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HARMONIE ; — QUALITÉS PARTICULIÈRES ; — REMARQUES DI- VERSES

§ P^ — Qaalités g^énérales du style.

Le style a des qualités générales^ qui conviennent à tous les genres de composition, et des qualités particulières, qui conviennent aux différents genres ou aux différents sujets. Les qualités générales du style sont : la clarté, la pureté, la propriété, la précision, le naturel, la noblesse, Vélégance^ la convenance et Vharmonie,

Clarté da style.

La clarté est la qualité fondamentale du style ; l'on ne

parle et l'on n'écrit que pour se faire entendre ; si l'on manque ce but, autant aurait-il valu ne rien dire ; quiconque est incapable de s'exprimer de manière à être compris doit garder le silence; c'est le précepte du poëte :

Mon ami, chasse bien loin

Cette noire rhétorique ;

Tes écrits auraient besoin

D'un devin qui les explique.

Si ton esprit veut cacher

Les belles choses qu'il pense

Dis-moi, qui peut t'empêcher

De te servir du silence?

(Maynard.)

Le style clair permet de saisir sur-le-champ et sans effort la pensée, le sentiment, l'image qu'il exprime. Quintilien demande que l'expression soit tellement claire que l'idée frappe les esprits comme le soleil frappe les yeux.

Deux conditions sont nécessaires pour arriver à la clarté du style : la clarté de la pensée et la connaissance de la langue.

Si la pensée n'est pas claire, l'expression de la pensée ne peut l'être; si l'on ne connaît pas la valeur des mots qu'on emploie, si l'on se sert de termes impropres, équivoques, peu précis, de tournures embarrassées, on ne peut être clair.

On est souvent obscur parce qu'on veut paraître fin, délicat, mystérieux, profond ; on croit par là en imposer au vulgaire, qui admire volontiers ce qu'il n'entend pas ; c'est un défaut commun de nos jours, et dans lequel tombent souvent nos plus célèbres écrivains.

Diderot définit ainsi la naïveté :

On est naïvement héros, naïvement scélérat, naïvement dévot, naïvement beau, naïvement orateur, naïvement philosophe; on est

un arbre, une plante, un animal naïvement. La naïveté est une grande ressemblance de rimitalion avec la chose. C'est de l'eau prise daob le ruisseau et jetée sur la toile.

Voilà bien des mots enfilés au bout les uns des autres, que signifient-ils? quelle idée donnent-ils de la naïveté? en sait-on plus après les avoir lus qu'avant? C'est ce qu'on appelle du galimatias.

L'obscurité provient souvent d'une inversion forcée; on appelle inversion une tournure de phrase qui n'est pas conforme à l'ordre logique dans lequel se présentent les pensées. Dans cette phrase : « Au temple suspendues, le feu du sanctuaire éclairait les armes du guerrier;» l'inversion est défectueuse et produit l'obscurité, parce que l'esprit croit d'abord que c'est le feu qui est suspendu, et qu'il est obligé de rectifier ensuite ce premier jugement pour appliquer aux armes l'expression suspendues ; on aurait pu dire : a Au temple suspendues, les armes du guerrier étaient éclairées par le feu du sanctuaire. »

Pureté du style.

La pureté, la propriété ei [à précision sont trois qualités qui contribuent essentiellement à la clarté du style.

Là pureté du style consiste dans la pureté des mots et la correction des phrases; elle rejette les barbarismes et les solécismes, elle n'emploie que les mots, les tournures, les locutions autorisées par les règles ou par l'usage. Les règles repoussent les solécismes, l'usage proscrit les barbarismes, les néologismes et les archaïsmes.

Proscrire impitoyablement les mots et les tournures que la grammaire condamne et que l'usage n'a pas consacrés, s'en tenir strictement aux règles sans permettre la moindre hardiesse, c'est tomber dans l'excès qu'on appelle le purisme. Pas un de nos plus grands écrivains

n'échapperait à la critique des puristes, et si l'on écoutait cette critique, nous serions privés de bien des beautés littéraires que tout le monde, excepté les puristes, s'accorde à admirer.

Un puriste n'oserait pas dire avec Bossuet : « Environnez ce tombeau, verser des larmes avec des prières, n parce qu'on ne dit pas : verser des prières. Encore moins dirait-il : a Dormez votre sommeil, riches de la terre, et ne sortez pas de votre tombeau ; » parce que dormir, qui est un verbe neutre, ne peut avoir de complément direct.

Il appartient au génie, dirigé par le goût, de créer quelques-unes de ces expressions ou de ces locutions nouvelles; mais c'est une licence qu'il faut prendre avec précaution, comme Horace le recommande; si le goût est absent, on tombe dans le bizarre et le faux.

Propriété du style.

La propriété du style consiste dans la propriété des mots; on a vu que les termes équivoques et les termes synonymes en sont les plus grands ennemis.

Outre les mots dont le sens est à peu près semblable, ou qui présentent différents sens, il y en a qui ne se distinguent guère que parce qu'ils appartiennent à différents genres de langage. Ainsi le mot mort appartient à tous les styles, le mot décès ne se dit qu'en style ordinaire et en style de palais, trépas est du style élevé ou poétique, quoique le mot trépassé soit du style familier. On manquerait également à la propriété du style en disant dans la conversation familière qu'on vient d'apprendre le trépas de telle ou telle personne, qu'en parlant dans une tragédie du décès d'un héros. C'est à l'usage d'apprendre ces distinctions.

4i COURS DE UTTÉRATURB.

Précision da slyle.

La 'précision du style consiste dans la précision da phrases. Le s\y]e précis retranche tout ce qui est inutile à l'expression de la pensée et se sert des termes les plus justes pour l'exprimer.

La Rochefoucauld a dit : « L'esprit est souvent la dupe du cœur. » Voilà du style précis. S'il eût dit : « L'amour, le goût que nous avons pour une chose, nous la fait souvent trouver différente de ce qu'elle est réellement; » il eût exprimé la même pensée, mais d'une manière lourde et traînante. La première phrase est précise, la seconde est diffuse. Fuyez, a dit Boileau,

Fuyez de ces auteurs Tabondance stérile. Et ne vous chargez pas d'un détail inutile; Tout ce qu'on dit de trop est fade et rebutant, L'esprit rassasié le rejette à Tinstant.

11 ne faut pas confondre la précision avec la concisionr, La précision ne veut rien d'inutile, mais ne repousse pas les ornements, qui ont leur utilité; la concision vejette même les ornements, et ne s'occupe que de la pensée même, comme dans ce vers de Boileau :

Le moment où je parle est déjà loin de moi.

Le laconisine, ainsi nommé parce que les Lacédémoniens ou Laconiens affectaient cette manière de parler, va plus loin encore que la concision et ne veut plus user que des mots absolument nécessaires.

Une mère dit à son fils, en lui remettant son bouclier : « Ou dessus ou dessous, » c'est-à-dire reviens vaincu, mais mort et porté sur ton bouclier, ou vainqueur et alors portant ton bouclier.;

L'excès de la précision engendre la sécheresse du style, qui présente les idées sans ornements, sans développe-

ments, sans intérêt. Voici une pensée vraie, mais exprimée sèchement : La tristesse ne dure pas toujours. La Fontaine l'a rendue ainsi :

Sur les ailes du temps la tristesse s'envole.

Quelle différence! Et la seconde phrase n'est pourtant pas moins précise que la première.

Naturel et facilité du style.

On dit du style qu'il est naturel lorsqu'il rend les pensées et les sentiments sans effort et sans apprêt; les mots et les phrases semblent alors couler de source et se présenter comme d'eux-mêmes; c'est une agréable illusion pour le lecteur, qui s'imagine qu'il tirerait aussi facilement de son propre fonds les pensées, les sentiments, les images et leur expression.

Les strophes suivantes de la Jeune captive d'André Chénier touchent et charment parce qu'elles sont l'expression naturelle de sentiments naturels :

Est-ce à moi de mourir ? Tranquille je m'endors, Et tranquille je veille, et ma veille au remords

Ni mon sommeil ne sont en proie.

Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux Sur les fronts abattus mon aspect dans ces lieux Ranime presque de la joie.

Mon beau voyage encore est si loin de sa fin ! Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin

J'ai passé les premiers à peine.

Au banquet de la vie à peine commencé, Un instant seulement mes lèvres ont pressé

La coupe en mes mains encore pleine.

Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson; Et, comme le soleil , de saison en saison

Je veux achever mon année.

Brillante sur ma tige et l'honneur du jardin, Je n'ai vu luire encor que les feux du matm ;

Je veux achever ma journée.

Le naturel n'est pas le naïf : tout ce qui est naif est naturel^ mais tout ce qui est naturel n'est pas naif. Le naif emporte toujours avec lui l'idée de quelque chose de petit, qui exclut la noblesse et l'éclat; le naturel ^eui s'allier au grand et au sublime; il n'exclut que le faste et l'emphase, le rza?/ exclut môme la grandeur.

Le défaut contraire au naturel est l'affectation, qui s'exprime d'une manière recherchée ou trop ornée, ou qui établit des rapports forcés ou faux entre les idées.

Les Précieuses de l'hôtel de Rambouillet disaient : Voiture z-nous les commodités de la conversation^ pour : Approchez des fauteuils; — Contentez V envie que ce fauteuil a de vous embrasser, pour : Asseyez-vous; — Le conseiller des grâces, pour : Un miroir. La Motte appelle quelque part une haie le suisse du jardin. Tout cela est ridicule.

Le néologisme est aussi contraire au naturel dans ces locutions qui deviennent à la mode : Décomposer les ressorts d'un empire; — calculer son existence; — s'élever au maximum de la gloire ; — grossir la masse des erreurs ; — un esprit excentrique j — V apogée de la puissance. Il y a là une affectation de science que le naturel repousse.

L'affectation dans les pensées vise à la finesse et dégénère en puérils jeux de mots :

Louis impatient saute de son vaisseau ;

Le beau feu de son cœur lui fait mépriser Veau,

dit le P. Lemoine pour donner une idée du courage de saint Louis devant Damiette; c'est aussi affecté et puéril que cette phrase adressée par Balzac à un homme affligé : (( Votre éloquence rend votre douleur contagieuse, et quelle glace ne fondrait à la chaleur de vos belles larmes?»

L'affectation qui recherche les grands mots et les grandes images rend le style ampoulé; elle produit Yenfture du style, comme dans ce ^ers qui prétend rendre cette pensée si simple, le roi vient.:

Ce grand roi roule ici ses pas impérieux.

Le naturel empêche de sentir le travail ; c'est pourquoi un style naturel paraît en môme temps un style facile.; la facilité du style est comme le fini du style naturel. Quand le travail paraît, il fatigue : il sent l'huile, dit-on parfois des ouvrages dont le style manque de facilité, en rappelant les veilles que l'auteur a dû y consacrer.

Noblesse du style.

Boileau a dit :

Quoi que vous écriviez, évitez la bassesse j Le style le moins noble a pourtant sa noblesse.

La noblesse, ou, pour parler plus exactement, la dignité du style provient d'une certaine élévation de sentiments ettle pensées qui fait éviter les objets vils et vulgaires, les expressions basses et triviales.

Il y a des termes vulgaires et bas qu'on doit rejeter d'une composition littéraire, comme ils le sont du langage de la bonne compagnie; en voici quelques-uns.

Le général poussa sa pointe.

Les ennemis furent battus à plate couture.

Dn vous demande k cor et à cri.

Voilà dix ans qu'on me le corne aux oreilles.

Ils vous escamoteront votre argent.

Si le cœur vous en dit, parlez.

En un sens, tout peut se dire, mais il faut que la forme rende supportable ce qu'ily aurait d'odieux oudedégoû-

tant dans la pensée ou dans l'objet qu'on représente. G*esl dans ce sens que Boileau a dit :

Il n'est point de serpent ni de monstre odieux Qui par l'art embelli ne puisse plaire aui yeux.

Quand l'expression propre peut être évitée, on la rem' place par une expression d'un sens plus général ou plus soigné, par une périphrase o\x par quelque autre artifice de style. Les boyaux deviennent ainsi les entrailles ; le cochon est V animal qui se nourrit de glands^ etc.

Quand le terme qui manque de noblesse ne peut être évité, on le relève :

i" Par une h'hi'e préparation. Le mot sou appartient au style vulgaire, et il n'y a rien de moins noble en apparence que la prière du pauvre qui demande un sou. M. Guiraud a su relever le mot d'une manière admirable dans cette prière du petit Savoyard :

J'ai faim : vous qui passez, daignez me secourir. Voyez, la neige tombe et la terre est glacée. J'ai froid : la nuit se lève et l'heure est avancée Et je n'ai rien pour me couvrir.

Tandis qu'en vos palais tout flatte votre envie/ A genoux sur le seuil, j'y pleure bien souvent. Donnez, peu me suffit ; je ne suis qu'un enfanf : Vn petit sou me rend la vie.

'i^ Par un contraste énergique. C'est ainsi que Racine ennoblit le mot/?at'c, lorsqu'il peint la piété de Louis XIV, qui baisait la terre chaque fois qu'il sortait de l'église après avoir assisté à l'office divin :

Tu le vois tous les jours, devant toi prosterné, Humilier ce front de splendeur couronné, Et , confondant l'orgueil par d'augustes exemples, Baiser avec respect le pavé de tes temples.

3° Par le rapprochement d'un terme plus noble. Bouc

est bas, génisse est noble; Racine fait passer le premier au moyen du second :

Quel fruit me revient-il de tous yos sacrifices? Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses?

k"" Par des épiihètes convenables. C'est encore Racine qui dit :

Et je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange D'o5 et de chairs meurtris et traînés dans la fange, Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.

^'^ Par la place qu'on lui donne, de manière que l'esprit ni Poreille ne se reposent sur le terme qui les blesserait.

Dans cet avis des cieux je commence à voir clair ^

serait trivial; Racine a dit :

Je commence à voir clair dans cet avis des cieux,

et la trivialité disparaît, parce que l'esprit ne s'arrête pas sur cette expression commune

Où courez- vous ainsi hors d'haleiue titout pâle?

Tout pâle n'est pas noble; Racine dissimule cette expression en disant :

Où courez-vous ainsi tout pâle et hors d'baleine ?

La bassesse est le défaut contraire à la noblesse du style; elle indique le manque de goût ou l'habitude de sentiments grossiers et bas. Voici un exemple de style bas :

Ah ! je sens que c'est fait , je suis morte , autant vaut; Hélas ! je n'en puis plus ; le pauvre cœur me faut.

Les grands écrivains, les grands orateurs ne reculent pas toujours devant l'emploi de termes bas et vulgaires; ils en usent même sans les relever par les artifices dont

50 COtJRS DE LITTÉRATURE.

on vient de parler, mais ils ont soin de montrer alors qu'ils le font sciemment, et ils le font avec une autorité qui défie la critique. Écoutons Bossuet :

On ne peut retenir ses larmes , dit-il dans son oraison funèbre de la reine d'Angleterre, quand on voit cette princesse épancher son cœur sur de vieilles femmes qu'elle nourrissait. « Otons vitement, « disait-elle, cette bo7ine femme de Vétable où elle est, et mettons-la « dans un de ces petits lits. » Je me^ilais à répéter ces paroles malgré les oreilles délicates ; elles effacent les discours les plus magnifiques, et je voudrais ne plus parler que ce langage. Malheur à moi, si dans cette chaire j'aime mieux me chercher moi-même que votre salut, et si je ne préfère à mes inventions, quand.elles pourraient vous plaire, les eipériences de cette princesse qui peuvent vous convertir! Je n'ai regret qu'à ce que je laisse.

Élégance do style.

Vélégance du style est quelque chose de plus délicat que la noblesse : celle-ci proscrit ce qui est bas, grossier, trivial ; celle-là ajoute au style quelque chose de généreux, de poli et de coulant qui en augmente la beauté et le charme. La noblesse s'adresse à l'esprit, l'élégance s'adresse plutôt à Toreille.

Les^ défauts contraires à l'élégance sont la platitude et la grossièreté, qui ne sont pas moins contraires à la noblesse. Alexandre Dumas, au milieu d'un récit d'ailleurs très-émouvant, dit, en parlant d'un ours : «Qui aurait ditqu'wwe bête comme ça aimait les poires?» C'est là du style bas et grossier : les bons écrivains du dixseptième siècle savaient être simples et familiers sans s'abaisser ainsi.

§ II. — De l'harmonie du style.

Définition de l'harmonie.

Vharmonie (ï) est une suite de sons qui plaisent à (1) D'an mot grec qui signifie adaptert ajuster.

COMPOSITION. — QUALITÉS DU STYLE. 5i

l'oreille par leur accord entre eux, par leur combinaison, ou par leur rapport avec les choses qu'ils expriment. L'harmonie est la musique du style ; elle donne à la parole humaine le charme et la puissance des œuvres musicales. Boiieau en indique l'importance dans ces vers •

Il est un heureux choix de mots harmonieux. Fuyez des mauvais sons le concours odieux. Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée Ne peut plaire à l'esprit quand l'oreille est blessée,

n y a deux sortes d'harmonie : l'harmonie mécanique y qui a plus particulièrement pour objet de plaire à l'oreille, et l'harmonie imitative, qui consiste surtout dans le rapport des sons avec les choses qu'ils expriment.

L'harmonie mécanique se trouve donc dans les mots et dans les phrases.

Harmonie des mots.

\J harmonie des mots consiste dans le choix ou dans Tarrangement des mots considérés comme sons.

Les mots ou les suites de mots qui plaisent le plus à l'oreille sont ceux qui présentent un heureux mélange de voyelles et de consonnes, de brèves et de longues, et qui sont ainsi d'une prononciation plus facile. C'est à une oreille exercée qu'il appartient de distinguer les nuances, et d'éviter les mots qui présentent des sons ou des articulations désagréables.

On ne peut pas toujours éviter ces mots ; mais alors on use d'artifice pour les rendre moins durs à l'oreille. Le mot cataracte, par exemple, n'est guère euphonique; Buffon l'a fait passer harmonieusement dans cette phrase, en parlant d'un fleuve : « Il se livre à la pente précipitée de ses cataractes écumeuses. » S'il eût dit :

à la 'pente de ses cataractes rapides, l'harmonie était détruite et l'oreille blessée.

L'harmonie des mots repousse :

1° Les hiatus ou concours de syllabes qui s'entrechoquent, comme dans cette phrase : Il alk à 4miens et de là à i4rras, où il s'appliqua à apprendre la musique.

2° La répétition des mêmes syllabes ou des mêmes articulations, comme dans ce vers de Voltaire :

Non. il n'est rien que IS'anine ?i'honore,

et dans ces vers, faits exprès pour fournir des exemples de cacophonie :

Didon dîna, dit-on, d'un dindon bien dodu.

Ciel ! si ceci se sait , mes soins sont sans succès.

3" La répétition des mêmes sons. Ainsi on avait donné à un élève le soin de corriger la cacophonie de ces •mots : Cest un quiproquo ordinaire; il écrivit : Cest un quiproquo fort ordinaire. L'hiatus était supprimé, mais la cacophonie restait, parce que le son o se trouvait répété quatre fois, et la syllabe or deux fois.

4® Les mots d'une prononciation difficile, soit en euxmêmes, soit parce qu'ils se trouvent joints à d'autres qui les rendent encore plus durs, comme sphinx^ lynx, larynx, etc.

5° Les séries de mots d'égale longueur, comme dans ce vers de Voltaire :

L'on hait ce que l'on a : c« qu'on n'a pas, on l'aime.

Mais cet autre vers de Racine, qui ne se compose que de monosyllabes, n'offre rien de désagréable à l'oreille, parce que les accents et les demi-repos y sont espacés d'une manière harmonieuse :

Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur.

L'harmonie des mots résulte donc de Tarrangemenl des mots et d'une heureuse variété introduite dans les sons et dans les articulations.

Ceux qui manquent à cette harmonie ne charment jamais leurs lecteurs ou leurs auditeurs; et l'on pourrait leur appliquer ces vers de Boileau , cacophoniques à dessein, parce que le poëte voulait critiquer la dureté du style de Chapelain en limitant :

Maudit soit l'auteur dur dont l'âpre et dure verve, Son cerveau tenaillant, rima malgré Minerve ; Et de son lourd marteau martelant le bon sens, A fait de méchants vers douze fois douze cents.

On a critiqué par un quatrain du même genre le style de Victor Hugo, qui confond trop souvent l'énergie avec la dureté, ou qui recherche des concours de sons que l'oreille ne peut approuver :

Où, ô Hugo , juchera-t-on ton nom ?

Rendu justice enfin que ne t'a-t-on?

Quand donc au mont qu'Académique on nomme

De roc en roc grimperas-tu, rare homme?

On aurait tort, toutefois, de proscrire absolument les syllahes rudes et les consonnes fortes, pour n'employer que des sons doux, des articulations coulantes ; ce serait renoncer à la force et à l'énergie ; cette affectation de douceur rendrait le style mou, lâche et fade, comme ces musiques doucereuses qui amènent le sommeil et qui ne disent rien à l'âme ; il faut savoir allier la force à la douceur, la puissance à la grâce pour être bon écrivain, grand poëte, éloquent orateur.

flarmonie des pbrases.

Vharmonie des phrases dépend , en premier lieu, de l'harmonie des mots, ensuite, du nombre et de la période.

4° Le nombre consiste dans un certain accord des mots, des membres et de la chute de la phrase, calculé de manière à permettre à celui qui parle de reprendre facilement haleine, à satisfaire Tesprit et à flatter l'oreille de celui qui écoute.

Celui qui parle a besoin de respirer au bout d'une douzaine de syllabes environ, ce qui est la mesure de notre grand vers français, le vers alexandrin; on peut sans doute aller plus loin, mais alors il faut qu'il y ait des demi-pauses, ou que la phrase, en se terminant, permette une respiration plus longue.

L'esprit demande que les coupes de la phrase répondent au sens; il veut pouvoir embrasser sans peine l'ensemble des idées qui lui sont présentées et voir croître du commencement à la fin l'intérêt où l'importance des objets. Télémaque parle ainsi de la tête de Bocchoris montrée comme en triomphe à une armée victorieuse :

Je me souviendrai toute ma vie d'avoir vu cette tête , qui nageait dans son sang, ces yeux fermés et éteints, ce visage pâle et défiguré, cette bouche entr'ouverte qui semblait vouloir encore achever des paroles commencées , cet air superbe et menaçant que la mort même c'avait pu effacer ; toute ma vie il sera peint devant mes yeux.

Fénelon atout montré dans ce tableau : d'abord Tensemble matériel, puis les détails, puis l'ensemble moral, a cet air menaçant et superbe », et, d'un dernier trait, il a remis tout sous les yeux : chaque coupure de la phrase donne un sens complet, l'esprit saisit facilement l'ensemble des détails, et l'intérêt croît jusqu'à la fin; c'est une phrase qui a du nombre.

L'oreille veut un heureux mélange de syllabes longues et brèves , de mots et de membres de différentes longueurs qui se terminent par une chute pleine et sonore :

Texemple précédent présente l'observation de cette règle.

â» La période est une phrase composée de plusieurs propositions liées ensemble, et qui dépendent les unes des autres de telle sorte , que le sens général est suspendu jusqu'à un dernier repos qui est commun à toutes. Toute période est une phrase, mais toute phrase n'est pas une période. La phrase est une réunion de mots ou de propositions formant un sens complet; la période se compose aussi de propositions formant un sens complet ; mais ce sens est suspendu jusqu'à la fin, ce qui peut n'arriver pas dans les phrases les plus complexes. Les diverses parties d'une période s'appellent membres, les diverses parties d'une phrase complexe, incises (coupées dedans).

Bossuet commence ainsi l'exorde de l'oraison funèbre de la reine d'Angleterre :

Celui qui règne dans les deux et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et l'indépendance, — est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes et terribles leçons.

Il y a ici une période composée de deux membres : après le premier, le sens est suspendu et l'on ne peul encore deviner ce que dira l'orateur; le second membre ne pourrait être compris sans le premier, le premier n'a de sens qu'avec le second. Mais il est facile de voir que plusieurs des incises pourraient être supprimées ; le sens serait clair et complet avec cette phrase : Celui qui règne dans les deux se glorifie de faire la loi aux rois.

Dans le même exorde, Bossuet dit :

Vous Terrez dans une seule vie toutes les extrémités des choses humaines : la félicité sans bornes aussi bien que les misères; une longue et paisible jouissance d'une des plus nobles couronnes de l'univers ; tout ce que peuvent donner de plus glorieux la naissance et

la grandeur accumulées sur une seule tête, qui ensuite est exposée à tous les outrages de la fortune , etc,

Cette phrase, quoique longue et nombreuse, ne constitue pas une période, car après chaque proposition Tesprit peut s'arrêter ; il y a un sens complet.

Il faut au moins deux membres pour constituer une période; il peut y en avoir trois, quatre, cinq et plus, mais les périodes à deux, à trois et à quatre membres sont les plus fréquentes. La période à quatre membres s'appelle période carrée.

Périodes à deux membres :

Celui qui met un frein à la fureur des flots — Sait aussi des méchants arrêter les complots.

( Racine. } Quoique le mérite ait ordinairement un avantage solide sur la fortune, — cependant nous donnons toujours la préférence à celle-ci.

( M\SSILLON. )

Quelle que soit l'indifférence de notre siècle pour les talents qui l'honorent , — il rend du moins justice à ceux qui ne sont plus.

Périodes à trois membres :

Si l'équité régnait dans le cœur des hommes , — si la vérité et la vertu leur étaient plus chers que les plaisirs, la fortune et les honneurs , — rien ne pourrait altérer leur bonheur.

( Massillon. )

Pendant que les sanglots éclataient de toutes parts , — comme si un autre que lui en eût été l'objet, — il continuait à donner des ordres.

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