‹ Cours élémentaire d'hygiène en vingt-cinq leçons [electronic resource]Chapitre 16 sur 19 · VINGT-DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

De la propreté de la tête. — Le chapelet des petits enfants ; croyances erronées et conseils. — Des gourmes ; les dangers auxquels elles exposent. — Les poux ; préjugés à leur égard ; comment on les détruit. Soins indispensables chez les adultes. — Nécessité aussi grande pour les vieillards. — De la propreté du visage et de celle des oreilles. — Soins que réclament les oreilles; il faut éviter leur exagération.— Où conduit le défaut de propreté ; anecdote curieuse. — De la propreté des mains ; dangers à éviter; le lavage doit être fréquent. — Avantages de la propreté des pieds. — De la transpiration des pieds. — Gomment on doit couper les ongles des orteils.

Les soins de propreté que Ton doit donner à la tête et aux cheveux qui la recouvrent occupent un rang important dans les règles de l'hygiène ; non-seulement la peau de la tête participe à toutes les fonctions de l'enveloppe cutanée, dont elle est une partie , mais ses fonctions sont très-actives , et elle est, en quelque sorte, le terrain dans lequel pousse la chevelure. Les soins qui regardent cette partie du corps doivent commencer dès les premiers jours de la naissance et ne s'arrêter qu'avec la vie.

Chez les jeunes enfants, la tête est souvent recouverte d'une crasse naturelle à laquelle on donne vulgaire-

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ment le nom de chapelet; la plupart de ceux qui élèvent les enfants craindraient de faire disparaître cette crasse et pensent qu'elle est une sorte d'enveloppe protectrice pour le cuir chevelu si délicat dans le jeune âge. Une réflexion bien simple pourrait cependant faire réfléchir les parents qui pensent ainsi ; tous les petits enfants ne sont pas pourvus du chapelet , et cependant ceux chez lesquels il manque s'élèvent aussi bien que les autres. C'est qu'en eff'et, la nature n'a pas voulu nous astreindre dès le commencement de notre existence à porter une malpropreté aussi apparente. On se trouve donc toujours bien de détruire le chapelet des enfants à l'aide d'une brosse en chiendent avec laquelle on frotte leur petite tête plusieurs fois par jour. Si le brossage est insuffisant, on a recours aux onctions avec l'huile d'amandes douces qui ne tardent pas à nettoyer la tête.

Lorsqu'on laisse le chapelet s'accumuler, il arrive souvent que la peau rougit et s'enflamme, et que des éruptions connues sous le nom de gourmes ne tardent pas à survenir. Ces gourmes s'étendent parfois sur le visage, font gonfler les glandes du cou et causent aux enfants beaucoup de démangeaisons et de souff"rances. Efles sont aussi l'objet d'un autre préjugé de la part des parents qui prétendent qu'elles sont nécessaires à la santé future de leurs enfants, et quand le médecin conseille de s'occuper de leur guérison, il ne manque pas de ti^ouver une vive opposition de la part d'une foule d'ignorants. Si on l'écoute, et que quelque maladie grave vienne frapper l'enfant, fût-ce une année ou deux

après, on ne manque pas de l'accuser. Cependant l'incurie des parents les conduit souvent à de bien tristes résultats. Nous avons vu un jeune enfant, dont toute la face était cachée sous une seule croûte, rester plusieurs mois dans cet état, parce que ses parents prétendaient que c était sa santé , et lorsque la guérison arriva , on s'aperçut que le pauvre petit être avait perdu un œil, et que l'autre était en très-mauvais état.

Les maladies du cuir chevelu, causées par le manque de soins, conduisent à un autre résultat : la production des poux. Aussitôt que quelques-uns de ces parasites sont logés sur la tête d'un enfant , ils y pullulent avec une effrayante rapidité, se cachent sous les croûtes ou gourmes où il est très-difficile de les poursuivre. Lorsque les poux sont très-nombreux, ils causent aux enfants une démangeaison insupportable, produisent l'insomnie et un agacement nerveux très-marqué.

Cependant le préjugé qui consiste à croire que l'on ne doit pas détruire les poux est encore très-répandu, et on voit des mères ne peigner qu'avec crainte la tête de leur enfant couverte de ces parasites, parce qu'elles s'imaginent que leur présence est utile, qu'ils tirent l'humeur^ comme elles disent. Les poux ne sont jamais utiles, ils sont le résultat de la malpropreté et ils ne vivent que par la malpropreté. Ceux qui partagent les absurdes croyances que nous combattons doivent donc écouter les médecins plus expérimentés qu'eux, et ne pas faire endurer à leurs enfants un supplice inutile et quelquefois dangereux.

Les poux peuvent être détruits par des moyens bien

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simples : on commence par diminuer la longueur des cheveux s'ils sont trop longs et couverts de lentes, on les peigne fréquemment au peigne fin, et on lave à plusieurs reprises le cuir chevelu avec une décoction de petite centaurée ou avec de l'huile de lavande. On emploie aussi avec succès pour cet usage la graine de persil pulvérisée ou la poudre de semences de staphysaigre ; cette dernière substance fait mourir les poux assez rapidement ; il suffit, pour arriver à ce résultat, d'en saupoudrer les cheveux et la peau de la tête.

Chez l'adulte, la tête a besoin de soins quotidiens qui contribuent à la conservation de la chevelure. Il est vrai que l'habitude de porter les cheveux courts rend ces soins beaucoup plus faciles aux hommes, et qu'il est rare de rencontrer, même parmi les moins soigneux, des cheveux complètement négligés. Il n'en est pas de même chez certaines femmes , leurs cheveux incomplètement peignés chaque jour laissent accumuler sur la peau de la tête les pommades dont elles se servent et les poussières qui viennent s'y joindre, et lorsque le cuir chevelu est malade, les cheveux tombent et quelquefois ne repoussent jamais. Il est donc nécessaire que la tête soit peignée très-soigneusement au peigne fin, et il faut de temps à autre employer quelques substances qui enlèvent les matières grasses.

Les vieillards doivent apporter la plus grande exactitude aux soins de la tête, non-seulement parce que cette précaution fait partie de toutes celles qui contribuent à préserver leur existence, mais aussi afin de conserver les cheveux qui leur restent. L'emploi des toupets, perru-

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ques, chevelures artificielles de tout genre est sujet à beaucoup d'inconvénients; un léger bonnet de soie nous paraît préférable dans le cas où une sensibilité particulière exige que la tête soit garantie contre les variations de la température. Dans tous les cas, la propreté la plus minutieuse doit présider à tous ces soins, elle est le fard des vieillards.

Il est une partie du corps qui est généralement tenue assez proprement, c'est le visage. Bien peu de personnes manquent à pratiquer des ablutions sur le vîsage , au moins le matin ; celles chez lesquelles manquerait ce sentiment d'amour-propre qui fait que nous avons répu^ gnance à porter sur le front les marque» de notre négligence seraient incurables. Les ablutions sur le visage faites le matin, peu de temps après le réveil, produisent d'ailleurs une sensation de bien-être qui invite à les répéter. Certaines parties du visage sont cependant négligées quelquefois, et les oreilles, par exemple, ne sont pas nettoyées avec tout le soin qu'elles exigent. Ces organes présentant des plis nombreux au dehors et un conduit profond au dedans ont besoin d'une attention spéciale, le linge mouillé ou Téponge doivent fouiller avec exactitude tous les sillons du pavillon de l'oreille, et le conduit auditif doit être dégagé chaque jour du cérumen qui tend à l'obstruer.

Toutefois, cette dernière opération demande une certaine adresse, car les personnes qui enfoncent trop profondément un corps étranger dans le conduit de l'oreille s'exposent à déterminer l'inflammation de la membrane qui le tapisse, et à produire des écoulements qui pèuveiit

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compromettre l'audition. Le cure-oreille porté trop profondément dans ce conduit a quelquefois occasionné des lésions qui ont donné lieu immédiatement à une surdité incurable. Il est donc bon de se prémunir contre un pareil excès de zèle afin d'en éviter les conséquences.

Le défaut de propreté du conduit des oreilles produit nécessairement l'accumulation de cette matière jaune que l'on appelle le cérumen , elle finit alors par durcir, et l'ouïe se trouve complètement abolie jusqu'à ce que ce conduit ait été dégagé. Cet accident, qui semble presque impossible aux personnes bien élevées des villes, est cependant très-commun dans les campagnes ou parmi les soldats qui passent leur vie dans les camps. L'anecdote suivante, racontée par le docteur Munaret, donnera une idée exacte de l'incurie de certains paysans :

« L'otite et la surdité du paysan sont dues, comme je vous l'ai déjà dit, à l'accumulation et la concrétion du cérumen dans les oreilles. Cette opinion n'est pas la sienne, car il attribue son mal d'oreilles à une béte (puce, moucheron ou autre] qui s'y est introduite et y caserne. Une semblable erreur naît des bourdonnements qui accompagnent l'obturation du conduit auditif externe, lesquels, en le fermant au bruit du dehors, rendent l'organe plus sensible aux mouvements nés de la vie.

(( Un paysan vint un jour me consulter, et m'avoua qu'il était allé voir un autre médecin ; mais, ajouta-t-il, il n'a pas connu mon mal, car il m'a soutenu que ce n'était pas une béte que j'avais dans les oreilles, mais de la cire! Et la preuve, c'est qu'il a ôté cette cire, ce que je

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pouvais faire aussi bien que lui, et que ma bête continue à bourdonner comme auparavant. Cette confidence m'illumina, comme aurait dit Bossuet, et la visite de ses oreilles m'ayant appris en effet que mon confrère s'était contenté d'enlever la couche la plus superficielle du cérumen, et que ce qu'il en restait était presque rebelle à l'instrument, je lui répondis que j'avais vu sa bête^ et que nous parviendrions à la détruire, moyennant sa patience, ce qui fut promis. Et je commençai par des injections d'eau tiède. Quelle est cette eau, me demanda-t-il. Si je lui avais avoué que c'était bonnement de Teau, le prestige s'envolait, et sa patience avec. — C'est une eau bien forte^ mon ami, car j'espère qu'elle fera fondre et tomber en morceaux votre hêie^ sans faire souffrir ni endommager vos oreilles... mais, je vous le répète, il faut lui donner le temps d'agir, il faut de la patience... et la tête appuyée sur une table, pour que chaque oreille pût garder les injections jusqu'à l'entier ramollissement du cérumen. J'annonçai que la bête était morte, décomposée même, et je procédai au complet curage de chaque conduit auditif externe. — 0 puissance d'une foi vive! mon homme reconnut si distinctement les pattes, les ailes et le tronc de l'insecte chimérique, dans les fragments du cérumen, qu'il voubit les conserver. — A présent, lui dis-je, vous êtes guéri; mais rappelez-vous que cette espèce de hête aime !a cire et en vit ; il faut donc vous nettoyer les oreilles de temps en temps ; voilà mon secret pour vous en préserver,

(( Quelques mois après, je fis la renconlre de mon opéré.— Je suis comme en paradis, monsieur le médecin ;

plus de bête, mais aussi j'ai suivi votre conseil ; je me cure les oreilles, et j'ai voulu même que tout mon monde en fît autant.

« J'ai guéri d'une manière aussi radicale nombre d'autres otites nées de la malpropreté. »

Recommander la propreté des mains semble une chose tout à fait banale, et cependant, dans certaines circonstances, l'oubli de cette propreté détermine de nombreuses maladies. Il n'est pas rare d'observer dans les bôpilaux des affections des yeux, du nez ou des oreilles, qui se sont produites parce que les doigts salis par un corps irritant ont été portés sur ces organes. Il est moins rare encore de voir des dartres très-rebelles siéger sur les mains, qui auraient été évitées, si ceux qui les portent avaient eu soin de ne pas laisser longtemps au contact de leur peau des matières acres ou corrosives. Ceux qui exercent certaines professions sont malheureusement obligés de manier des substances irritantes, mais, avec beaucoup de soins, ils peuvent éviter le danger. Mais quelles que soient les occupations de chaque jour, il est indispensable d'opérer le lavage des mains le matin en se levant, le soir avant le coucher, avant et après chaque repas ; cette règle hygiénique est plus importante qu'elle ne le paraît.

La propreté des pieds a besoin d'être vivement recommandée dans une certaine classe d'individus qui la négligent soit par indifférence, soit parce que leur négligence échappe à tous les yeux. Qu'ils sachent bien que les cors, durillons, œils de perdrix, etc., reconnaissent très-souvent pour origine le manque des soins qui

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sont nécessaires pour les pieds, et que pour quelques minutes bien employées chaque jour ils peuvent souvent s'épargner des années de souffrance. Les pieds se salissent d'ailleurs très-facilement par la marche, des poussières pénètrent constamment au travers des tissus qui les recouvrent, et ils sont comme le reste du corps sujets à une transpiration qui est augmentée par l'exercice. Les personnes chez lesquelles l'excès de cette transpiration constitue une sorte d'infirmité, doivent redoubler de soins de propreté, changer très -souvent de chaussettes et porter des chaussures légères ; dans le cas contraire, elles sont un objet de dégoût pour ceux qui les entourent. Ces soins sont d'autant plus nécessaires que cette infirmité ne demande pas à être combattue et que l'habitude de la supporter depuis de longues années fait souvent oublier à ceux qui en sont atteints qu'ils sont très -incommodes pour les autres.

Couper les ongles des pieds semble une chose toute naturelle et qui ne doit jamais être négligée ; cependant une foule de gens, et cela paraît incroyable^ n'ont jamais coupé les ongles de leurs pieds. Ils s'usent, se cassent, poussent d'une manière vicieuse, peu leur importe ; il en résulte les difformités les plus extraordinaires qui rendent la marche excessivement pénible.

Nous pourrions raconter à ce sujet un fait des plus curieux que nous avons observé à l'hôpital de la Pitié, et qui ferait bien le pendant de l'histoire du docteur Munaret , mais cela nous entraînerait trop loir^

Non-seulement les ongles des pieds doivent être fréquemment coupés, mais ils doivent l'être d'une certaine

façon, car ils jouent un rôle important dans la marche. On ne doit pas les tailler trop court ; l'extrémité de chaque ongle atteignant presque celle de l'orteil, celuici y trouve un point d'appui très-utile. 11 faut aussi que l'ongle soit coupé carrément, que ses angles ne soient que très-légèrement abattus, afin d'éviter cette douloureuse maladie que l'on appelle ongle incarné ou ongle rentré dans les chairs.

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