VINGTIÈME LEÇON
N(^cessilé du mouvement pour l'homme et les animaux. — Le mouvement représente la vie, il est de tous les âges. — Ce qu'on doit faire quand on est souvent au repos. — L'escrime est un des meilleurs exercices; ses avantages. — Résultats pour les jeunes sujets. Preuves par Texpérience ; objections réfutées. — Précautions à prendre au sujet des exercices de corps — Bons effets du travail. — Profession agricole; son honorabilité et pourquoi les jeunes gens la dédaignent. — Nombreux avantages de la profession agricole. — La marine et ses ressources hygiéniques. — Nécessité du sommeil; préceptes à suivre.
Le mouvement estTmie des grandes conditions d'existence auxquelles est soumis le règne animal tout entier, et l'homme surtout qui a été doué de moyens de locomotion très -perfectionnés , est obligé de se mouvoir sous peine de voir la vie s'éteindre. Aussi sa volonté, d'accord avec la raison, met-elle sans cesse en jeu tous les organes qui sont sous sa dépendance, et loin de chercher à rester dans un engourdissement stérile, rhomme trouve toujours une nouvelle jouissance à exécuter ce qu'il a désiré faire. SI quelque maladie le condamne à Finaction, il est malheureux et ne peut suppor-
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ter sans un vif chagrin l'impossibilité de se mouvoir. I Voyez le pauvre paralytique , il s'impatiente lorsqu'il voit que son bras ou sa jambe sont indociles, il fait des efforts de volonté incroyables, il s'irrite, s'emporte même, et va jusqu'à frapper avec le membre qui a con- ' serve ses mouvements celui qui ne lui obéit plus; triste exemple de l'orgueil blessé et de la faiblesse de notre organisation physique!
Le besoin de mouvement est aussi naturel et aussi impérieux que celui de boire ou de manger, et il se I manifeste dès l'âge le plus tendre. À peine l'enfant nou- I veau-né a-t-il acquis la force nécessaire pour se mouvoir, I qu'il ne cesse d'agiter ses membres; aussi la barbarie, I qui consiste à l'enfermer dans le maillot, a-t-elle été l'objet des indignations les plus ardentes. Lorsqu'il est arrivé à la fin de sa première année, un peu plus tôt, un peu plus tard, selon la constitution dont il est doué et les circonstances qui l'entourent, il cherche à changer de place, à se traîner sur ses coudes et ses genoux, à se tenir debout. Plus tard, il obéit encore instinctivement au vœu de la nature en mettant constamment en jeu l'appareil musculaire et favorisant ainsi son développement. Le plus grand nombre des enfants qui ont atteint ! trois ans sont dans une agitation incessante, marchant, courant, sautant, grimpant, se roulant à terre jusqu'à ce que Fheure du sommeil vienne les surprendre au milieu de leurs jeux et remettre au lendemain la conti- ! nuation des mêmes exercices. Loin de mettre obstacle à j cette activité perpétuelle, les parents de Fenfant, tout en l'éîoignant du lieu de leurs occupations, si sa présence
leur nuit, et en prenant des précautions pour qu'il ne lui arrive aucun accident^ doivent lui laisser la plus entière liberté. Dans l'âge adulte, lorsque le corps a pris à peu près tout son accroissement, l'action musculaire est moins suivie, mais n'est pas moins importante ; ce n'est qu'à un âge assez avancé, ou lorsque l'obésité a devancé les années, que l'homme répugne au mouvement.
Ainsi, il n'y a là aucun doute, le mouvement est indispensable à l'homme, il représente la vie, tandis que l'immobilité conduirait à la mort, dont elle est l'image. Cette nécessité du mouvement indique l'importance et le rang que l'exercice et le travail occupent dans les lois de l'hygiène ; aussi les savants ont-ils dans tous les temps multiplié leurs efforts pour déterminer les conditions de l'exercice et du travail , étudier leur influence sur la santé et préciser tous les bons résultats qu'on en obtient lorsque la direction est sage et régulière.
Dans nos conditions sociales, avec les occupations et les aptitudes particulières à chacun , tout le monde ne peut se livrer au travail corporel, aussi les exercices divers doivent-ils souvent le remplacer. Certes, les ouvriers de tout genre sont nombreux en France, et grâce aux progrès de l'hygiène, les professions insalubres deviennent de jour en jour plus tolérables, ce qui fait que le travail contribue généralement à entretenir la santé et à prolonger la vie; mais les travailleurs de l'esprit forment aussi une partie importante de la population , à ceux-là un exercice régulier est indispensable, et il ne doit pas se borner, comme cela arrive quelquefois, à une course ou promenade le matin et le soir. Tous les exer-
cices du corps , la marche , les jeux d'adresse en plein air, Tusage du cheval, la natation, etc., conviennent à l'homme qui passe la plus grande partie de sa vie au repos. Cependant tous les exercices ne lui sont pas favorables, et il doit fixer son choix sur ceux qui nécessitent une très-grande activité, afin de remplacer, dans un temps limité, un exercice plus modéré qui durerait une plus grande partie de la journée.
Nous n'avons pas la prétention d'examiner ici chaque espèce d'exercice en particulier, et de passer en revue toutes les merveilles que produit la gymnastique , mais nous pouvons au moins donner quelques explications sur l'un des exercices qui nous paraissent les plus précieux. L'escrimo nous semble devoir jouer un rôle trèsimportant dans cette partie de l'hygiène, et cette sorte de gymnastique, contre laquelle on ne peut avoir que des objections mal fondées, esta coup sûr trop négligée. Cet exercice peut être utilisé pendant la plus grande partie de l'existence; mis en pratique avant l'âge adulte, on pourrait en prolonger l'usage jusque dans l'âge mûr même avancé. L'escrime met en jeu tous les muscles du corps, car non-seulement ceux des membres et du tronc se contractent et se relâchent alternativement, mais il n'est pas jusqu'à ceux de la face eux-mêmes qui ne soient en mouvement et qui ne viennent donner à la physionomie une expression plus noble et plus caractérisée. La rapidité des mouvements, la variété des attitudes, l'énergie que l'on doit employer pour attaquer l'adversaire ou pour parer ses coups, développent le système musculaire , élargissent la poitrine , assouplis-
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sent les articulations, et le sentiment de l'attaque et de la défense sans cesse excité fait oublier la fatigue. En outre, les organes intérieurs éprouvant à chaque instant une légère secousse, leurs fonctions sont activées et la circulation accélérée.
Chez les jeunes gens l'escrime a encore d'autres avantages, elle les rend très-vifs et très-agiles, donne à leurs mouvements une très-grande précision qui se révèle ensuite dans leurs moindres actes, et les habitue à prendre des déterminations rapides. Le jeune homme qui est exercé de bonne heure à manier le fleuret ou épée d'escrime est beaucoup plus adroit que ceux de ses camarades qui sont étrangers à cet exercice, et dans mille circonstances on le verra agir avec la plus grande prestesse. Ainsi, développement des forces, perfection des formes du corps, action sur les facultés cérébrales, régularisation des diverses fonctions , attitudes aisées , adresse plus grande, habitude de la fatigue et compensation d'un repos trop prolongé, tels sont les principaux avantages de l'escrime.
L'éloge que nous faisons de cet exercice pourrait paraître suspect à quelques personnes qui verraient là une prédilection particulière pour une gymnastique favorite. A. cela nous répondrons que l'expérience est là pour confirmer ce que nous avançons, et que beaucoup de médecins ont pu voir, ainsi que nous, des jeunes sujets qui n'ont dû qu'à cet exercice le développement complet de leurs forces physiques et chez lesquels des mem.bres grêles, une poitrine étroite, une démarche nonchalante ont été remplacés par une belle proportion
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des muscles , une ampleur suffisante du thorax et une sorte d'aisance et de fierté dans la tenue qui n'avaient rien de désagréable. Il n'est pas d'ailleurs un hygiéniste qui n'ait vanté cet exercice et ne lui ait prêté l'appui de son autorité.
En familiarisant les jeunes gens avec Tcpée vous ferez des bretteurs, d'insupportables querelleurs, nous dirat-on encore ? Erreur profonde, car il est remarquable que les hommes les plus habiles dans l'art de l'escrime sont ordinairement très-doux, aimant parfois cet exercice avec passion, mais puisant tout au plus dans la conscience de leur force et de leur adresse une sorte de dignité et non des airs d'impudence et de provocation. Ne sait-on pas que, généralement, les hommes très-forts sont loin d'être méchants, et d'ailleurs le duel avec sa sauvagerie ne s'efface-t-il pas chaque jour de nos mœurs?
Tous les exercices de corps réclament certaines précautions qui sont indispensables pour qu'ils soient bienfaisants. Autant que possible il faut s'y livrer en plein air ou au moins dans un local bien aéré et où il n'existe aucun encombrement. Les mouvements répétés ayant ordinairement pour résultat d'activer les fonctions de la peau et de produire la sueur, il faut éviter toute espèce de refroidissement lorsque l'exercice vient à cesser j si le hnge qui touche le corps est mouillé, on doit s'empresser de le remplacer. Les vêtements amples et légers sont ceux qui conviennent le mieux, tt le corps ne doit être comprimé par aucun lien qui viendrait gêner le cours du sang, l'expansion du ventre ou de la poitrine et entraver le jeu des organes musculaires. Il est également im-
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portant de ne jamais se livrer à un exercice violent après le repas et de ne pas manger immédiatement après un exercice actif.
Après avoir constaté l'utilité des exercices de corps et les avantages de Tescrime en particulier pour les individus qui se livrent aux travaux de l'esprit et pour tous ceux qui restent chaque jour très-longtemps au repos, voyons quels sont les avantages du travail pour ceux dont la profession réclame une certaine activité.
Le travail est la loi faite à Thomme sur terre,
a dit le poète, mais cette loi est une nécessité pour son organisation, car le travail est l'exercice de l'homme laborieux et le plus sur gardien de sa santé ; chaque profession qui réclame une certaine activité a une influence considérable sur la durée de la vie. Il nous serait difficile d'examiner ici toutes les professions exercées par les ouvriers, et d'ailleurs les préceptes qui leur seraient applicables rentrent dans les prescriptions générales de l'hygiène que nous avons étudiées précédemment.
Certaines professions méritent cependant une attention particulière, à cause de leur importance; de ce nombre est la profession agricole, à laquelle se trouve naturellement vouée une partie considérable des populations. L'agriculture a été honorée dans tous les temps et chez tous les peuples, non-seulement à cause des services qu'elle rend, mais parce que ceux qui s'y livrent ont souvent su la rendre honorable par la simplicité et la pureté de leurs mœurs. De nos jours encore, ce n'est guère que dans certaines campagnes où Ton peut ren-
COURS d'hygiène. i9i contrer ces familles aux coutumes patriarcales qui inspirent dès le premier aspect la déférence et le respect. Malheureusement, le luxe des villes, et il faut bien le dire, les mœurs légères qui y régnent, attirent les jeunes gens des campagnes, qui ne se doutent guère que les chagrins, la misère et la maladie les attendent souvent au milieu des grandes cités.
La profession agricole présente néanmoins pour ceux qui veulent bien y réfléchir des avantages qu'aucune autre ne peut oâ'rir. A la campagne , on respire un air pur et libre, l'habitation n'est pas réduite à une étroite cage comme celle des ouvriers des villes; elle est vaste, bien aérée, reçoit généralement dans l'été les rayons bienfaisants du soleil, et peut être munie, à peu de frais, du combustible nécessaire pendant les rigueurs de l'hiver. Tandis que l'habitant peu aisé de Paris souffle dans ses doigts et ménage son bois et son charbon, le paysan, assis devant un feu qui pétille et égayé son habitation, songe à ses travaux du lendemain. Ses habits sont larges et ne gênent aucun de ses mouvements ; s'il mange peu de viande il a en revanche une nourriture saine et copieuse , et il possède en abondance la boisson qui lui plaît. Ses travaux l'intéressent par leur utilité et le charment par leur variété ; voyant croître autour de lui les arbres, les plantes, les animaux, il est heureux dans la contemplation des merveilles de la création. Puis la vie des champs est on ne peut plus favorable à la santé, les maladies la visitent peu et c'est elle qui fournit les plus nombreux exemples de longévité ; et tandis que les vieillards des villes traînent souvent un corps
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usé, ceux des campagnes conservent généralement la vigueur de leur esprit et l'intégrité de leurs sens. Que de raisons pour chercher le bonheur dans une profession où l'on a tant de chances de le rencontrer!
Il est une autre profession dont nos voisins d'outremer connaissent bien toutes les importantes ressources, c'est celle du marin. A part les jouissances que procurent les voyages, l'avantage de parcourir la plus grande partie de la terre, de visiter les différents peuples, d'admirer la nature dans ses dispositions les plus variées, d'être enfin plus complet que les hommes qui passent toute leur vie sur une surface de quelques kilomètres, la marine, sous le rapport hygiénique, présente d'excellentes conditions.
L'atmosphère maritime est de la plus grande pureté, elle est exempte de ces miasmes qui se dégagent sur la terre de nombreux foyers d'infection. La température est plus égale en pleine mer que sur terre, car celle du jour est moins différente de celle de la nuit. Dans le vaisseau, il est vrai, l'air n'est bien pur que sur le pont, mais chaque jour de nombreuses améliorations sont apportées à l'hygiène de l'habitation, et le fiuix-pont, la cale elle-même sont disposés de manière à recevoir l'air et la lumière. Enfin, le régime régulier des marins, la liberté de mouvements qu'ils trouvent dans leur costume, les travaux mêmes auxquels ils se livrent contribuent au maintien de la santé. Les matelots fournissent des exemples remarquables de longévité, eten Angleterre on a établi par des calculs que la mortalité est moins considérable chez eux que parmi les classes ouvrières
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prises au même âge dans les villes. Il est donc probable que tous les avantages attachés à la profession maritime seront de plus en plus appréciés en France, et que nous verrons la jeunesse Tembrasser avec ardeur.
Lorsque l'exercice ou le travail ont rempli la plus grande partie du jour, il est important, pour réparer les forces, de se livrer au sommeil. Fixer la durée du sommeil nécessaire à chacun est presque impossible , car, tandis que beaucoup de personnes se trouvent bien de dormir six ou sept heures, il en est d'autres pour lesquelles cette mesure est trop large ou insuffisante. C'est donc à chacun qu'il appartient de régler la durée de son sommeil et de la mettre en rapport avec l'âge, la constitution, les travaux auxquels on se livre, etc. Il est toutefois un précepte important qu'on ne doit pas oublier, c'est l'obligation de se livrer au sommeil pendant la nuit et non pendant le jour; à cette condition seule le sommeil est réparateur et bienfaisant. Dormir plus qu'il n'est nécessaire est une coutume qui nuit à la santé, et on a d'ailleurs calculé qu'en se levant deux heures plus tôt^ on a vécu, au bout de quarante ans, 20,200 heures de plus, c'est-à-dire 3 ans jours 16 heures; cela vaut bien la peine de bannir la paresse de ses habitudes.