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calmer tout un peuple mutiné. (Vide Lafontaine, liv. 8, fab. 4, Le pouvoir des fables, et Liv. 3, fab. 2, Les membres et l'estomac.)
%o Les Circonstances.
X Les circonstances sont des particularités dont les unes précèdent Paction, et s'appellent antécédentes ; les autres accompagnent Paction, et s'appellent concomitantes ; les dernières suivent Paction, et s’appellent subséquentes.
X Les rhéteurs ont renfermé les circonstances dans ce vers latin, qu’il est utile de retenir :
Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando.
Ce qui comprend la personne, la chose, le lieu, les moyens, les motifs, la manière, le temps. Ces circonstances servent à prouver qu’une chose est ou rest pas; qu’elle est possible où impossible, facile ou difficile, louable ou blamable.. «Il n’est point de sujet oratoire, surtout dans Le genre judiciaire, où elles ne se rencontrent toutes ou presque toutes, et sur lequel elles ne fournissent de quoi parler, pour peu quon Pait médité.
Supposons, par exemple, qu’il s'agisse dun homme accusé d’un meurtre. On peut le convaincre par les témoignages de haine et les me. naces de vengeance qui ont précédé ;. par le ça ractère de laccusé, homme féroce et violent ; par Ja considération de Paction en elle-mêmé
couforme à son caractère ; par les facilités qu'il a eues pour l’exécution ; par les motifs qui l’y ont porté ; par les moyens qu’il a employés ; par les circonstances du temps et du lieu qui lui ont été favorables ; enfin par les conséquences avantageuses qui en ont résulté pour lui, ou du moins qu’il en espéroit. S'il s’agissoit de détruire l’accusation, on emploieroit les mêmes vues, mais prises en sens contraire, C’est ce que Cicéron a exécuté d’une manière admirable dans son discours pro JMilone. Il tire des circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi la mort de Clodius, les preuves les plus convaincantes de innocence de son client. Cet exemple est trop long pour être cité en entier; nous n’en donnerons ici qu’une partie.
® On sait, Messieurs, qu’il étoit utile à Milon “ que Clodius vécût ; que celui-ci, pour ses des- ‘“ seins, désiroit vivement la mort de Milon. ‘ Clodius haissoit mortellement Milon ; Milon ‘ ne lui vouloit aucun mal. Clodius usoit ofdi- “ nairement de violence ; Milon ne savoit que la “ repousser. Clodius avoit menacé publique.
“ ment Milon de le faire mourir, il s’en étoit “ vanté; jamais pareille menace n’étoit sortie de “la bouche de Milon. Le jour du départ de “ Milon étoit connu de Clodius ; le retour de ‘“ Clodius étoit ignoré de Milon. Le voyage de ‘ celui-ci étoit nécessaire ; le retour de Clodius “ étoit hors de saison.
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COUR DE RHETORIQUE. ÿi
D « Voyons maintenant le point capital, le lieu “ où ils se rencontrèrent. Au quel des deux “ fut-il plus commode pour dresser des embüû- “ches? Mais y a-t-il matière de doute; et ‘ faut-il y réfléchir longtemps? L'attaque s’est “ faite devant la maison de Clodius, où un mil- “ lier d'hommes robustes travailloient à ses édi- “ fices extravagants. Sans doute que Milon “avoit pensé qu'il seroit le plus fort contre un “ennemi posté dans un lieu élevé et avanta- “eux? N’est-il pas évident qu’il y étoit plu- “ tôt attendu par celui qui, connoissant l’avan- ‘“tage du terrein, avoit résolu de l'y attaquer ? ‘ La chose parle d’elle-même, Messieurs, et elle “ a toujours beaucoup de force.
@ ‘“ Quand on ne vous raconteroit pas les choses ‘“ comme elles se sont passées, et que vous ne lès ‘“ verriez qu’en peinture, vous reconnoîtriez aisé- “ ment lequel des deux étoit en embuscade, le- “ quel ne pensoit point à commettre un assassi- ‘“ nat. Milon étoit dans un carosse, enveloppé “ dans son manteau, sa femme à côté de lui.
“ On ne sait ce qu’il y à ici de plus embarras- “ gant, ou l’habillement, ou la voiture, ou la ‘compagnie. Quoi de moins propre pour une ‘attaque que d’être enveloppé d’un manteau, “ serré dans une voiture, et comme enchainé ‘< entre les bras d’une épouse ? Voyez d’un autre ‘ côté Clodius ; comme il sort brusquement de ‘sa maison sur le soir. Pourquoi si tard, et
‘ dans un temps si peu convenable? Il passe “par la maison de Pompée. Etoit-ce pour le ‘voir? Ilsavoit qu’il étoit assez loin de là. “ Etoit-ce pour voir le lieu? Il y étoit allé mille ‘ fois. Quelles raisons avoit-il donc pour sar-
‘ rêter Jà, et s’y amuser? C’est qu’il ne vouluit/
‘ pas s'éloigner, pendant que Milon approchoit. Comparez maintenant la marche de ce bri- ‘gand que rien ne gêne, que rien n’embarasse, ‘avec celle de Mïlon. Auparavant Clodius ‘ étoit toujours avec sa femme; il ne Pavoit ‘ point alors. Il alloit toujours en earosse ; ce “ jour-lù il étoit à cheval. Quelque part qu’il ‘ portàt ses pas, il menoit avec lui de petits ‘# Grecs pour le divertir ; il n’avoit rien pour lors de cet attirail. Milon avoit avec lui, contre ‘ san usage, les musiciens de sa femme, et une ‘ troupe de servantes. Clodius au contraire, qui “ avoit toujours à sa suite des Jeunes gens et des ‘ femmes de mauvaise vie, n’étoit point accom- ‘ pagné de ce honteux cortège, et n’avoit à sa ‘“ suite qu’une troupe d'hommes que Pon auroit
“ dits avoir été choisis exprès pour une attaque.
‘ Comment donc a-1-il été vaincu ? C’est qu’il ‘ arrive quelquefois que le voyageur prive de Ja ‘ vie le voleur qui veut la lui ôter. Cest que ‘ Clodius, tout préparé qu'il étoit contre des ‘* personnes qui ne l’étoient pas, n’étoit eepen- ‘“ dant qu'une femme qui s’attaquoit à des ‘ hommes.”
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