DES MŒURS
Pour bien comprendre ce que l’on entend par mœurs en Rhétorique, il faut distinguer les mœurs réelles des mœurs oratoires. Qu’un homme mène une vie conforme à la saine morale, il aura des mœurs réelles. Mais qu’un homme paroisse vertueux, quand il parle ; il aura ce qu’on appelle mœurs oratoires. Par mœurs oratoires il ne faut donc pas entendre ce que l’orateur est en luimême, mais l’idée qu’il donne de lui-même par son discours. Ainsi les mœurs oratoires peuvent
se définir: Le soin que lorateur prend de gagner
l'estime et la confiance de ses auditeurs, en donnant une opinion avantageuse de son mérite personnel. Par où Pon voit que la Rhétorique n’enseigne pas la pratique,.mais seulement limitation ou l'expression des mœurs.
Il ne faudroit pas conclure de là qu’il suffit à l’orateur de paroitre vertueux, et qu’il peut, sans nuire au succès de son éloquence, se dispenser de l’être. L’imitation qu’il voudroit faire de vertus qui lui seroient étrangères, ne seroit qu’une fiction, qu’un vrai mensonge, qu’une pure hypocrisie ; il se trahiroit toujours par quelqu’endroit.
Comment en eflet bien exprimer ce qu’on ne sent pas, ce qu’on n’éprouve pas, ce dont on n’a que des idées imparfaites. En imitant les mœurs, l’orateur doit trouver son modèle en luimême, et joindre les mœurs réell:: aux mœurs oratoires, c’est-à-dire, être vertueux pour pouvoir le paroitre. L’expérience nous apprend que c’est la le fondement de lestime qu’on fait de lui et de la persuasion qu’il opère. Aussi les anciens définissoient-ils lorateur, un homme de bien qui possède le talent de la parole ; vir bonus dicendi peritus ; et Quintilien dit qu'il est plus avantageux à lorateur que sa vertu éclate que sa doctrine.
Quatre qualités ou vertus principales sont nécessaires à tout orateur : la probité, la modestie, la bienveillance, et la prudence.
1°: La probité. Elle consiste dans une certaine droiture d'esprit et de cœur, qui fait que nous ne voulons jamais tromper personne. Il importe beaucoup au succès d’un discours, qu’on regarde celui qui en est l’auteur comme un homme vrai et sincère, plein d’honnenr et de bonne foi, ennemi capital du mensonge, incapable d’user de fraude et d’artifice. Un orateur de ce caractère persuade plus aisément qu’un autre ; sans y penser, il se peint dans ses discours, il inspire la confiance qui fait la moitié de la persuasion, il s’insinue dans les cœurs, il gagne jus-
" N El +4 K a pa s D* EL E:
à Ni # :2 a M fe) fi Ÿ Lu
Û Éd :
Sp ;
ce
SR RC
Hp os PEROU
Se A
qu'aux plus rébelles ; tout plie sous son ascendant victorieux.
20. La modestie. 1 est plus aisé de la sentir que de la définir. On dit que l’orateur est modeste, lorsqu’en parlant il paroit s’oublier luimême, pour ne s’occuper que de son sujet. La modestie plait à tout le monde, tandis que la présomption et l’orgueil révoltent tous les esprits. Un orateur, dit Quintilien, a mauvaise grâce de tirer vanité de son éloquence : rien ne donne tant de dégoût à ceux qui l’entendent, et souvent tant l’aversion. il s’en fait trop accroire, il blesse notre amour propre; nous croyons qu’il nous rabaisse et nous méprise ; et la fierté qui nous est naturelle s’oppose à ces airs d’affectation et de hauteur. L’orateur sera donc simple, sans faste, sans prétention ; il ne parlera de lui-même que très-rarement, qu'avec beaucoup de précautions et que lorsqu'il y sera forcé ; 1l évitera enfin de prendre ce ton de supériorité accablante qui fait sentir aux auditeurs leur ignorance, et dont ils se vengent en résistant à ce que l’orateur dit d’ailleurs de plus convaincant et de plus persuasif.
3° La bienveillance. Nous sommes naturellement portés à croire aux discours de ceux qui nous aiment. Si l’orateur a pour nous de la bienveillance, c’est-à-dire s’il paroit nous vouloir du bien et chérir nos interêts, il nous plaira, et nous serons de son avis. » Ïl faut donc qu’on te.
marque en lui un grand désir d’être utile; qu’or s’appeçoive aisément qu’il est bien disposé à l’égard de ses auditeurs, et animé pour eux du zèle le plus pur : c’est un puissant moyen de déterminer les volontés. C’est pour quoi les sorties les plus véhémentes, les invectives les plus amères doivent venir de la haine du vice, et non de la haine de la personne ; et lorsqu’on poursuit un coupable, ce ne doit pas être pour le plaisir cruel de faire un malheureux, mais pour venger ou sauver des innocents,
Il suit de là, que l’orateur doit avoir le cœur bon et aimer sincèrement les hommes. Un méchant ou un égoïste rempliroit mal ce précepte de rhétorique. Il suit encore, que Porateur doit toujours envisager ses sujets du côté le plus utile, et s’interdire d’en traiter aucun qui ne puisse qu’amuser sans aucun profit réel.
One tulit punctum qui miseuit utile dulei; Lectorem delectando pariter que monendb.
Horace, Art, Poet,
4°. La prudence. Elle relève infiniment les autres vertus de l’orateur. Dans une route diffcile et incertaine, il faut un guide non seulement homme de bien, mais encore éclairé : ear les auditeurs veulent trouver dans l’orateur une science accompagnée de sagesse, à la quelle ils puissent s’abandonner sans crainte d’être égarés. On observera donc dans le véritable oreteur un grand
nr ee CR de SR Re
En ge di ous
prier nbRE
NS AE ne Te ; Ph RER RL 2 AR SN
PR ee — aie: oies à PA PORTER (HE APR SE OM PEER
CE AMAR EEE ere De
ee
fonds de bon sens et de raison; il se montrera comme un guide sûr, incapable de tomber dans l'erreur et d’y faire tomber les autres ; il fera
concevoir une idée satisfaisante et de l’étendue
et de la solidité de ses connoiïssances. Sans paroitre trop savant, et sans l’être hors de propos, il saura néanmoins, dans la matière qu’il traite, embrasser tout ce qu’il y a d’essentiel, prévoir les difficultés, les inconvénients, éviter les écueils, et ne pas se laisser emporter par son impétuosité dans aucun excès.
Si un prédicateur prêchoit les devoirs des maitres de manière à rendre les domestiques insolents, ou au contraire ceux des domestiques de manière à autoriser la dureté des maîtres, il tomberoit dans l’exeès, et pécheroit contre la prudence.
Si, au barreau, un avocat s'attache à la rigueur des formes jusqu’à méconnoitre l'esprit des lois, ou si au contraire il fait valoir l’esprit des lois jusqu’à en détruire le texte et les dispositions, il pêche par excès et contre la prudence.
Les quatre vertus ou qualités, dont nous venons de parler, sont d'usage dans tous les discours ; et un orateur qui établira son autorité sur elles, et qui les exprimera dans le sujet qu’il traite, ne pourra manquer de se faire écouter avec attention, avec interêt, avec plaisir et avec succès. Mais elles ne sont pas les seules destinées à rendre aimable la personne de l’orateur.
Chaque circonstance particulière lui impose des devoirs particuliers, et doit lui rappeler quelque vertu dont il faut qu’il fasse comme l’âme de ses discours. C’est tantôt la bonté et la douceur, tantôt le courage et l’intrépidité ; ici l’amour et la tendresse ; là le respect et le dévouement; ailleurs le mépris de la gloire, des plaisirs et des richesses,
C’est une vérité bien honorable aux beaux arts et particulièrement à l’éloquence, qu’on ne puisse y exceller sans un grand fonds de vertu. Qu’on cite, tant qu’on voudra, des orateurs qui en ont manqué ; ils en ont au moins pris les liviées. L’horrible Catilina jouoit l’homme de bien dans ses harangues. Les discours les plus séditieux, les plus sanguinaires, les plus impies ont toujours invoqué Les noms sacrés d'humanité, de patrie, de concorde, d'union, de bonnes mœurs, de religion même. C’est que l’homme ne trouve de sauve-garde que dans la vertu pour laquelle il est né, et dont les apparences le charment, le gagnent et l’entrainent. L’orateur le plus admirable, le plus prodigieux, seroit donc celui qui auroit à la fois le plus de vertu, de génie et de talent.
CHAPITRE TROISIÈME. HAE ve et k : ’ 1408 5 À. 4; t; 5 no 2. DES PASSIONS. QU cs # AU 4) 48 ÿ x } pi f:!
d | | i Er FEES ux | Ce que c'est que les passions.…..s'il est légitime HET 4 A db à d'émouvoir les passions.……pouvoir des passions. WE U. 3 1 qui N X\ Les passions sont des mouvements impétueux * dl | . . .
li- à de l’âme qui nous emportent vers un objet ou qui en É nous en détournent. À proprement parler, il n°y li. L. a que deux espèces de passions, Pamour et la £ nt L haine, Ce qu’on appelle espérance, pitié, com- Vi a . y . | . tk 4 8 ‘à miseratlon, tendresse, respect, reconnoissance, ht A Le ‘ , 5 * : UE 2 8, k admiration, Joie, bienfaisance, n’est autre chose RE L 4 A : , . ‘ sh aa e È que Peffet de l’amour premier principe de ces dif- hi à LA F . . BA DEN lo L férentes affections. (Ce qu’on nomme crainte, AAA le LL honte, ressentiment, tristesse, colère, vengeance, HE le L mdignation, provient de la haine première source jUE 4 à de ces différentes passions. Ces divers senti. HN k; 0 | | Le le \ ments en général ne sont ni bons ni mauvais. 4
Ce sont des secours que la nature nous donne pour nous aider à agir. Selon que leur objet est légitime ou défendu, ils deviennent innocents ou criminels, utiles ou pernicieux.
{ Bi la cause de l’orateur est bonne et juste, il n’y a nul doute qu’il ne puisse appeler les pas-
PT IR PR EU SP D RTE Le Co ER Reese
Lee dote le NE
+: M + get MD Lo
me
sions à son secours. Si au contra: i: ies excito pour de mauvaises fins, il abuse d’un art qui est bon en lui-même : l’abus retombera sur sa personne ; mais l’art demeurera exempt de tout reproche. C’est en vain que quelques métaphysiciens trop austères se sont élevés contre l'usage des passions en éloquence, en voulant qu’on s'adresse purement à la raison. La saine morale permet cet usage ; car puisqu'il est de la nature de Phomme d’avoir des passions, il doit être permis à celui qui veut le conduire à une fin honnête de s’en servir pour amener au but qu’il se propose. La rliétorique exige cet usage : elle est Part de parler non seulement à Pesprit pour Finstruire, mais encore au cœur pour le toucher ; et elle ne peut obtenir cette fin, sans exciter et remuer les passions.
@ [est vrai que les passions sont un instrument dangereux, quand il n’est pas manié par la raison ; mais il est plus efficace que la raison même, quand il Paccompagne et qu’il la sert.
C’est par les passions que l’éloquence triomphe, qu’elle règne sur les cœurs. Quiconque sait les exciter à propos maitrise à son gré les esprits Il les fait passer de la tristesse à la jaie, de la pitié à La colère. Aussi véhément que l'orage, aussi pénétrant que la foudre, aussi rapide que les torrénts, il emporte, il renverse tout par les flots de sa vive éloquence. C’est ainsi qu’en ont
parlé tous les maitres; et c’est par là que Dé-
ED ue
mosthène a régné dans lAréopage, Cicéron dans les rostres, Bourdaloue, Massillon et Bossuet dans les temples.
X Quoique lorateur puisse et doive exciter les
passions, cependant il ne peut pas les remuer toutes indifféremment.
< D'abord, il ne doit pas, comme nous lavons déjà insinué, exciter celles qui sont essentiellement mauvaises, comme l’envie qui n’est capable que de nuire.
x Ensuite, il est des passions véhémentes qu’il faut exciter avec un certain ménagement, parce qu’elles peuvent aller trop loin, comme lindignation et la colère.
* Il en est de douces, qui sont plus souvent trop foibles que trop fortes. Ce sont presque toutes celles qui ont pour objet le bien des autres, telles que la reconnoissance, la bienfaisance, la commisération, qu’il faut en général exciter fortement, parce que rarement elles vont trop loin.
* Il en est d’autres qui ont plus besoin d’être éclairées et dirigées, que d’être excitécs ; telle est la passion de la gloire qui peut, si elle est bien conduite, opérer de grandes choses, comme elle peut en opérer de monstrueuses, si elle est mal dirigée.
& Enfin il est permis à lorateur d’inspirer la haine qu’il lui est permis d’avoir lui-même. Ce n’est jamais la haine de l’homme considéré comme tel, mais celle de l’homme considéré
{1 LR
comme méchant ou comme ennemi. Par exemple, si un accusateur public est convaincu que l'accusé est coupable, et surtout s’il le connoit pour un scélérat consommé, il peut inspirer aux juges la volonté de le faire périr. Si un avocat plaide pour un innocent gontre un calomniateur, il faut bien qu’il détourne et fasse tomber sur la tête du coupable la haine qui plane sur celle de Pinnocent. Dans ces cas, la haine excitée par la vue de l’indignité s'appelle indignation, et ce sentiment est aussi juste que celui de la vertu. Il est même des occasions où il faut allumer la haime contre les hommes en qualité G'ennemis. Un général qui harangue ses soldats en leur disant: camarades, voilà l’ennemi, voilà ces traîtres, voilà ces perfides….allume en eux un sentiment de haine non personnelle, mais meurtrière, qui néanmoins ma rien d’injuste, quand la guerre ne l’est pas. C’est alors une malheureuse nécessité de tuer, et on ne le fait pas ordinairement de sang froid.
Une preuve bien frappante du pouvoir des passions est le succès du plaidoyer pour Ligarius. Ligarius avoit pris le parti de Pompée contre César. Celui-ci regardoit Ligarius comme son ennemi personnel et irréconciliable ; il avoit juré sa perte. Cicéron néanmoins entreprit d’obtenir sa grâce. César étoit en même temps le juge et l’offensé ; il tenoit déjà dans ses mains la sentence de proscription, et ne vouloit pas
phrase ladite PR CERN PIRE RU ee de ra à 2090
COURS DE RHKTORIQUE 51
même entendre l’orateur. Cependant il y consentit en disant: écoutons Cicéron; mon parti est pris ; 1l n’en sera ni plus ni moins. Cicéron parla : il ne justifia point le coupable ; mais il sut si bien profiter du penchant que César avoit à la clémence, que le Pictateur attendri laissa tomber le papier qu’il avoit entre les mains, et s’écria: tu as vaincu, Cicéron; César ne peut te résister. Dompter et renverser par la force du discours une âme telle que celle de César est sans doute une preuve bien forte que rien n est impossible à léloquence animée par le senument.
Pour réussir à émouvoir les passions, Porateur doit observer certaines choses et du côté de sa
propre personne, et par rapport aux auditeurs, et par rapport au sujet qu’il traite.
ARTICLE PREMIER
De ce qui est requis dans la personne de Porateur
pour exciter les passions.
Un mot unique comprend tous les devoirs de l’orateur qui veut exciter les passions: pour toucher ceux qui lécoutent, il faut qu’il soit touché lui même :
FT CR Si vis me flere, dolendum est Priniüm 1pst tib.....Horace, Art. Poët,
Pour me tirer des pleurs, 1l faut que vous pleuriez...... Boileau.
Tous les grands maitres se sont réunis, comme de concert, pour donner ce précepte. à “ Mais “est-il au pouvoir de Phomme, s’objecte Cicé- “ ron, de se donner, quand il veut, les sentiments “ de la pitié, de la colère, de lindignation, et “ des autres passions! Oui sens doute répond- “1, la chose est possible à l’orateur, et même “ sans qu’il lui faille employer ni feinte ni trom- ‘perle. La nature y a pourvu. Les sujets “ mêmes qu’il traite, les idées et les tours qu'il ‘“ met en œuvre peuvent beaucoup, et agissent “ sur lui avant que de communiquer leur action “à ceux qui lécoutent. Il en est lui-même ‘ plus fortement ému qu'aucun de ceux qu'il “ prétend émouvoir.”
__ Pour éprouver cette émotion, il faut 1°: que Porateur se serve du secours de limagination,
c’est-à-dire de cette faculté de l’âme par laquelle
nous nous peignons promptement dans Pesprit r les objets vers les quels se porte la pensée, avec | toutes leurs circonstances intéressantes. @ “ C’est RE “ par elle, dit Quintilien, que les objets même NE “ absents, même chimériques, deviennent aussi MALE ‘ présents à notre esprit que si nous les avions Lt “ sous les yeux : nous croyons les voir, les tou- nn “cher. Par exemple, j'ai à faire la peinture jet “ d’un crime affreux, d’un horrible assassinat. k ‘ Ne puis-je pas me mettre sous les yeux le lieu, le ji 4 ‘ moment, toutes les circonstances de l’action ? jt 7 | ‘ Je vois lassassin sortir subitement de Pendroit ‘ où 1l s’étoit caché : je vois le malheureux qui ‘ est attaqué trembler d’effroi, crier au secours, | £ “ demander grâce, ou tächer de prendre la fuite. | “ Je vois lun qui porte le coup, l’autre qui tombe " ‘ par terre. Le sang qui coule, la pâleur répanx É “ due sur le visage, les gémissements, enfin le " “ dernier soupir du mourant se peignent à mon “esprit.” Qui saura se représenter les choses à Pirnagination avec cette force ne demandera pas ri 1 4 comment il peut s’émouvoir au gré des circon- Hu t } stances.
a | “| Al faut 2° que lorateur ait de la sensibiliié. i C’est une disposition naturelle du cœur à rece- 1 voir aisément les impressions diverses de la joie, il | de la tristesse, de la pitié..s..Celui qui possède :) cette précieuse qualité ne manque jamais d’élo- l quence : Jl exprime tout ce qu’il sent avec viva- k
La
cité et avec énergie: soit qu’il parle pour luimême, ou pour les autres, il est également tou- LA chant ; de son cœur partent ces élans pathétiques et sublimes qui ravissent les auditeurs, et qui les mettent comme hors d'eux-mêmes. Car le cœur, dit Quintilien est le siège, le foyer de léloquence ; pectus est quod diserlos facit ; et c’est de lui que viennent les grandes comme les touchantes pensées. Nous en avons la preuve dans des personnes qui, dans la douleur d’une perte récente, disent les plus belles choses du monde, uniquement par la force du sentiment; et aux quelles, sans le secours de lPétude et la culture de Pesprit, la colère suffit et vaut un Apollon.
Mais malheur à celui qui manque de sensibilité! II doit renoncer à la première et à la principale gloire de Porateur; 1: pourra instruire, mais il ne parviendra pas à toucher ; il pourra feindre la douleur, et .:sttre sur son visage le masque de la tristesse, mais on ne verra point couler de ses yeux ces larmes réelles et sincères qui sont presque toujours victorieuses : il pourra même se croire éloquent ; mais 1l ne sera jamais qu’un sec et froid déclamateur.
K Mais comme limagination et la sengibilité pourroient être souvent des guides infidèles, l’orateur doit y joindre, pour les régler, une 3e qualité qui est Le discernement. |
* Le discernement est cette qualité de Pesprit qui fait envisager les objets sous leur ‘véritable point
de vue, et qui avertit de ce qui convient et de ce qui ne convient pass C’est à cette faculté qu’il appartient de connoître la nature et le caractère des passions, de savoir le langage qui leur est propre, de distinguer les ressorts qui peuvent les mettre en jeu, et de ne méconnoitre aucune des bienséances relatives aux temps, aux lieux et aux personnes. Les passions ne se ressemblent point entre elles ; elles font toutes sur l’âme une impression diverse, et se manifestent au Gehors d’une manière différente. L’orateur doit done discerner le caractère et le langage de chacune d'elles, pour les exprimer convenablement dans son discours ; ce qui ne peut être que le fruit de la réflexion et d’une longue étude du cœur humain.