DE L’'HARMONIE
# La qualité du style la plus séduisante, dit PAbbé Girard, la plus capable de captiver les auditeurs et les lecteurs est l’harmonie ; mot enchanteur et presque magique, qui appelle à lui les idées de nombre et de cadence, de dignité et de grâce, de majesté et de douceur, et qui attache à la diction de l’orateur, qui sait en faire usage, un charme puissant et presque toujours vainqueur. “ En effet, dit Cicéron, harmonie “ produit des effets si surprenants, que je ne “ comprends pas qu’on puisse être homme, et “ n’en pas sentir le pouvoir. Pour moi, j'avoue “que j'en suis ravi: mon oreille aime un dis- “cours plein et nombreux : elle veut des “ phrases bien cadencées et parfaitement arron- “ dies : lorsqu’il y manque quelque chose, ou lors- “ qu’il ya du superflu, elle en est aussitôt choquée. Mais qu’est-il besoin de parler de moi? Com- “ bien de fois n’a-t-on pas vu les assemblées du “ peuple, transportées d’admiration à la chute
“ de périodes harmonieuses, témoigner leur sa- ‘““tisfaction par des acclamations unanimes Ÿ ‘ Tant les hommes sont naturellement sensibles “aux charmes de l’harmonie.” (Orat. 168.) Voilà sans doute un bel éloge de l’harmonie : nous allons essayer de la faire connoître.
+ L’harmonie est une qualité qui résulte du choix des mots et de leur arrangement dans la phrase. De ce choix et de cet arrangement se forme immédiatement le mombre oraloire, qui est le rithme des anciens ; et qui n’est autre chose qu’une certaine étendue de discowr's, divisée en por. tions lantôt égales el tantôt inégales, mesurées ei ca-, dencées pour le plaisir de l'oreille.
A On distingue deux sortes d'harmonie, l’harmonie mé:anique, et l’harmonie imitative, qui feront la matière de deux articles séparés,
1r saimes ? isibles