VINGT-TROISIÈME LEÇON
Nécessité des soins à donner à la bouche. — Erreur populaire. — Importance de la conservation des dents. — Ce qu'il faut faire pour conserver les dénis, — Soins habituels. — Les passions sont de grandes causes de maladie. — Orgueil, vanité, ambition. — Influence de l'orgueil sur la santé. — La vanité n'est que ridicule. — Comment la haine agit sur l'organisation de l'homme. — Conseils pour la maladie appelée la haine. — Effets produits par la jalousie. — La colère. — Des maladies graves et même la mort peuvent en être le résultat. — Moyens préservatifs contre la colère.
Les soins hygiéniques que l'on donne à la bouche peuvent éviter plusieurs maladies douloureuses et rentrent d'ailleurs presque complètement dans les règles les plus simples de la propreté. Les personnes dont la bouche est bien soignée ont un aspect agréable et n'inspirent aucun dégoût quel que soit leur âge ou le petit nombre de dents qu'elles possèdent ; celles au contraire qui négligent ces sortes de soins ont quelque chose de repoussant, c'est avec peine qu'on leur voit ouvrir la bouche pour parler ou pour manger, on détourne les yeux à leur approche et on se soustrait avec soin aux émanations que produit leur haleine. Ce qu'il y a encore de plus pénible
214 COURS d'hygiène.
pour ceux qui se trouvent en contact journalier avec les personnes qui oublient de s'occuper de leur bouche, c'est l'espèce d'indifférence dans laquelle vivent ces dernières; habituées à voir graduellement se détériorer cet organe important, elles seules ignorent leur infirmité et la répulsion qu'elle inspire, de sorte qu'elles persistent à tout jamais dans cette situation dégoûtante. Une erreur très-répandue sur l'impureté de l'haleine est celle qui consiste à la considérer comme le résultat d'un état maladif de l'estomac ; très-rarement elle a une autre cause que la négligence des soins de la bouche, et c'est à tort que l'on cherche ainsi ou une excuse ou une explication qui ne repose sur rien de certain ; que ceux qui ont l'haleine fétide commencent par pratiquer les soins dont nous parlons et ils verront presque constamment disparaître ce triste inconvénient.
Ce n'est pas tout, la négligence des soins de la bouche produit l'altération des dents et entraîne nécessairement leur perte, et les dents sont des organes tellement utiles que leur destruction fait le désespoir de ceux qui viennent à les perdre. En effet, les dents ne sont pas seulement un ornement pour le visage, elles servent encore à prononcer les mots avec netteté, et ont surtout pour mission importante, la trituration des aliments. Ainsi beauté et utilité tels sont les avantages de la conservation des dents. Cependant beaucoup de personnes ignorent quels sont les soins à donner à la bouche pour empêcher l'altération des dents, et presque toutes ne les connaissent qu'imparfaitement.
Pour conserver les dents il faut d'abord ne jamais
COURS d'hygiène. 215
boire alternativement très-chaud et très-froid, à très-peu d'intervalle. Il faut éviter l'usage des acides, tels que ceux du vinaigre, du citron, etc. Ne jamais briser avec les dents, par une vanité ridicule, des corps durs tels que des pièces de monnaie ou des métaux quelconques.
I Enfin il est nécessaire de leur accorder certains soins dont nous parlerons plus loin. Si beaucoup de personnes encore jeunes sont privées de leurs dents, c'est généra-
I lement à cause de l'indifférence que l'on apporte aux soins à donner à la bouche, et on ne connaît habituellement le prix des dents que lorsqu'on en a perdu plusieurs.
Si Ton boit chaud et froid alternativement, les dents se fendillent ou deviennent malades. Si Ton abuse des acides, l'émail se ramollit et les dents ne tardent pas à s'altérer. Lorsque l'on fait avec les dents certains tours I de force, elles s'ébranlent ou se brisent. Et lorsque, tout en évitant ces imprudences, on ne soigne pas sa bouche avec exactitude, il est rare que l'on conserve toutes ses dents.
Quels sont les soins habituels qu'il faut donner à la bouche?
Après chaque repas, il est important de se gargariser la bouche avec de l'eau, afin qu'il ne séjourne pas d'aliments dans les interstices des dents. Lorsque ces débris d'aliments restent logés très-longtemps entre les dents, pendant toute une nuit, par exemple, ils finissent par altérer la pureté de l'haleine et par leur contact prolongé attaquent Fémail de la dent.
En outre, les dents doivent être chaque matin bros-
216 COURS d'hygiène.
sées avec soin , soit avec une brosse imprégnée d'eau pure, soit mouillée d'un liquide favorable à la conservation des dents. La brosse ne doit être ni trop molle ni trop dure, afin que d'une part elle puisse enlever le corps limoneux qui couvre la dent au matin, et que de l'autre elle ne déchire pas les gencives. Les dents doivent être brossées, les supérieures de haut en bas et les inférieures de bas en haut, c'est le moyen de ne pas les déchausser de leurs gencives et de faire pénétrer la brosse jusque dans les intervalles qui les séparent. On peut cependant terminer cette opération en passant, à plusieurs reprises, la brosse en travers, à la manière vulgaire de la toilette des dents, mais il faut alors éviter avec soin de froisser les gencives. Ces dernières sont pour les dents des organes de protection, elles demandent aussi à être ménagées afin de conserver les dents qu'elles entourent.
Tels sont les soins à donner habituellement à la bouche, et au moyen desquels on arrivera nécessairement à éviter les principales causes de destruction des dents. Malheureusement ils sont souvent négligés par beaucoup de personnes, et il n'est pas rare de voir des gens âgés, surtout en dehors des grandes villes, qui n'ont jamais brossé leurs dents. C'est alors que ces organes s'encroûtent d'une matière dure et terreuse qui n'est autre chose que du tartre, laquelle se loge entre la gencive et la dent, et finit par chasser cette dernière de la cavité qui la contient.
Il est un autre ordre de causes des maladies qui a une influence considérable sur la santé et sur la durée de la
COURS D*HTG1ÈNE. 217
vie : cet ordre, qui n*appartient plus aux fonctions matérielles, mais à la vie affective et intellectuelle, est tous les jours mis en relief par les passions; aussi les médecins, constamment à même de voir les effets funestes du moral sur le physique, sont-ils, naturellement, les plus intelligents moralistes du monde. Non-seulement les maisons d'aliénés sont pleines de malades que leurs passions ont conduits à un état d'incurabilité désespérante, mais une foule de maladies que nous attribuons souvent à d'autres causes sont dues à celles dont nous allons parler.
Les deux modes d'existence affectif et intellectuel qui mettent l'homme en rapport avec lui-même et avec ses semblables et le placent au premier rang parmi les êtres organisés, sont souvent Torigine de sa perte, ainsi que nous allons le voir. Il nous serait difficile cependant de passer en revue toutes les passions sans nous exposer à des redites, c'est pourquoi nous n'examinerons que les principales. En première hgne se présente l'Org^tieiY avec ses deux variétés la vanité et Yambition, Lorsque Torgueil n'est que modérément développé, lorsqu'il n'est que la manifestation de notre valeur, il traduit le sentiment d'une âme noble qui désire que l'estime des autres soit égale à celle dont elle se sent digne. Mais parfois la limite est facilement dépassée et l'orgueil prend alors le caractère d'une passion ; c'est dans ce cas que Torgueil devient une cause réelle de la perte de la santé, car s'emparant avec force de l'esprit, il subjugue la volonté de celui qu'il domine, influe sur toutes ses déterminations, le porte aux actions les plus blâmables, et le mal-
218 COURS d'hygiène.
heureux, dévoré par sa passion, voit les fonctions de la vie organique s'allanguir et se troubler. La santé est d'autant plus difficile à recouvrer qu'il n'y a plus ni repos, ni trêve, pour celui dont l'orgueil s'est emparé, la nuit même son sommeil est loin d'être réparateur, et il n'existe aucun médicament , aucune drogue qui puisse rétablir l'harmonie des fonctions.
Lorsque l'orgueil est associé à un caractère faible, à des moyens nuls, il devient delà vanité^ de la fatuité^ de la suffisance^ et celui qui est affligé de ce travers est tout simplement ridicule. Souvent il reconnaît intérieurement sa nullité, il fait des efforts inouïs pour la dissimuler aux autres, mais le travail auquel il se livre pour faire briller sa valeur d'emprunt n'est guère nuisible à sa santé. Cette variété sort donc du domaine de l'hygiéniste.
Lorsque l'ambition est portée à un haut degré d'exaltation , elle produit les mêmes désordres que l'orgueil , dont elle dérive, et nous avons déjà expliqué quels peuvent en être les résultats.
L'une des passions qui agissent le plus énergiquement sur l'organisation est la Haine. L'homme qui hait fortement est à ]a fois à plaindre et à blâmer : à plaindre, parce qu'il est atteint d'une maladie morale qui doit ruiner ses forces physiques et peut-être le perdre ; à blâmer, parce qu'il n'a pas su combattre cette fatale passion qui peut en faire un être dangereux. Dominé par le désir de la vengeance, par le besoin de faire du mal à son ennemi, il peut devenir criminel et se trouver tout à coup justiciable de la société. La civilisation,
COURS d'hygiène. 2119
l'éducation, les préceptes religieux et moraux font souvent abandonner à l'homme civilisé l'exécution de la vengeance; le sauvage seul poursuit son but, mais la haine n'en ronge pas moins celui dont elle a pris possession. C'est dans ce cas que l'on voit des hommes à constitution sèche, bilieuse, irritable, acquérir des maladies très-graves du système nerveux ; leurs digestions sont troublées , leur sommeil agité , diverses sécrétions sont altérées et bientôt tout à fait viciées.
Quel remède peut-on apporter à cette maladie physique et morale que l'on nomme la haine? On a conseillé le régime végétal, les bains tièdes, les distractions, les voyages ; on a employé rintervention delà religion, l'influence des conseils, on a même rangé la saignée au nombre des moyens à opposer à la violence du mal. L'homme haineux doit s'attacher de bonne heure à combattre sa passion, car s'il diffère, il pourra bien arriver trop tard , c'est-à-dire lorsqu'il aura compromis sa propre existence. Dans les premiers temps, c'est surtout les secours moraux qu'il doit invoquer, faisant la confidence de sa passion à des hommes sages, calmes et de bon conseil , ne lisant jamais ces poètes exaltés qui ont eu la malheureuse idée de chanter les jouissances de la haine et de la vengeance, mais méditant plutôt ces paroles aussi simples que touchantes d'un grand écrivain :
(( Vous n'avez qu'un jour à passer sur la terre, faites en sorte de le passer en paix. »
La Jalousie produit des effets à peu près semblables à ceux de la haine. Nous ne parlons pas de ce sentiment
220 COURS d'hygiène.
ombrageux qui se produit à Toccasion de l'amitié ou de Tamour, mais de cette jalousie qui nous porte à envier le bonheur d'autrui, nous fait convoiter les avantages dont il jouit. Cette variété de jalousie pourrait être désignée par le nom d'envie, car elle en a le caractère, et elle est quelquefois poussée à un tel point qu'elle produit les plus grands désordres sur la santé. Tout en procédant plus lentement que la haine, la jalousie n'en a pas moins une action puissante sm^ l'organisation.
La Colère n'a pas besoin d'être définie, tout le monde a au moins vu cet accès de délire pendant lequel celui qui l'éprouve peut se livrer aux plus grands excès. Cette passion brutale se produit par accès, et l'on conçoit qu'il serait difficile qu'il en fût autrement, car une colère longtemps prolongée tuerait nécessairement celui chez lequel elle se manifeste. Quoique passagère , la colère produit des phénomènes physiques très-importants : le sang se porte à la tête et s'accumule vers les organes intérieurs, les yeux sont brillants, rouges, le visage est très-pâle, quelquefois violet, les lèvres sont tremblantes et décolorées, les muscles de la face sont dans un état convulsif ; parfois il se produit en même temps et même après, des vertiges, des palpitations, des spasmes au creux de l'estomac, des douleurs de reins.
Au moment de la fureur, les accidents les plus graves peuvent survenir, et on a vu plus d'une fois la mort en être le résultat immédiat; mais lorsque l'accès est terminé, celui qui l'a éprouvé n'est pas à l'abri d'une maladie sérieuse, et les colères répétées manquent rarement de porter une atteinte sérieuse à la santé. Rien de plus
COURS d'hygiène. 221
fréquent que de voir un seul accès de colère produire l'apoplexie, une maladie du cœur, des crachements de sang, ia jaunisse, etc. ; pendant les jours qui suivent Taccouchement, une colère, même modérée, peut faire mourir la femme la plus forte.
Des moyens préservatifs peuvent être employés contre cette dangereuse passion qui, en outre des effets que nous avons signalée, peut conduire celui qui s'y livre au meurtre ou à quelque autre crime. Les individus doués d'une coîistituiion physique qui les porte à la colère doivent suivre un régime doux, faire usage d'aliments féculents, gélatineux, de boissons acidulées, boire peu de vin, ne prendre ni café ni liqueurs. En outre, on peut à Taide d'une ferme volonté vaincre la leadance à la colère ; lorsque l'on sent l'accès qui s'approche il faut résister avec énergie, et on aura la gloire de triompher^ c'est-à-dire de rester homme et de ne pas descendre au niveau de la brute. Il y a d'autant plus d importance à combattre la colère que cette maladie, comme toutes celles qui sont intermittentes, tend à se reproduire en proportion du rapprochement des accès. Au contraire, si on parvient à mettre beaucoup d'intervalle entre les paroxismes, on diminue la disposition à leur retour.
Tels sont les moyens que l'hygiène nous enseigne pour combattre des passions qui sont au nombre des plus grands fléaux de l'humanité et qui peuvent produire les maladies les plus graves.