‹ Cours abrégé de rhéthorique, à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 32 sur 62 · A RAS · texte numérisé non relu

A RAS

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poser quelqu'un, pour s'opposer à quelqu'un ; je croyois de bien faire, pour je croyois bien faire ; voilà des barbarismes de phrases.

V'On fait un solécisme, quand on manque à une des règles de la grammaire. Il y a deux solécismes dans cette phrase : Cel homme a beaucoup du mérite, mais point de la fortune. I] faut dire: Cet homme a beaucoup de mérite, mais point de fortune.

x 2 La propriété des termes consiste à rendre une pensée par lexpression qui lui est propre. Les mots sont les portraits des choses ; et il n’est point ou presque point d'idée qui mait dans chaque langue un terme qui lexprime plus clairement que tout autre; c’est ce terme qu’il faut chercher. g Il faut donc se défier des mots qui, au premier coup d’æil, paroissent synonimes, et qui ne le sont pas réellement. Un mot peut avoir un sens général et primitif qui lui est commun avec d’autres mois ; mais !l a aussi presque toujours des nuances particulières, ou des idées accessoires qui m’appartiennent qu’à lui. Par exemple, ces quatre adjectifs, indolent, nonchulant, paresseux, négligent, expriment un défaut contraire au travail; voilà lidée-commune à tous ; et voici les idées accessoires ou les nuances qui les distinguent: on est indolent par défaut de sensibilité, nonchalant par défaut d’ardeur, paresseux par défaut d'action, négligent par défaut de soin. On voit bien que ces quatre mots ne peus

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vent s’employer sans choix et indifféremment É dans toutes les circonstances ; et il en est de même d’une infinité d’autres. Ceux qui ne sa-

vent pas en faire la différence n’écrivent jamais :. bien, et ce sont ordinairement les esprits médio- L. cres, dit La Bruyère. De là vient qu’il y a si

peu d'écrivains supérieurs. ‘ e Il ne faut pas confondre néanmoins la pureté ! du langage avec le purisme. {On donne le nom de purisme à l'exactitude, ou, s’il est permis de parler ainsi, à cette superstition grammaticale 1 qui sacrifie les plus grands effets, les beautés les plus frappantes aux règles de la grammaire, au lieu de faire céder quelquefois la grammaire à Pesprit qui doit animer l’écrivain. Ce vice rend À un écrivain timide, vétilleux ; il lui fait lécher à ses compositions, amaigrir et affadir ses ouvrages. % Que l’on examine en puriste ce vers de Racine : Je Paimois inconstant, qu’eussé-je fuit fidèle? On y trouvera un solécisme ; car suivant la rigidité grammaticale il faudroit : je Paimois, quoiqu'il fut inconstant ; qu'eussé-je fait, s’il eut élé fidèle? Un puriste n’auroit pas fait ce vers, ou il lauroit effacé; mais il auroit perdu un vers d’une beauté exquise.

e Le purisme bannit l’aisance et le naturel ; il exclut cette sorte d’abandon, cette aimable négligence d’où naît pourtant la grâce et l’urbanité du langage. C’est un travers quelquefois risible et souvent pédantesque, qui n'appartient guère

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