ARTICLE SIXIEME
De la Réfutation.
: La réfutation est la partie du discours où Porarateur détruit les raisons que son adversaire allégue ou peut ailéguer à l’uppui de ses prétentions. Dans les plaidoyers, on la considère comme une partie du discours distincte de la confirmation; et il faut en dire autant de la plupart des autres discours dans les quels on emploie. Elle se place ordinairement après la confirmation ; mais 1l faut la placer avant, si l’on s'aperçoit que les raisons de adversaire ont fait une impression forte qu’il importe, avant tout, de détruire pour dissiper les préventions des auditeurs, et les préparer à accueillir plus favorablement les preuves. Quel-. quefois la réfutation et la confirmation marchent de front; et à mesure qu’on fait valoir ses rai-
sons, on renverse celles de ses adversaires. L’or-
dre en cela dépend des matières que lon traite,
et des circonstances dans les quelles on parle :
Vorateur qui a du goût ne se trompe Jamais à cet égard.
La réfutation est très-difficile ; et c’est dans cette partie du discours que se fait le mieux sentir le besoin qu’a Porateur de savoir bien raisonner ou d’être bon logicien. C’est pourquoi Pavocat doit joindre ici l'adresse à la sagacité, et unir
da finesse du coup d’œil à l’habitude du raisonne-
ment. Pour bien réfuter son adversaire, il faut qu’il divise les preuves qu’il a données pour les affoiblir en particulier ; qu’il observe adroitement une contradiction ; qu’il ne s’amuse point à ce qu’il a dit d’inutile, et ne se laisse point entraîner hors du sujet par ses écarts ; qu’il profite de ses aveux qui lui sont favorables, et tire d’un principe reconnu par lui une conséquence qui le confonde ; qu’il relève ses défauts dans le raisonnement ; s’il a donné pour clair ce qui est douteux ; pour avoué ce qu’on lui conteste, pour propre à la cause ce qui n’est que propos vagues et lieux communs ; qu’il remarque ce que l’animosité, la passion ou la mauvaise foi lui ont fait avancer. En un mot l’adresse de l’orateur, en réfutant, est de tourner les objections de manière qu’elles pa- . toissent ou frivoles ou absurdes, ou se contredire, ou s'éloigner de l’état de la question.
Y Il faut néanmoins observer ici que la réfutation, quelque véhémente qu’elle soit, doit toujours être équitable ; ce qui renferme deux points, la justice et la modération. Il faut d'abord être juste, ne point faire à l'adversaire de mauvaises difficultés, ne lui point contester ce qu’il a bien établi, parce qu’il est nécessaire pour soi-même d’avoir de la bonne foi, et pour l’interêt de sa cause de montrer que l’on en a. Mais on doit joindre à cela des principes, des procédés, un air de modération ; être humain, accommodant ; ne pas user de ses moyens jusqu’à l’abus, et ne
pas pousser le droit jusqu’à l'injustice. On gagne plus qu’on ne perd à cette conduite.
Es + Il est aussi des occasions où, après avoir ré- FAR pondu aux objections les plus fortes par des rai. eh sons solides, on peut recourir au ridicule pour se S combattre les plus foibles: ridiculum acri fortius à ee ac meliùs magnas plerumque secat res, dit Horace. bis L’ironie est d’un crand usage dans le barreau, et ne elle y produit souvent les plus grands effets, Es Rien n’est plus propre à déconcerter un adversi saire confiant, audacieux, emporté. Mais elle ne exige un orateur de force, qui la manie aves ue finesse et la place à propos. PÉpIRcée ou grosté, la sière, elle déplait toujours ; c’est alors un trait ce qui revient contre celui qui Pa lancé. Il se das perce de ses propres armes, et sert lui-même de spa- risée aux spectateurs.
ie: Ce n'est pas au barreau seulement que lon peut avoir des réfutations à faire. Dans les audis tres genres de discours, dans le sermon par exemple, on a souvent à combattre des ennemis rets doutables, c’est-à-dire des préjugés, des erreurs is et des passions. L’orateur doit entendre leurs
s: Ë réclamations, leurs plaintes et leurs objections, pd | les aborder franchement et les détruire, en en
un faisant voir La foiblesse et le ridicule. La on marche du prédicateur ne peut pas être exactefdéit ‘ ment la même que celle de l'avocat. Celui-ci Dale expose de suite dans son plaidoyer les objections
de son adversaire, qu’il réduit en autant de proant ; 4 m ?
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positions, pour les prendre ensuite chacune en particulier, afin de les renverser et de les anéantir. Mais cette méthode entrainant une discussion et une sécheresse qui ne conviennent point à l’éloquence de la chaire, le prédicateur est obligé de se mettre à la place de Pauditeur, et de faire les objections que le sujet amène, et aux quelles il répond à mesure qu’il se les propose. C’est ce qu'a fait Bourdalouce dans Pexemple suivant : |
v ‘ Les temps sont mauvais, chacun souffre ; et “n’est-il pas alors de la prudence de penser à ‘ avenir, et de garder son revenu? C’est ce ‘ que la prudence vous dit, mais une prudence ‘ réprouvée, une prudence charnelle et ennemie ‘ de Dieu. Tout le monde souffre et est incom- ‘ modé, j'en conviens ; car Jamais le faste, jamais le luxe fut-il plus grand qu’il est aujourd’hui? Et qui sait si ce n’est point pour S cela que Dieu nous châtie? Dieu, dis-je, qui, “ selon écriture, a en horreur le pauvre superbe, % Mais encore une fois, je le veux, les temps sont “ mauvais; et que conciuez-vous de là? Si ‘ tout le monde souffre, les pauvres ne souffrent “ils pas? Et si les souffrances des pauvres se “ trouvent chez les riches, à quoi doivent être “ réduits les pauvres mêmes? Or à qui est-ce 4 à assister ceux qui souffrent plus, si ce n'est “pas à ceux qui souffrent moins? Est-ce #“ donc bien raisonner de dire que vous-avez
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