Les Contraires
+On donne le nom de contraires au tour que prend l'écrivain, lorsque, pour rendre plus saillante l’image de son objet, il commence par en présenter le contraire.
Ainsi un prédicateur pourroit dire: “ &i je ve- ‘ nois vous proposer des travaux sans fruit, des ‘ sacrifices sans compensation, des combats sans & couronne, des larmes sans fin, vous auriez rai.
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“son de ne pas vouloir m’entendre. Mais je “viens vous inviter à des travaux que Dieu a “ promis de récompenser, à des sacrifices dont il “ s’est engagé à vous dédommager, à des com- “ bats pour lesquels 1l a préparé des couronnes, “à des larmes qu’il veut lui même essuyer.” L’orateur imite alors le peintre, lorsque celui-ci employe les oppositions.
* On trouve un exemple admirable du genre contraire dans le sermon sur la résurrection par Bourdaloue. L’orateur prend pour texte ce passage de Pécriture: Surrexil, non est hic ; il est ressuscité, il n’est plus ici.
+ Ces paroles sont bien différentes de celles ‘que nous voyons communément gravées sur “ les tombeaux des hommes. Quelque puissants ‘ qu’ils aient été, à quoi se réduisent ces magni- “ fiques éloges qu’on leur donne, et que nous “lisons sur ces superbes mausolées que leur érige la vanité humaine? A cette inscrip- ‘tion : hic jacet. Ce grand, ce conquérant, cet ‘ homme tant vanté dans le monde, est ici cou- ‘ ché sous cette pierre, et enseveli dans la pous- ‘“gière sans que tout son pouvoir et toute sa ‘ grandeur l'en puissent tirer. Mais il en va “ bien autrement à l’égard de Jésus-Christ. À ‘ peine a-t-il été enfermé dans le sein de la “ terre, qu’il en sort dès le troisième jour, victo- “ rieux et tout brillant de lumière..…....Au lieu # donc que la gloire des grands du siècle se ter-
4 COURS DE HHETORIQUE.
‘ mine au tombeau, c’est dans le tombeau que ‘ commence la gloire de ce Dieu-homme. C'est ]à, c’est, pour ainsi parler, dans le centre même ‘ de la foiblesse, qu’il fait éclater toute sa force, “ et jusqu’entre les bras de la mort qu’il reprend “ par sa propre vertu une vie bienheureuse et “ immortelle.”….(JWMystères.)
Go La Comparaison.
+ Comparer deux choses ensemble, c’est examiner en quoi elles sont semblables ou en quoi elles différent l’une de Pautre.
4 La comparaison peut se faire en cinq manières: 1° Par similitudes, en examinant en quoi deux choses, d’ailleurs différentes, sont sembla.bles: 2° Par différence, en examinant en quoi deux choses, semblables sous quelque rapport, différent néanmoins l’une de lautre : 3° Par un argument du moins au plus: 4° Par un argument du plus au moins: 5°: Par un argument dégal à égal.
el° Il est des comparaisons de similitude qui sont de pur ornement, telle que celle-ci dans loraison funèbre de lareine d'Angleterre par Bossuet, et une des plus belles qui aient jamais été employées : “ Comme une colonne, dont la masse “ solide paroit le plus ferme appui d'un temple ‘€ ruineux, lorsque ce grand édifice, qu’elle sou- ‘ tenoit, fond sur elle sans l’abattre : ainsi la
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“ reine se montre le ferme soutien de létat, “ Jorsqu’après en avoit longtems porté le faix, “ elle n’est pas même courbée sous sa chute.”
« IL en est d’autres qui donnent de Pénergie au discours et servent à confirmer ce que lon avance, comme dans cet éloquent passage du livré de la sagesse, où l’instabilité et la briéveté des choses humaines sont exprimées par des comparaisons accumulées : “ Quel fruit avons- $ nous retiré, diserit les impies, de notre orgueil, “et de la vaine ostentation de nos richesses ! “ Toutes ces cliosés ont passé comime l’ornbre ; ‘comme un courrier qui se hâte ; conime ur “ vaisseau qui fend les eaux dont on ne trouvé “plus de traces; comme un oiseau qui divisé “ l'air, sans qu’on puisse remarquer où il a passé ; “ comme une flèche lancée vers son but sans “qw'on en reconnoisse de vestige”... Sup. c. 5 r, 8 el sq.
# Enfin il en est qui servent à éclaircir et à faire mieux comprendre des choses abstraites. Cicéron dans son oraison pour Cluentius, voulant faire sentir le besoin des lois dans un état, se sert de cette comparaison : Un état qui seroit sans lois, “ ressembleroit à un corps distitué d’âme. Il ne ‘ pourroit mettre en action les parties qui le ‘ composent, et qui en sont comme les neris, le “ sang, et les membres.”
e2° Cicéron se sert d’une comparaison de diffé. rence pour relever les talents de Muréna audessus
de ceux de Sulpitius son compétiteur au consu: lat. Muréna s’étoit distingué par ses talents militaires, Sulpitius étoit célèbre jurisconsulte. ‘ Qui peut douter, dit l’orateur, que pour parve: “ nir au consulat, la réputation acquise par les “ armes ne soit un titre préférable à celle que “ procure la science du droit civil? Vous Sulpi- “ tius, vous veillez pendant la nuit pour préparer ‘: des réponses à ceux qui vous consultent ; et ‘: Muréna veille pour arriver de bonne heure ‘avec ses troupes au rendez-vous qu’il a mar- ‘qué. C’est le chant des coqs qui vous réveille ; “et lui, c’est le son des trompettes. Vous met- ‘ tez une affaire en ordre, et il range une armée : “ vous précautionnez vos clients contre les sur- “ prises, et lui, ses places et son camp.....Vous “ savez régler les bornes d’un champ, et lui éten- “ dre les limites de l’état. Enfin, comme je dois “ dire ce que je pense, le mérite militaire est su- “ périeur à tous les autres. C’est à ce grand art “ que le peuple Romain doit sa renommée, et ‘ cette ville une gloire immortelle. C’est ce grand art qui a soumis l’univers à cet empire. 56 C’est sous la protection et l’azile des vertus ‘ guerrières que nous jouissons de nos fortunes
“et des talents qui nous distinguent dans le‘
‘ barreau.”
93° Le Père Bourdaloue fait sentir par un argument du moins au plus combien est déraisonnable et inconséquent l’incrédule qui nie la Pro.
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CÔURS DE RHETORIQUE. 47
vidence. “Il croit, cet incrédule, qu’un état ne ‘ peut être bien gouverné que par la sagesse-et “ le conseil d’un Prince. Il croit qu’une maison ‘ ne peut subsister sans la vigilance et l’écono- ‘ mie d’un père de famille. Il croit qu’un vais- ‘ seau ne peut être bien conduit sans l'attention “et habileté d’un Pilote. Et quand il voit ce “vaisseau voguer en pleine mer, cette famille ‘ bien reglée, ce royaume dans l’ordre et dans la “ paix, 1l conclut sans hésiter qu’il y à un esprit, ‘une intelligence qui y préside. Mais il pré- “tend raisonner tout autrement à l’égard du ‘“ monde entier ; et il veut que sans providence, “ sans intelligence, par un effet du hazard, ce ‘ grand et vaste univers se maintienne dans l’or- “ dre merveilleux où nous le voyons. N’est-ce “ pas aller contre ses propres lumières, et con- “ tredire sa raison ?”
» 4°: Jésus-Christ, par un argument du plus au moins, excite ainsi ses apôtres à l’humilité. “ Vous m’appelez maître et seigneur, et vous ‘ avez raison ; je le suis en effet. Si donc je “vous ai lavé les pieds, moi qui suis maître et “seigneur, vous devez vous laver les pieds les “uns aux autres”... St. Jean, c. 13, v. 13.
s 5° Enfin il est un argument d’égal à égal, comme lorsque le sauveur nous exhorte à la charité envers nos frères, en nous assignant pour mesure des traitements que nous éprouverons de Ja part de Dieu ceux que nous aurons faits à nos