LA TOURTERELLE
Si ce n'est lui, ce sera ma douleur.
La délicatesse de sentiment ne s'apprend pas, c'est un don de la nature; mais on peut perdre ce don en s'accoutumant à des sentiments grossiers et bas, et en souillant cette pureté du cœur, qui est la délicatesse de la conscience.
Énergie des sentiments.
Le sentiment énergique provient d'une âme dans la-
quelle les idées et les sentiments se pressent; il éclate avec force et s'exprime en peu de mots.
Henri IV, au moment de combattre, adresse cette courte harangue à ses troupes : « Je suis votre roi, vous êtes Français, voilà l'ennemi. » Henri de Larochejaquelain dit aux Vendéens : « Si j'avance, suivez-moi; si je recule, tuez-moi; si je meurs, vengez-moi. » Voilà des sentiments énergiques.
Noblesse des scDtiments.
Le sentiment noble provient d'une belle âme et d'un grand cœur; exprimé, il fait éprouver un plaisir mêlé d'admiration.
Alexandre demande à Porus vaincu comment il veut être traité : « En roi , » réplique Porus.
On conseille à Louis XII de se venger de ceux qui ont travaillé contre lui lorsqu'il n'était encore que duc d'Orléans : « Ce n'est pas au roi de France, répond-il, à venger les injures du duc d'Orléans. »
Sublimité des sentiments.
Un sentiment est sublime quand il semble , tout en restant vrai et naturel, s'élever au-dessus des forces de la nature humaine; exprimé, il excite l'enthousiasme et transporte l'âme à des hauteurs qu'elle n'atteint pas dans les circonstances ordinaires.
On vient annonce-r au vieil Horace que les Curiaces sont vainqueurs, que deux de ses fils ont péri et que le troisième a fui. Comme Camille, sœur des Horaces, pleure en apprenant cette nouvelle, son père lui dit :
Tout beau, ne les pleurez pas tous.
Deux jouissent d'un sort dont leur père est jaloux. Que des plus nobles fleurs leur tombe soit couverte; La gloire de leur mort m'a payé de leur perte....
Pleurez l'autre, pleurez l'irréparable affront Que sa fuite honteuse imprime à notre front ; Pleurez le déshonneur de toute notre race Et l'opprobre étemel qu'il laisse au nom d'Horace.
Alors on demande au vieux Romain :
Que Touliez-vous qu'il fît contre trois ? — Qu'il mourût '
répond-il aussitôt, et ce mot fait frissonner ceux qui l'entendent, en même temps qu'il les transporte d'admiration.
Les sentiments sublimes partent du cœur ; les cœurs bas et corrompus sont incapables de les connaître ; c'est pourquoi Corneille et Racine en fournissent de nombreux exemples , tandis qu'on en trouve bien rarement dans Voltaire :
Un esprit corrompu ne fut jamais sublime, a dit le poëte^ et le poëte a raison.
§ III. — lies imag-es*
DéfinitloD de l'image.
-^^'image est comme le vêtement de l'idée dont elle rend l'objet sensible s'il ne l'est pas, ou plus sensible s'il l'est déjà. Dans l'origine tous les mots du langage humain formaient image; ils étaient comme la repré- ^sentation sensible de l'idée, et toutes les langues ont en- \y^ core un grand nombre de mots qui expriment à la fois un objet matériel et une idée immatérielle. Mais l'habitude ne nous faisant plus attacher à certains mots que l'idée d'objets immatériels ou qui n'ont qu'une existence morale, on ne donne, en littérature, le nom d*image qu'aux expressions et aux tours de phrase qui peignent les objets sous des couleurs plus vives que le
langage ordinaire et qui réveillent ainsi l'attention du lecteur ou de Tauditeur, en même temps qu'elles lui font saisir plus nettement la pensée ou éprouver plus profondément le sentiment.
L'image n'est pas un tableau complet, ni une description achevée; ce n'est qu'un coup de pinceau', un trait rapide, qui laisse à l'imagination le plaisir de compléter le tableau et d'achever le dessin. La Tio est un combat dont la palme est aux cieui,
a dit Casimir Delavigne, traduisant cette sentence : Blilitia est vîta hominis super terrant , la vie de l'homme sur la terre est une milice. Ce vers fait image, parce qu'il représente d'un coup à Tesprit les épreuves de la vie, les luttes de la vertu contre le vice , de la vérité contre l'erreur, la mêlée des bons et des méchants, et nous montre en même temps dans le ciel la palme qui doit être remise au vainqueur.
Bossuet, au lieu de dire que les hommes deviennent de jour en jour plus violents, dit qu'ils vont s'enfonçant dans l'iniquité. Voilà encore une image, parce que Tiniquité se présente à nous comme un gouffre immense et profond, dans lequel l'humanité descend par degrés comme une masse pesante, qui disparaît peu à peu aux regards du spectateur.
Qualités des images.
Toute image suppose une ressemblance et renferme une comparaison, et de la justesse de cette comparaison dépend la clarté, la transparence de l'image (1). L'image peint un objet sous des traits qui ne sont pas les siens, mais ceux d'un objet analogue; il faut donc que ce second objet ait une ressemblance avec Le pre-
(1) Marmontel. •
mier, au moins sous le rapport indiqué . De cette ressemblance naissent la vérité, la clarté et là justesse des images, qualités indispensables pour qu*elles plaisent à Tesprit.
Je vois un homme en colère, et qui cherche à se venger d'un autre qui l'a insulté, et je dis : « C'est un lion altéré de sang. » Le lion est l'objet étranger auquel je compare l^homme en colère ; la ressemblance consiste dans la colère qui transporte l'homme et l'animal; mais comme la vue d'un lion furieux excite généralement plus d'effroi que celle d'un homme en colère, la pensée que je veux exprimer est plus vivement rendue; ce n'est plus un homme que je montre, mais une bête féroce , et cette image saisit plus fortement l'esprit. L'image est vraie, puisque l'homme en colère devient une bête furieuse ; elle est claire , puisqu'elle est aussitôt comprise et fait mieux comprendre la pensée; elle est juste, puisque l'homme en colère qui cherche à se venger est, sous ce rapport, semblable au lion furieux qui cherche sa proie pour la dévorer.
Le sublime d'images.
Il y a des images sublimes, comme des pensées, des sentiments sublimes; une image sublime représente les objets déjà grands par eux-mêmes avec des couleurs si frappantes, qu'on est saisi d'admiration.
C'est dans l'Écriture sainte qu'on trouve le plus de ces images sublimes qui viennent naturellement aux auteurs inspirés.
Le prophète Habacuc peint ainsi le Très-Haut : Stetity et mensus est terram, aspexit et dissolvit g entes; il se tint debout, et il mesura la terre; il regarda les nations, et il les réduisit en poussière.
Dans le livre de Job, le Seigneur parlant de lui-même,
32 jURS de littérature.
s'exprime ainsi : Et fat dit à la mer : Tu viendras jusqu'ici, et tu niras pas plus loin, et ici tu briseras tes flots gonflés.
Racine a transporté cette image sublime dans ces vers :
Celui qui met un frein à la fureur des flots Sait aussi des méchants arrêter les complots.
Usage et abus des images.
Les images doivent être employées avec discernement et sobriété. Une image ne convient que lorsqu'elle sert à rendre plus sensible une idée qui ne l'est pas assez par elle-même, ou à embellir une idée qui mérite de l'être. Dans le premier cas elle soulage l'esprit, dans le second elle plaît à l'imagination ; mais hors de ces deux cas, elle est inutile et déplacée, et le goût la condamne.
La profusion des images fatigue l'esprit et produit l'obscurité qu'elles ont précisément pour objet de dissiper.
Voltaire a dit :
Cette image vraie semblait anéantir ses malheurs en Xxiiretraçant le néant de son être et celui de Babylone.
Une image ne peut rien anéantir ni rien retracer, et l'on ne retrace pas , mais on rappelle le néant : cette succession d'images ne présente donc rien de clair à l'esprit.
La profusion des images et l'emploi d'images pompeuses et brillantes destinées à recouvrir des pensées triviales constituent un défaut auquel on a donné le nom de phébus, du nom de l'astre du jour dans la mythologie : c'est un éclat qui n'éclaire pas , mais qui éblouit, c'est un vêtement de pourpre jeté par dessus
des haillons et qui est mal porté. Ce défaut indique ]*absence ouïe sommeil du goût; il rend ridicule ce qui serait resté beau avec de la simplicité.
§ IV. — liCg mots et les phrases.
Les pensées, les sentiments, les images restent les mêmes malgré la différence des expressions employées pour les représenter; mais l'effet qu'ils produisent dépend en grande partie de l'expression qu'on leur donne; on peut dire qu'ils valent surtout par l'expression, par le langage , qui est leur forme extérieure.
Il importe donc beaucoup d'étudier ces éléments du langage qu'on appelle les mots et les phrases. Cette étude est surtout du ressort de la grammaire ; il n'en sera pas moins utile de faire ici quelques remarques qui appartiennent autant à l'art de parler correctement qu'à l'art de bien dire.
Des mots;
Les mots représentent les idées considérées isolément, soit en désignant les objets mêmes, comme chêne, soleil, vertu; soit en désignant certaines qualités que peuvent avoir les objets, bon, utile, fort; soit en indiquant un état ou une action, je suis, je finis, f aime; soit en indiquant des idées de rapport entre les choses ou entre les raisonnements, sur, sous, dans, car^ 5e, etc.
Deux qualités sont essentielles aux mots : la pureté et la propriété.
Pureté des mot».
La pureté des mots rejette les termes bas et grossiers, les termes techniques, que le lecteur n*est pas obligé de connaître, les mots inusités, vieillis ou trop nouveaux. Surtout, a dit Boileau,
Surtout qu'eu vos écrits la langue révérée,
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
En vain vous me frappez d'an son mélodieux Si le terme est impropre ou le tour yicieux ; Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme, Ni d'un yers ampoulé l'orgueilleux solécisme. Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.
On appelle barbarisme un mot qui est étranger à la langue dans laquelle on s'exprime, ou pris dans un sens contraire à celui qui est consacré par l'usage.
Lamartine a dit :
, ... Un brouillard glacé , rasant les pics sauvages. Comme un fils de Morvan me vetissait d'orages.
Vêtissait est un barbarisme; il îaMaii dire vêtait ou revêtait.
Un étranger disait à Fénelon : « Monseigneur, vous avez pour moi des boyaux de père. » Barbarisme, parce que dans ce sens on dit entrailles et non boyaux.
Dire : Jouir d'une mauvaise santé, d'une mauvaise réputation, c'est aussi commettre un barbarisme, parce que le mot jouir ne peut se dire que de ce qui cause un certain plaisir.
Le barbarisme qui consiste dans l'emploi des mots que l'usage a rejetés s'appelle archaïsme; celui qui consiste dans l'emploi des mots que l'usage n'a pas encore consacrés est un néologisme.
Boileau a dit :
On peut être à la fois et pompeux et plaisant.
Le mat plaisant^ pris dans le sens d'agréable, qui plaît, et non dans le sens de ridicule, qui porte à rire ou qui fait rire, serait aujourd'hui un archaïsme, parce qu'on ne le prend plus dans le sens qu'il avait encore du temps de Boileau.
Fénelon regrettait déjà de son temps que beaucoup
de vieux mots français fussent tombés en désuétude sans avoir été remplacés, ce qui donne à notre langue un air d'indigence et de gêne. Quelques-uns de ces vieux mots que l'usage avait rejetés ont. été heureusement repris. Les écrivains de génie savent faire à propos de ces conquêtes sur l'ancienne langue ; mais c'est une liberté dont il ne faudrait pas abuser : la hardiesse doit être ici tempérée par le goût.
C'est aussi au goût qu'il appartient de prononcer sur l'introduction des termes nouveaux. On peut donner comme règle générale qu'un terme nouveau mérite d'être adopté quand il exprime une idée nouvelle ou un aspect nouveau d'une idée, et qu'il est créé conformément au génie de la langue : quand il existe déjà un mot qui exprime très-bien l'idée, ou quand le mot nouveau ne se fond pas heureusement dans la masse des autres, on doit le rejeter.
Propriété des mots.
La propriété des mots consiste dans l'emploi des mots qui correspondent le mieux aux idées qu'on veut exprimer. Toute idée a un mot qui lui est propre, et qui l'exprime mieux que tout autre; c'est là le mot qu'il faut employer pour écrire convenablement. Le terme propre rend l'idée tout entière, le terme peu propre ne la rend qu'à demi, le terme impropre la défigure.
La recherche du mot propre est donc d'une grande importance; elle suppose la connaissance approfondie de la langue dans laquelle on s'exprine et la perception claire des idées qu'on veut exprimer ; mais on n'est un ))on écrivain qu'à ce prix.
Marmontel, s'étonnant de la crédulité de certains grands hommes, dit dans une de ses tragédies : Dans l'âme des héros quelle fatalité Mêle à tant de grandeur tant de simplicité!
Le mot simplicité est impropre, car il signifie ici bêtise, et le poëte ne voulait parler que de crédulité.
L'un des obstacles que rencontre l'écrivain dans la recherche du mot propre, c'est la ressemblance du sens que présentent certains mots qu'on appelle synonymes, c'est-à-dire, d'après l'élymologie grecque , qui sont les différents noms d'une même chose.
A proprement parler, il n'y a pas dans une langue de mots véritablement et absolument synonymes. Les mots qu'on appelle ainsi ne présentent pas l'idée absolument sous le même aspect ou avec la même nuance; s'il est indifférent, dans certaines circonstances, de mettre l'un à la place de l'autre, parce qu'ils ne sont séparés que par une très-faible nuance, il n'est plus indifférent de le faire dans d'autres circonstances, ce qui prouve que la synonymie n'est pas absolue.
Un mauvais poëte avait confondu les mots patience et constance ; on lui en apprit la différence dans une épigramme dont voici la fin :
Or, apprenez comme l'on parle en France : Votre longue persévérance A nous donner de méchants vers, C'est ce qu'on appelle constance; Et dans ceux qui les ont soufferts Cela s'appelle patience.
(La Fare.)
Un autre obstacle à la propriété des mots se trouve dans les différents sens que peut présenter un même mot . Ainsi le mot réflexion a trois significations distinctes, quoique analogues. Il indique à la fois une faculté de l'âme: la réflexion est fondée sur l'attention ^ Pusage de cette faculté : mon premier mouvement m* aurait entraîné trop loin, la réflexion m'a retenu ; le résultat de l'exercice de cette faculté : votre réflexion est iuste.
Enfin la propriété des mots interdit l'usage des termes équivoques, qui présentent divers sens dont l'analogie n'est que fort éloignée. Ces termes, qui indiquent l'ignorance ou la mauvaise foi, doivent être bannis des ouvrages sérieux ; ils ne peuvent être légitimement employés que dans les ouvrages enjoués, ou comme Tune des formes du badinage. C'est sur l'équivoque que roule le badinage du dialogue suivant :
De quelle langue voulez-vous vous servir avec moi? — Parbleu î de la langue que j'ai dans la bouche. Je crois que je n'irai pas emprunter celle de mon voisin.
Des phrases.
La phrase (1) est un ensemble de mots formant une proposition ou une série de propositions tellement liées entre elles que le sens n'est complet qu'au dernier mot.
Les qualités d'une phrase bien faite sont la correction, la précision et Vordre,
Correction des phrases.
Une phrase est correcte quand elle ne viole aucune règle de la grammaire et de l'usage reçu; c'est aux bons écrivains, aux hommes de goût et à la bonne compagnie qu'il appartient d'établir et de constater cet usage.
On appelle solécisme une faute contre les règles de la syntaxe grammaticale.
Boileau a dit:
C'est à vouSj mon esprit, à qui je veux parier.
il y a là un solécisme, parce que le régime indirect marqué par la préposition à est répété deux fois. Il fallait dire :
C'est à vous, mon esprit, que je veux parler. tl)D'un mot grec qui signifie parler.
38 COURS DE UTTÉRATURE.
Mais la mesure du vers n'y serait plus, et voilà sans doute la véritable cause du solécisme. Le poëte eût pourtant pu dire :
C'est vous, 6 mon esprit, à qui je veux parler.
On pèche souvent contre la correction des phrases parce qu'on sépare des mots qui se complètent l'un l'autre ou qui servent à en lier d'autres ensemble, ou les membres de phrase qui ont entre eux une relation plus intime, ce qui nuit à la clarté et fatigue l'attention.
On pèche encore contre cette correction quand on passe subitement d'un objet à un autre, d'une personne à une autre au moyen des prônons il, les, leurs, qui, etc., qui engendrent une multitude d'équivoques et d'obscurités. c( Le pronom, dit Joseph de Maistre, est le grand écueil des écoliers dans la langue française; » il faut en éviter la trop fréquente répétition et s'assurer qu'il ne résultera pas quelque obscurité de leur emploi, comme dans cette phrase : a Dieu ne veut pas la mort de l'impie : il n'abandonne jamais un homme, s'il ne l'abandonne le premier. » // se rapportant tantôt à Dieu, tantôt à l'impie, on a besoin de réfléchir pour savoir à qui le rapporter dans chaque membre de phrase ; on eût parlé correctement en disant : il n'abandonne jamais un homme, si celui-ci ne l'abandonne le premier.
Précision des phrases.
La précision retranche des phrases tout ce qui n'ajoute rien à l'idée; elle évite par conséquent la multiplicité des adverbes, des adjectifs, des synonymes, des parenthèses, et supprime toutes les longueurs qui font perdre de vue la pensée principale.
Il y a des personnes qui ont besoin de cent mots lorsque trois suffiraient :
J'arrivai au port, dira l'une d'elles; j'aperçus un navire, je m'informai du prix du passage, je fis mon marché; je m'embarque, ob lève l'ancre , on met à la voile, nous partons.
Il suffisait de dire : Je m'embarquai.
D'autres répètent la même idée sous différentes formes qui n'ajoutent rien à l'intérêt, comme dans ces vers du Nicomède de Corneille :
Trois sceptres à son trône attachés par mon bras, Parleront au lieu d'elle et ne se tairont pas.
Il est clair que si les sceptres parlent^ ils ne se tairont pas ; ajoutons que l'idée de faire parler des sceptres n'est pas heureuse.
Voltaire, qui a dit de l'adjectif qu'il est l'ennemi du substantif^ pour faire comprendre à quel point la surabondance des épithètes alourdit la phrase, ne s'est pas souvenu de ses propres paroles dans ces vers de la Henriade :
Et d'un peu d'aliment la découverte heureuse Était l'unique but de leur recherche affreuse.
■ Le défaut contraire à la précision est la diffusion ou la prolixité, qu'un poëte a parfaitement définie dans ce vers :
Un déluge de mots sur un désert d'idées-
La précision n'exclut ni les ornements ni les développements qui ajoutent à la clarté et à l'intérêt; elle ne retranche que le superflu et l'inutile.
Ordre des phrases.
h'ordre des phrases consiste dans la disposition des mots ; il exige que ces mots soient disposés de manière à faire ressortir la pensée principale; selon les cas, c'est au cctomencement ou à la fin des phrases que doivent
se trouver les mots qui mettent en relief cette pensée, ou le sentiment ou l'image dont on veut frapper l'esprit du lecteur ou de l'auditeur.
Fléchier, parlant d'un redoutable capitaine obligé de reculer devant un autre, dit :
Déjà prenait Vessor, pour se sauver dans ses montagnes, cet aigle dont le vol hardi avait d'abord effrayé nos provinces.
On voit tout d'abord le redoutable oiseau s'élever dans les airs et s'enfuir, et l'imagination reste frappée de cette grande image, qui l'a saisie la première. Si l'orateur eût Jit : Cet aigle dont le vol hardi avait effrayé nos provinces prenait déjà Vessor pour se sauver dans ses montagnes^ l'image restait la même , mais elle se trouvait comme voilée entre ce qui précède et ce qui suit; elle ne frappait plus l'imagination.