PARAGRAPHE PREMIER
Des Lieux Communs Intrinsèques.
* Ceux qui se sont adonnés à la topique où à l’art de se servir des lieux, comptent un grand nombre de lieux communs intrinsèques.* Nous nous bornons ici aux principaux qui sont: La définition, l’énumération des parties, le genre et l'espèce, les causes et les effets, les contraires, la comparaison, les circonstances.
1°: De la Définition. à «
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— La définition est l'explication claire et natu-
relle d’une chose ; et ainsi définir une chose, j. « c’est en expliquer la nature. Le but de la défi- È « nition est de faire concevoir la chose telle qu’elle 4 « est, et d’en donner une idée nette, juste, et dis- [4 “e tincte. Il y a deux sortes de définitions ; l’une ‘4 «
philosophique, et l’autre oratoire. #La définition, philosophique n’admet aucun ornement, se con- a.
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tente du seul nécessaire, et se borne à énonce: la chose définie : l’homme est un animal raisonnable, voilà un exemple de cette définition. Cette manière de définir, propre à la philosophie, convient encore aux ouvrages didactiques, c’est-àdire à ces ouvrages faits uniquement pour l’instruction, et dont le but est d’enseigner les preceptes des arts et des sciences.
* La définition oratoire est plus étendue, et se donne plus de carrière. Elle explique une chose par sa nature et ses propriétés, par son origine et sa fin, par ses causes, ses effets, et ses différents rapports. Ainsi au lieu de dire comme les philosophes : l’homme est un animal raisonnable; on peut dire d’une manière oratoire :
l’homme est un être formé à l’image de Dieu “ son créateur, doué d'intelligence et de raison, “ distingué par l’excellence et l’immortalité de ‘son âme, et par les faveurs particulières dont “ Le ciel l’a comblé ; un être agité de mille pas- “ sions différentes, mêlé de grandeurs et de foi- “ blesses, de vertus et de vices; un être qui “ cherche sans cesse son bonheur et ne peut le “ trouver ici-bas ; dont le vrai partage en cette “ vie est d’éviter le mal et de faire le bien, dont “ Ia fin doit être une éternité heureuse ou mal- “heureuse, suivant qu’il aura bien ou mal * vécu.”
s Quelquefois la définition se fait par un assemblage de noms qui font mieux comprendre la
chose ; comme quand Cicéron, dans sa milonienne, appelle le Sénat de Rome : “ Le temple ‘ de la sainteté, de la majesté, de la sagesse, des “ délibérations publiques, le refuge des alliés, “ l’azile de toutes les nations, le premier tribu- ‘“ nal de Punivers, le sanctuaire accordé par le peuple Romain au seul ordre des sénateurs.” D’autres fois, pour expliquer la nature d’une chose, on à recours à une énuimération de parties, et autres lieux communs dont nous allons paricr.
e L'art de la définition oratoire consiste à ne point insister sur des circonstances inutiles ; mais à s'attacher aux traits les plus saillants, les plus essentiels, à ceux qui caractérisent mieux la chose qu’on veut définir, et à choisir parmi ces traits ceux qui sont propres à faire envisager la chose sous le point de vue le plus avantageux au
but qu’on se propose ; autrement la définition ne.
serviroit plus de preuve. Sion voulait, par exemple, prouver que la cour est le séjour de la duplicilé et de la mauvaise foi, il seroit hors de propos de s’étendre sur le luxe et la magnificence qui y régnent ; mais il suffiroit de dire avec Lafontaine dans la fable des obsèques de la lionne :
Je définis la Cour, un pays où ies gens Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférens,
Sont ce qu’il plait au Prince ; ou, s’ils ne peuvent l'être, Tâchent au moins de le paroître :
Peuple caméléon, peuple singe du maître,
D'où l’on Peut concl Jour de la duplicité et de
« Il faut néanmoins observer que, dans les compositions oratoires, une Précision rigourc quelquefois nécessaire ; Carl tière peut dépendre d emple, un meurtre
ure: donc La cour est le sé.
la mauvaise Joi.
use est à Question toute enme définition, a été Commis, le fait est conslant; mais est-ce homicide volontaire auquel la loi inflige une Punition capitale ? ou n'est-ce qu’une juste défense ? Dans un tel cas il faut que la définition soit Précise pour faire Preuve,
On peut voir chez les modernes la définition d’une atmée par Fléchier dans Poraison funèbre de Turenne ; et en poésie, celle dun inte par Lafontaine. (Belphégor.)
Par ex
ndant
29 De PEnumération des Parties.
+ L’Enumération des ment de dans
Parties est le dénombre.
S propositions Particulières Une proposition générale.
Fléchier veut prouver que Turenne réunissoit les talents et les vertus Lun excellent Capilaine ; une proposition générale, Par Une énumération de P “avec plus d'éclat le ‘“ militaite ; conduite “prises de villes, p ““ hardies, “ordonné
renfermées ° Par exemple :
voilà qu’il développe ainsi arties. «Où brillent s eflets glorieux de la vertu s d'armées, sièges de places, assages de rivières, attaques retraites honorables, Campements bien
S, Combats Soutenus, batailles gagnées, D
COURS pe RHETORIQUE. 37
“ ennemis vaincus par la force, dissipés par l’a- ‘ dresse, lassés et consumés par une sage et noble “ patience ? Où peut-on trouver tant et de si ‘ puissants exemples, que dans les actions de cet ‘homme sage, modeste, libéral, désintéressé, “ devoué au service du prince et de la patrie, grand dans l’adversité par son courage, dans la prospérité par sa modestie, dans les difficul- “ tés par sa prudence, dans les périls par sa valeur, dans la religion par sa piété 7”
s Bossuet dans l’exorde de loraison funèbre de la reine d'Angleterre, au lieu de dire simplement que dans la seule vie de cette reine on verra toutes les extrémités des choses humaines, fait cette belle énumération. “ Vous verrez dans ‘ une seule vie toutes les extrémités des choses humaines ; la félicité sans bornes, aussi bien ‘ que les misères ; une longue et paisible jouis- ‘ sance d’une des plus nobles couronnes de Puni- ‘ vers; tout ce que peuvent donner de plus glo- ‘ rieux la naissance et la grandeur accumulées ‘ sur une tête, qui ensuite est exposée à tous les ‘ outrages de la fortune ; la bonne cause d’abord “ suivie de bons succès, et depuis, des retours ‘ soudains, des changements inouis; la rebel- “lion longtemps retenue, à la fin tout-à-fait “ maitresse ; nul frein à la licence ; les lois abo- “lies ; la majesté violée par des attentats jus- “ qw’alors inconnus ; l’usurpation et la tyrannie “ sous le nom de liberté ; une reine fugitive, qui
“ ne trouve aucune retraite dans trois royaumes, “ et à qui sa propre patrie n’est plus qu’un triste “lieu d’exil ; neuf voyages sur mer entrepris ‘ par une princesse malgré les tempêtes ; l’océan “ étonné de se voir traversé tant de fois en des “ appareils si divers et pour des causes si diffé- “ rentes ; un trône indignement renversé, et mi- “ raculeusement rétabli.”
+ Ce lieu est très fréquent cuez les orateurs, et leur est très avantageux. Souvent un détail vrai et frappant de ce que renferme la proposition qu’on a avancée est plus propre à porter la conviction dans l’âme des auditeurs, à remuer et à exciter les passions, que tous les raisonnements métaphysiques,
3 Le Genre et l'Espèce.
+ Le genre est une idée générale qui comprend différentes espèces : Ainsi la vertu cst un genre, parceque cette idée de vertu comprend sous elle la prudence, la justice, la force, la tempérance…. qui sont des espèces de vertu.
+ L'espèce est une idée particulière ou moins générale renfermée dans une idée plus générale appelée genre. La gourmandise, la colère, la paresse…..sont des espèces de vice, parcequ’elles sont toutes renfermées dans l’idée générale de vice.
+ Les rhéteurs appellent encore genre toute proposition générale, Par exemple: rien n’est
40 COURS DE RHETORIQUÉ:.
plus funeste que le vice. Par la même raison, oti peut appeler espèce toute proposition particulière renfermée dans une proposition générale : par exemple : la mollesse est un vice pernicieux.
° Si l’on veut prouver le genre ; par exemple : que la vertu en général est aimable, il faut prouver que chaque vertu en particulier est aimable. + Si l’on veut prouver Pespèce ; par exemple qu'il faut aimer la vertu de douceur, il suffit de prouver que la vertu en général mérite d’être atmée.
» Un orateur est encore souvent obligé d'établir des propositions générales pour en tirer des con-
séquences particulières ; souvent aussi il est né-
cessaire de recourir à des questions particulières pour éclaircir une thèse générale. Supposons, par exemple, qu’un orateur ait à prouver qu’on doit mépriser les biens du monde. Jl parcourt tous ces biens en particulier ; il en montre le uéant et la vanité ; et de là il tire la conséquence générale, que les biens du monde sont méprisables. Changeons l’état de la question. Il s’agit de prouver que telle espèce de bien en particulier est digne de mépris. Alors l’orateur peut remonter à la proposition genérale, que tous les biens du monde sont méprisables aux yeux du sage ; il établit même ce principe, s’il en est besoin ; et de là il conclut que telle espèce de bien en particulier est digne de mépris.
Démosthène, dans l’oraison funèbre des Grecs
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