‹ Cours élémentaire d'hygiène en vingt-cinq leçons [electronic resource]Chapitre 10 sur 19 · SEIZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEIZIÈME LEÇON

Doit-on rester au repos après le repas? — Erreurs de Topinion à ce sujet. — Conseils à suivre. — Les travaux de Tesprit et leurs dangers après avoir mangé. — Du sommeil après les repas ; dangers à éviter ; moyens de s'y soustraire. — Doit-on se coucher immédiatement après le souper? — Influence des passions. — Des variations de la température pendant que la digestion s'accomplit. — Les bains chauds ou froids, entiers ou partiels. — Des liqueurs réputées digestives et du café en particulier. — De l'usage du tabac et de l'habitude de fumer après le repas.

Doit-on après le repas, dans le but de favoriser la digestion, rester au repos ou se livrer à un exercice quelconque? Cette question qui est cependant importante est résolue d'une manière qui varie beaucoup par les personnes étrangères à la médecine. La plupart des individus mêmes émettent à ce sujet une opinion qui est entièrement en contradiction avec la raison , ce qui prouve que l'hygiène, qui devrait toujours faire partie de l'éducation la plus élémentaire, est inconnue du plus grand nombre des hommes.

Il n'est pas rare d'entendre dire que l'on a fait telle grande course ou accompli tel rude travail afin que la

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digestion se fasse, comme si nous avions pu être soumis à une loi aussi fausse, celle de nous mouvoir avec énergie, tandis que le travail de la digestion s'accomplit et nous porte instinctivement à nous reposer. Effectivement, il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup mangé, il n'est pas utile d'avoir donné une grande tache à l'estomac pour éprouver ce désir du repos, cette quasiparesse auxquels nous sommes enclins après le repas. Digérer à son aise, c'est-à-dire en faisant peu de mouvements, est la chose la plus rationnelle. Aussi est-il toujours sage de réserver, autant que possible, pour d'autres moments que ceux qui suivent immédiatement les repas, les travaux qui demandent une certaine activité, et de choisir ces instants de la journée pour prendre quelque repos. Diverses professions entraînent avec elles des habitudes qui sont conformes à cette règle; les ouvriers du bâtiment, par exemple, ont coutume de s'étendre à leur aise, au milieu de leurs travaux, pendant la seconde moitié de l'heure qui leur est accordée pour leur repas. Mais il n'en est pas ainsi dans toutes les professions, et il n'est pas rare, dans beaucoup de parties, de voir les individus qui travaillent à la tâche ou à leurs pièces, se livrer immédiatement à un travail actif après avoir mangé. L'habitude, il est vrai, plie l'organisme à beaucoup de choses, mais elles n'en sont pas plus rationnelles.

Le repos complet et absolu n'est pas indispensable après les repas; beaucoup de personnes mêmes qui ont toujours à ce moment une sorte de torpeur et d'engour-dissement très-marqués se trouvent bien de faire une

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promenade à pas lents, ou si leur temps est précieux, de se livrer à un léger travail qui ne demande pas beaucoup de mouvement ni une grande dépense de forces.

Les travaux de l'esprit doivent être également proscrits après le repas. A ce moment, toute l'activité vitale est concentrée vers l'estomac, et les facultés intellectuelles elles-mêmes doivent abandonner momentanément leur prééminence. Le travail de cabinet qui suit Je repas manque d'ailleurs de cette fraîcheur, de ce coloris qui fuient toujours devant la difficulté de la concepîion. Enlîn, il est d'autant moins raisonnable de se livrer à un travail intellectuel en quittant la table, que Ton arrive ainsi à procurer à l'estomac des indispositions et même des maladies qui l'eussent épargné, et que Ton s'expose d'autre part à des congestions cérébrales et quelquefois à des accidents très-sérieux. Un travail qui ne demande aucune tension d'esprit, qui n'est guère qu'une simple distraction, est donc le seul qu'on doive se permettre dans ce cas.

Tout travail actif ou physique ou purement intellectuel devant être défendu aussitôt que la digestion commence, est-il bon pour celui qui vient de manger de se livrer au sommeil, de faire ce que l'on appelle la sieste? Chez quelques personnes, ce sommeil est sans inconvénient ; ainsi les jeunes enfants ou les vieillards parvenus à un âge très-avancé, les individus dont la constitution est très-faible, ceux qui sont convalescents d'une maladie grave et qui sont encore accablés par une température élevée, éprouvent parfois un certain bien-être en s'abandonnant à un sommeil léger qui devient dans ce cas

réparateur. Il est vrai que presque toutes ces personnes mangent peu et donnent peu de travail à l'estomac; mais ceux qui sont vigoureux, dont le tempérament est sanguin, qui font des repas copieux et succulents, doivent éviter avec soin de se livrer au sommeil après avoir mangé ; on a souvent vu par ce fait survenir l'apoplexie cérébrale ou des congestions dangereuses. Cependant le besoin de dormir est souvent alors extrêmement impérieux, et beaucoup d'individus appartenant à cette dernière catégorie feraient en vain tous leurs efforts pour s'y soustraire. Que doivent-ils donc faire dans ce cas? Ils ne doivent pas lutter avec acharnement contre ce sommeil qui vient à les envelopper en quittant la table, il vaut mieux alors le satisfaire ; mais comme il indique presque toujours une digestion laborieuse, il est important de prendre des mesures pour que ceia ne se renouvelle pas. On y parviendra en diminuant la quantité des aliments prise à chaque repas, en veillant à ce que les substances alimentaires ne soient pas trop nutritives et en choisissant surtout celles qui sont très-digestibles ; enfin, la propension au sommeil diminuant, on aidera encore cette disposition par un exercice modéré, par une promenade et une conversation intéressante au sortir de la table.

Les motifs que nous venons d'indiquer prouvent suffisamment que dans les pays où l'on a l'habitude de faire ce repas du soir que Ton appelle le souper, il est sage de ne pas se mettre immédiatement au lit après avoir mangé. Le souper ne doit jamais d^abord être aussi copieux que les autres repas, et il est bon de laisser

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un intervalle d'une heure avant de se livrer au sommeil. On pourrait nous objecter que de nombreuses familles, aux mœurs patriarcales^ voient ainsi s'écouler une longue existence sans le moindre inconvénient; que le coucher est seulen^ent séparé chez elles par la prière en commun, et que leur sommeil est paisible et exempt d'accidents. A cela nous répondrons que les inconvénients sont plus rares, parce que les mœurs de ces familles sont simples et le reste de leurs habitudes assez conforme aux règles de l'hygiène, mais qu'il n'en est pas mioins vrai qu'elles agissent en cela contre les lois qui régissent la santé, et que si Ton observe bien, on verra se produire quelquefois des apoplexies ou autres maladies justement une heure ou deux après le commencement du sommeil, il est donc plus sage de modifier dans ce cas sa manière de vivre que de s'exposer à quelque danger.

S'il est dangereux de se livrer à un travail actif du corps et de l'esprit après le repas, à plus forte raison doit-on éviter cette puissante excitation qui accompagne les fortes passions ; l'hygiène est en cela, comme toujours, d'accord avec la morale, et elle avertit celui qui est prêt à se laisser emporter par la colère ou à s'abandonner à une sensation vive quelconque qu'il doit songer à sa propre conservation.

Autant que possible, lorsque Ton vient de quitter la table, il ne faut pas s'exposer à un brusque changement de température; une chaleur ardente ou un froid intense sont de mauvaises conditions pour bien digérer, surtout lorsqu'on n'y a pas été exposé pendant le repas.

A répoque des premiers froids, à la fin de l'automne, lorsque le soir amène parfois dans dos climats ce vent glacial du nord que nous avions volontiers oublié, il n'est pas rare de voir des personnes auxquelles une simple promenade après le dîner procure une indisposition des plus graves; saisies par le froid, elles sont atteintes alors d'une indigestion dont les violents symptômes simulent des maladies plus importantes encore ; quelquefois ce sont des affections sérieuses qui se déclarent.

Lorsqu'on est averti que de semblables phénomènes peuvent se produire, sans qu'aucune imprudence réelle y préside, on doit éviter tout ce qui peut amener de pareils résultats. C'est ainsi que, dans la saison d'été, si l'on a à descendre dans une cave froide, on se gardera bien de le faire après le repas. Le bain froid ou chaud est encore plus dangereux, et quoique peu de personnes ignorent le danger qu'elles courent en prenant un bain lorsque la digestion n'est pas accomplie, il ne se passe guère d'année sans que plusieurs en soient victimes, Les bains de rivière surtout sont souvent le théâtre de pareils accidents, et parce que l'on voit quelques individus qui méprisent toute espèce d'avertissement et qui se jettent à l'eau après avoir mangé, on ne se persuade pas assez qu'un délai de deux heures est indispensable pour tout le monde et qu'il est insuffisant pour les personnes dont l'estomac est paresseux. Au reste, ce ne sont pas seulement les bains entiers qui réclament de semblables précautions, les bains partiels, et surtout l'immersion des pieds dans l'eau chaude ou froide, nécessitent des précautions aussi sévères.

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Les liqueurs stimulantes, dont nous avons blâmé Tusage avant le repas, sont généralement inutiles après avoir mangé; les estomacs qui sont en bon état n'ont pas besoin de cet accessoire, et s'ils sont souffrants, il faut les guérir, et surtout proportionner l'importance et la nature du repas à l'état des organes.

On se crée , au reste , des habitudes dont on devient esclave, et une foule de gens s'imaginent qu'il leur serait impossible de digérer s'ils ne faisaient pas suivre leur repas d'une tasse de café. Nous avons prouvé ailleurs que cette attrayante liqueur, dont Farôme et le goût nous tentent si agréablement, n'est presque jamais nécessaire pour la santé, qu'elle est nuisible à beaucoup de personnes, et que loin de favoriser la digestion, elle l'entrave souvent ou la ralentit. Parce que le café est un excitant du système nerveux, parce qu'il produit des effets stimulants très-appréciables, on suppose que l'estomac participe à cette excitation, et que la digestion s'accomplit plus vite, et cependant il n'en est rien. Le café stimule, mais ne tonifie pas, et nous avons souvent vu des crampes d'estomac ou autres malaises qui duraient depuis longtemps cesser aussitôt que l'on abandomiait l'usage du café. Nous ne prétendons pas proscrire complètement ce délicieux breuvage, nous n'y parviendrions pas d'ailleurs, et nous ne voyons aucun motif pour en priver les personnes auxquelles il ne fait aucun mal ; mais que celles qui en usent et qui souffrent s'observent bien, qu'elles tâchent de dégager leur esprit de cette faiblesse qui nous fait trouver des excuses pour tout ce qui nous plaît, et il arrivera souvent qu'en abandonnant

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le café, ne fût-ce que momentanément , elles parviendront à faire disparaître des malaises dont la cause leur était inconnue. Nous n'avons pas au reste à élucider ici la question sous toutes ses faces, nous avons seulement voulu signaler l'inutilité du café pour la digestion et consoler ceux qui comprendront la nécessité de s'en priver.

Il est encore une habitude qui a des conséquences plus graves, c'est celle de fumer après le repas. Depuis quelques années, la pipe et le cigare ont pris une telle importance dans nos mœurs qu'il y a presque de la folie à vouloir lutter contre cette coutume. A Paris, par exemple, on ne peut, à certaines heures, traverser les passages sans être littéralement asphyxié par la fumée du tabac ; les rues, les endroits publics, les maisons particulières en sont imprégnés ; beaucoup d'hommes fument ayant une dame à leur bras , ce que nos pères eussent regardé comme un grand scandale, ou couvrent les passants des bouffées odorantes de leur cigare. Les professions les plus graves mêmes ne sont pas exemptes de cette monomanie, et tandis que fumer était autrefois le métier des gens désœuvrés, les hommes les plus sérieux s'y livrent avec passion ; nous connaissons des médecins fort honorables, dont les travaux reculent chaque jour les limites de la science, que l'on rencontre souvent avec le cigare à la bouche.

Cependant il y a beaucoup de personnes pour lesquelles l'odeur du tabac qui brûle est insupportable, nous voyons quelquefois un monsieur qui épreuve de violentes nausées chaque fois que, sur son chemin, un

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fumeur lui envoie un nuage de fumée, il est même obligé d'employer toute la puissance de sa volonté pour ne pas vomir. Que faire, dans ce cas? Ceux qui ont pleine et entière liberté de fumer doivent-ils être libres d'incommoder les autres? Ce sont des questions qu(^ le temps résoudra, car l'habitude du tabac passera, au moins en grande partie, et il arrivera une époque où l'homme peu aisé et le père de famille seront moins prodigues, où celui qui peut dépenser emploiera mieux son argent, où enfin tous comprendront que le tabac ne peut être que nuisible à la santé.

Nous aurions beaucoup à dire sur le tabac, mais ici nous voulons seulement constater son influence sur la digestion. Il n'est pas de pire habitude que celle de fumer après le repas ; les fumeurs qui rejettent beaucoup de saUve surtout compromettent gravement les fonctions de leur estomac, et nous avons vu quelle est l'importance de ce liquide pour la digestion. Dans tous les cas, que la salive soit ou non rejetée, il est parfaitement prouvé que les organes digestifs éprouvent de fâcheux effets de l'usage du cigare, que fumer après le repas est non-seulement inutile pour bien digérer, mais toujours pernicieux.

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