WEST MAIN STRÉET WEBSTER, N.Y
Une grenouille vit un bœuf Qui lui sembla de belle taille.
Elie qui n'étoit pas grosse en tout comme un œuf, EÉnvieuse s'étend, et s'enfle, et se travaille Pour égaier l'animal en grosseur, Disant : regardez bien, ma sœur, Est-ce assez, dites-moi ? n’y suis-je point encore ? —Nenni. —M'y voici donc ?—Point du tout. —M'y voilà ? —- Vous n’en approchez pas. La chetive pécore S’enfla si bien, qu’elle creva.
SECTION SECONDE
Des Figures de Pensées.
‘Les figures de pensées sont celles qui consistent tellement dans la pensée que, en changeant les mots, la figure reste, pourvu que le sens se conserve.
\Parmi les figures de pensées, nous distinguerons avec plusieurs rhéteurs celles qui piquent surtout l’attention, et celles qui touchent principalement le cœur. On dit principalement, parce que, pour toucher le cœur, il faut passer par l’esprit, et que, pour réveiller Pesprit, il faut qu’il y ait un interêt pour le cœur. Nous appellerons les unes figures piquantes, et les autres figures touchantes. Nous les traiterons successivement, et par ordre alphabétique.
COURS DE RHKTORIQUE PARAGRAPIIE PREMIER. Figures Piquantes.
7 19 Antéoccupation. L’antéoccupation ou prolepse est une figure qui consiste à prévenir les objections de ses adversaires ou de ses auditeurs, en se les faisant à soi-même, et en y répondant.
# C’est ainsi, par exemple, que Boileau, prévoyant le reproche qu’on: pouvoit lui adresser sur son goût pour la satyre, et sur la manière dont il traitoit Chapelain, prévient l’objection et y répond :
Il a tort, dira-t-on ; pourquoi faut il qu’il nomme ? Attaquer Chapelain! ah! c'est un ei brave homme! Balzac en fait l'éloge en cent endroits divers.
Il est vrai, s’il m'eût cru, qu’il n’eut point fait de vers: Il se tue à rimer, que n'écrit-i en prose ?
Voilà ce que l’on dit; eh! que dis-je autre chose? Eu blâmant ses écrits, ai-je d'un style affreux
Distillé sur sa vie un venin dangereux ?
Ma muse, en l'attaquant, charitable et discrète,
Sait de l’homme d'honneur distinguer le poëte.
+ 2° Antithèse. L’antithèse ou opposition est une figure par laquelle on oppose les mots aux mots, les pensées aux pensées. (Cette figure plait, si elle ne revient pas trop souvent, et surtout si elle présente de la justesse. Exemple d’Antithèse de mots, sur la naissance du Sau-
veur.
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Notre œil voit l’invisible
Fait homme sans changer ; | ns De tourments l’impassible à Pour nous vient se charger :
Le sage est dans l'enfance ;
L'immense en un berceau ;
Le tout dans l’indigence,
Et l'éternel nouveau.
Voici de belles antithèses de pensées tirées de Massillon : “ O hommes, vous ne connoissez pas “les objets que vous avez sous l’œil, et vous “ voulez voir clair dans les profondeurs éter- “ nelles de la foi: la nature est pour vous un ‘ mystère, et vous voudriez une religion qui “ n’en eut point: vous ignorez les secrets de “ Phomme, et vous voudriez connoiître les se. “ crets de Dieu : vous ne vous connoissez pas. ‘ vous-mêmes, et vous voudriez approfondir ce ‘qui est si fort au dessus de vous....…..ô égare- ‘ ment !”
3° Apostrophe. L’apostrophe est une figure par laquelle l’orateur détourne tout à coup la parole de ceux à qui il ladressoit pour la porter à d’autres. &On fait des apostrophes aux vivants, aux morts, aux présents, aux absents, aux choses animées ou inanimées. Cette figure, qui convient surtout aux passions ardentes, est d’un très-crand usage dans les langues orientales, dans la Sainte Ecriture, et notamment dans les écrits des prophètes. On la trouve souvent dans
Cicéron.
Lai
“ O épée vengeresse, dit Dieu dans Ezéchiel, “ sors de ton fourreau pour briller aux yeux des “ coupables, et leur percer la cœur!”
‘ O nation incrédule et méchante ! dit Jésus- ‘ Christ aux Juifs, jusques à quand serai-je au- ‘ près de vous! Jusques à quand aurai-je à ‘ vous souffrir ?”?
Fléchier dans l’oraison funèbre du Vicomte de Turenne s’écrie :
‘ Villes que nos ennemis s’étoient déja parta-
‘ gées, vous êtes encore dans lPenceinte de notre “empire! Provinces qu’ils avoient déja rava- ‘ gées dans le désir et la pensée, vous avez en- “ core recueilli vos moissons ! Vous durez en- “ core, places que Part et la nature ont fortifiées, ‘et qu’ils avoient dessein de démolir; vous ‘ mavez tremblé que sous des projets frivoles ‘“ d’un vainqueur en idée, qui comptoit le nom- “ bre de nos soldats, et qui ne songeoit pas à la “ sagesse de leur capitaine.” #40 Concession. La concession est une figure par la quelle l’orateur accorde à son auditeur ou à son adversaire ce qu’il pourroit lui refuser, afin de mieux insister sur ce qu’il ne veut pas lui accorder.
“Cette figure peut être fort bien employée lorsqu’on veut rappeler à la raison une personne préoccupée d’une passion violente. Choquer de front ses sentiments, faire une guerre ouverte à son erreur, seroit le moyen de l’y engager d’a-
vantage. [Il faut, dans ces occasions, accorder quelque chose pour lout gagner.
La concession mise dans la bouche du foible opprimé est tout: à fait propre à exciter l’indignation contre l’oppresseur. C’est le cas où se trouvoit Sextus Roscius à qui Chrysogonus effranchi de Sylla avoit déjà ôté les biens, et qu’il faisoit poursuivre comme coupable de parricide pour lui ôter encore la vie. Cicéron le fait ainsi parler à son adversaire. “ Vous possédez mes ‘ terres, et moi je suis réduit à implorer la com- ‘ passion d'autrui pour pouvoir vivre; j’y consens. Ma maison vous est ouverte, et l'entrée “m'en est interdite : je prends patience. Mes “esciaves en grand nombre sont employés à ‘faire vos volontés, et moi je n’en ai pas un “pour me servir, je ne m'en plains point.
Mais que voulez-vous de plus? Pourquoi ‘me poursuivez-vous encore ? Pourquoi vous ‘“ acharnez-vous contre moi ? Quel est le bri- ‘ gund si féroce, le corsaire si barbare, qui veuil- “ le ensanglanter sa proie, lorsqu'il peut Pavoir ‘ tout entière sans verser le sang ?”?
8° Correction. La correction est une figure par laquelle lorateur corrige les mots ou les pensées qu’il vient de proférer, et leur en substitue d’autres ou plus convenables ou plus fortes.
Fiéchier, après avoir vanté la noblesse du sang dont M. de ‘Turenne étoit sorti, revient sur sa pensée et la corrige ainsi: ‘“ Mais que dis-je ?
“ Il ne faut pas l’en louer ici, il faut Pen plain- “ dre. Quelque glorieuse que fut la source “ dont il sortoit, l’hérésie des derniers temps ‘ l’avoit infectée.”
X6°: Diulogisme. Le dialogisme a lieu lorsqu’on fait parler deux personnages ensemble.+ Tel est cet entretien qu’on lit dans l'essai sur le beau, discours sur le decorum :
Vous aspirez à une charge : on vous le per- ‘met ; mais à quel titre y prétendez-vous ?— ‘ J’en ai la finance tout prête—C’est un mérite ‘ pour l’acheter : en est-ce un pour la remplir ?— “ Mon père la possédée avec honneur.—Mais “ avez-vous lieu dy espérer le même succès 7— Pourquoi non? Il m'en a obtenu la survivance.—Je le veux ; mais en vous obtenant la ‘ survivance de sa charge, vous a-t-il aussi ob- “tenu la survivance de son mérite et de ses “talents !—J’y porterai du moins son nom— “ C’est un peu plus que rien. Mais quand on “ fera comparaison du nom avec la chose, que ‘ deviendrez-vous ?—J’aurai toujours dans le ‘ monde un rang honorable—Mais comment “ honorable, si vous n’avez pas la capacité re- “ quise pour le soutenir ?—En un mot, la charge ‘ me convient—Je vous entends : mais je vous ‘ demande si vous convenez à la charge !—Voilà “ ce qu’un nom ne donne pas ; et par conséquent, ‘ quelle indécence d’y aspirer sans autre mérite! % 79 Dubitation. La dubitation est une figure
par laquelle lorateur paroit incertain de ce qu’il doit dire, ou de ce qu’il doit faire.
# Germanicus, haranguant ses soldats révoltés, s’exprime ainsi dans Tacite : “Quel nom donnerai-Je à cette assemblée? Vous appellerai-je soldats ? Vous qui avez assiégé à main armée le fils de votre empereur: Citoyens? Vous qui foulez aux pieds Pautorité du sénat, qui avez violé le droit des gens, des ambassadeurs et des ennemis.
8°. Hyperbole. L’hyperbole est une figure qui exagère les choses soit en diminuant, soit en augmentant. Elle emploie des mots qui, pris à Ja lettre, vont au-delà de la vérité, et représen-
tent le moins ou le plus, pour faire entendre quelqu’excès en petit ou en grand, Ainsi c’est une espèce de synecdoque.
, La confession de l’âne dans la fable des ani-
maux malades de la peste est un trait fin d’hyperbole en diminuant :
L’âne vint à son tour, ct dit: j'ai souvenance Qu’en un pré de moines passant,
La faim, l’occasion, l'herbe tendre, ct Je pense, Quelque diabl: aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
* Virgile fait un hyperbole en augmentant, lorsqu’il dit de Pamazone Camille :
Elle étoit endurcie aux fativues de Mars ; Et légère, à la course eut devancé Borée.
qu'il
oltés, donrai-Je rmée S qui
avez :t des
re qui it en ris à ésenquelt une
s anidhy-
lors-
Passoit-elle à travers une plaine dorée?
À peine les épis se courboient sous scs pas ;
Elle sembloit voler, et ne les toucher pas:
Et sans mouiller ses pieds, sur les flots suspendue, Elle cût des vastes mers pu franchir l'étendue.
(Deloyne d’'Autroche.) (Lib. vi.)
Comme l’hyperbole est un excès, il est facile
de voir qu’elle doit avoir ses bornes: c’est au bon goût à ne les jamais franchir.
+ 9° Hypothèse. L'hypothèse ou supposition est très-familière aux grands orateurs. Elle consiste à supposer une chose possible ou impossible, de la quelle on tire des conséquences.
& Cicéron, dans son discours pour Milon, fait la eupposition suivante : “Jmaginez-vous pour un ‘“ moment, Romains, que je puisse faire absou- “dre Milon, en ressuscitant Clodius. Mais “ quoi! l’idée seule vous glace d’effroi! Quelle ‘ impression feroit-il donc sur vous, sil étoit vi- ‘“vant, puisque, tout mort qu’il est, sa vaine “ image vous épouvante.”
“10° Hypotypase. Ce mot signifie image, portrait, récit frappé, et comme mis sous les yeux. Cette figure consiste dans une description des objets si vive, si animée, qu’on s’imagine les voir. Elle raconte un fait particulier, un grand événement, peint une tempête, une bataille, un incendie....mais si vivement qu'on n’est déjà plus auditeur, mais témoin, spectateur de toutes ces choses. b Dans Athalie, Josabet raconte au
grand prêtre comment elle avoit arraché Jonas tout sanglant des mains de ses meurtriers. C’est une superbe hypotypose :
Hélas! l’état horrible où le ciel me l'offrit Revient à tout moment effrayer mon esprit.
De princes égorgés la chambre étoit remplie : Un poignard à la main l’implacable Athalie Au carnage anihnoit ses barbares soldats,
Et poursuivoit le cours de ses assussinats.
Joas, laissé pour mort, frappa soudain ma vue : Je me figure encor sa nourrice éperdue,
Qui devant les bourreaux s’étoit jetée en vain, Et, foible, le tenoit renversé sur son sein.
Je le pris tout sanglant. En baignant son visage, Mes pleurs du sentiment lui readirent l’usage ; Et soit frayeur encor, ou pour me caresser,
De ses bras innocents je me sentis presser.
On rapporte à l’hypotypose plusieurs autres figures, telles que la description, léthopée, la prosopographie, et la topographie.
La description est un discours par le quel on dépeint un objet quelconque, en détaillant les traits qui le caractérisent. Boilcau a dit en peu de vers comment il falloit décrire :
Soyez riche et pompeux dans vos descriptions : C’est là qu’il faut des vers étaler l’élégance ; N'y présentez jamais de basse circonstance.
. Il n’est rien dans la nature qui ne puisse fournir matière à une description, soit parmi les êtres inanimés, soit parmi les animés.;" Quand on dé-
> Jonas C’est
utres pro-
el on t les | peu
fourêtres n dé-
crit des choses inanimées, cette figure garde le nom de description ; quand on décrit des choses animées, raisonnables ou non raisonnables, elle s'appelle communément portrait. * Voici la description ou le portrait du cheval par Buffon :
s “ La plus noble conquête que l’homme ait ja- ‘“ mais faite, est celle de ce fier et fouqueux ani- ‘“ mal, qui partage avec lui les fatigues de la ‘“ guerre et la gloire des combats. Aussi intré- ‘“ pide que son maitre, le cheval voit le péril et ‘ l’affronte ; il se fait au bruit des armes, il ‘ l'aime, il le cherche, et s’anime de la même “ ardeur ; il partage aussi ses plaisirs à la chasse, aux tournois, à la course ; il brille, il étincelle ; mais docile autant que courageux, il ne se laisse point emporter à son feu, il sait réprimer ses mouvements ; non seulement il fléchit sous la main de celui qui le guide, mais il semble consulter ses désirs ; et obéissant toujours aux ‘ impressions qu’il en reçoit, il se précipite, se ‘ modère ou s’arrête, et n’agit que pour y satis- “ faire. C’est une créature qui renonce à son “ être pour n’exister que par la volonté d’un au- “tre, qui sait même la prévenir, qui par la ‘“ promptitude et la précision de ses mouvements “ l’exprime et l’exécute, qui sent autant qu’on le “ désire et ne rend qu’autant qu’on veut, qui se ‘ livrant sans réserve ne se refuse à rien, sert de “ toutes ses forces, s’excède et même meurt pour “ mieux obéir.”
L’'éthopée est la peinture du caractère et des mœurs d’une personne, ! Bossuet dépeint ainsi Cromwell avec une vigueur de pinceau qui sera toujours admirée : “ Un homme s’est rencon- ‘ tré d’une profondeur d’esprit incroyable, hypo- “ crite raffiné autant qu’habile politique, capa- ‘ble de tout entreprendre et de tout cacher, “ également actif et infatigable dans la paix et “ dans la guerre, qui ne laissoit rien à la fortune, “ de ce qu’il pouvoit lui ôter par conseil et par ‘“ prévoyance ; mais au reste si vigilant et si prêt “ à tout, qu’il n’a jamais manqué les occasions “ qu’elle lui a présentées ; enfin un de ces es- “ prits remuants et audacieux, qui semblent être ‘nés pour changer le monde. Que le sort de “ tels esprits est hazardeux, et qu’il en paroit “ dans l’histoire à qui leur audace a été funeste ! Mais aussi que ne font-ils pas, quand il plait ‘à Dieu de sen servir ? Il fut donné à celui-ci “ de tromper les peuples, et de prévaloir contre “ les rois.” (Oraison funèbre de la reine d’Angleterre.) | * La prosopographie est la description de lextérieur d’une personne. \ Tel est le portrait du Messager du JMans tracé par Ducerceau.
T'rapu, courtaut, mais bien pris dans sa taille,
Le teint luisant, les cheveux longs et droits, Uu nez haut en couleur, et dont, vaille que vaillo, Je crois qu’en un besoin on en feroit bien trois ;
rt des
ainsi u qui enconhypocapaacher, ix et rtune, et par si prêt asions es esit être ort de paroît ieste !
l plait Jui-ci contre
d'An-
’extéit du
SR dm ue
Œul hagard, front étroit, la tête un peu pointue,
La gucule noire, large, et Dieu sait quelles dents,
Le dos si rond qu'on croit qu'on voit une tortue, Lorsque l'on voit le Messager du Mane.
‘ La topographie est la description d’un lieu particulier, comme d’un paysage, d’un bois, d’un temple, d’une ville...s.Fénélon décrit ainsi la grotte de Calypso :
“ On arriva à la porte de la grotte de Calypso, où Télémaque fut surpris de voir, avec une apparence de simplicité rustique, des objets propres à charmer les yeux. [l'est vrai qu'on n’y voyoit ni or, ni argent, ni marbre, ni co- Jonnes, ni tableaux, ni statues: mais cette grotte étoit taillée dans le roc, en voûte pleine de jocailles et de coquilles ; elle étoit tapissée d’une jeune vigne qui étendoit ses branches
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souples également de tous côtés. Les doux
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zéphirs conservoient en ce lieu, malgré les ardeurs du soleil, une délicieuse fraicheur ; des fontaines, coulant avec un doux murmure sur des prés semés d’amaranthes et de violettes, formoient en divers lieux des bains aussi purs ‘et aussi clairs que le cristal : mille fleurs nuis-
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santes émailloient les tapis verts dont la grotte étoit environnée. Là on trouvoit un bois de ces arbres touffus qui portent des pommes d’or, et dont la fleur, qui se renouvelle dans toutes “les saisons, répand le plus doux de tous les
“ parfums: ce bois sembloit couronner ces r2
La) Lei
La Lai
La Lai
“ belles prairies, et formoit une nuit que les “ rayons du soleil ne pouvoient percer. Là on “ n’entendoit jamais que le chant des oiseaux, “ou le bruit dun ruisseau qui, se précipitant “ du haut d’un rocher, tomboit à gros bouillons “ pleins d’écume, et s’enfuyoit au travers de la “ prairie.”
11% Jronie. L’ironie est une figure par laquelle on veut faire entendre le contraire de ce que Pon dit. Elle est presque toujours un trait de satyre qui n’est propre qu’à exciter le sourire de la malignité, ou le mépris @e la personne dont on parle. C’est ordinairement par le geste, par le ton de la voix, par la façon de penser de celui qui parle, ou encore par la connoissance du mé-
rite ou du démérite de quelqu’un, que Pon con-
noit l’ironte.
+ {Il v a deux sortes d’ironies : l’une enjouée, lé-
gère, qui plaisante avec finesse ; l’autre aigre,
mordante, qui répand lPamertume et le fiel, et qu’on appelle sarcasme.
« Rousseau, dans son épitre à Racine le fils,
raille finement les déistes et les prétendus es-.
prits forts :
T'ous ces objets de ia crédulité,
Dont s’infatue un mystique entêté,
Pouvoient jadis abuser des Cyrilles,
Des Augustins, des Léons, des Baziles :
Mais quant à vous, grands hommes, grands esprits, C'est par un noble et généreux mépris
Qu'il vous convient d’extirper ces chimères, É:pouvantails d'enfants et de grand’ mères.
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à Le Prophète Elie se moque ainsi des prêtres du faux Dieu Baal qu'ils avoient invoqué une grande partie de la journée, sans pouvoir obtenir de lui le miracle qu’ils lui demandoient : “ Criez “ plus fort, leur dit le prophète ; peut-être que “ votre Dieu est occupé à parler, ou qu’il est en “ route ; peut-être qu’il est endormi, ou qu’il est ‘à table.” + On trouve dans les rhéteurs une autre figure qu’ils nomment anti-phrase où contre-vérité. Mais comme cette figure n’est au fond qu’une ironie, et qu’elle n’en diffère pas, au moins d’une manière bien marquée, nous nous contenterons d’en indiquer ici le nom, sans nous étendre d’avantage sur sa significution.
12° Litote. La litote ou diminution est une figure par laquelle on se sert de mots qui, à la lettre, paroïssent affoiblir une pensée dont on sait bien que les idées accessoires feront sentir toute la force. On dit le moins par modestie, ou par égard ; mais on sait bien que ce moins réveillera l’idée du plus. Aïnsi cette figure est une espèce de synecdoque. £ On dit d’un homme très-courageux, que ce n’est pus un pollron; d’un homme de beaucoup d'esprit, que ce west pas un sot; d’un auteur estimable, qu’il n’est pas à mépriser. Virgile fait dire à Alexis dans sa deuxième égloque : non sum adeù informis, je ne suis pas si difforme ; ce qui est une manière de dire, je suis bien fait, ou du moins je le crois ainsi.
-4 18° Monologue. Le monologue est une figure par laquelle on s’entretient avec soi-même.
»Enée, apercevant Hélène cachée dans le temple de Vesta, et pensant à lui percer le sein, s’ex- L prime ainsi :
à ty à
Quoi ! disois-je : au milieu d’esclaves phrygiens, Parmi les cris de joie et les transpo:ts des siens, Exempte de nos maux, cette reine insolente Dans Sparte et dans Arcos rentrera triomphante ! Reverra sa maison, ses foyers, ses parens, | Ses nombreux serviteurs, et ses tendres enfans ! Et le fer de Priam aura tranché la vic ! Les feux auront brûlé Pergame anéantie !
Dix ans du sang T'royen ces bords auront fumé ! ! Ah ! bien que pour un cœur par Phonneur enflammé, Au meurtre d’une femme il ne scit point de gloire ; On me louera pourtant, j'ose du moins le croire, d’avoir si justement de ce monstre pervers Puni les attentats et purgé l'univers.
(Delcyne d’Autroche.) (Lib2)
‘4. Parallelle. Le parallelle est la comparaison de deux objets ou de deux personnes, par laquelle on examine et on explique continuellement leurs rapports et leurs différences. %Le plus beau parallelle que lon connoisse est celui de Turenne et de Condé par Bossuet : (Orais. funèb. de Condé.)
‘ C’a été dans notre siècle un grand spec- ‘ tacle, de voir dans le même temps et dans les ‘ mêmes campagnes, ces deux hommes que la “ voix commune de toute l’Europe égaloit aux
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