‹ Cours abrégé de rhéthorique, à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 24 sur 62 · ARTICLE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE TROISIÈME

De la Confirmation.

La confirmation est la parlie du discours dans la quelle l’orateur prouve ce qu’il a avancé dans la | proposition ou la division. 1

De toutes les parties du discours, la confirma- no tion est la plus importante, et celle qui demande De | le plus de solidité. Dans un auditoire, les per- :k sonnes les plus instruites redoublent d’attention jf à cette partie : elles ne se payent point d’an- it nonces et de promesses ; elles veulent que lora- Pa teur sacquitte ; et même sans instruction les: nas gens sensés voient si l’on prouve ce que l’on a avancé. Il n’y a que la populace la plus aveugle qui puisse être émue par une déclamation dénuée de preuves : encore cette émotion estelle passagère, parceque le discours n’a rien

laissé dans lesprit qui puisse la soutenir. La confirmation est l’écueil des orateurs qui n’ont que de l’imagination. {Ils peuvent se montrer assez bien, tant qu’il ne faut que s’avancer sur le champ de bataille ; mais quand on en vient aux mains, on voit que leurs coups ne portent pas, et qu’ils ne parent pas ceux qui leur sont portés, Mais cette partie est le triomphe des bons esprits, surtout aux yeux de ceux qui ont du jugement et des connoissances, Parussentils foibles en ornements et en mouvements, on sent, quand on en vient au point essentiel, une justesse et une solidité qui produit la conviction. À L’attention de lorateur, après avoir trouvé les preuves que lui fournit son sujet, est de les choisir, de les arranger, et de les bien présenter. *X D'abord il est nécessaire que lorateur fasse un choix entre les différents matériaux qui se présentent à son esprit; car souvent le sujet lui en fournit beaucoup, et dans cet amas il se trouve des choses de si petite conséquence qu’elles ne valent pas la peine d’être mises en œuvre: d’autres sont mêlées de bien et de mal, de façon que le mal qui en résulteroit surpasseroit le bien qu’on en pourroit espérer. Un orateur éclairé et judicieux sait en débarasser son sujet, et les laisser à l’écart. Il évite aussi la multiplicité qui deviendroit fatiguanté ; il n’a. pas-tant coutume de compter ses preuves que de les. peser, persnadé qu’une seule raison solide

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vaut vieux qu'un grand nombre d’autres qui ne scroient que médiocres.

X Cependant aux preuves péremptoires l’orateur peut en joindre de foibles, et cola pour deux motifs:) 19 Un moucheron est bien petit, dit un proverbe, et cependant il a son ombre: un grain est peu de chose, et cependant il a son poids dans la balance : une preuve foible fait peu, mais elle fait quelque chose : il est même de fortes preuves qui ne se composent que de preuves foibles prises séparément, mais fortes par leur réunion, Quintilien nous en Gonne un exemple: “Sup- “ posons, dit-il, un homme accusé d’avoir tué “ celui dont il étoit héritier pour jouir plus vite “de sa succession: on peut aceumuler ainsi ‘ plusieurs circonstances pour justifier Paccusation: vous espériez, peut-on cire à lacuusé, ‘ vous espériez une succcssion et une ample suc- ‘ cession: vous étiez dans lPindigence, et ac- “ tuellement pressé par vos créancicis; vous aviez ‘ offensé celui dont vous deviez héritier, et vous “ gavicz qu'il se disposoit à changer son testa- “ment.” Chacune de ces considérations n’a pas un grand poids, mais toutes ensemble clles ne laissent pas d’avoir beaucoup de force, 2e: Il faut des preuves pour tout le monde : il y a des esprits tournés de toutes les façons. "Tel sera insensible à une raison excellente, qui sera ébranlé par une raison assez légère : telle raison, qui paroît foible en soi, deviendra triomphante

pour tel auditeur qu’elle prend par son endroit sensible. Il ne faut donc pas dédaigner entièrement les preuves foibles. Mais il ne faut pas uon plus les traiter comme si on en faisoit le fort de la confirmation, parce qu’on donneroit par à mauvaise idée de son jugement.

Y Pour que les preuves soient bonnes il faut : 1 Quelles soient propres au sujet, qu’elles lui appartiennent particulièrement. Ce caractère de propriété donne aux preuves toute leur vérituble force, et les rend concluantes; sans lui, elles sont vagues, indéterminées et ne signifient rien.

À 2v. Qu’elles conviennent à ceux à qui l’on parle; c’est-à-dire qu’elles soient comme proportionnées à leur intelligence, et comme assorties à leur disposition.

1 En second lieu l’orateur, ayant choisi ses moyens, doit penser à l’ordre dans lequel il les arrangera. Mais comment doit-il les disposer ? C’est une question sur la quelle les maitres de l’art ne sont pas d'accord. Les uns veulent que lorateur commence par les preuves les plus foibles et qu’il finisse par les plus fortes, en sorte quie le discours aille toujours en croissant.

* Les autres prescrivent de mettre les preuves les plus puissantes en partie au commencement, en partie à la fin, et les foibles dans le milieu.

> D’autres enfin aiment mieux que l’on disperse pour ainsi dire les preuves foibles entre les fortes,

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afin que celles-ci fortifient les autres ; ce qui arrivera surtout si l’on sait mettre chaque preuve foible à côté de celle qui est la plus propre à la faire valoir.

s Mais on peut dire qu’il n’y a point de règle qu’on doive universellement adopter pour Parrangement des preuves, et qu’il dépend de la nature et du besoin de la cause et des matières que l’on traite. En général néanmoins, il est à souhaiter que le discours aille toujours en croissant, selon ce principe, semper augealur et crescat oralio ; de sorte qu’il commence par quelque chose d’assez fort, et que de là jusqu’à la fin il y ait une progression constante, Un discours are rangé de cette manière seroit très-pressant, et triompherait bientôt de toutes les résistances. K 8°. Les preuves étant choisies et arrangées, il faut encore beaucoup dart pour les présenter. Pour leur donner de la force, on doit les déve. lopper par le raisonnement, et de plus les amplifier pour les rendre agréables et touchantes, en les revêtant de tout ce qui est capable de plaire et d’'émouvoir. Ainsi cet art renferme deux parties, Pargumentation et lamplification. (Nous avons parlé de Pargumentation dans la le partie ; nous parlerons de l’amplification dans la 3e.) Mais en faisant usage de ces deux moyens, il y à deux défauts à éviter : le premier est de prouver les choses claires que personne ne conteste ; on n’a besoin que de les énoncer. Le se.

cond, c’est de s’arrêter trop long temps sur une preuve et de l’épuiser ; Pamplification doit avoir ses bornes : ne dire que ce qu’il faut est un grand art; c’est le fruit de l'expérience et le secret des habiles maîtres.

Il ne suffit même pas de rendre les preuves concluantes par des raisonnements justes, et des développements convenables ; il faut de plus les enchaïîner les unes aux autres. C’est à quoi sont destinées ce qu’on appelle les transitions. On entend par ce mot les expressions, les tours ou les pensées dont l’orateur se sert pour passer d’un objet à un autre. Elles sont d’une grande importance dans lè discours oratoire. Sans elles 1l est décousu ct composé de pièces et de morceaux qui se rapprochent et ne s’unissent pas, qui se succèdent et ne se suivent pas, qui ne font jamais un tout, et qi ressemblent, dit Quintilien, à ces corps de fizure ronde qui ne peuvent jamais s’emboîter parfaitement et cadrer juste les uns avec les autres. (Lib. 8, c. 5.) | Ÿ" Quelquefois cependant un habile orateur sait se passer de {ransitions ; ce qui arrive quand les preuves semblent naître les unes des autres, et se suivre naturellement delles-mêmes. Le discours alors ressemble à ces ouvrages de Part, fondus d’un seul jet, où l'œil cherche en vain le point de réunion des parties qui le composent. C’est œuvre d’un génie supérieur.

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