‹ Cours élémentaire d'hygiène en vingt-cinq leçons [electronic resource]Chapitre 5 sur 19 · SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEPTIÈME LEÇON

Hygiène de rhabitalion, difficulté de l'améliorer. — Variété des habitations. — Insalubrité des maisons neuves; temps nécessaire pour qu'elles soient habitables. — L'air coi^fmé peut subir des modifications. — Air insuffisant pour Tétendue de l'habitation; ses résultats. — Conseils à suivre. — De Thabitation dans les campagnes» — • Ventilation quotidienne.

Après avoir traité la question de Tétat de la voirie rurale, M. Michel Lévy, le savant hygiéniste, s'exprime ainsi : a II sera plus difficile d'améliorer les habitations de la campagne ; mais l'intervention éclairée de l'autorité peut régler; dans une certaine limite, les constructions nouvelles ; des instructions à la portée des classes ouvrières peuvent les édifier sur les causes d'insalubrité que par ignorance ou laisser-aller elles multiplient dans leur intérieur. La plupart des relations que la commission a examinées signalaient la malpropreté des logements, l'insuffisance de leur aération, l'entassement des

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familles dans la îneme pièce, située le plus souvent dans un rez-de-cliaussée humide, presque en communauté avec les animaux domestiques, dont elles ne sont séparées que par des cloisons mal jointes ; ailleurs, des alcôves impénétrables à l'air et la lumière, reçoivent plusieurs individus dans un seul lit hermétiquement fermé par des rideaux ; ailleurs, les lits se touchent par tous les points et encombrent une seule chambre. Dironsnous la saleté des objets de couchage, l'absence des Latrines, le méphitisme de la promiscuité des hommes et des animaux dans la même atmosphère ? Nous ne pouvons croire qu'il soit impossible, par le concours de l'administration, du prêtre et du médecin, d'éclairer sur les dangers de ces habitudes les pauvres paysans qui se les transmettent de génération en génération. » [Rapport sur les épidémies de 1850, lu à V Académie de médecine, séance du 5 amil 1853.)

!1 est, en effet, très-difficile d'instruire et de convaincre le plus grand nombre de ceux qui ne tiennent aucun compte des lois de Thygiène, en ce qui regarde leurs propres habitations; espérons cependant, avec l'illustre académicien dont je viens de citer les paroles, que certaines instructions pourrront être utiles pour édifier les classes ouvrières sur les causes d'insalubrité, et essayons de remplir une modeste partie de cette tâche.

L'habitation que l'homme a su créer et adapter aux besoins de la famille offre des variétés de construction innombrables, selon les divers pays du globe où on la trouve établie. La perfection est, en général, proportionnelle au degré de civilisation et a atteint, dans nos climats, des limites extraordinaires. Quelle immense

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différence, en effet, entre les splendides maisons de nos cités, qui tendent chaque jour à devenir autant de petits palais, et la hutte ou la cabane du sauva^re, la tente de TArabe, et le refuge de quelques tribus nègres de FAbyssinie, consistant tout simplement dans des creux d'arbres ou les excavations des rochers!

Nous n'examinerons donc pas ici l'habitation au point de vue de sa construction, car nous aurions à passer en revue le terrain qui la supporte et celui qui l'entoure, les matériaux qui servent à sa structure, les murailles, les planchers, les plafonds, les ouvertures qui apportent l'air et la lumière, les escaliers, les cours, les cheminées, etc., etc.; choses fort intéressantes, sans doute, mais tout à fait en dehors de notre cadre. Supposons l'habitation bien construite et proportionnée à nos besoins sociaux, et sachons seulement qu'elle ne doit être habitée que longtemps après avoir été bâtie.

Dans les grandes villes, et particulièrement à Paris, les maisons s'élèvent avec une rapidité incroyable; grâce au perfectionnement des procédés de construction, au nombre et à l'intelligence des ouvriers, elles sortent de terre comme par enchantement ; on peut suivre leur édification, pour ainsi dire, d'heure en heure et quelquefois les étages supérieurs ne sont pas terminés que les inférieurs sont déjà habités. Cette coutume est très-pernicieuse pour la santé, car les pierres qui sont récemment extraites des carrières renferment beaucoup d'humidité et ne peuvent être séchées qu'au bout d'un temps très-long ; le plâtre, qui entre souvent pour une forte part dans la structure des murailles, contient, lorsqu'il

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est récemment solidifié, les deux tiers de son poids d'eau et Ton doit comprendre que toute cette humidité qui est, dans certaines saisons, augmentée encore par celle de l'atmosphère ne soit pas favorable aux habitants du nouvel édifice. Beaucoup de personnes n'ignorent pas que de grands inconvénients sont attachés au séjour dans les maisons neuves, elles désignent même cette imprudence par l'expression d'essmjer les plâtres, mais cela ne les empêche pas de braver les chances de maladies qui en résultent. Les médecins observent constamment une foule d'affections graves produites par celte cause, et ne cessent de donner le conseil de ne pas s'y exposer.

Il n'est guère possible de limiter le temps au bout duquel une maison devient habitable, car ses matériaux sont plus ou moins humides, et l'eau qu'ils contiennent se vaporise plus ou moins rapidement en raison de la saison, de l'exposition au nord ou au midi, de la ventilation à laquelle ils sont exposés, etc. Tous ces moyens sont, au reste, beaucoup plus puissants que le chauffage des appartements auquel on a quelquefois recours, mais, en général, on devrait laisser écouler au moins une année entre l'achèvement de la maison et la prise de possession.

La masse d'air atmosphérique contenue dans l'habitation est l'une des choses les plus importantes à considérer pour ceux qui y séjournent, et comme cet air peut être modifié presque à volonté, il est fort utile de savoir lui imprimer les diverses modifications qui deviennent nécessaires. Déjà, en nous occupant des vicis-

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situdes atmosphériques, nous avons vu que dans les contrées du Nord et dans les saisons froides on peut, par des moyens artilîciels, entretenir une douce température dans les appartements, et qu'il est également possible, dans les conditions opposées, de se procurer la fraîcheur qui résulte de Tombre et des courants d'air. Mais la pureté de l'air, qui est respiré par les habitants d'une maison, constitue sa qualité la plus sérieuse à étudier et mérite toute la sollicitude de l'hygiéniste.

L'air confiné devient impur lorsque sa quantité n'est pas proportionnée à la consommation qui en est faite par ceux qui le respirent. Cette quantité étant trop minime, l'air ne tarde pas à être vicié, à devenir impropre à l'entretien régulier des fonctions et il peut même être tellement altéré qu'il ne suffise plus à entretenir la vie de l'homme. De nombreuses expériences ont été faites pour arriver à fixer la proportion d'air nécessaire aux fonctions respiratoires dans un temps donné; on a pu constater qu'un homme adulte absorbe dans l'espace d'une heure tout l'oxygène contenu dans 90 litres d'air, de sorte que pendant douze heures, 1 ,080 litres d'air se trouvent employés par une seule personne. Cette mesure correspond à peu près à un tiers de mètre cube d'air par individu et par heure. Qu'on se figure maintenant la quantité d'air consommée par cinq ou six personnes renfermées toute une nuit dans une pièce étroite et close, comme cela se voit fréquemment, et l'on concevra facilement que si l'air ne pénétrait pas un peu par les jointures des fenêtres ou par des ouvertures quelconques la mort ne tarderait pns h arriver. H est vrai

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qiio le même air peut passer plusieurs fois par les poumons, mais lorsqu'il a été altéré par la respiration , il devient insuffisant et peut contribuer à causer des fièvres de mauvai-e nature.

Nous ne prétendons pas que l'encombrement soit la seule cause des fièvres typhoïdes, mais il entre à chaque instant dans les hôpitaux de Paris, de^maçoiis qui couchent pêle-mêle chaque nuit dans de mauvais hôtels garnis, de paille^ situés aux environs de la place Maubert ; ces malheureux sont presque toujours atteints de fièvre typhoïde qui leur fait courir les plus grands dangers quand elle n'est pas la cause do leur mort. Dans une foule de circonstances, il est facile de suivre les résultats du séjour dans un air vicié et de constater que les maladies qui surviennent n'ont pas eu d'autres causes. Nous pourrions multiplier les exemples et rapporter des faits très-connus dans la science, qui font voir des prisonniers ou autres individus agglomérés dans un espace étroit, succombant très-rapidement à cause de l'insuffisance de l'air. Cette insuffisance est facile à concevoir pour tout le monde, m.ais ce que l'on ne sait pas généralement assez reconnaître, c'est le danger que courent les personnes qui vivent habituellement en commun dans un espace étroit; souvent la santé s'altère peu à peu, les adultes voient leurs fonctions se déranger, les enfants s'étiolent et languissent, et tandis qu'on se garderait bien d'avaler une substance vénéneuse quelconque, on ne comprend pas que cet air qui a servi à la respiration est aussi un poison dont Faction permanente est malheureusement très-sûre.

Que pourrions-nous dire maintenant de ceux qui, non contents de vivre dans un air insuffisant pour la famille, s'adjoignent encore des aninaaux qui vicient cet air et s'emparent d'une partie de la portion respirable ? Que penser de ceux qui s'enferment pendant l'hiver dans lesétables ou les bergeries, afin d'y trouver une douce température et qui ne songent pas qu'ils font échange du résidu de la respiration , si l'on peut s'exprimer ainsi, avec les animaux qui les habitent? Dans un grand nombre de circonstances, l'homme est l'instrument de sa propre perte et court à la maladie et à la mort par son incurie ou son indifférence.

Nous ne saurions trop blâmer ici l'usage très-accrédité dans quelques localités de faire coucher les phthisiques dans les étables dans le but de les guérir; si l'homme bien portant y devient malade, à plus forte raison celui qui est déjà souffrant, doit-il y trouver une fin plus prompte.

De tout ceci il résulte que les ouvriers ainsi que toutes les personnes qui sont dans la nécessité de consacrer une somme modique à la location de leur habitation, au lieu de chercher à habiter au centre des grandes cités, là où les logements sont très-chers et par conséquent très-petits, doivent toujours, au contraire, préférer les banlieues ou les quartiers les moins encombrés, afin d'y trouver Tair et l'espace dont ils ont besoin pour conserver leur santé et se livrer à leurs travaux de chaque jour. Si lafamilleest nombreuse, c'est une raison de plus pour habiter un local suffisant dans lequel chacun trouvera la portion d'air qui lui est tout aussi nécessaire pour vivre que le pain et les autres aliments de chaque repas.

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Dans le cas d'une nécessité absolue, lorsque plusieurs personnes sont obligées de séjourner durant une partie du jour et pendant toute la nuit dans une petite chambre dont le plafond est très-bas et vient encore limiter la quantité de l'air confiné, il est important de laisser jour et nuit arriver l'air extérieur par un ou plusieurs carreaux disposés de telle façon que le courant d'air ne puisse être ressenti par ceux qui habitent la pièce. Il va sans dire que l'air doit être introduit dans la chambre par le côté de l'habitation où il est le plus pur ; il doit venir de la rue ou d'une cour propre et large, et non de l'escalier où séjournent souvent les miasmes les plus délétères.

Les habitants des campagnes qui ont généralement une nourriture grossière et peu réparatrice, doivent en partie leur belle santé habituelle au bon air qu'ils respirent ; non seulement ils jouissent pendant la plus grande partie de la journée de l'air pur et vivifiant des champs, mais pendant la nuit même, l'air pénètre facilement dans leurs maisons mal closes, et vient apporter à chacun une seconde nourriture qui est préférable pour la santé aux mets les plus succulents de nos citadins. Il est vrai que beaucoup d'habitations rurales sont entourées de fumier, d'eaux croupissantes, d'étangs fangeux dont la présence est en opposition avec les préceptes et les lois de l'hygiène pubhque, mais dans les localités où les choses se passent ainsi, des épidémies viennent de temps à autre faire payer chèrement aux habitants leur négligence et leur malpropelé. Les administrations locales doivent lutter avec vigueur contre

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ces coutumes peu dignes de notre époque de civilisation, et il est de leur devoir d'empêcher les paysans de laisser au seuil de leurs habitations, de la paille pourrie et des débris de toute nature qui sont sans cesse foulés par les pieds de ceux qui entrent ou qui sortent ; le fumier porté au loin se fera sans doute moins vite, mais Thabitationsera préservée des émanations des matières en putréfaction. Nous rappelons à ce sujet aux maires des campagnes, que leurs lumières ne sont jamais mieux employée?, qu'à préserver leurs administrés des épidémies, et que les lois des 28 septembre et 6 octobre 1791, leur donîient des armes suffisantes pour atteindre ce but.

Nous finirons cette leçon par une recommandation très-importante, qui regarde aussi bien ceux qui habitent des appartements vastes que ceux qui sont logés dans un espace étroit, c'est celle d'établir chaque matin une ventilation suffisante pour renouveler l'air intérieur. On doit ouvrir toutes les fenêtres et établir, si cela se peut, un courant qui renouvelle complètement Tair de l'habitation. Dans les hôpitaux, si cette pratique n'était pas usitée, les malades succomberaient en beaucoup plus grand nombre, on a donc soin de renouveler l'air chaque matin tout en préservant les malades de l'action de Tair froid. Cette coutume doit être en usage dans toutes les maisons particulières, elle contribuera puissamment à prolonger Texistence de ceux qui les ha bitent

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