‹ Cours abrégé de rhéthorique, à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 21 sur 62 · COURS DFE RHETORIQUE. ARTICLE SECOND · texte numérisé non relu

COURS DFE RHETORIQUE. ARTICLE SECOND

De ce que Porateur doit considérer dans les personnes

qu’il veut toucher, ou des BIENSÉANCES.

L'orateur, qui veut émouvoir les passions de ses auditeurs, doit pour cela bien connoître les hommes, et étudier les dispositions particulières des personnes aux quelles il adresse la parole, pour régler sur ciles le ton de son discours : C’est ce qu'on appelle les bienséances. Cicéron définit les bienséances : l’art de placer à propos tout ce que l’on fait et tout ce que l’on dit. (Of. lib. 1,6. 40.) Quirülien observe que la qualité la plus nécessaire non seulement pour Part de parler, mais encore pour toute la conduite de la vie, est ce goût, ce discernement des bienséances, qui apprend, en chaque matière et en chaque occasion, ce qu'il faut faire et comment il faut le faire. (Lib. 6, c. 5.)

” Le véritable orateur, l’orateur homme de bien observera donc très-attentivement les circonstances dans es quelles il est placé, et verra ce qu’exigent de lui, s X1° Les bienséances relatives aux âges :)on sent bien qu'on ne doit pas parler à un homme mûr comme à un enfant, et que les motifs qui remuent un jeune homme ne sont pas les mêmes qui agissent sur l'esprit d’un vieillard.

+ 2° Les bienséances relatives aux talents, aux

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mœurs, et aux caractères } Les gens d'esprit A: sont plus difficiles à émouvoir que les simples, et | 4 ceux qui ont lesprit cultivé plus que les 1gno- QE rants. Il faut d’autres motifs pour toucher un BUT méchant homme que pour faire impression sur À 1 un homme vertueux ; et les caractères posés et tranquilles demandent, pour être ébranlés, d’autres ressorts et une autre manœuvre que les ca- i 13 . ractères vifs et ardents. HE : 8° Les bienséances relatives aux conditions, ri aux fortunes, aux professions: La dignité de mul Roi et de Prince demande un profond respect ; les grands er les riches doivent être traités avec un certain ménagement ; les pauvres et les foi- Li bles avec affection et bonté: L'ordre médiocre |! Jin 4 des citoyens est touché des biens de la paix et du di bon ordre : La noblesse et les gens de guerre sont surtout sensibles à lPhonneur, et c’est le LR plus puissant ressori pour les échauffer. Quelle it Xi exhortation plus capable d’'enflammer le courage

que ce peu de mots de Henri IV à la bataille divri: Mes compagnons, si vous courez au- 1H “jou d’'hui ma fortune, je cours aussi la vôtre. dot # Je veux vaincre ou mourir avec vous. Gardez “bien vos range, je vous prie; si la chaleur du

‘ralliement ; c'est le gain de la bataille..…..Et aie ‘“ si vous perdez vos enseignes, cornettes et gul- ‘dons, ne perdez point de vue mon panache

de * blanc ; vous le trouverez toujours au chemin $ ta “ de lhonneur et de la victoire.” bi X 4: Les bienséances relatives à la diversité des Il religions, des gouvernements et des nations Les | bI discours alors doivent prendre des formes difté- | da rentes. La gravité espagnole, la vivacité pétil- 1 ro lante des Francais, la finesse des Italiens, la É Lo fierté anglaise, la pesanteur judicieuse des peu- Î or ples du Nord, ne seroient pas sans doute remuées | vl par des motifs semblables, et semblablement ex- - hic posés. Tite-Live remarque qu’Annibal, qui avoit Le une armée composée de plusieurs nations, em- Ê s” ployait divers motifs pour les engager à bien | ch faire. {l promettoit aux troupes auxiliaires, É Je outre la paie ordinaire, de grandes récompenses à prendre sur les dépouilles des ennemis. Il ré È Le veilloit dans les Gaulois la haine qu’ils portoient . P* au nom romain. Il mettoit sous les yeux des l: . Liguriens les fertiles campagnes de Pltalie au È bi leu des montagnes stériles qu'ils habitoient. | GE {l faisoit craindre aux Maures et aux Numides ê ro la domination tyrannique de Massinissa. Pou: % di ce qui regarde les Carthaginois, il leur représen- L. 4 toit qu’il s’agissoit de défendre les murailles de ‘ leur patrie, leuts dieux pénates, les tombeaux de de leurs ancêtres, leurs pères, leurs mères, leurs ; let femmes et leurs enfants. : D

3° Enfin les bienséances relatives à la personne de l’orateur même : qu’il ne perde jamais

de vue, dit Cicéron, son âge, sa dignité, sa répuin tation. Qu'il considère bien ce qu’il est, pour

| bien dire ce qu’il faut et ne rien dire de plus. | les Il appartient à Bossuet de parler de ses cheveux | ES | blancs ; à Massillon, de son expérience ; à Bour- Fe. daloue, de ses inspirations : mais le pardonne- vie il- à roit-on à tout autre qui n’auroit pas la même au- LANES la À torité ? Ce qui fait plaisir dans la bouche d’un PL te | orateur à qui l’âge concilie tous les respects, de- D es vient indécent et déplait dans celle d’un jeune : x- | homme. Le magistrat ne s’exprime pas comme À: oit le simple citoyen; et celui dont la réputation | rie î ‘étend au loin pourra se permettre bien des Li Si | choses, défendues avec raison à celui qui a tou- du

jours vécu dans l'obscurité. QU

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| Aux bienséances se rattachent ce que Rollin, AE

ré. | et avec lui quelques autres rhéteurs appellent

rt ! précautions oraloires. Ils donnent ce nom “à de ai

es ;: “ certains ménagements que Porateur doit pren- M4

au E < dre pour ne point blesser la délicatesse de ceux fl He"

it. * devant qui ou de qui il parle ; à des tours étu- HAE

. . “ diés et artificieux dont il se sert pour dire cer-

bus 4 “ taines choses, qui autrement peroitroient dures

tie À et choquantes.” l

de l «+ C’est ainsi que Bourdaloue disoit aux grands

de de la cour qu’il ne vouloit pas trop choquer en Li

ER ; leur prêchant leurs devoirs envers le peuple : A AT “ Quand je parle aux peuples, mon ministère A |

“ m'oblige à leur apprendre le respect et l’obéis- ns

‘sance qu'ils vous doivent; mais puisque Je ‘ vous parle dans cette cour, puisque je parle à ‘des grands, je dois leur dire ce qu’ils doivent ‘ aux peuples...” & C’est ainsi que Scipion, baranguant ses soldats révoltés pour lui donner la mort, suppose peu de coupables, et accuse les circonstances plus que les hommes : * Non, s'écrie-t4l, vous n'avez pas ‘tous désiré ma mort.....Quelques furieux ont “ porté le désordre au milieu de vous ; ils sont “la cause de tout le mal ; une contagion mal- “ heurouse à gagné tous les autres.” ÿ C’est encore ainsi qu’un prédicateur moderne disott à Dieu en présence d'un potentat ombrageux, et qui ne se disimguoit pas par sa religion : “ Seigneur, faites qu’il vous craigne, puisqu’il “n'a plus que vous à craindre.” (JM. de Boulogne. Bonaparte.)

Voyez un autre exemple üré de Bossuet dans à Rhétorique de l'Abbé Girard.

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