‹ Cours élémentaire d'hygiène en vingt-cinq leçons [electronic resource]Chapitre 18 sur 19 · VINGT-QUATRIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIÈME LEÇON

Influence des professions sur les causes des maladies. — Du travail des enfants : citation éloquente. — Prescriptions de la loi. -—Motifs qui influent quelquefois sur la détermination du père. — Ce qu'il doit faire en présence de la faculté que lui laisse la loi. — Professions sédentaires. — Ouvriers des manufactures. — Professions qiii exposent à Faction des poussières minérales. — Professions qui exposent à Taction des poussières végétales ou animales. — Professions qui exposent à l'empoisonnement par les métaux. — Professions qui exposent aux émanations des matières animales en putréfaction. — Professions qui exigent l'emploi de beaucoup de force. — Professions à température élevée. — Professions qui exposent à l'humidité. — Professions qui fatiguent la vue. Des industries diverses et des ressources de l'hygiène.

Au nombre des causes des maladies, nous ne pouvons pas oublier l'influence des diverses professions et celle qu'elles exercent sur la durée de la vie. Déjà, en traitant de l'exercice et du travail , nous avons fait voir les avantages des professions navale et agricole pour l'entretien de la santé, nous nous proposons de démontrer qu'avec les secours de l'hygiène il ne serait presque pas de professions insalubres, ce qui diminuerait considérablement la maladie et la mortalité chez les ouvriers.

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La nécessité du salaire oblige les ouvriers à choisir de bonne heure une profession à leurs enfants, il en résulte quelquefois de graves abus. Aussi, avant la promulgation de la loi sur le travail des enfants, M. Michel Lévy écrivait-il dans la Gazette médicale : « Il est une catégorie de petits êtres que la misère des parents livre àTexploitation des besoins industriels; les manufactures, les usines, les ateliers sont remplis de ces ouvriers improvisés presque au sortir du berceau, dont les petits membres complètent^ par une activité forcée, le système des machines. Ces pauvres corps, à peine ébauchés dans leurs formes, à peine animés d'une force naissante, sont autant de ressorts ajoutés aux appareils qui fonctionnent dans les vastes laboratoires de l'industrie. L'enfant qui vient de naître et qu'une marâtre expose, meurt, ou recueilli à temps, réchauffé sur un sein d'adoption, il emprunte à la société la vie que lui devait sa mère ; mais l'enfant de l'ouvrier pauvre, jeté dans l'infime berceau où la misère le guide, ne grandira sous l'œil de la famille que pour désapprendre la famille dans la corruption de l'atelier ; il n'est protégé à sa naissance que poui" être exploité avant le temps. ))

Certes, celui qui écrivait ces lignes éloquentes faisait preuve d'un grand cœur , et montrait qu'il connaissait bien ce qui se passait alors dans les manufactures ; mais une loi est intervenue (loi du 22 mars 1841) qui fixe l'admission des enfants dans les fabriques à l'âge de huit ans, qui limite le travail effectif jusqu'à l'âge de douze ans à huit heures par jour, divisées par un repos, et qui interdit l'emploi des enfants avant l'âge de seize ans,

pour cause de danger et d'insalubrité, dans certains établissements que le gouvernement déterminera. De plus, l'expérience a démontré que ce n'est pas toujours la nécessité d'ajouter à leur gain, qui oblige les ouvriers à pousser leurs enfants dans les fabriques ; mais trop souvent, ainsi que Ta dit M. Villermé, dans les temps d'abondance, l'ouvrier refuse à sa famille le nécessaire pour aller dépenser tous ses gains au cabaret. A côté de cette triste habitude, on rencontre d'honorables exceptions, mais c'est malheureusement un fait assez général.

L'ouvrier, lorsqu'il est sur le point de livrer son jeune enfant au travail» doit donc auparavant faire un appel sérieux à sa conscience, et se demander si ce n'est point par sa faute que son gain ne suffit pas à sa famille. Dans le cas où sa conduite est ce qu'elle doit être , et lors même que l'aisance régnerait dans son intérieur, si l'enfant est vigoureux et bien constitué, il n'y a aucun inconvénient à l'habituer à un travail modéré; mais qu'il songe bien que si la loi a fixé à huit ans le minimum d'âge pour l'enfant , elle n'a pu prendre en considération le développement de la force physique, qui est loin d'être le même chez les enfants du même âge. A huit ans, il existe souvent chez l'enfant des causes de faiblesse, l'époque de la deuxième dentition est passée depuis peu de temps, les os sont quelquefois faibles et prêts à se courber sous une mauvaise influence, la croissance qui s'accélère demande des ménagements, et il peut être dangereux pour beaucoup d'enfants de rester dans l'immobilité auprès des machines, de garder des attitudes

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gênantes, ou de respirer un air rendu insalubre par Tagglomération des individus ou par le dégagement de certaines vapeurs. L'âge de huit ans est donc seulen^ent une moyenne, une faculté laissée par la loi aux paren's pour certains cas ; mais loin d'en abuser, ils doivent apporter la plus grande sévérité dans leur détermination, et, s'ils ont le moindre doute sur l'aptitude de leur enfant au travail, s'entourer de conseils éclairés, demander l'avis du médecin, afin de ne pas s'engager dans une fausse voie, dont ils auraient plus tard à se repentir.

Les diverses professions ont trouvé de puissants secours hygiéniques depuis quelques années dans les études des hommes spéciaux. Les législateurs, les administrations, les chefs d'usine ou d'-ateUer ont tiré grand parti de ces travaux pour améliorer le sort des ouvriers, mais il est une foule de précautions qui dépendent du travailleur lui-même, c'est seulement de ces dernières dont nous avons à nous occuper.

Les professioîis sédentaires réclament impérieusement un exercice quotidien qui fasse compensation, ainsi que nous l'avons dit à propos des travaux dans lesquels l'intelligence joue le principal rôle. Mais beaucoup d'ouvriers qui ont surtout un travail manuel à exercer, tels que les tailleurs, les cordonniers, les couturières, les brodeuses, les dentelières, etc., etc. sont également exposés aux inconvénients d'un repos trop prolongé, il leur suffit de leur indiquer la nécessité d'un exercice de chaque jour pour qu'ils aient recours à la marche ou à tout autre moyen salutaire.

Les ouvriers des manufactures ne sont pas, au moment

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du travail, dans d'aussi mauvaises conditions hygiéniques qu'on le croit généralement ; nous avons visité les principaux établissements de la Seine-Inférieure et de l'Alsace, nous avons parcouru ces belles fabriques d'impression d'indiennes, situées dans les vallées qui entourent la ville de Rouen, examiné dans tous ses détails la riche fabrique de Wesserling dans le Haut- Rhin, là où trois mille ouvriers sont constamment occupés , et d'où le coton entré brut et en balles , sort transformé en étoffes d'ameublement et en indiennes, après avoir subites opérations du battage, ducardage, de la filature, du tissage, du blanchiment, de l'impression, etc., etc.; partout nous avons été frappé des excellentes conditions d'espace, d'aération et de lumière que l'on a su organiser dans ces magnifiques établissements. Si les ouvriers n'évitent pas les maladies, cela tient à ce qu'ils sont inhabiles à s'en préserver eux-mêmes : les uns, occupés à parer les chaînes pour le tissage mécanique et obligés de séjourner longtemps dans un air élevé à une température de trente à quarante degrés, ont rarement soin de se couvrir suffisamment lorsqu'ils doivent sortir de l'atelier; les autres, employés au battage et au cardage négligent les m.oyens de ventilation qui sont à leur disposition pour éviter faction des poussières sur les organes de la respiration et sur les yeux ; presque tous enfin en quittant le travail font usage, nonseulement d'eau-de-vie, mais s'alimentent avec de la charcuterie et de mauvais fruits que des marchands apportent à la porte des fiibriques, ou qui se vendent dans les cabarets du voisinage, Il est mille fois préférable

pour eux de faire usage d'une nourriture saine, préparée dans la famille, qu'ils emporteraient le matin ou qu'ils trouveraient moyen de se faire apporter.

Les 'professions qui exposent à Vaction des poussières minérales^ telles que celles des maçons, des tailleurs de pierre, des plâtriers, des caillouteurs, sont dangereuses pour les organes de h respiration. Cependant les ouvriers qui les exercent sont en partie soustraits à leurs inconvénients par l'action des courants d'air qui chassent ces poussières. D'un autre côté, si les individus qui embrassent ces professions toussent rarement et ont la poitrine parfaitement saine, s'ils ont soin de se couvrir convenablement pour éviter les refroidissements, de porter de larges chapeaux pour s'abriter de la pluie et du soleil, d'avoir les pieds bien chaussés et inaccessibles à l'humidité, il est rare qu'ils puissent devenir poitrinaires ou être atteints d'autres maladies occasionnées par leur profession.

Les professions qui exposent à Vaction des poussières végétales ou animales^ telles que celles des cardeurs, des matelassiers, des fourreurs, des brossiers, des couverturiers, des batteurs en grange, des bluteurs, des meuniers, des amidonniers, des charbonniers, etc., etc., ont moins d'inconvénients que les précédentes, à moins toutefois que ces poussières, comme celles que fabriquent et remuent les pileurs de drogues ne soient vénéneuses. Les hommes qui pilent des substances dangereuses, telles que l'aconit, la bel'adone, la jusquiame, les caniharides, ont Thabitude de couvrir le mortier d'un lingi at même d'une pièee d@ cuir percée d'un trou pour

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laisser passer le pilon. Pourquoi ceux qui respirent des poussières qui ne sont malfaisantes que par leur action mécanique ne prendraient- ils pas aussi des précautions , telles que celles de travailler en plein air, quand cela est possible, ou d'établir des courants d'air dans les ateliers pour en chasser les poussières qui y voltigent? Dans tous les cas, ces ouvriers ne doivent jamais se recruter parmi ceux qui ont la poitrine délicate, qui sont sujets à s'enrhumer et qui se guérissent difficilement. Il est utile pour eux de respirer un air vif et pur dans les moments de la journée où leurs travaux sont interrompus.

Les professions qui exposent à V empoisonnement par les métaux sont malheureusement assez nombreuses ; dans cette série sont les ouvriers cérusiers, ceux qui travaillent le minium, les broyeurs de couleurs, les peintres, les fabricants de cartes de visites et autres cartons dans lesquels il entre du plomb, les tourneurs, limeurs et fondeurs en cuivre, les chaudronniers, les étameurs de glaces, certaine classe de doreurs et une foule d'autres qu'il serait trop long d'énumérer. Ces différents métaux qui ne sont autre chose que le plomb , le cuivre et le mercure, ou leurs composés, agissent comme poison soit parce qu'ils se trouvent en contact direct avec la peau , soit parce que leurs vapeurs ou leurs poussières pénètrent dans l'organisme par le nez et par la bouche.

Le plomb est un poison très-actif, et il n'est presque personne qui ignore à quels dangers il expose; il peut en effet produire des coliques très-douloureuses, la paralysie et même la mort. Les poussières cuivreuses sont également très-dangereuses, parce que le cuivre, en

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s'unissant à d'autres corps et surtout aux acides , peut déterminer de violentes coliques et produire des maladies très-graves des organes de la digestion. Quant au mercure, il cause l'inflammation des gencives, le gonflement des glandes salivaires, la salivation, des ulcérations de la bouche, le tremblement mercuriel et autres accidents. Il est donc très-important de se prémunir contre l'action de ces divers poisons.

Les moyens préservatifs à employer contre les dangers que déterminent ces industries ont fait l'objet de nombreuses recherches, et on a perfectionné, surtout dans ces derniers temps, l'assainissement des ateliers; mais les ouvriers eux-mêmes apportent une très- grande négligence aux soins qui dépendent de leur volonté. Ainsi, pour ceux qui travaillent le plomb et qui ont en apparence la peau très-nette, on peut très-souvent constater, au moyen d'un bain sulfureux, qu'ils portent avec eux sur divers points de la surface cutanée, des portions assez notables de plomb ; en eff^it, le plomb en se combinant avec le soufre forme un composé de couleur noire qui décèle la présence du plomb.

Pour échapper aux dangers de l'empoisonnement par le plomb les ouvriers doivent donc multiplier les soins de propreté, prendre souvent des bains, se laver les mains avec soin chaque fois qu'ils quittent le travail, brosser les dents régulièrement, prendre toujours les repas hors de l'atelier, changer souvent de linge, secouer et battre leurs vêtements très-fréquemment, enfin prendre quelquefois des bains sulfureux et enlever ensuite avec du savon le composé noir qui en résulte.

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Les ouvriers qui emploient le cuivre et le mercure peuvent se garantir en partie de leurs effets au moyen d'appareils spéciaux qui ont été imaginés pour cet usage, et ils ajouteront à leur efficacité en interrompant souvent leur travail journalier pour faire des ablutions et respirer à l'air libre. Il est également nécessaire qu'ils pratiquent une propreté excessive, changent fréquemment de vêtements, multiplient l'usage des bains et prennent leurs repas dans un local bien aéré.

Les professions qui exposent aux émanations des matières animales en 'putréfaction sont celles des mégissiers, des tanneurs, des boyaudiers, des cliamoiseurs, chandeliers, savonniers, fossoyeurs, vidangeurs, etc. Les individus qui les exercent ont besoin de prendre certaines précautions pour échapper à l'influence malfaisante de ces émanations; ainsi, autant que possible, leurs travaux doivent s'exécuter en plein air, afin que les vapeurs malfaisantes qui se dégagent se trouvent dispersées. Leur nourriture doit être saine et riche en principes nutritifs, et ils ne doivent pas travailler à jeun. Les habits de travail doivent être chaque jour exposés à Tair, nettoyés fréquemment, et ne jamais être déposés dans la chambre à coucher pendant le sommeil.

Ceux qui se livrent à ce genre de travail doivent éviter, s'ils ont la moindre coupure ou excoriation , qu'elle se trouve en contact avec les matières putréfiées. S'ils se blessent en travaillant, il est important qu'ils lavent leur blessure à grande eau et même avec de Feau légèrement chlorurée et qu'un pansement convenable soit fait,

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Les professions qui exigent l'emploi de beaucoup de force, telles que celles des portefaix, des forts de la halle, des ouvriers des ports, des manœuvres, des frotleurs, etc., sont généralement favorables à l'entretien de la santé. L'inconvénient le plus fréquent auquel elles exposent sont les hernies qui peuvent cependant s'éviter, au moins en partie, en chargeant les fardeaux avec précaution, en ne prenant point d'attitudes vicieuses et en n'exécutant pas des travaux qui sont au-dessus des forces musculaires dont on est doué. Celui qui se trouve atteint d'une hernie doit s'empresser de se faire appliquer un bandage qui la maintienne et qui le mette à l'abri des accidents graves qu'elle peut occasionner.

Les professions à température élevée sont celles des forgerons, fondeurs, chauffeurs de machines, taillandiers, boulangers, émailleurs, cuisiniers, raffmeurs de sucre, verriers et beaucoup d'autres. Ceux qui les exercent ont en général peu d'embonpoint, ont des sueurs abondantes pendant le travail et s'exposent volontiers au refroidissement en quittant le lieu du travail. L'espèce d'impunité dont ils jouissent en apparence leur fait souvent défaut et des fluxions de poitrine ou autres maladies graves sont souvent produites par le froid auquel ils s'exposent. Les boissons tres-froides dont il font quelquefois usage et les liqueiirs alcooliques dont ils abusent, sont pour eux la source d'affections très-sérieuses.

Les professions qui exposent d V humidité telles que celles des blanchisseuses, débardeurs, lavandiers, teinturiers, égouttiersj pécheurs, bateliers, laveurs de cen« 4res, porteurs d'eau, ravageurs, etc., etc., réclament

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l'usage de vêtements en laine, en toile cirée, en caoutchouc et une nourriture fortifiante.

Les individus qui ont habituellement les jamb-'^s immergées dans Teau froide, tels que les débardeurs, sont sujets à de profondes crevasses qui siègent surtout au talon et entre les orteils; ils s'en préservent en employant des astringents , en saupoudrant l'intérieur de leurs chaussures avec du tan et en se lavant soir et matin avec du vinaigre ou une forte décoction d'hièble ; quelques-uns font application de corps gras ayant une certaine consistance, tels que le suif, et s'en trouvent très-bien.

Les professions qui fatiguent la vue comme celles des opticiens, bijoutiers, horlogers, graveurs, compositeurs d'imprimeries, etc., nécessitent certaines précautions : autant que possible les yeux doivent être éloignés des objets qu'ils fixent, car l'habitude de les rapprocher de ces objets ne tarde pas à produire la myopie. Lorsque cette infirmité survient, il ne faut faire usage de lunettes que le plus tard possible, conserver, si on le peut, le même numéro pendant longtemps et ne pas porter constamment les lunettes. Les presbytes, c'est-à-dire ceux qui ne peuvent distinguer les objets rapprochés, doivent suivre les mêmes préceptes.

Les conserves colorées en bleu ou en vert ne conviennent que pour les professions qui exposent à une lumière éclatante, dans le cas contraire elles fatiguent la vue.

Beaucoup d'autres industries présentent quelques dangers pour ceux qui les exerçentj telles sont celles des

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I ouvriers qui fabriquent les allumettes chimiques, de j ceux qui sont employés dans les manufactures de tabac, de ceux qui travaillent le quinquina, etc., etc. Il n'est guère de professions qui ne soient Tobjet de quelques inconvénients, et dernièrement on a été jusqu'à signaler une maladie particulière chez les femmes qui sont employées à peler les oranges ; cependant on peut arriver à cette conclusion consolante qu'il n'est pas de profession absolument insalubre. L'expérience et les relevés statistiques prouvent que les améliorations immenses qui ont été introduites par l'hygiène dans l'industrie, ont considérablement assaini les ateliers et les manufactures; les travaux multipliés de M. Chevallier, l'illustre chimiste, ont beaucoup contribué à ce résultat; c'est aux ouvriers à faire le reste et à mettre en pratique les soins hygiéniques qui leur sont indiqués de tous côtés, afin d'éviter la maladie et de prolonger leur existence.

VINBT-CINQUiÈME LEÇON.

Des sociétés de tempérance. — But de ces sociétés et moyens qu'elles emploient. — Leur origine. — Ce qui arriva à Baltimore. — Les sociétés de tempérance en Ecosse; leur état actuel. — Introduction en Angleterre. — Histoire de la cause en Irlande. — Succès extraordinaires du père Mathieu. — La formule du serment. — Nombre considérable des adhérents. — Sociétés de Hollande, d'Allemagne, Suède Norwège, Canada, Jamaïque, etc., etc. — L'i tempérance inscrite dans les lois, et la vente des liquides alcooliques supprimée. — Résultats merveilleux obtenus en Amérique. — Diminution de la misère, des maladies et des crimes. — Résultats prouvés par des chiffres. — Evénements de Cambrai. — Maladies graves survenues par les alcooliques. — Conclusion.

Nous ne pouvons mieux terminer ce cours qu'en faisant connaître ces admirables institutions appelées Sociétés DE TEMPÉRANCE, en proclamant les importants résultats qu'elles ont obtenus, le bien immense qu'elles ont fait et tout le mal qu'elles ont empêché. Les États- Unis et l'Angleterre éprouvent surtout le bienfait de ces associations, d'autres pays en ont déjà recueilli de grands avantages ; peut-être que le nôtre, où quelques essais timides ont déjà été tentés, ne tardera pas à entrer dans la même voie et que les sociétés de tempérance acclimatées en France y seront jugées autrement que par les

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meetings de nos voisins d'outre-mer, qui ont quelquefois défrayé la plume fatiguée de nos journalistes.

Les sociétés de tempérance ont pour but l'abstinence complète de toutes lesliqueurs enivrantes, et leurs efforts tendent sans cesse à ]a généraliser; de sorte qu'une foule de personnes des deux sexes se réunissent en association, consacrent une partie de leur temps, unissent leur iiitelligence et sacrifient une portion de leurs ressources pécuniaires pour atteindre ce noble but : éviter à leurs semblables tous les malheurs qui résultent de Tusage des liqueurs fortes.

Ce n'est pas tout, ces honorables associés ne se contentent pas d'encourager les autres, ils prêchent d'exemple, ils se soumettent à l'abstinence avec le plus grand rigorisme, et ils arrivent, à l'aide de leur ardente propagande, à diminuer considérablement le nombre des maladies, à rendre les crimes beaucoup plus rares, à combattre la démoralisation et la misère^ car il est bien prouvé que l'usage des liquides alcooliques entre pour une large part dans la cause de tous ces maux qui affligent l'humanité.

C'est en Amérique que les premières sociétés de tempérance furent formées, et l'origine du mouvement qui y donna lieu remonte à l'année i 804. A cette époque, le docteur Rush publia un travail sur les effets des liqueurs spiritueuses sur le physique et le moral. L'année suivante, M. Ebenezer Porter fit sur le même sujet un sermon qui eut un retentissement considérable, et dès l'année 1803 une société s'organisait à New-York pour faire prévaloir les avantages de la tempérance. En 1813, la société

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des Massachusetts se forma à Boston dans le but de combattre l'intempérance, et enfin, en 1826, la société américaine fut créée et posa comme principe l'abstinence complète des liqueurs spiritueuses, à laquelle ses membres prenaient l'engagement de souscrire. A partir de ce moment, cette cause fit dans ce pays des progrès immenses, les associations se multiplièrent, des prédications eurent lieu de tous côtés, des sommes considérables furoit réunies au moyen des cotisations et des dons qui arrivèrent de toutes parts; le clergé donna l'exemple de l'abstinence la plus complète des liqueurs alcooliques, les congrégations l'imitèrent, ceux qui adhéraient aux sociétés de tempérance qui s'organisaient ne buvaient que de l'eau, et partout on s'affiliait à ces associations avec un véritable enthousiasme. C'est ainsi que se formèrent les sociétés de tempérance de New- York, de Philadelphie, de Boston, de Piltsbourg et de beaucoup d'autres villes de l'Amérique,

Souvent le plus simple événement suffit pour engendrer des sociétés qui devinrent très-puissantes, ce qui est arrivé à Baltimore en est la preuve : en avril 1840, quelques hommes se rencontrèrent dans un cabaret, et, tandis qu'ils buvaient, il arriva que l'un d'eux se trouva gravement malade et que les autres furent indisposés. Ces accidents ne purent être attribués qu'à la liqueur dont ils faisaient usage en ce moment, ce qu'ils comprirent facilement et les occupa beaucoup. Ils discutèrent sur ce sujet pendant plusieurs soirées , et enfin ils arrivèrent à prendre en commun la résolution de s'abstenir de prendre des liqueurs fortes. Ils commencèrent alors

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à prêcher la doctrine, et le mouvement, qui avait commencé dans un lieu suspect de Baltimore, devint en peu de temps si considérable que 150,000 personnes se mirent à l'usage de Teau. Il arriva là ce qu'on voit souvent en pareil cas, c'est-à-dire les victimes d'un mauvais principe en devenir les ennemis les plus ardents.

Vers Tannée 1 828, John Dunlop, frappé des désordres que l'intempérance produisait en Ecosse, des nombreuses maladies, des morts violentes, des scènes brutales, de la ruine des familles et des accidents de toute nature qui étaient dus à cette cause, commença à attirer l'attention publique par des lectures et des publications sur ce sujet. Ses paroles furent d'abord l'objet de nombreuses railleries, car elles frondaient les usages du peuple écossais, parmi lequel on compte de bien nombreux buveurs ; cependant il fut encouragé par quelques personnes; il persévéra, et diverses sociétés furent formées. La première parmi celles de quelque importance fut fondée à Glasgov^, le 12 novembre 1829 ; peu de temps après une autre était établie à Edimbourg , et le mouvement fut si rapide, qu'à la fin de la même année l'Ecosse comptait une centaine de sociétés.

Aujourd'hui l'Ecosse .possède environ 250 sociétés comprenant plus de 100,000 membres. Beaucoup d'entre elles sont dans un état de prospérité remarquable; leurs membres pratiquent l'abstinence des liqueurs enivrantes, et au moyen d'une cotisation annuelle emploient des avocats capables , publient des ouvrages et des revues périodiques qui contribuent à l'avancement de la cause. A Edimbourg et à Glasgow il existe un sys--

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tème d'organisation pour les jeunes gens qui ne peut produire que les plus heureux résultats.

L'introduction de la cause en Angleterre date de Tannée 1830 ; le mouvement y fut importé d'Ecosse par Henry Forbes, négociant de Bradford, qui venait d'assister à un meetir^g public de l'association de Glasgow. Par son influence une société de tempérance fut formée à Bradford au printemps de 1830. Des associations semblables furent bientôt établies à Leeds et dans plusieurs autres grandes villes du nord de l'Angleterre. M. William CoUins , de Glasgow, étant à Londres à cette époque , lit des efforts très-grands et très-multipliés pour arriver à la formation d'une société dans la métropole, et le premier meeting public organisé à Londres à ce sujet, eut lieu le 29 juin 1 830 ; bientôt des sociétés nombreuses ayant chacune beaucoup d'adhérents , furent fondées dans toutes les parties de l'Angleterre.

Nous ne pouvons donner le nombre exact des sociétés de tempérance qui existent maintenant en Angleterre ; mais il est prouvé que le plus grand nombre d'entre elles se trouve dans des conditions florissantes , telles sont : the British Association, the National Society y îhe Central Association., etc., etc. Elles emploient des missionnaires et des agents pour travailler à la propagation de leurs doctrines, organisent des réunions, font des lectures et des publications qui contribuent puissamment à atteindre le but.

L'introduction des sociétés de tempérance en Irlande mérite d'être racontée, car elle a été l'occasion de faits excessivement intéressants : dans l'été de 1829, le doc-

COURS d'hygiène. 239 leur Edgar de Belfast, sans avoir connaissance de ce que M. Dunlop faisait pour l'Ecosse, organisa le mouvement en Irlande avec l'aide de M. George Carr ; il est même probable que la première société de tempérance établie en Europe, le fut par M. Carr en juin ou juillet 1829, les premières sociétés fondées par M. Dunlop n'ayant pas été organisées avant le mois d'octobre de la même année.

Aucun enthousiasme populaire ne se manifesta en Irlande pour la cause de la tempérance jusqu'à ce que l'abbé Théobald Mathieu , prêtre catholique et membre d'une communauté religieuse, se soit emparé du mouvement avec une vigueur vraiment extraordinaire. Il fut d'abord initié lui-même à la société de tempérance , en devint ensuite l'apôtre le plus ardent, et se mit à la tête de l'association, le 10 avril 1838. Pendant une année et demie le révérend père Mathieu présida des meetings publics dans le même local, deux fois par semaine ; en peu de temps le nombre des adhérents fut considérable, le mouvement gagna la banlieue et les campagnes voisines, et dans tout le pays d'alentour on arrivait par centaines et par mille pour s'enrôler sous la bannière du père Mathieu, ainsi qu'on l'appelait.

Le peuple irlandais a le sang bouillant et l'imagination ardente comme nos méridionaux ; de plus , il est enclin aux idées superstitieuses , de sorte qu'il est évident qu'un très-grand nombre d'individus attribuaient des vertus miraculeuses à la médaille qu'ils recevaient, comme un gage de leur fidélité à la tempérance, des mains du vénérable prêtre. Il arriva une chose aux dis-

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ciples du père Mathieu , c'est qu'après quelque mois de persévérance ils parurent plus gais et plus heureux qu'ils ne l'avaient jamais été pendant les années précédentes. Plusieurs furent soulagés et guéris de douleurs de tête et d'estomac, d'affections d'entrailles, de maladies nerveuses, on ajoute même de paralysies, et ces guérisons avaient l'apparence de véritables miracles. Le père Mathieu se défendait de toutes ses forces de posséder le pouvoir de faire des miracles, mais la foi populaire dont il était l'objet, prouve au moins qu'il exerçait une immense influence sur la multitude ; il n'est pas douteux que ses vertus et son admirable caractère lui donnaient un tel empire, que le plus grand nombre voyait en lui un être privilégié, choisi par la Providence pour la régénération physique et morale de l'espèce humaine.

A plusieurs lieues à la ronde, des chemins qui conduisaient à la ville de Cork étaient couverts d'individus qui venaient déclarer qu'ils abandonnaient pour toujours l'usage de l'eau-de-vie ; enfin , Taffluence fut si considérable, qu'à la fin de l'année 1838 les noms enregistrés sur les livres de la société s'élevaient à un total de plus de 150,000.

L'année suivante, le père Mathieu commença à parcourir le pays, et au bout de cinq ans il avait visité toute l'Irlande, et avait associé à sa magnifique mission la plus grande partie de sa population. L'histoire de cette espèce de pèlerinage serait trop longue à raconter, car il donna lieu aux choses les plus extraordinaires. A Limerick, par exemple, où le père Mathieu arriva le 2 décembre 1839, la foule qui encombrait les rues était

COURS d'hygiène. S(41 tellement compacte qu'il était impossible de circuler ^ chaque maison, chaque chambre, chaque cave même était si bien remplie, que plus de 5,000 personnes ne purent se procurer un lit pendant cette horrible nuit de décembre, et cependant l'hospitalité la plus cordiale était exercée par les familles riches.

La formule du serment qui était exigé pour faire part tie de cette société de tempérance est curieuse à connaître; celui qui prêtait serment disait : « Je m'engage, aussi longtemps que je ferai partie delà Société de terapé- ! rance, à m'abstenir de l'usage de toutes les liqueurs spiritueuses, à moins qu'elles ne me soient conseillées dans un but médical , et à propager par tous les moyens en mon pouvoir les mêmes principes chez les autres. » A quoi le père Mathieu répondait : « Dieu vous garde et vous donne l'énergie de tenir votre promesse! » Généralement ce serment était tenu très-fidèlement , et ceux qui le prononçaient étaient nombreux, car en novembre 1844, l'Irlande comptait 5,640,000 adhérents aux règlements dictés par la société.

Mais ce n'est pas seulement aux Étais-Unis et dans la Grande-Bretagne que cette œuvre importante s'est implantée, elle embrasse maintenant une très-grande partie de la terre. En Hollande , le nombre de ceux qui font partie de la ligue de la tempérance est maintenant de 7,000. En Prusse, on compte 699 associations et 753,713 membres. En Autriche, il y a plus de 60 so~ ciétés et 150,000 membres; dans le royaume de Hanovre, 456 sociétés et 69,116 membres; dans le duché d'Oldembourgj 75 sociétés et 28,108 membres; dans le

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reste de rAlIemagne, 126 sociétés et 25,824 membres; de sorte que toute l'Allemagne, y compris l'Autriche, contient 1,416 sociétés de tempérance qui n'ont pas moins de 1,026,761 membres.

En Suède, on compte 332 sociétés et 90,000 membres; en Norwège, 128 sociétés et 14,812 membres. En Danemarck , les sociétés sont également très-nombreuses; il en est de même au Canada, à la Nouvelle- Ecosse, à la Jamaïque, aux Barbades, à Bombay, à Madras. Enfin, la Russie , une portion de l'Afrique, l'Australie et plusieurs autres pays commencent à entrer dans la même voie.

La narration que nous venons de faire , quoique trèslongue, ne contient cependant que l'histoire très-abrégée des sociétés de tempérance, et le résumé de leur situation présente. Il nous resterait à faire connaître beaucoup d'autres chiffres qui ne sont pas moins intéressants, et l'influence qui en est résultée sur le commerce des liqueurs fortes est également très-curieuse ; mais ce qui nous importe le plus ici, c'est d'indiquer les grands résultats que l'hygiène publique et privée ont obtenus de ces admirables institutions, et le bien qui en est résulté pour l'humanité.

C'est surtout dans plusieurs parties des Etats-Unis que l'on a pu apprécier d'une manière complète les bienfaits des sociétés de tempérance, parce que dans ces localités une loi est venue protéger ces institutions, et que la fabrication, la vente et l'usage des liqueurs fortes ont été prohibés. Les établissements où se débitait l'eau-de-vie ont été fermés, et on n'a plus permis

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d'employer Talcool que dans les cas où il est indispensable pour les usages de la médecine, des arts ou de l'industrie. Ces lois ont été adoptées avec enthousiasme dans le pays de Maine, dans le Nouveau-Brunswick, dans les Etats de Vermont, de Minnesota, de Rhode-Island et des Massachusets. A ceux qui faisaient quelques objections à la promotion de ces lois et qui prétendaient qu'on allait trop loin , que le temps d'une prohibition complète des liqueurs alcooliques n'était pas encore venu, il a été répondu par cet argument sans réplique : « Qu'aucune réforme ne pouvait jamais commencer trop tôt et finir trop tard, lorsqu'eUe avait pour objet et pour but final l'amélioration des hommes, l'ennoblissement de leurs facultés et la suppression du vice. »

Depuis que l'alcool a été supprimé dans les pays que nous venons de citer, les habitants ont constaté l'atténuation de toutes les misères qui affligent l'espèce humaine et la suppression de beaucoup d'entre elles. On voyait auparavant les liquides alcooliques nuire à l'accroissement des jeunes gens, détruire la force des hommes virils, contribuer à l'affaiblissement des vieillards, altérer les sentiments du père, dépouiller la mère de sa dot, éteindre l'affection de la famille et apporter le deuil et le chagrin au foyer domestique. Ils faisaient des veuves-, des veufs et des orphelins, ils rendaient des hommes furieux et créaient la misère et !a mendicité. Enfin, ils occasionnaient le mépris des lois, le tapage nocturne, les querelles et les rixes sanglantes, les crimes de toute nature. Souvent ils rendirent le père assassin de ses propres enfants ou de sa femme, ils firent des par-

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ricides, des incendiaires, etc., et si Ton ajoute à toutes ces calamités les nombreuses maladies, le dégoût de la vie et la mort prématurée qui en furent si souvent la eonséquence, on ne peut que rendre hommage aux hommes sages et bienfaisants qui ont institué ces lois.

Dans les pays que nous avons cités il est très-rare maintenant de voir un homme en état d'ivresse; les rues sont débarrassées du spectacle dégoûtant des ivrognes, partout le calme et la tranquillité ont remplacé ces scènes de nuit qui étaient si fréquentes ; un nombre considérable de familles qui vivaient dans le dénuement le plus affligeant, ont retrouvé l'aisance etle comfortable, parce que leurs chefs sont devenus sobres et industrieux. La statistique a prouvé que les crimes et le paupérisme ont diminué dans la proportion de 50, et plus tard, de 75 pour cent.

A Lowell, dans le^Massachusetts, chaque cas d'ivresse observé par un homme de garde ou un policeman^ est noté et déclaré à la police, qu'il y ait lieu ou non à des poursuites. En deux mois, à partir du 22 septembre 1851, on avait arrêté 110 individus en état d'ivresse, et on en avait noté 255 autres qui n'avaient pas été arrêtés, en tout 365. Pendant les deux mois correspondants de l'année suivante, après que la loi eut été promulguée, on n'arrêta que 41 individus dans le même cas et on en nota 66, en tout 107.

A Portland, dans le pays de Maine, pendant les six derniers mois de l'année 1850, on avait arrêté sur la voie pubhque 332 personnes; en 1851, pendant le même laps de temps, 151 seulement avaient été misesen

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état d'arrestation, ce qui fait une différence de 183. En octobre 1851, on en arrêta 43; en octobre 1852 ce chiffre tomba à 21 ; en novembre 1851 il était de 44 , en novembre 1852 il n'était plus que de 23 ; enfin en décembre 1851 il s'éleva à 48, et dans le mois correspondant de 1852 il fut réduit à 1 1 seulement.

En présence de pareils résultats, ne doit-on pas encourager la formation des sociétés de tempérance , et ce qui s'est passé tout récemment à Cambrai n'est-il pas la preuve la plus évidente que dans notre pays même nous ne devons pas rester en arrière de ce grand mouvement qui intéresse si directement l'hygiène et le bonheur des populations ?

Dans la nuit du 1 8 au 19 octobre, les militaires qui formaient le poste de la porte de Paris, à Cambrai (cinq hommes et un caporal du 38^ de ligne), s'étaient rencontrés avec des conscrits qui leur avaient payé à boire. A la suite de ces libations, plusieurs hommes de garde devinrent ivres- furieux .

A l'ouverture des postes, le factionnaire Micheli, Corse de naissance, commettait déjà de coupables extravagances ; il arrêtait les voitures sans motif et il insultait les passants. Le portier- consigae, indigné de cette conduite^ voulut aller faire des remontrances au chef de poste, mais il fut très-mal accueilli. Au même instant Micheli accourait et donnait au portier un coup de baïonnette que celui-ci a évité; mais un coup de crosse venant d'un autre côté l'atteignit à la tête et le terrassa.

Des bourgeois, témoins de cette scène, pénétrèrent dans le poste et tâchèrent d'arracher le malheureux por-

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tier des mains de ces furieux. C'est alors que Micheli, parvenu au paroxisme de la colère , se mit à charger son fusil et fit feu sur les préposés de l'octroi et les curieux. Cinq coups de fusil furent tirés par cet homme ivre. Une balle traversa la jambe de M. Dayer, propriétaire; un autre atteignit à la poitrine le nommé Samuel, garde balayeur, qui tomba grièvement blessé; une troisième balle enfin allait jeter la terreur dans la boutique d'un coiffeur, dont elle brisait le comptoir.

On est parvenu à désarmer Micheii, le poste a été relevé, et les soldats auront à répondre de leur conduite devant le conseil de guerre.

Les faits de ce genre, produits par l'ivresse, sont heureusement fort rares et même exceptionnels ; mais M. Chapouillon, chirurgien militaire, n'a-t-il pas publié des faits qui peignent les dangers de l'usage des liqueurs enivrantes? Un soldat après avoir bu, lui troisième, deux litres de vin, est pris, sans être ivre, de vertiges, de nausées, de vomissements, de convulsions épiieptiformes, et enfin d'une maladie grave des voies digestives. Un autre soldat boit avec un camarade deux bouteilles de gros vin rouge; deux heures après il perd connaissance , reste frappé de paralysie du côté droit, et seize jours après il est atteint d'une gangrène qui cause de grands désordres. Enfin, le soldat G..., robuste voltigeur, tombe mort sur le seuil d'un cabaret pour avoir bu, en compagnie de trois autres , sa part de cinq litres de vin rouge.

M. Chapouillon suppose que, dans ces vins, on avait ajouté de l'alcool pour les frelater, et il fait observer

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que (( Talcool qui n*apas eu le temps de faire corps avec les éléments auxquels il est associé, conserve le privilège de produire une ivresse frénétique et malsaine, également féconde en crimes et en maladies. » ( Gazette des Hôpitaux,)

Espérons donc que les résultats funestes de l'ivresse, comparés aux bienfaits produits par les sociétés de tempérance, feront prendre Tinitiative à des hommes actifs et généreux qui doteront notre pays de ces utiles insti- I tutions. Alors elles viendront compléter les efforts qui sont faits chaque jour en faveur de l'hygiène publique et privée.

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