‹ Cours abrégé de rhéthorique, à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 12 sur 62 · PARAGRAPHE SECOND · texte numérisé non relu

PARAGRAPHE SECOND

Des Lieux Communs Extrinsèques.

X{ Les lieux communs extrinsèques et les raisonnements que l’on en tire sont ceux qui ne naissent pas du fond du sujet que l’on traite, mais qu’on emprunte d’ailleurs. On peut les comprendre sous le nom général d’autorités.

KLes autorités sont divines ou humaines.

\Les autorités divines sont contenues dans PÉcriture Sainte qui est la parole de Dieu. On doit y joindre les décisions de l’Église, les décrets des souverains Pontifes, et les textes des Pères. Ces sources sacrées appartiennent spécialement aux matières de religion, et l’étude en est surtout nécessaire aux prédicateurs. Mais, en nulle matière, il n’est permis de s’en écarter; d’où il suit que tout orateur a besoin d’en être assez instruit, au moins pour ne rien dire qui s’y oppose, et pour reconnoitre et détruire tout ce qui les combattroit dans les discours des adversaires.

X° Les autorités humaines sont celles qui émanent des dits et des faits humains, telles que les maximes reçues dans la société, les paroles mémorables des sages et des grands hommes, les textes des auteurs, les exemples….Les citations sont souvent d’un grand poids; mais il ne faut s’en servir qu'à propos et pour lutilité réelle du sujet que lon traite, |

# Les exemples surtout ont une très-grande vertu pour persuader. Ils ont même ce double avantage sur les raisonnements, qu’ils entrent plus aisément dans les esprits et sont moins suspects aux auditeurs. Un raisonnement ne se saisit pas toujours dans le moment qu’il est présenté ; au lieu que l'exemple est aussitôt compris que proposé. On ne s’en défie pas non plus, parce qu’on ne peut pas soupçonner qu'il ait été inventé à plaisir pour le besoin du sujet.

@En tout genre de cause, les exemples sont d'un grand usage. Dans le genre délibératif, ils sont, pour ainsi dire, dans leur centre. Les heureux succès ou les suites funestes, qui ont eu lieu dans des cas semblables à celui dont on délibère, sont de puissants motifs pour influer sur la détermination. Auguste, délibérant avec Cinna et Maxime sil doit quitter ou retenir l’empire, se propose les exemples contraires de Sylla etde César. Ainsi le fait parler Corneille :

Sylla m'a précédé dans ce pouvoir suprême ;

Le grand César mon père en a joui de même.

D'un œil si différent tous deux l'ont regardé,

Que lun s’en est demis, et l’autre l’a gardé.

Mais l’un, cruel, barbare, est mort aimé, tranquille, Comme un bon citoyen dans le sein de sa ville: L’autre tout débonnaire, au milieu du Sénat

À vu trancher ses jours par un assassinat.

Ces exemples récents suffiroient pour m’instruire, Si par l’exemple seul on devoit se conduire.

WDans le genre démonstratif, les exemples sem-

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