‹ Cours élémentaire d'hygiène en vingt-cinq leçons [electronic resource]Chapitre 9 sur 19 · QUINZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUINZIÈME LEÇON

Nécessité du repas. — Influence du repas. — De Tappétit et des stimulants qu'on lui destine. — Causes qui diminuent Fappétit. — Ce qu'il faut faire lorsque l'on a enduré la faim. — Obligation de la propreté à l'égard du repas. — De Tordre à l'égard de la table. — Air pur et renouvelé pendant le repas. — Quelle doit être la disposition de l'esprit. — Doit-on lire en mangeant? — Compression exercée par les vêtements. — Température de la salle à manger. — Mastication et insalivation des aliments. — Nécessité de la conservation des dents; causes de leur destruction. — Il est important de boire en mangeant. — De la réplétion de l'estomac et de la sobriété. — Variété des aliments. — Température des substances alimentaires. — Dispositions individuelles et habitudes.

L'homme, ainsi que les autres animaux, est soumis à cette grande loi de la nature qui l'oblige à engloutir fréquemment dans ses organes digestifs une certaine quantité d'aliments pour réparer ses forces et entretenir la vie. Cette nécessité est tellement impérieuse, qu'elle est pour lui une condition formelle d'existence, et que, faute de nourriture, il serait condamné non-seulement à mourir, mais à mourir de fanii, supplice qui est d'autant plus horrible, que la Providence, dans si pré-

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voyance infinie, n'a pas manqué de propoi tionncr la douleur à l'étendue du besoin et de rappeler ainsi à chaque être le sentiment de sa propre conservation.

Cette nécessité qui oblige l'homme à se nourrir ne le force pas cependant à en faire une occupation de tous les instants. L'estomac a besoin au contraire de longues heures de repos, et ce n'est qu'à un moment donné que l'usage des aliments devient obligatoire; l'heure du repas est alors arrivée et vient apporter à l'organisation le bien-être ou le désordre, selon la manière dont les conditions qui doivent l'accompagner sont bien ou mal remplies.

Les repas ont toujours été une affaire de haute importance, non-seulement pour l'homme en particulier, mais pour les nations elles-mêmes, ils ont souvent présidé aux plus grands événements et, pour les historiens, ils ont puissamment servi à étudier et à esquisser les mœurs des peuples. C'est qu'en eifet le repas n'est pas toujours, pour celui qui le prend, un acte uniquement nécessaire; les plaisirs de la table viennent souvent dominer la stricte raison et donner l'impulsion à de nombreuses passions. Mais nous n'avons pas à envisager ici la philosophie du repas, Thygiène seule est dans nos attributions, et cette seconde étude, déjà très- vaste, peut éclairer puissamment la première.

Quelles sont donc les conditions qui doivent précéder le repas?

L'appétit est sans aucun doute la première, et c'est cette première impression du besoin de manger, comme l'appelle Brillât-Savarin, qui nous avertit que le moment

de prendre le repas est arrivé. Lorsque l'appétit manque, on ne doit se livrer au repas qu'avec la plus grande circonspectioD, car l'inappétence est souvent un indice d'un état de souffrance des organes, et dans ce cas, la diète ou une demi-diète peut être nécessaire. C'est donc à tort que beaucoup de personnes s'imaginent que pour stimuler l'appétit, il est souvent indispensable de prendre un peu avant le repas de la liqueur d'absinthe, du vermout ou quelque stimulant destiné à agir sur l'estomac. Loin d'exciter un véritable appétit, ces substances contribuent généralement à augmenter l'indisposition qui l'avait fait déjà disparaître.

Les affections morales profondes contribuent aussi à faire diminuer l'appétit, sans cependant qu'aucun organe soit lésé dans ses fonctions; il en est de même d'une grande fatigue et pendant les heures qui suivent un repas copieux chez les personnes qui digèrent lentement. Dans toutes ces circonstances, il est eage de ne pas aller au-devant du sentiment de la faim, car en s'obstinant à manger sans appétit, il survient nécessairement des indispositions plus ou moins graves.

Il ne faut jamais, autant que possible, différer de prendre les repas aux heures accoutumées, car si l'on souffre de la faim et que cette sensation soit fréquemment renouvelée, la santé ne tarde pas à se trouver altérée. D'ailleurs, lorsque le besoin de manger existe trop longtemps sans être satisfait, la digestion qui suit s'opère mal, et d'autant plus mal, que les aliments ont été ingérés avec plus d'avidité. Règle générale : lorsque le repas a été attendu très-longtemps, il ne faut jamais livrer à

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Tcstomac des aliments solides saiiS avoir modéié la faim quelques minutes auparavant avec un bouillon ou un verre d'eau sucrée. Quand on ne prend pas cette précaution, une indigestion, ou au moins des douleurs vives, ne manquent guère de survenir.

La propreté la plus minutieuse ne doit cesser de présider aux apprêts du repas et au repas lui-même. Certes, les personnes bien élevées, et qui vivent selon les règles de la bienséance, ne manquent jamais d'avoir les mains très-propres, non- seulement à tout instant du jour, mais surtout au moment de se mettre à table. Mais que d'ouvriers travaillant des substances plus ou moins nuisibles à la santé ne songent guère à cette règle de propreté ! Cependant, lorsque les mains sont souillées, ne fiit-ce que par de la terre, des débris de pierre, de la sciure de bois, elles peuvent conduire parmi les aliments des principes plus ou moins dangereux ; c'est ainsi que des habitudes non convenables et en opposition avec les lois de l'hygiène ont une fâcheuse influence sur ceux qui les contractent.

L'ordre même doit toujours régner sur la table, car de la cause la plus futile peut naître un grave accident. Nous avons vu dernièrement un fait de ce genre : une épingle qui avait été déposée sur la table fut avalée par une jeune personne en môme temps que le pain qu'elle porîait à sa bouche.

L'air qu'on respire dans l'appartement pendant le repas devient facilement insalubre lorsque les convives sont nombreux, la salle exiguë, la température élevée, les lumières abondantes. A toutes ces causes viennent se

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joindre les émanations des hommes et des mets, et les poumons des assistants s'emplissent à chaque inspiration des miasmes les plus pernicieux. Il faut donc veiller à ce que l'air soit pur et même renouvelé, et pour atteindre ce but, la première condition à remplir est celle d'une pièce suffisamment vaste et aérée.

La disposition d'esprit influe sur l'effet que doit produire le repas sur l'organisme. Lorsqu'une douce gaieté règne parmi les convives, lorsque la pensée est dégagée de toute attention sérieuse et qu'aucune discussion ne vient remuer les passions, les organes digestifs fonctionnent avec beaucoup plus de facilité, le repas est alors bienfaisant. C'est pourquoi les repas qui se passent en famille ou entre gens qui sont liés par l'amitié mettent toujours l'esprit dans une condition favorable. Quant aux personnes qui ont l'habitude de manger seules, elles ne doivent pas choisir ce moment pour se livrer h des préoccupations sérieuses, et si elles lisent en mangeant, elles feront bien de n'aborder que des lectures exigeant à peine leur attention.

Si les vêtements exercent pendant le repas la moindre compression, il en résulte nécessairement une gêne plus ou moins grande pour un ou plusieurs organes. Le cou, la poitrine ont besoin d'êtres libres et le ventre doit pouvoir se développer en liberté pour se prêter à l'amphation de l'estomac. On a souvent vu l'apoplexie cérébrale se déclarer pendant le repas sous l'influence de la compression.

Il est également utile que la température de la pièce soit très-modérée, une douce chaleur favorisera toutes

les fonctions, tandis qu'un froid excessif ou une chaleur accablante ne tardent pas à nuire à la digestion.

Lorsque les aliments sont portés à la bouche, la première transformation qu'ils ont à subir est leur broiement qui a lieu à l'aide de la mastication. Cette opération est des plus importantes, car si les substances alimentaires ne sont pas convenablement divisées, l'estomac est obligé de se livrer à un travail beaucoup plus actif qui le fatigue sans qu'il en résulte aucun bien-être pour le reste du corps. En outre, ces mêmes aliments ne sont pas suffisamment imprégnés par les sucs salivaires, et c'est encore là une mauvaise condition pour la digestion. En général, les personnes étrangères à la médecine ignorent l'importance de la salive pour les fonctions que les organes digestifs sont appelés à remplir, et lorsqu'elles rejettent ce produit, soit par mauvaise habitude, soit parce qu'elles fument, elks ne se doutent guère qu'elles enlèvent à l'estomac une grande partie de sa puissance.

La mastication ne peut s'accomplir convenablement qu'à l'aide de dents suffisamment nombreuses et en bon état ; cette vérité est tellement évidente qu'elle n'a pas besoin d'être démontrée, et une foule de gens qui ne peuvent mâcher leurs aliments faute de dents sont à chaque instant tourmentés par la difficulté de digérer. Les dents ne contribuent donc pas seulement à la régularité des traits et à l'harmonie du visage ; ce sont des organes excessivement importants dont la présence est indisf ensable à une nutrition régulière, et quoique, depuis quelques années surtout, l'art ait atteint pour les

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remplacer un degré de perfection très-remarquable, on conçoit que rien n'égale d'excellentes dents naturelles. On ne saurait donc blâmer trop énergiquement ceux qui par ignorance et par bravade courbent avec leurs mâchoires des pièces de monnaie, brisent des corps durs, soulèvent des fardeaux et se livrent sans réflexion à une foule d'exercices excentriques du même genre.

Nous verrons plus tard comment certains soins de propreté peuvent contribuer à la conservation des dents, mais nous devons dire dès à présent que l'action trop brusque des aliments très-chauds ou très-froids, que l'air humide et tout ce qui occasionne des fluxions peut hâter leur destruction.

Quoique la salive joue un rôle important dans la digestion, les liquides qui sont ingérés avec les aliments n'en sont pas moins très-utiles, aussi est-ce une faute de ne pas boire en mangeant ou de boire très-peu. La proportion des boissons aux aliments soUdes ne peut être fixée d'une manière précise, quoique plusieurs expérimentateurs aient cherché à établir des règles à cet égard ; c'est donc à chaque individu lui-même à proportionner la quantité de ses boissons selon l'état de la température, Feau que les aliments renferment et les circonstances quiinfluentsur la déperdition des liquides.

Lorsque les aliments ont été bien broyés, bien imprégnés de salive, qu'ils sont parvenus jusqu'à l'estomac à l'aide d'un acte auquel on donne le nom de déglutition^ qu'une quantité suffisante de boisson y a été mêlée, il faut encore que certaines conditions aient été remplies pour que la digestion commence à s'opérer : il ne faut

pas que restomac soit dans un état de réploiion trop considérable. Trop souvent les plaisirs de la table ne se bornent pas à un choix plus ou moins bien ordonné des aliments, à quelques préparations habilement combinées qui flattent le palais et stimulent l'appétit. Beaucoup d'individus ne vivent que pour manger, et ingèrent à chaque repas des quantités énormes d'aliments. Nonseulement cette habitude est très-préjudiciable pour leur avenir en modifiant leur constitution d'une manière fâcheuse, mais elle peut les faire périr très-rapidement à la suite d'un repas copieux. La sobriété est une des premières lois de l'hygiène et est toujours chez les hommes robustes un brevet de longévité. D'autres, stimulés par un défi ou sous l'influence d'un pari ridicule, engloutissent un repas destiné à plusieurs personnes ; nous n'avons pas à nous occuper de ces actions absurdes dans lesquelles la vie de ceux qui les exécutent est beaucoup plus exposée qu'ils ne le croient généralement.

Il est cependant bon de faire usage pour chaque repas de plusieurs espèces d'aliments, la santé ne s'accommode pas d'une trop grande uniformité, et sans être aussi nuisible qu'une variété exagérée, elle ne répare pas suffisamment les pertes que subit constamment l'organisation .

La température des substances alimentaires influe sur la manière dont se fera plus tard la digestion ; ainsi les mets modérément chauds sont généralement mieux digérés que ceux qui sont très-froids. Il y a des circonstances qui fournissent quelques exceptions à cette règle, et certaines personnes digèrent mieux les aliments qui ont une très-basse température.

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La nature des aliments mérite, ainsi que nous le verrons, d'être prise ea considération, cependant une disposition individuelle favorise quelquefois la digestion d'aliments qui seraient d'un mauvais usage pour d'autres personnes, il en est de même de l'habitude qui a aussi une grande influence dans le même cas.

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