‹ Cours abrégé de rhéthorique, à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 23 sur 62 · TN · texte numérisé non relu

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‘ Il vit ! que dis-je ? il vient au sénat, il prend ‘ part à nos délibérations, il désigne, il marque “ de l’œil ceux d’entre nous qu’il destine à la ‘ mort! Et nous, hommes courageux, nous “ croyons être quittes envers la république, si ‘ nous échappons aux fureurs de ce forcené, si “ nous évitons ses poignards ! Il y a longtemps, ‘ Catilina, qu'un crûre du Consul auroit dû t’envoyer à la mort, et faire retomber sur toi les ‘ maux que tu nous prépares.?

Il faut cependant observer que l’exorde ex abruplo, quelque soit son impétuosité et sa véhémence, demande toujours de la dignité dans ie style. La colère de Porateur doit être toujours celle d'un homme qui à de l'éducation, de Phonnêteté, et de la décence. Il faut encore observer que cette sorte d’exorde suppose, de la part de lorateur, de Pascendant sur son auditoire. Tout. le monde nc réussiroit pas, comme Massillon, à commencer ainsi un sermon sur Pimpénitence finale.

si vous n'avez pas frémi en m’entendant ‘ prononcer ces paroles, les plus terribles sans “ doute qu’on lise dans nos divines écritures : je mwen vais, vous me cherchcrez, el vous mourrez “ dans votre péché, je ne vois plus de vérité dans “Ja religion capable de vous toucher.” + Suivant les difiérents genres, l’exorde peut se tirer de bien des sources : de la personne même

de lorateur ; ce qui est très-rare, et ce qui de- K

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mande beaucoup de modestie—De la personne des juges; et alors il doit être respectueux et honorable-—De celle du elient; et on doit le présenter sous un aspect intéressant—De celle de l’adversaite ; et l’on peut y prendre de quoi rendre sa cause odieuse, par exemple, si c’est un chicaneur de profession—Du fond du sujet ; et c’est la manière la plus philosophique de com-

mencer—Des maximes reçues, des affaires, du

temps, du lieu, des circonstances comme celui de Bridaine, d’un trait d’histoire comme celui de Fléchier dans l’oraison funèbre de ‘Turenne, etc...

« Le Père Desmares de l’oratoire trouva un jour une occasion de faire un second exorde au milieu de son sermon, Le Prince de Condé entra. L'orateur se tut jusqu’à ce que le prince fut placé, et ensuite il lui dit: “ Monseigneur, “ explique cet endroit de l'Evangile où il est “ dit que Jésus-Christ guérit une main sèche. “ IL m’est glorieux que votre Altesse vienne aug- “ menter le nombre de mes auditeurs: je prie le “ Seigneur de conserver ce bras qui est la ter- “ reur de l’Europe et le bonheur de la France. ‘ Mais en même temps que votre altesse se souvienne que, si elle ne rapporte pas tous ses ex- “ ploits à Dieu comme à sa fin dernière, Dieu ‘ permettra que ce bras sèche comme celui de “ notre Evangile.”

X Les défauts de lexorde sont d’être vulgaire,

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c'est-à-dire propre également à différents sujets, ce qui le rend fade et ennuyeux: exagèré ; hors d'œuvre; trop long ; déplacé ou à contre sens. Isocrate en a fait un qui à ce dernier défaut. À la tête de l’éloge des Athéniens, il dit que le propre de l’art de parler est d’exalter les petites choses, et de déprimer les grandes: ce qui étoit propre à faire passer l’orateur pour un charlatan, et son discours pour un jeu d’esprit qui n’avoit rien de sérieux. «

ARTICLE SECOND

De la Proposition.

$ La proposition est Pexposition simple, claire, et précise du sujet que l’on vu traiter.

: On la place ordinairement vers la fin de l’exorde ou à Ja tête de la confirmation. C’est dans cette partie du discours surtout que doit régner la clarté. Une exposition bien précise annonce la netteté des idées, amour de la vérité, et inspire de la confiance à Pauditeur qui aime qu’on lui dise où on se propose de le mener.

Il y a des propositions simples et des propositions composées. On appelle propositions simples, celles qui ne renferment qu’un seul objet à prouver. Exemple: L'incrédulité à sa source dans l’orgueil. On appelle propositions composées

celles qui renferment plusieurs objets qui demandent chacun leur preuve à part. Exemple :

L'incrédulité a sa sourc: dans Porgueil, dans la mauvaise foi, et dans l'ignorance.

Quelques rhéteurs ne distinguent pas la proposition de la division, et disent que La division est la proposition même ou son développement. D’autres trouvent entre l’une et l’autre cette différence que, dans la proposition, l’orateur dégage son sujet de ce qui lui est étranger ; au lieu que, dans la division, il prend son sujet ainsi dégagé, et en fait autant de parties qu’il Juge à propos pour les traiter successivement. Ainsi quand Massillon, dans son sermon sur la mort du pécheur et du juste, dit que, puisque la mort du juste paroit à plusieurs si désirable, et celle du pécheur si affreuse, il leur exposera l’une et Pautre, il fait sa proposition. Mais il passe à la di. vision en disant ; dans le portrait du pécheur mourant, vous verrez où aboutit le monde avec tous ses plaisirs et toute sa gloire ; dans le récit de la mort du juste, vous apprendrez où conduit la vertu avec toutes ses peines.

Ÿfl y a division tous les fois que la proposition est composée ; si la proposition est simple, il n°y a division qu'autant que cette proposition doit être prouvée d’abord par tel moyen, ensuite par tel autre.

- La division n’est donc que le partage du sujet en plusieurs points qui doivent être traités les uns

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après les autres, dans l'ordre marqué par lorateur. Ces points ne sont guères qu'au nombre de deux ou trois. Comme ils peuvent eux-mêmes se prouver de plusieurs manières, ils peuvent par conséquent aussi se diviser : de [à les subdivisions. Elles se placent dans le corps du discours au commencement de chaque point ou de chaque partie principale. La proposition avec les divisions et subdivisions forme ce qu’on appelle le plan du discours.

Les règles de la division sont 1° Qu’elle soit entière, c’est-à-dire, que les membres divers qui la composent annoncent toute l’étendue du sujet : 20 Qu'un membre ne rentre point dans lPautre et ne le rende pas inutile, en ne présentant que la même idée sous différents termes : 3° Que le premier membre soit, s’il est possible, un dégré pour monter au second, et que celui-ci enchérisse sur Pautre : 4° Enfin que la division soit naturelle et exprimée en termes clairs et précis.

+ Une division tout-à-fait heureuse est celle du

discours de Massillon sur la passion de Jésushrist ; elle’ est formée sur ce texte : consimnmatum es.

#4 La mort du sauveur renferme trois consom- “ mations-qui vont nous expliquer tout'le mys- “ tère de ce grand sacrifice : uné consommation “ dé justice du côté de son père ; uñe ‘consôm- “ mätion de malice de la part des‘ hommes ; une du en de la part dé! Jésus-

‘# Christ. Ces trois vérités partageront ce dis- ‘ cours.” |

Il y à des auteurs qui blâment l’usage des divisions, et d’autres qui les conseillent ; et ces derniers semblent plus judicieux. La division est fondée sur la nature même qui veut quon procède d’une chose à une autre. Elle contribue singulièrement à la clarté du discours ; elle soulage non seulement celui qui parle, mais encore ceux qui écoutent. Tout auditeur en effet aime qu’on lui indique la route qu’on veut lui faire tenir, et qu’on lui en marque les principaux points; et comme on ne voyageroit pas volontiors avec un guide qui feroit faire cent lieues sans nommer aucun des endroits par où il faudroit passer ; de même on n’entendroit pas volontiers un orateur avec lequel en ne sauroit ni où l’on est, ni quand on arrivera. Mais si les divisions sont utiles et même nécessaires, d’un autre côté il faut Gviter d’en trop faire. N'’en pas faire assez, c’est se renfermer dans un terrain trop étroit, et s’exposer à ne pas donner à ceux qui écoutent tous les éclaircissements que demande le sujet: en faire trop, c’est rendre le discours subtil ct minutieux; c’est l’assujétir à une marche trop uniforme qui interdit les grands mouvements dont l’éloquence se nourrit: c’est dissiper l'attention des auditeurs que tant de divisions et de aubdivisions fatiguent, parce qu’ils ne peuvent les retenir. Un orateur judicieux

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considérera donc la nature de son sujet pour savoir combien il faut de divisions et de subdivigions ; il examinera même s’il doit en faire; car il est des sujets si simples, qu’on ne les éclairciroit pas en les divisant ; comme il en est d’autres où il est utile de cacher l’ordre et l’économie, ane

Là ainsi que des occasions où un beau désordre est (pi

à quelquefois préférable à un arrangement mé- [44 thodique.

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