et l'opprobre.

Voici maintenant comment Bourdaloue réfute le prétexte qu'on allègue si souvent pour se dispenser de faire l'aumône :

Les temps sont mauvais , chacun souffre ; et n'est-il pas alors de la prudence de penser à l'avenir et de garder son revenu ? C'est ce que la prudence vous dit ; mais une prudence réprouvée , une prudence charnelle et ennemie de Dieu. Tout le monde souffre et est incommodé , j'en conviens; car jamais le faste, jamais le luxe fut-il plus grand qu'il l'est aujourd'hui ? et qui sait si ce n'est point pour cela que Dieu nous châtie? Dieu, dis-je, qui, selon l'Écriture , a en horreur le pauvre superbe. Mais encore une fois , je le veux , les temps sont mauvais ; et que concluez-vous de là ? Si tout le monde souffre, les pauvres ne souffrent-ils pas? Et si les souffrances des pauvres se trouvent chez les riches , à quoi doivent être réduits les pauvres mêmes ? Or, à qui est-ce à assister ceux qui souffrent le plus, si ce n'est pas à ceux qui souffrent moins? Est-ce donc bien raisonner de dire que vous avez droit de retenir votre superflu , parce que les temps sont mauvais , puisque c'est justement pour cela même que vous ne pouvez le retenir sans crime, et que vous êtes dans une obligation particulière de le donner:*

Récapitulation et péroraison.

Il est souvent utile , à la fin des longs discours , de revenir rapidement sur les principales preuves qui ont été données, afin de les rendre présentes à la mémoire

au moment de la décision. Ce résumé rapide est la récapitulation.

Massillon donne un modèle de récapitulation dans son discours sur la mort du pécheur et du juste :

Mes frères , dit-il , les réflexions sont icî inutiles. Telle est la fin de ceux qui ont vécu dans la crainte du Seigneur ; leur mort est précieuse devant Dieu comme leur vie. Telle est la fin déplorable de ceux qui l'ont oublié jusqu'à cette dernière beure ; la mort des pécbeurs est abominable aux yeux de Dieu comme leur vie. Si vous vivez dans le péché , vous mourrez dans les horreurs et dans les regrets inutiles du pécheur, et votre mort sera une mort éternelle -, si vous vivez dans la justice , vous mourrez dans la paix et dans la confiance du juste , et votre mort ne sera qu'un passage à la bienheureuse éternité.

La péroraison est la conclusion et le couronnement du discours ; elle s'adresse surtout au cœur ; son arme est le pathétique, qui parle à la volonté et qui l'entraîne, en mettant les passions de l'auditeur du côté de celui qui parle.

Massillon termine ainsi son oraison funèbre sur le petit nombre des élus :

Lorsque les Juifs emmenés en servitude furent sur le point de quitter la Judée et de partir pour Babylone , le prophète Jérémie , à qui le Seigneur avait ordonné de ne pas abandonner Jérusalem , leur parla de la sorte : «Enfants d'Israël, lorsque vous serez arrivés à Babylone , vous verrez les habitants de ce pays-là qui porteront des dieux d'or et d'argent ; tout le peuple se prosternera devant eux pour les adorer ; mais pour vous alors , loin de vous laisser entraîner à l'impiété de ces exemples, dites en secret : C'est vous seul, Seigneur, qu'il faut adorer, Te oportet adorari , Domine. »

Souffrez que je finisse en vous adressant la même parole. Au sortir de ce temple et de cette autre Sion , vous allez rentrer dans Babylone ; vous allez revoir ces idoles d'or et d'argent devant lesquelles tous les hommes se prosternent ; vous allez retrouver les vains objets des passions humâmes , les biens , la gloire , les plaisû-s qui sont les dieux de ce monde , et que presque tous les hommes adorent ; vous Terrez ces abus que tout le monde se permet , ces erreurs que l'usage

322 COUIli D£ LIITÊKAT'JRE.

autorise , ces désordres dont une coutume irapie a presque fait des lois. Alors, mon cher auditeur, si vous voulez être du petit nombre des vrais Israélites , dites dans le secret de voire cœur : C'est vou; seul, ô mon Dieu ! qu'il faut adorer, Te oportet adorari , Domine.

Je ne veux point avoir de part avec un peuple qui ne vous connaît pas; je n'aurai jamais d'autre loi que votre loi sainte : les dieux que cette multitude insensée adore ne sont pas des dieux ; ils sont l'ouvrage de la main des hommes; ils périront avec eux; vous seul êtes l'immortel, ô mon Dieu! et vous seul méritez qu'on vous adore : Te oportet adorari, Domine. Les coutumes de Babylone n'ont rieu de commun avec les saintes lois de Jérusalem ; je vous adorerai avec le petit nombre des enfants d'Abraham qui composent encore votre peuple au milieu d'une nation infidèle ; je tournerai avec eux tous mes désirs vers la sainte Sion : on traitera de faiblesse la singularité de mes mœurs; mais une heureuse faiblesse, Seigneur, qui me donnera la force de résister au torrent et à h séduction des exemples! et vous serez, mon Dieu, au milieu de Babylone, comme vous le serez un jour dans la sainte Jérusalem •• Te oportet adorari , Domine.

Ah! le temps de la caprvif finira enfin; o3« v-ons souviendreE d'Abraham et de David. Vous délivrerez votre peuple ; vous nous transporterez dans la samte Cité , et alors vous régnerez seul sur Israël et sur les nations qui ne vous connaissent pas : alors tout étant détruit, tous les empires, tous les sceptres, tous les monuments de l'orgueil humain étant anéantis, et vous seul demeurant éternellement, on connaîtra que vous seul devez être adoré, Te oportet adorari , Domine.

Voilà le fruit que vous devez retirer de ce discours : vivez à part, pensez sans cesse que le grand nombre se damne , ne comptez pour rien les usages si la loi de Dieu ne les autorise ; et souvenez-vous que les saints ont été dans tous les siècles des hommes singuliers. C'est ainsi qu après vous être distingué des pécheurs sur la terre, vous en serez séparés glorieusement dans l'éternité.

ni. — L'élûCulioD.

Vélocution proprement dite est la reproduction ou renonciation de la pensée par la parole; en rhétorique, elle constitue cette partie de l'art oratoire qui traite des règles du style.

li n'y a pas à revenir ici sur les règles de l'élocution,

RHÉTORIQUE. — lE DISCOURS. 323

qui ne sont pas autres que le« règles du style. On se contentera de remarquer que le style oratoire a trois qualités essentielles, la convenance, la clarté et le 'pathétique, qui répondent au triple but du discours, plaire, instruire^ toucher.

11 y a d'ailleurs à considérer, pour le style, si le discours est écrit ou parlé, et dans ce dernier cas s'il est récité ou improvisé. Le discours écrit, s'adressant à des lecteurs, demande plus de solidité, plus de calme, plus de correction et plus de précision. On exige aussi qu'un discours récité soit d'une clarté parfaite et d'un style plus châtié, tandis qu'on pardonne certaines obscurités, certains embarras, certaines incorrections à un discours qui n'a pu être préparé.

De l'aclioD.

A rélocution se rattache Vaction, qui est, pour ainsi dire, l'éloquence du corps, ei qui consiste dans la voiœ, la prononciation et le geste.

La voix doit être juste, claire, sonore sans être éclatante, et convenablement mesurée; la prononciation doit être pure, distincte, réglée^ le geste, qui consiste dans la position du corps, dans les mouvements des bras et des mains, dans les mouvements de la tête, dans le regard, etc., doit être naturel et expressif. Les rhéteurs donnent un grand nombre de règles à cet égard; elles sont le résultat des observations faites sur les orateurs qui plaisent le plus et qui produisent le plus d'effet, et méritent par conséquent d'être étudiées par ceux qui se destinent à l'art oratoire : une règle générale à suivre est d'être bien pénétré de son sujet, d'être naturel et de parler sans trop se préoccuper du succès de sa parole.

§ II. — Différentes espèces de discours on genres de causes.

Classilicaliou des genres.

Les différents genres de discours ou de causes (1) étaient rapportés chez les anciens à trois classes, le genre démonstratif, le délibératif et \q judiciaire, selon qu'il s'agissait de démontrer quelque vérité, de délibérer sur Tutilité de quelque mesure à prendre, ou de juger s'il y avait à récompenser ou à punir telle ou telle personne, ou encore selon que les auditeurs écoutaient d'une façon toute spéculative, ou qu'ils avaient une résolution à prendre, ou qu'ils jugeaient.

De nos jours, on classe les discours selon les quatre grands théâtres sur lesquels l'éloquence peut se déployer : l'académie, où l'on s'occupe surtout de plaire (genre démonstratif), le barreau, où il s'agit d'accuser, de défendre et de juger (genre judiciaire), la tribune, oh l'on délibère sur les grands intérêts de la patrie (genre délibératif), et la chaire, où c'est un docteur qui s'adresse à des disciples, un pasteur à des brebis pour leur enseigner la vérité et la morale.

Considérée sous un point de vue philosophique, cette dernière classification s'accorde parfaitement avec le caractère particulier des auditoires auxquels l'orateur s'adresse, et à l'étendue de l'intérêt que chacun de ces genres de discours a pour les auditeurs.

Quand on parle aux hommes, ce ne peut être que pour leur plaire ou pour leur ^tre utile.

(1) Ce mot s'emploie particulièrement pour les discours qui ont pour objet de défendre ou d'accuser les personnes imses en cause ou ep jugement.

HHETORIQUE. — LE DISCOURS. '323

Si Ton ne parle que pour plaire, le discours est du genre académique.

Si l'on parle pour être utile, il se présente trois degrés différents, à chacun desquels Futilité s'élève et s'étend ;

Au barreau, il ne s'agit que de l'intérêt particulier;

A la tribune, il s'agit de l'intérêt public ;

Dans la chaire, il s'agit d'un intérêt universel.

L'avocat parle dans l'intérêt d'un seul individu ou de quelques-uns; l'orateur politique parle dans l'intérêt de tout un pays; l'orateur sacré, dans l'intérêt de l'humanité tout entière.

L'intérêt des particuliers disparaît avec leur vie ; l'intérêt d'un pays s'étend jusqu'aux siècles à venir ; l'intérêt de l'humanité s'étend à toute l'éternité.

L'éloquence ne cesse donc de s'élever et de grandir en intérêt depuis l'académie jusqu'à la chaire sacrée : à l'académie, elle ne veut que plaire ; au barreau, elle veut être utile à l'individu; dans la tribune, elle songe au pays; dans la chaire, elle s'occupe des intérêts éternels de l'âme et des intérêts de Dieu.

On peut le .dire, l'éloquence sacrée est le point cuU minant de l'éloquence ; c'est dans la chaire que l'éloquence peut atteindre les plus sublimes sommets, c'est là que la parole humaine acquiert toute sa puissance et produit les plus merveilleux effets .

Discdars. académiques.

Les discours académiques sont les discours que 3'on prononce dans les académies, dans les sociétés littéraires ou savantes, et en général dans toutes les circonstances oùl'on parle à des auditeurs qui n'ont à prendre ni arrêt ni résolution, et qui n'ont qu'à écouter

CODRS ABRÉGÉ DE LA UTTÉRAT. 19

nc,Q COURS DE LITTERATURE.

specTilativement pour apprécier l'éloquence, le talent ou la science de Torateur.

On distingue parmi les discours académiques : les discours de réception^ les éloges historiques, les mémoires et les harangues ou compliments.

Les discours de réception sont prononcés par les membres nouvellement élus, le jorn:* de leur réception dans une académie, ou dans une société littéraire ou savante;, au discours du récipiendaire le président fait une réponse, qui est à la fois l'éloge du prédécesseur et de celui qui vient le remplacer. Ces discours se font avec un grand apparat dans l'Académie française; ils sont l'occasion de véritables solennités littéraires.

Les éloges historiques des grands hommes, soit du pays, soit de l'étranger, sont en même temps des études élégantes et souvent approfondies sur ces personnages. En France, l'académicien Thomas s'est particulièrement distingué dans ce genre.

Les mémoires sont des compositions littéraires d'une certaine étendue, dans lesquels on traite une question posée, sans adresser directement la parole à personne. Les questions à traiter sont ordinairement posées par les académies, qui décernent un prix d'éloquence à l'auteur du meilleur mémoire.

Les harangues ou compliments sont des félicitations, des remerciements ou des paroles de condoléance adressées dans certaines circonstances solennelles à un magistrat ou à un supérieur quelconque. En général, les compliments doivent être courts, élégants, et surtout délicats. Le compliment adressé, au nom de TAcadémie française, par Fontenelle à Louis XV, à l'occasion de son sacre, a toutes les qualités du genre :

Sire, dit Fontenelle, au miliea des acclamations de tout le royaume, «ui répète avec tant de transports celles que Voire Majesté a enten-

dues à Reims , l'Académie française est trop heureuse et trop honorée de pouvoir faire entendre sa voix jusqu'au pied de votre trône. La naissance , sire , vous a donné à la France pour roi , et la religion veut que nous tenions aussi de sa main un si grand bienfait. Ce que l'une a établi par un droit inviolable , l'autre vient de le confirmer par une auguste cérémonie. Nous osons dire cependant que nous l'avions prévenue. Votre personne était déjà sacrée par le respect et par l'amour. C'est en elle que se renferment toutes nos espérances ; ce que nous découvrons de jour en jour dans Votre Majesté nous promet que nous allons voir vivre en même temps les deux plus grands d'entre nos monarques, Louis à qui vous succédez, et Charlemagne dont on vous a mis la couronne sur la tête.

Discours jadiciaire; éloquence du barreau.

Véloquence judiciaire, qu'on appelle aussi chez nous Véloquence du barreau (1), comprend tous les discours prononcés devant les tribunaux et les écrits publiés pour éclairer la conscience des juges; son but est de faire triompher la justice, de défendre l'innocent et de faire condamner le coupable , ce qui en donne les deux grandes subdivisions : l'accusation et la défense. Le défenseur prend le nom d'avocat; le fait qu'il s'agit de discuter, l'accusation qu'il s'agit de soutenir ou de repousser, est la cause. Marmontel trace ainsi le portrait de l'orateur du barreau :

Précis avec clarté , simple avec énergie , 11 arme la raison de traits étincelants , Il les rend à la fois lumineux et brûlants , Et si pour triompher sa cause enfin demande Que son âme au dehors s'exhale et se répande A ces grands mouvements on voit qu'il a cédé Pour obéir au dieu dont il est possédé ; Sa voix est un oracle , et ce grand caractère Change l'art oratoire en un saint ministère.

Les différentes espèces de compositions qui appar-

(1) Ce mot vient de la barre ou barreau, espèce de claiie-voie ou main d'appui qui sépare les avocats de la foule.

tiennent au genre judiciaire et à l'éloquence du barreau peuvent se ramener à six principales : iMes réquisitoires, ou discours qu'un magistrat public prononce pour requérir, au nom de la société, une peine contre les délits ou les crimes ; 2° les plaidoyers, ou discour, que prononce l'avocat chargé de défendre son client; 3° les mémoires^ ou discours écrits que les avocats distribuent aux juges dans les affaires importantes; 4" les consultations, ou avis qu'un avocat donne par écrit tous chant une affaire sur laquelle on l'a consulté; 5° les rapports ou résumés des procès, c'est-à-dire les discours faits par l'un des juges pour résumer les débats, balancer les preuves des deux parties adverses, et mettre ainsi le tribunal en état de prononcer avec impartialité ; C« les mercuriales, espèces de discours solennels que les premiers présidents et les procureurs généraux sont dans l'usage de prononcer à la rentrée des cours ou des tribunaux.

Les qualités qui conviennent au genre judiciaire sont Véloquence du style, la clarté et la concision.

L'éloquence judiciaire n'a brillé, dans l'antiquité, que chez les Grecs et les Romains. Démosthène et Eschine, à Athènes, Hortensius et Cicéron, à Rome, sont les plus illustres représentants de cette éloquence chez les anciens. Chez les modernes, c'est en France que l'éloquence judiciaire a produit les plus beaux chefsd'œuvre, avec les Etienne Pasquier, les Patru, les Pellisson, les Daguesseau, les Lalli-Tolendal, les Beaumarchais, les Tronchet, les de Sèze, et, de nos jours, les D ipin, les Berryer, les Lachaud, etc.

Discours de la tribone; éloqaeoce politique.

L'éloquence politique a pour objet la discussion de toutes les questions qui intéressent un pays, soit dans

sa constitution intérieure, soit dans ses rapports avec les nations étrangères; elle appartient donc essentiellement au genre délibératif. On lui donne encore le nom d'éloquence parlementaire et d'éloquence de la tribune, parce que c'est au sein des assemblées appelées parlements et dans la tribune d'où l'orateur prononce ses discours qu'elle se déploie avec le plus d'éclat; mais elle a aussi à se montrer dans les assemblées populaires, dans les réunions qui précèdent les élections, et dans une .multitude de circonstances où l'on traite des intérêts publics.

Pour se faire une idée des difficultés que rencontre un orateur politique, de la présence d'esprit dont il doit faire preuve, des précautions qu'il a à prendre, on n'a qu'à lire ce tableau si vrai que Cormenin a fait d'une chambre française dans ses jours d'agitation :

Derrière lui (l'orateur), le président agite sa sonnette, à l'instant qu'il arrondissait les membres d'une période, ou bien il arrête notre orateur lorsqu'il se lançait sur les confins d'un beau désordre qui était un effet de l'art. A ses côtés l'huissier crie : Silence , messieurs ! devant lui , ses adversaires des centres , de droite ou de gauche , frappent sur leurs pupitres avec les couteaux de bois , trépignent sous les tables , causent , sifflent , grognent , murmurent , s'exclament et l'interrompent. On crayonne à bout portant sa silhouette grotesque , dont on lui laisse entrevoir le profil. On contrefait son organe traînard ou flûte. On répète en ricanant ses mots, dont on détourne le sens. On l'interpelle pour le démonter au milieu d'un syllogisme. On se roidit contre ses démonstrations , son éloquence et ses chiffres , prédéterminé qu'on est à ne se laisser par lui ni toucher ni convaincre. On le menace du poing. On lui riposte par des injures s'il dit une bonne vérité , et ses amis eux-mêmes ne le déconcertent pas moins en l'applaudissant tout juste au moment où il vient de lâcher une sottise.

Quelquefois il n'a pas encore ouvert la bouche , que l'assemblée impatiente se met à bâiller. S'il veut creuser son sujet , on dit qu'il est trop long, et l'on crie : Assez ! assez! S'il marche librement dans son exorde, on dit : Au fait! S'il s'arrête et se dérobe, on dit : Con-

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cluez! concluez donc ! S'il est coloré : Ce n'est qu'un poète! S'il argumente : Qu'il est sec ! S'il expose : Raisonnez ! S'il parle le langage technique, on se demande : Le comprenez- vous? S'il parle le langage vulgaire : Qu'il a peu de science î S'il est véhément : QueUe fausi-e chaleur l S'il est naturel : C'est bien commun ! S'il est élevé : Quelpattios!

L'éloquence politique a commencé avec les délibérations qui s'occupent des intérêts publics. Elle a illustré à Athènesles noms dePériclès, de Démosthène, d'Eschine, de Phocion ; à Rome, desGracques, de Cicéron, de César, d'Antoine, etc. Chez les modernes, la tribune brille de tout son éclat, surtout en Angleterre et en France, et elle n'est pas sans gloire en Belgique, en Espagne, aux États-Unis, dans les républiques espagnoles de l'Amérique. L'Angleterre est fière, à bon droit, de ses Pitt, de ses Fox, de ses Burk, de ses O'Connell, de ses Disraeli, de ses Derby, de ses Gladstone, etc.; l'Espagne, de ses Donoso Cortès et de ses Aparici. En France, l'éloquence de la tribune a commencé avec la Révolution : trop portée d*abord à la déclamation, même avec les Mirabeau, les Maury et les Vergniaud, elle a atteint sa perfection dans ce siècle avec les Berryer, les Guizot^ les Thiers, les Montalembert et cent autres qui sont la gloire de la tribune française.

Eloquence militaire.

A réloquence politique se rattache l'éloquence militaire j qui s'adresse à des soldats, c'est-à-dire à un auditoire populaire qui aime les grandes images, mais qui rejetterait les longs discours. L'orateur militaire doit songer qu'il ne lui faut que quelques mots pour enflammer les cœurs avant le combat, ou pour les féliciter après la victoire.

Les historiens de l'antîquité sont pleins de discours de ce genre, qui sont de véritables modèles, mais qui

sont loin d'être authentiques. Dans les temps modernes, on en cite un certain nombre dont la concision égale l'énergie. C'est Henri IV disant à ses troupes : « Suivez « mon panache blanc ; vous le trouverez toujours au « champ de l'honneur. » C'est le grand Condé s'écriant : « Amis, souvenez-vous de Rocroi, de Fribourg et de « Norlingue. » C'est La Rochejaquelein disant à ses braves Vendéens : « Si j'avance, suivez-moi; si je recule, « tuez-moi; si je meurs, vengez-moi. »

Maintenant les armées sont si nombreuses, qu'il est devenu impossible pour un général de haranguer ses troupes; on remplace ordinairement les harangues par des proclamations, qui sont distribuées à l'armée et lues dans chaque compagnie.

Napoléon I" excellait dans ce genre d'éloquence; il savait être à la fois bref, entraînant et plein de grandes images. Voici sa proclamation après la bataille d'Austerlitz :

Soldats , je suis content de vous ! Vous avez décoré vos aigles d'une immortelle gloire. Une armée de cent mille hommes , commandée par les empereurs de Russie et d'Autriche , a été en moins de quatre heures ou coupée ou dispersée : ce qui a échappa à votre feu , s'est noyé dans les lacs.

Quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canon , vingt généraux , plus de trente mille prisonniers, sont le résultat de cette journée à jamais célèbre. Cette infanterie , tant vantée et en nombre supérieur, n'a pu résister à votre choc , et désormais vous n'avez plus de rivaux à redouter.

Soldats , lorsque le peuple français plaça sur ma tête la couronne impériale,' je me confiai à vous pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de gloire qui seul pouvait lui donner du prix à mes yeux.

Soldats , bientôt je vous ramènerai en France. Là , vous serez l'objet de mes plus tendres sollicitudes, et il vous suffira de dire : rétais à la bataille d'Austerlitz, pour qu'on réponde : Voilà un brave î

Discours de la chiire ; éloquence sacrée.

On peut définir le discours de la chaire un discours où l'orateur, revêtu d'un caractère sacré, traite des sujets religieux devant une assemblée religieuse.

Les principales espèces de discours qui peuvent être prononcées du haut de la chaire sacrée ou par un prêtre parlant en sa qualité de prêtre devant un auditoire religieux, sont :

1° Vhomélie, qui est une explication simple et parfois élevée de l'Évangile, de l'Épître, ou de tout autre texte sacré, d'où Ton tire des réflexions morales et pieuses pour l'édification de l'auditoire.

2* Le prône, instruction courte et familière qui se fait pendant la messe de paroisse sur un sujet de dogme ou de morale.

3° Le sermon, discours religieux sur un sujet dogmatique ou moral, prononcé avec solennité et composé selon toutes les règles de l'art oratoire.

4" La conférence, qui était dans l'origine un entretien sur les vérités delà religion, un dialogue entre deux ou plusieurs interlocuteurs; elle se dit maintenant de discours prononcés pendant une certaine série de jours ou de dimanches et dans lesquels l'orateur sacré s'attache à défendre la religion contre les attaques dont elle est l'objet. Au genre des conférences se rattachent les catéchismes.

5" Le panégyrique, discours consacré à la louange d'un saint, et qui a pour double objet de l'honorer par l'éloge de ses vertus, et d'édifier l'auditoire en le portant à imiter ces mêmes vertus.

6* Voraison funèbre, espèce de panégyrique consacré à la louange d'un illustre personnage qui vient de mourir, mais qui, prononcé du haut de la chaire, doit être

un enseignement aussi bien qu'un éloge. Bossuet, quia créé chez nous l'oraison funèbre, en a donné les plus brillants modèles.

L'éloquence sacrée a commencé avec le monde • elle est née le jour où le père de famille instruisit ses enfants sur leurs devoirs envers Dieu; elle s'est développée avec 1 mstitulion du sacerdoce, et chez les Hébreux elle atteignit les plus sublimes hauteurs dans la bouche des prophètes inspirés. Avec le chistianisme elle prit un merveilleux essor. Dans le monde latin retentirent les éloquents accents de saint Justin, de Tertulien, de saint Gyprien, de Lactance, de saint Jérôme, de saint Hilaire de Poitiers, de saint Ambroise, de saint Augustin, de saint Léon le Grand, pendant que le monde grec écoutait avec admiration les Clément d'Alexandrie, les Origène, saint Grégoire de Nazianze, saint Basile, et ce Jean d'Antioche, à qui son éloquence fit donner le surnom de Chrysostome ou Bouche-d'Or. Puis vinrent les missionnaires qui convertirent les Barbares, saint Augustin d'Angleterre, saint Colomban, saint Boniface, etc. Le moyen âge vit briller saint Bernard, saint Dominique, saint François d'Assise et leurs zélés disciples; et, après quelques siècles de décadence et de mauvais goût, la prédication se ranima au seizième siècle.

A partir du dix-septième siècle, c'est en France que réloquence sacrée atteignit sa plus haute perfection. Saint François de Sales ouvre cette période avec éclat; ejeune, Mascaron, Fléchier suivent, et alors paraissent Bossuet, Bourdaloue, Fénelon, Massillon, que perionne n'a surpassés. Le dix-huitième siècle faiblit, mais l offre encore les noms dignes d'être connus de l'abbé Poulie, du P. Bridaine, de Maury et de l'abbé de Boulogne qui nous mènent jusqu'au dix-neuvième siècle, où réloquence de la chaire a repris un nouvel éclat

avec les Frayssinous, les Lacordaire, les Ra\ignan, les Combalot, les Besson, les Félix, etc., sans parler de tant de nos éloquents évêques, Mgr Dufêtre, évêque de Nevers; Mgr Pie, évêque de Poitiers; Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans; Mgr Plantier, évêque de Nîmes, Mgr Berteaud, évêque de Tulle, etc., etc.

^ m. — l<e8 genres en prose; genre bistorique.

le genre Wstoriqne.

On a vu dans la seconde partie de ce cours quels sont les principaux genres de composition littéraire : description, narration, dissertation, lettres, c'est-à-dire le genre descriptif, le genre historique, le genre didactique et le genre épistolaire; on vient d'étudier ce qui appartient au discours; nous n'avons plus qu'à entrer dans quelques détails sur le genre historique.

Le récit des faits vrais ou imaginaires constitue le fond de ce genre; c'est d'après la réalité même des faits qu'on peut le diviser en deux grandes espèces, qui sont Vhistoire et le roman; nous ne parlerons pas ici du conte, dont les règles ont été étudiées. I. li'histoire.

Définition.

Vhistoire est le rêcît raisonné des faits vrais, importants, intéressants ou curieux qui se sont passés dans les temps antérieurs au nôtre, et ce récit doit être fait en vue de l'instruction des hommes. L'histoire, dit Cicéron, est le témoin des temps, la lumière de la vérité, la vie de la mémoire, l'école de la vie, la messagère de l'antiquité.

L'objet de la poésie est de plaire, celui de l'éloquence est de persuader ; l'objet de la philosophie est la recher-

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