TROISIEME PARTIE DE LA
RHÉTORIQUE
De P Élocution.
YL’élocution est la partie de la Rhétorique qui apprend à exprimer les pensées par la parole. L’élocution est à l’éloquence ce que le coloris est à la peinture. Pour faire un beau tableau, il ne suffit pas que le dessin soit bien imaginé, et que les proportions soient exactement observées ; il faut encore que le coloris vienne animer tout ouvrage, et achever de donner aux objets ce vif éclat, ce vrai, et cette parfaite imitation de la nature qui charme les spectateurs et enlève les applaudissements. De même Porateur a beau former un plan juste et exact, trouver les véritables raisons qui doivent y entrer, et les placer dans leur point de vue; s’il ne sait pas les peindre, les orner, les relever par de vives couleurs, et les animer par la force et les grâces de lexpression, son discours sera comme un corps sans vie et
sans sentiments. C’est ce qui a fait dire à Cicéron que, de savoir inventer les choses et les arranger, c’est le fait d’un homme sensé ; mais que, de savoir les exprimer, c’est le propre de l’orateur, * L’élocution a tant d’éclat et tant de charmes, que c’est elle qui a donné son nom à l'art de persuader, et l’a fait appeler éloquence. NX. Pour bien s’énoncer, il faut choisir les mots, les arranger, leur donner un tour qui plaise, et qui convienne au sujet : ce qui donne à Pélocution quatre propriétés qu’on peut appeler : élé. gance, harmonie, ornement, convena'ce.