VINQT ET UNIÈME LEÇON
Importance de la connaissance des causes des maladies. — Du manque de propreté. — Lavage du corps. — Les lotions remplacées par les bains. — Température du bain chaud.
— Danger du bain trop chaud. — Avantages du bain tempéré. — Le bain est favorable à tous. — De la fréquence du bain; conseils aux ouvriers. — Quel est le moment à préférer pour prendre le bain. — Précautions importantes.
— Durée du bain. — Du bain froid. — Comment doit-on entrer dans le bain. — Moment auquel on doit quitter le bain froid ; soins qui doivent suivre. — Meilleur moment de la journée pour prendre le bain froid. — Conseils à suivre. — Quels sont ceux qui doivent s'abstenir. — Abus des bains froids. — Danger des bains très-froids.
L'étude des lois de Thygiène nous conduit directement à une connaissance extrêmement importante, celle des causes des maladies. Est-il en effet quelque chose de plus précieux que de pouvoir préciser les circonstances qui viennent rompre l'équilibre des fonctions et produire la maladie? Malheureusement, quels que soient l'état avancé des sciences, les données de l'expérience et la rectitude du jugement, nous ne pouvons arriver à connaître les causes de toutes les maladies, ce qui nous met dans l'impossibilité de les éviter d'une manière complète. Cette difficulté de connaissances exactes doit
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nous rendre plus chères celles que nous possédons, et nous pouvons au moins nous prémunir contre un certain nombre de causes qui tendent à détruire la santé.
Le manque de propreté du corps est une cause trèspuissante de maladies, aussi voit-on non-seulement certaines-affections de la peau, mais beaucoup d'autres états morbides survenir chez les personnes qui négUgent les soins de propreté. Lorsque la peau est habituellement couverte soit par un corps étranger qui y adhère, soit par le produit de ses propres excrétions, ses fonctions languissent et la santé finit par être troublée. En eifet, si on couvre le corps d'un animal d'un vernis imperméable étendu sur toute la surface cutanée , cet animal ne tarde pas à succomber, mais au lieu d'un vernis qui recouvre la peau, si cette membrane est en partie couverte par la saleté, ce n'est plus la vie qui cesse, mais c'est la santé qui disparaît.
Le moyen de remédier aux inconvénients que nous venons de signaler est bien simple et connu de tous, c'est !e lavage. Plusieurs modes de lavages peuvent être employés pour la propreté du corps ; le plus simple et celui qui est à la portée des gens les plus malheureux consiste en lotions faites à l'eau froide, à l'aide d'une éponge. Ces lotions renouvelées chaque matin et exécutées rapidement lorsque la saison est froide, et plus longuement lorsqu'elle est chaude, ont un double avantage : celui de débarrasser la peau des impuretés qui se trouvent à son contact, et celui non moins précieux d'agir sur la constitution tout entière comme moyen stimulant et tonique. L'usage de ces lotions ne saurait être
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trop recommandé, il est presque toujours favorable à la santé, et une foule de gens lui doivent, en partie, la vigueur dont ils sont doués. Il n'y a guère de contre-indication que pour les très-jeunes enfants, les vieillards et les convalescents.
Dans l'hiver, les lotions peuvent être faites à l'eau tiède, mais alors le bain entier leur est bien préférable. L'usage des bains d'eau chaude reiTionte aux temps les plus reculés; on sait que leur prescription avait sa place dans les codes civils et religieux des anciens, et que les bains publics étaient multipliés et construits avec un soin tout particulier. De nos jours, les bains sont loin d être négligés, au moins dans les grandes villes ; de nombreux établissements sont ouverts aux baigneurs, et les gouvernements eux-mêmes favorisent la construction des bains et lavoirs publics ; cependant beaucoup de personnes ignorent les préceptes les plus indispensables, qui se rattachent au bain, et quelques renseignements à cet égard sont utiles à publier.
Le bain chaud se prend ordinairement dans l'eau chauffée à une température modérée, c'est-à-dire entre + 28° et + 35° centigrades. On ne peut préciser exactement le degré auquel le bain doit être pris, car certaines personnes le supportent beaucoup plus chaud que d'autres; la sensation que l'on y éprouve doit servir de guide : si l'on frissonne dans le bain, il est trop froid, quel que soit d'ailleurs le degré indiqué par le thermomètre.
Lorsque le bain est trop chaud, il peut produire immédiatement des accidents assez sérieux ; la peau de-
vient rouge et gonflée, le sang afflue sur toute la surface du corps, la face est animée, les yeux injectés, la téte douloureuse, les artères des tempes battent avec force, la respiration est anxieuse et opprimée. Si le bain se prolonge, il survient des vertiges, la téte semble lourde, l'intelligence s'altère et l'apoplexie devient imminente. On voit par ce tableau très-abrégé quels sont les dangers que peut faire courir le bain très-chaud, et combien on doit éviter de s'y exposer. Après le bain, quelque courte qu'ait été sa durée, le malaise peut persister et se transformer en une maladie sérieuse.
Lorsque le bain chaud a une température convenable, il produit au contraire une sensation de bien-être qui est très-agréable, la douce chaleur qui se fait sentir à la peau semble se communiquer aux organes intérieurs, une tendance au sommeil se manifeste, et les frottements exercés sur la peau détachent de nombreux débris d*épiderme qui viennent flotter à la surface de l'eau. Ce dernier résultat n'est pas un des moindres avantages du bain chaud, car indépendamment de l'effet favorable qu'il produit sur l'économie, il dégage la peau de tout ce qui peut nuire à ses fonctions
Le bain chaud convient à tous les âges et à toutes les constitutions ; toutefois, s'il est utile à tous, il est absolument indispensable pour certains individus : ceux qui exercent des professions qui salissent la peau doivent surtout y recourir souvent. Les ouvriers qui préparent ou emploient des substances délétères susceptibles de s'attacher à la surface cutanée, évitent souvent par ce moyen des maladies qui résultent de l'absorption du
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poison ; c'est ainsi que dans ces derniers temps les enquêtes qui ont eu lieu au sujet du blanc de zinc et du blanc de plomb ont prouvé que cette dernière substance détermine beaucoup moins d'accidents qu'autrefois, depuis que la propreté la plus rigoureuse est exigée des ouvriers. Les personnes qui éprouvent fréquemment une grande fatigue soit physique, soit intellectuelle, trouvent dans le bain tempéré un puissant moyen de soulagement. Il est également très-favorable aux hommes nerveux ou bilieux , aux femmes pendant leur grossesse, et même aux nourrices, quoique les croyances populaires affirment le contraire.
Le bain doit-il être fréquemment renouvelé? Oui, le bain employé comme moyen de propreté doit être pris assez souvent, c'est-à-dire une fois par semaine. Lorsque les ouvriers ont terminé leurs travaux de la semaine, ils feraient certes une chose éminemment intelligente et favorable à la conservation de leur santé, en prenant un bain qui ne leur coûterait qu'une faible somme, plutôt que de se livrer à des dépenses beaucoup plus fortes et beaucoup moins raisonnables. Cependant, les bains trop répétés diminuent le ressort de la peau, la rendent trèsimpressionnable à Tair et abattent les forces musculaires. Il en est donc des bains comme de toutes les bonnes choses, il ne faut pas en abuser; dans certains cas de maladie seulement les bains peuvent être multipliés selon les indications.
On doit prendre le bain à jeun, ou au moins deux heures après le repas, et mieux trois heures , afin que l'on soit certain que la digestion est bien faite. Si le
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corps est plongé dans l'eau avant que les aliments que Ton a pris auparavant ne soient complètement digérés, il peut en résulter de graves accidents; on a vu survenir
I dans ce cas des indigestions morlelles. Le moment le plus favorable pour prendre le bain chaud est le soir,
I immédiatement avant le coucher. Dans le jour, quelque précaution que l'on prenne pour bien sécher la peau, elle conserve toujours un peu d'humidité, et comme elle a été nettoyée des substances étrangères qui se trou-
I valent à sa surface, dégagée des débris d'épiderme et de
j quelques matières grasses, elle est très-impressionnable à l'action de l'air. La chaleur du lit, qui se prolonge nécessairement pendant plusieurs heures, pare à tous les
! inconvénients, et à moins que la saison ne soit trèschaude, elle est indispensable pour que le bain soit bienfaisant.
Quelques précautions sont utiles pour prendre le bain chaud : lorsque l'on s'est assuré que la température de l'eau est convenable, que cette eau, ainsi que la baignoire qui la contient, sont parfaitement propres, il est bon de plonger d'abord les pieds et les jambes seuls pendant quelques minutes, afm que cette sorte de bain de pieds empêche le sang d'affluer vers la tête. Pour peu que l'on soit prédisposé aux congestions cérébrales, et que l'on éprouve la moindre suffocation , il faut appliquer sur le front un linge en plusieurs doubles ou une î éponge imprégnés d'eau froide que l'on gardera ainsi pendant la durée du bain. Avant de sortir de la baignoire, et pendant que l'on essuie la moitié supérieure du corps, il est toujours avantageux de laisser séjourner
les pieds dans de Teau passablement chaude pour les mêmes raisons qui indiquent de commencer par l'immersion des extrémités inférieures.
La durée du bain doit être d'environ une heure; plus courte, elle est généralement insuffisante pour que l'épiderme se ramollisse et se gonfle, et pour que la peau soit bien nettoyée ; plus longue, elle détermine de l'affaiblissement, et les personnes d'une constitution débilo ne peuvent même supporter le bain plus d'une demiheure ou trois quarts d'heure. Les enfants très-jeunes et les vieillards doivent prendre des bains très-courts, il leur suffit généralement de vingt minutes de séjour dans l'eau tiède pour en obtenir de très-bons résultats et éviter les inconvénients.
Dans l'été, le bain de rivière ou même le bain de mer peuvent remplacer avantageusement le bain chaud. C'est lorsque les chaleurs durent depuis au moins quinze jours que l'eau acquiert une température suffisante pour que l'on puisse prendre des bains froids. Cette espèce de bain est très-avantageuse, car dans la saison convenable le bain froid enlève à la peau le calorique en excès qui l'accable, donne du ton à toutes les fonctions, restaure les forces musculaires et agit aussi comme moyen de propreté. Cependant la peau n'est pas aussi exactement nettoyée que par le bain chaud, et si le bain de rivière n'est pas fréquemment renouvelé, il est indispensable de frictionner la peau avec du savon ou toute autre substance susceptible de la débarrasser de ses souillures.
Ainsi que le bain chaud, le bain froid réclame certaine s précautions; ici ce ne sont plus les pieds qui doivent
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êLre immergés les premiers, mais la partie supérieure du corps, lorsque l'on est habile nageur et que l'on peut s'élancer sans crainte la tête la première. Si l'on n'a pas l'habitude de la natation, il faut au moins commencer l)ar mouiller la tête avec soin, soit en y appliquant un linge imprégné d'eau, soit à l'aide de la main.
L'exercice de la natation est aussi très-avantageux pour la santé, et il permet au baigneur de séjourner plus longtemps dans l'eau. Il est toutefois difficile de préciser la durée que doit avoir le bain froid, car tel individu peut y rester un temps considérable , tandis que tel autre y grelotte au bout de dix ou quinze minutes. On peut cependant poser en principe que le bain doit être abandonné aussitôt qu'il détermine la moindre souffrance.
En sortant du bain froid , il faut essuyer la peau vigoureusement, la sécher exactement, puis se livrer à une marche modérée qui appellera le sang dans les membres et facilitera une réaction salutaire.
C'est le matin ou le soir qu'il est plus avantageux de prendre le bain froid ; on ne doit le prendre dans le milieu de la journée que si on a la possibilité de se baigner à l'ombre. Quel que soit le moment que l'on choisisse, il faut toujours éviter que la peau soit en transpiration, c'est une précaution vulgaire que l'on peut souvent braver impunément, mais qu'il est toujours sage d'ob- ^:erver. Il en est de même de celle qui consiste à attendre que la digestion soit accomplie avant d'entrer dans l'eau froide, il n'est pas d'année qui ne compte quelques victimes de l'inobservance de cette règle.
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Il est peu de personnes qui ne retirent un véritable avantage du bain froid, cependant les très-jeunes enfants et les vieillards en sont souvent incommodés, et il faut pour eux en être très-sobre. Les convalescents et les individus d'une constitution très-faible ne sauraient s'y livrer sans imprudence, car chez eux la réaction est lente et difficile, et le bain tiède leur est plus favorable,
11 ne faut pas abuser des bains froids ; lorsqu'ils sont trop multipliés, ils produisent de la courbature, des douleurs des membres et des articulations, de l'insomnie, des éruptions, et quelquefois de véritables maladies. Il est cependant beaucoup de personnes qui peuvent impunément user du bain froid tous les jours pendant la belle saison. Règle générale, si leur usage détermine quelque malaise, il doit être suspendu, car au lieu d'y trouver un secours hygiénique, on ne tarderait pas à y acquérir la perturbation de la santé.
Le bain trop froid est toujours dangereux, et lorsque le baigneur éprouve un tremblement convulsif, que ses membres s'engourdissent, que les traits de son visage sont altérés, que ses dents font entendre un claquement, il doit quitter immédiatement le bain , n'y fùt-il resté qu'une minute, car il court alors des dangers qui ne cessent pas même après sa sortie du bain.
Telles sont les règles les plus générales qui doivent présider à l'emploi des bains, et qui sont d'autant plus inv portantes à connaître que le bain est indispensable à la conservation de la santé.